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Full text of "Les joies du gai savoir : recueil de poésies couronnées par le Consistoire de la gaie science (1324-1484) publié avec la traduction de J.-B. Noulet, revue et corrigée, une introduction, des notes et un glossaire par Alfred Jeanroy"

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BIBLIOTHÈQUE MÉRIDIONALE 

PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES DE LA FACULTÉ DES LETTRES DE TOULOUSE 



1" SÉRIE. TOME XVI. 

LES 

JOIES DU GAI SAVOIR 

RECUEIL DE POÉSIES 

COURONNÉES PAR LE CONSISTOIRE DE LA GAIE SCIENCE 

(1324-1484) 

PUBLIÉ AVEC LA TRADUCTION DE J.-B. NOULET, REVUE ET CORRIGÉE, 

UNE INTRODUCTION, DES NOTES ET UN GLOSSAIRE 

PAR 

Alfred JEANROY 

PROFESSEUR A I,' U N I V E I! SI T É DE PARTS 






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TOULOUSE 
IMPRIMERIE ET LIRRAIRIE EDOUARD PRIVAT 

14, RUE DES ARTS ( SQUARE DU MUSÉE) 

Paris, Auguste PICARD, rue Bonaparte, 82 
1914 



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in 2011 with funding from 

University of Toronto 



http://www.archive.org/details/lesjoiesdugaisavOOacad 



LES JOIES DU GAI SAVOIR 



BIBLIOTHÈQUE MÉBIDIONALE 

PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES DE LA FACULTÉ DES LETTRES DE TOULOUSE 



1" SÉRIE. 



TOME XVI. 



LES 



JOIES DU GAI SAVOIR 

RECUEIL DE POÉSIES 

COURONNÉES PAR LE CONSISTOIRE DE LA GAIE SCIENCE 

(1324-1484) 

PUBLIÉ AVEC LA TRADUCTION DE J.-B. NOULET, REVUE ET CORRIGEE, 

UNE INTRODUCTION, DES NOTES ET UN GLOSSAIRE 

PAR 

Alfred JEANROY 

PHOPKSSEUR A I,' UNI VE USITÉ DR PARIS 




TOULOUSE 
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE EDOUARD PRIVAT 

14 RUE DES ARTS (SQUARE DU MUSÉE) 

Paris, Alphonse PICARD et fils, rue Bonaparte, 82 

1914 



KE INSTITUTE CT ItFPMXVAl ?" 
10 CLMSLEY PLACE 
TORONTO 6, CANAUX 

sep z4 iaai 



INTRODUCTION 



i 



LE REGISTRE DE GALHAC ; LE MANUSCRIT ; L EDITION 
NOULET . , 

Le présent volume contient celles des composi- 
tions couronnées par le « Consistoire de la Gaie 
Science » de i324 à i484 qu'un heureux hasard 
nous a conservées 1 . Les deux plus anciennes (I, II) 
et les variantes d'une troisième ont été empruntées 
au manuscrit de Raimon de Cornet, publié en 1888 
par J.-B. Noulet et Ghabaneau" 2 . Les autres m'ont 
été fournies par le recueil bien connu du au mainte- 
neur Guillaume de Galhac 3 . Ce recueil, ici intégra- 

1. Moins une, dont le texte nous est parvenu incomplet et altéré 
(voy. les notes de II) ; j'y ajoute en revanche quelques pièces diverses, 
non couronnées, dont il sera question plus loin (p. iv). 

2. Deux manuscrits provençaux du (/tiatorzième siècle, Mont- 
pellier et Paris (Publications spéciales de la Société pour l'étude des 
langues romanes, treizième publication). — Les pièces I, II s'y lisent 
aux pp. 74 et 76. 

?>. Galhac était licencié en droit et procureur au Parlement. Il 
obtint l'églantine en i/\!\iï, la violette en i453, le souci à une date 
inconnue. Il fut élu mainteneur en \'\W.\ et capitoul en i463-4 (voy. 
les rubriques ou explicit des pièces X, XXIX et XLVIII). Il com- 
mença son recueil le 26 avril i4â8 et le légua vraisemblablement 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



lement reproduit, avait déjà été publié à peu près 
complètement par Noulet en 1849 4 ; mais cette édi- 
tion est aujourd'hui presque introuvable. En dépit 
de qualités incontestables, fort méritoires à cette épo- 
que, surtout chez un autodidacte, elle est au reste loin 
d'être parfaite. Une attentive collation du manuscrit 
m'a permis de rectifier un assez grand nombre de 
fautes de lecture. Quant à la traduction, j'ai cru 
devoir la conserver dans son ensemble ; elle est d'une 
littéralité systématique, parfois un peu déconcer- 
tante, mais non sans charme, laquelle, au surplus, 
était seule propre à rendre une pensée si souvent 
incertaine, confuse et presque inexistante. Je me 
suis borné à remplacer quelques expressions trop 
archaïques ou inexactes et à effacer les contre sens. 
Noulet ayant décrit très insuffisamment le manus- 
crit, je dois tout d'abord combler cette lacune. 

C'est un volume en papier mesurant 3o centi- 
mètres sur 20, écrit par des mains différentes dans 



à la municipalité, dont il était la propriété en if\\)3, comme en 
témoigne cette note (p. 92) : L'an MLXXXX e ires e lo primier... 
Au nom de Dieu. Livre de la maison comune (Signé : Fossé). 

1. Las Joi/as del Gai/ Saber (Les .fuies du (iai Savoir), recueil 
de poésies en langue romane couronnées par le Consistoire de la 
Gaie-Science de Toulouse, depuis l'an 1 3a/| jusques en l'an i/|<|N, 
avec la traduction littérale et des notes. Paris et Toulouse, s. d. (mais 
l'introduction est datée du 1er sept. i8/|<|), g 1 in-80 de xvi-3o3 pages, 
— Il ne manque à celle édition que quelques documents étrangers 
au plan primitif du recueil, deux coblas (n° LXVI), et quelques vers 
isolés; voy. ci-dessous p. ix la table île concordance et les notes 
à LXI et LXXII. — J'ai conservé le titre adopté par Noulet, bien 
qu'il ne figure pas dans le manuscrit. 



INTRODUCTION. 



la seconde moitié du quinzième siècle. Il compte, 
y compris les feuillets de garde, 67 feuillets, paginés 
une première fois, à l'encre noire, au dix-huitième 
siècle; une seconde fois, à l'encre rouge, vers le 
milieu du dix-neuvième. Le premier pag-inateur avait 
commis une interversion de cahiers qui devait ren- 
dre très difficile l'usag-e du recueil; la reliure, une 
reliure modeste et d'un g"oût assez médiocre, est 
postérieure à la rectification, exécutée sur les indi- 
cations de Noulet 1 . 

La plupart des feuillets sont écrits sur une seule 
colonne ; comme la largeur des feuillets était plus 
que suffisante, les copistes ont souvent laissé, à 
l'hémistiche, un petit espace blanc ou rempli par des 
fioritures ; les pièces en vers courts, les dansas par 
exemple, sont généralement écrites sur deux colon- 
nes ; la colonne de droite a été parfois utilisée aussi 
pour insérer des fins de pièces ou de brefs morceaux. 

Galhac nous a lui-même fait connaître, dans une 
précieuse note 2 , l'économie de son recueil et la date 
0458) à laquelle il l'avait commencé. Il l'avait divisé 
en trois parties,, correspondant aux trois concours 
annuels, avec l'intention, non toujours suivie d'effet, 
d'y insérer les pièces dans l'ordre chronologique. 
Ces trois parties ont certainement été commencées 
en même temps, comme en témoigne l'ornementa- 
tion, identique pour les premiers feuillets de chacune 



1. Voir la Préface de son édition, p. v 

2. Reproduite plus loin, p. vi. 



PC 
33£8 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



d'elles 1 . C'est Galhac lui-même qui a écrit la plus 
grande partie du volume; souvent il l'atteste par une 
souscription {Gualhacus me composait ou compilavit), 
qui a jadis été mal interprétée. Parfois aussi il passe 
la plume à d'autres copistes : plusieurs doivent être, 
comme le pensait Noulet, les auteurs mêmes des 
pièces couronnées; car plusieurs des noms inscrits 
au bas des pièces ont l'aspect de véritables signa- 
tures, avec paraphes. Il est malheureusement assez 
difficile de distinguer ces écritures entre elles ou de 
celle de Galhac. Un trait qu'elles ont en commun, 
et des plus fâcheux, est que les t et les c, les b et 
les v à l'initiale sont à peu près impossibles à discer- 
ner. Plusieurs emploient le j , mais sans lui donner, 
semble-t-il, une valeur particulière. 

A la fin de chacune des parties et en tête du 
volume, des feuillets étaient restés blancs, qui ont 
été partiellement remplis, soit par diverses compo- 
sitions poétiques, soit par des notes ou des listes. 
Ces additions sont d'une écriture épaisse et lourde, 
qui ne paraît pas être celle d'un homme de plume 2 . 
On trouvera dans un appendice ces compositions, 
bien misérables, en vérité. Quant aux notes et listes, 
elles sont assez intéressantes pour mériter d'être 

i. Aux pp. 4-8, 44-9j 74-5, les initiales de pièces ou de strophes 
sont ornées de quelques arabesques, alternativement rouges et bleues; 
dans le reste du volume, les ornements, plus sobres, sont à l'encre 
ooire. 

:>. C'est le cas, notamment pour les chronogrammes el pièces de 
circonstance (nos LXVII-LXXII). Sont restés complètement blancs 
les feuillets 4o-/j3, 92-94, ioi-io3. 



INTRODUCTION. 



reproduites. La première et la troisième indiquent, 
avec des divergences et, dans la première, des 
lacunes, le roulement d'après lequel les capitouls 
des divers quartiers devaient contribuer à l'attribu- 
tion des fleurs ; la seconde est une liste des main- 
teneurs de peu antérieure à i/|T>4> car on y retrouve, 
avec Peyre Ysalg-uié et Galhart d'Aus en plus, les 
mômes noms que dans l'acte du i er mai de cette 
année, dont il me reste à parler. 

Ce document, écrit à rebours à la page io4, et pré- 
cédé de six vers latins, est vraiment difficile à dé- 
chiffrer, ce qui explique que personne ne l'ait repro- 
duit, malgré son importance 1 . C'est le procès-verbal 
en latin, signé Valade, de l'élection, comme chan- 
celier, en remplacement de Gailhart d'Aus, de Jean 
de Seis, et, comme mainteneur, en remplacement de 
celui-ci, de Bernart Marsolis. L'élection du chance- 
lier est faite par cinq capitouls et cinq mainteneurs, 
celle du mainteneur par ceux-ci seulement (Galhac 
figure dans les deux listes). 

Voici ces divers documents 2 : 
P. i (liste etlacée en grande partie) 3 . 



i. Il a été du moins analysé, sans renvoi précis, par Poitevin- 
Peitavi, dans son Histoire des Jeux Floraux (i8i5), p. l\i. Je l'ai 
déchiffré avec le concours de M. A. Vignaux, ancien archiviste. 

2. La plupart ont été reproduites en dernier lieu, avec quelques 
erreurs de lecture, par M. F. de Gélis dans son Histoire critique 
des Jeux Floraux, Toulouse, 1912, p. 342. [Bibliothèque méridio- 
nale, 2t série, t. XV.) 

?>. Au has de la paiçe une femme grossièrement dessinée, dont le 
hras droit étendu semble présenter un objet qui manque. 



VI LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

i° Los bayles de l'an MCCCCLXI per dar la violeta e las 
autras flos : 

la Daurada. 

Sant Bertolomieu. 

Sant pe[ire] de [cojsinas. 

Sant... 

lo Pont Vielh. 

Sant Serni. 



la peira Sant G[ui]raut. 
Sant pe de cosinas 1 . 

2° Le chanselié am los mantenidos 2 : 

Primo. M e Gualhart d'Aus. 
M e Johan de Sayses. 
M e Bernât de Goyrans. 
M e Johan Amie. 
M e Peire Ysalg-uié. 
M e Ramun de Pegbusqua. 
Me Guilhem de Gualhac. 
Me (Je Pag-eza. 

P. 3. — Hic liber est domini Guilhermi de Gualhaco. 
L'an MCCCCLVIII, a xxvi d'abriel, Mossen Guilhem de Gua- 
lhac, licenciât en leys, [capitol] mestre he mantenidor de la 
gfaya Sciencia, ffec far lo présent libre per mètre he reg-istrar 
les dictatz qu'an gassanyhat las flos en la mavso comunal de 
Tholoza. premierament les per losquals se adjudica la violeta, 
secundament les per losquals se jutja la 'nçlentina. tersament 
les del gaug-h. 

Los bayles que devon dar las joyas cascun an son dos de 



i. Conformément à la règle énoncée plus loin, deux des trois 
« bailes » annuels étaient de la cité et un du bourç. 

2. Cette liste, que M. de Gélis dit être de i/|58 (op. cit., p. 3^2), 
ne porte en réalité aucune date; elle esl ou de i^ui, comme la pré- 
cédente, ou de peu antérieure, comme je l'ai dit plus haut. 



INTRODUCTION. VII 

scieutat, hun de Bore, lequal dona la eng-lentina, mudan quada 
an de capitolat. 

Primo : la Daurada. 
Sant Stephe. 
. i . de bore Sant Serny. 
[Secundo :] Le Pont Vielh. 

La peyra Sant Guiraut. 
Hun de Bore. 
[Tertio:] La Dalbada. 

Sant Bortholomieu. 
Un de Bore Sant Julia. 

Valada, lector [paraphe). 

P. io4 ! - — Anno domini millesimo quadringentesimo sexa- 
g-esimo quarto, et die prima mensis madii, in consistorio do- 
mus comunis Tholose, fuit electus in cancellarium sciensie 
rectorice, vulg-ariter nuncupate « gfuaya sciencia », et in officio 
vaccanti per mortem d 11 ' Gualhardi Daussi, legum doctoris ac 
consiliarii régis curie parlamenti Tholose, per dominos de 
capitulé, scilicet nobiles et honorabiles viros dominos Bernar- 
dum Marsolis, Johannem de Limotg"iis [bachalarium], Petrum 
Brulh [burgensem], Guilhermum de Gualhaco [licent.] et 
Petrum de Malo Abbate [notarium], et per manutentores dicte 
scientie simul et conjunctim, videlicet dominum Bernardum 
de Goyranibus, Ramundum de Podiobuscano, Johannem 
Amici, L T gx>nem Pagesie, milites, et dictum de Gualhaco, ut 
manutentorem et capitularium, tune dominus Johannes de 
Saxis, miles et legaim doctor, dominus de Paulhaco, unus ex 
manutentoribus et in dicto officio cancellarie dicte « g"aye scien- 
cie », ibidem, per dictos manutentores et capitularios conjunc- 

i. En tête de ce document les vers suivants, avec l'inscription 
(écrite à droite, sur une banderole) : Eloqaia Dpi etoqnia manda : 

« Vir, videas quid tu jubeas, dum magnus haberis, 
Et metuas ne forte ruas, cum slare videris. 
Inspicias, nec despicias, quem Iedere queris. 
Dat varias fortuna vias; non erço mireris 
Si ferias sine jure, scias quia sic ferieris. » 

Les mots entre crochets ont été ajoutés dans les interlignes. 



VIII LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

tim, creatus et admissus per receptionem juramenti corporali- 
ter prestiti per dictum de Saxis; et in locum dicti de Saxis 
manutentoris fuit electus per dictos manutentores in manu- 
tentorem dominus Bernardus Marsolis, in legibus licenciatus, 
ibidemque creatus et admissus per receptionem juramenti, 
factam in manibus dicti novi cancellarii , de voluntate ac 
consensu dictorum manulentorum. In quorum fidem et testi- 
monium e,go, notarius infrascriptus, ad requisitionem premis- 
sorum dominorum dictum actum scripsi et registravi, ut lector 
et officiarius dicte sciencie ac etiam scriba. 

Valade, lector, nTotarius]. {Paraphe.) 

Enfin, aux fol. 36-q se lisent, de deux écritures 
différentes (la seconde apparaît fol. 38, col. 2), des 
modèles des différentes sortes de couplets; ces mor- 
ceaux, se trouvant déjà dans les Leys d'Amors, ne 
seront pas reproduits ici. Au fol. 110, un autre 
modèle du même g-enre, que je donne en note 1 : 

1. Cobla cominatioa e esfructiva : 

L'autre jorn davant ver Que son seu no y tenscua, 

Passée un messatg-[i]er One per forsa non prençua. 

Davant un loc pauruc i ."> lie donc, senlios corles, 

A pelai Montastruc, Pus que forsa nos es 

."1 E cridel aqui fort Ni tant fort nos menassa, 

En disen que la Mort Pregui vos caseus lassa 

A trames lo deFfis Lo siu castel garnir, 

Per trastot lo pays, 20 Guardar et provesir, 

He'nquara s'es vantada Car lavetz nos par hora 

10 Que no y aura borguada Quant l'elh senestre plora (?) 

Ni castel ni eiutat, El no by a guayt ni porta 

Per be que sia murât, Que la morl trobe l'orta. 

Ces quelques vers ont déjà été publiés par Chabaneau, d'après 
une copie de Noulèt [Revue des lang. rom. f xxxm; 121, et Varia 
provincialia, p. 83). Si j*ai bien lu, le mol cominativa (de commi- 
nari) esl très clair; Noulel a lu cominulioa que Chabaneau interprète 
par <« composée de vers courts ». Le vers i3 n'est pas clair: Chaba- 
neau imprime ten... bengua, sans explication; j'hésite entre sen 
[censm?) el seu (suum, sedem?). 



INTRODUCTION. IX 

Voici, au reste, pour plus de clarté, une table 
complète du manuscrit, avec renvois aux deux édi- 
tions : 

Éd. Honlel. Présente éd. 

P. i (verso du ier feuillet). Liste p. 25i p. v 

2 Si voles esser enformat 269 n° 68 

3 Notes diverses V, VI p. vi 

4 Sobre la violeta (titre). 

» Devers lo cel 33 nos 10 

7 Los jenols fiex 3g 11 

8 Ab greus tribalhs 45 '3 

10 A vos, en rey 29 9 

1 2 Flors de vertutz 4 2 I2 

i4 Vergïs humils 48 i4 

i5, c. 1. Si voles saber 272 71 

» , c. 2. Si voles trobar l'an 270 69 

16 Per l'amistat. iO 5 

18 Als cavaliers 21 7 

19 Si vos avé 273 72 

20 De far un vers 248 8 

21 Dins un bel prat 10 3 

23 Verges humils 1 3 4 

24 En vos lauzar 5 1 1 5 

26 Depeys en sa 56 16 

27 O Dieus molt just 59 17 

3o Us serpens grans 64 18 

32 Engoyssos plor 69 19 

34 A tu me clam 77 21 

35 Palays de grant excellensa 217 57 

36-4o Fof/. plus bas, p. xi. 

4o-43 Blancs. 

44 Sobre la 'nglentina. 

» Hueyt signes vey 108 29 

45 Us ricx verdiers io5 28 

47 Esbayr fort m 3o 

4g Dieus que m'as fayt 116 3i 

5i Princeps qui patz 119 32 

53 Am grant dolor 124 33 

55 Aras conosc 128 34 

56 Roza quem faytz 1 36 36 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



57, c. 2. De tots los homs 

59 Dels mais que vey 

60 Entre la patz e guerra 

63 D'obrias cran cop 

64 Car paubra gen 

66 Plasen repaus 

68 De presen vech 

70 Excellens flor 

7 1 L'an quatre cens 

74 Sobre lo gaug. 

» Thezaur de «cran excellensa. 

74, c. 1 . La neyt el jorn 

» , c. 2. Roza sus tôt valerosa 

75, c. 1. Flors humils 

» , c. 2. Car etz sus totas 

76, c. 1 . Yeus vuelh 

» , c. 2. Verges, vos quez etz 

77, c. 1 . De vos servir 

» , c. 2. Dins en la mar 

» , c. 2. O dictator syatz 

78, c. 1-2. A la gentil flor 

» (Au bas). Al jorn d'uy flor. . 

79 En l'an fenit 

80, c. 1 . Neyt et jorn 

» , c. 2. A totz spertz 

» , c. 2. Plus que niartir 

81 Antic palays 

83 Verges flor 

84 Tresdossa flor 

85 Per consolar 

86, c. 2. Alcuns pastours 

87, c. 1 . Stiuc d'amor 

88 Plasen jardi 

90 L'aft'ectio qu'es en raso 

92 Blanc, sauf quatre lignes . 

93-94 Blancs. 

95 Per greu dolor 

96 Y a pas lonc teins 

98 O crestiandat 

10 1-3 Blancs. 



Ed. Souiet. 


Présente éd 


i3 9 


nos S-] 


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4o 


162 


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168 


44 


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26 


177 


46 


23o 


61 


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47 


190 


48 


193 


49 


196 


5o 


199 


5i 


202 


52 


205 


53 


» 


66 


28l 


65 


208 


54 


224 


59 


21 I 


55 


214 


56 


235 


62 


237 


63 


220 


58 


227 


60 


23g 


64 


171 


45 


93 


25 


73 


20 


80 


22 


99 


27 


V 




i43 


38 


83 


23 


80 


■ik 



INTRODUCTION. XI 

Éd. Noulet. Présente éi. 

io4> c. i. Procès-verbal » p. vin 

io5 [A]m dolor plen de tristessa 256 n°s 67 

109 Am dolor ses trobar i48 3g 

1 10 L'autre jorn davan » p . vin 

Les fol. 36-4o sont occupés par quelques modèles 
des divers genres de coblas, qui se retrouvent 
dans la rédaction imprimée des Leys. En voici le 
détail, avec renvois à cet ouvrage : 

36 La forma de far dictats per rims equivocx I, 278 

Dels rims derivatius, alias maridatz » 186 

De dreyt leonysme » 162, 210 

Cobla recordativa » 286 

— affectiva. » 292 

37 — doptosa » 294 

— divinativa.. » 3 12 

Dels rims espars ho brutz » 176 

38 Dels rims retrogradatz per bordos » 262 

— — — per dictios o per letras.. » » 

Cobla capcoada » 280 

Dels rims continuatz. » » 

Cobla contrafayta » 33o 

39 — mieg lati e mieg romanz » 334 

— constructiva » 336 

Les diverses additions ayant troublé gravement le 
plan primitif, il n'y a aucun intérêt à donner les 
pièces dans l'ordre du manuscrit. Il est préférable de 
suivre le plan de Galhac, en y rétablissant un ordre 
plus rigoureusement chronologique 1 . C'est ce qu'a 
déjà fait Noulet, que j'imite en cela. L'ordre des deux 
éditions est donc le même, à quelques détails près. 

On ne trouvera pas dans celle-ci les quelques 

1. Malheureusement un certain nombre de pièces ne portent pas 
de date (nos VII, XXX, XXXI, XXXIV, XLVII-L, LU). Noulet leur a 
laissé l'ordre qu'elles occupent dans le ms. et j'ai fait de même. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



pièces empruntées par Noulet au célèbre « manus- 
crit de Saint-Savin », à l'authenticité duquel il croyait 
encore en 1849. Tout le inonde reconnaît aujourd'hui, 
après la lumineuse démonstration de E. Roschach 1 , 
que ce manuscrit a été fabriqué par Du Mège, qui y 
a inséré, avec des pièces empruntées au manuscrit 
de Galhac (XII et XVI) et sciemment altérées, deux 
pièces de sa fabrication 2 . Celles-ci sont joliment 
composées et attestent le talent littéraire du célèbre 
mystificateur : malheureusement, il ne connaissait 
pas à fond la langue et la versification du quinzième 
siècle, et il serait aisé d'y relever des formes incor- 
rectes ou étrangères à celte époque 3 . Mais il faudrait 

1 . Variations sur le roman de Darne Clémence (dans Mémoires 
de l'Académie des Sciences de Toulouse, 189G, pp. 256-62). 

2. Quan le printems acampat a las nivas et Per vos lausar seco- 
retz mon poder. Voici le contenu de ce nis., qui n'a pas été décrit 
tout à fait exactement par Roschach : 

Fol. 1 : Flors de vertus (avec la ruhrique; imp. Joyas, p. 201). 

— 2-3, non numérotés, hlancs. 

— ii-iii : Suite de la pièce précédente. 

— iv-vn : Despeys en sa (Joyas, p. 56). 

— vin-ix : Série de rubriques publiées par Roschach (loc. cit.) 

et Noulet (Joyas, p. 274-7). 

— x-xi : (Juan lo printems (Joyas, p. 278). 

— xii-xiv : Per vos lausar (Joyas, p. 181). 

— xv-xvn, blancs. 

Il y a donc dans le ms. quatre pièces de vers et non trois, comme 
le dit Roschach (p. 2.^7). Deux ont clé fabriquées, les deux autres 
empruntées au registre de Galhac, ainsi que les rubriques. Le faus- 
saire ne s'est pas, en somme, mis en frais d'imagination. 

3. La première pièce est un quatrain (abha) sur rimes différentes, 
forme qui ne se trouve pas une seule fois dans tout le recueil et est 
même condamnée par les Lcys (I, 200). Dans la seconde, la tornade 
n'est pas sur les mêmes rimes que le dernier couplet et le senhal 
habituel à M. de Roaix manque (cf. note à LI, 29). Je relève dans la 



INTRODUCTION. XIII 

pour cela reproduire les textes, et il serait vraiment 
fâcheux de leur faire cet honneur. Ils ne sont au 
reste que trop aisés à lire, car ils s'étalent encore 
dans une des chrestomathies provençales les plus 
répandues en Allemagne et en France 1 . 



II 



LA POESIE ACADEMIQUE A TOULOUSE AUX QUATORZIEME 
ET QUINZIÈME SIECLES; CAUSES DE SA MEDIOCRITE. 

Les recueils de Cornet et de Galhac nous ont, en 
somme, conservé un ensemble de soixante-deux 
pièces — réunies ici pour la seconde fois — couron- 
nées par le « Gai Consistoire » dans une période de 
cent soixante ans 2 . C'est peu, le chiffre total ayant 
dû être huit fois plus élevé, suffisant toutefois, non 
seulement pour notre plaisir, mais aussi pour notre 
instruction : nous trouvons là, en effet, de quoi nous 

première (v. i) acampar dans le sens, tout à fait inconnu, de 
a dissiper » (c'est escampar qu'il faudrait); dans la même, miti- 
gura (16) n'a pas de sujet; dans la seconde abondent les formes ou 
constructions barbares : car no, jamay (4) cranhetz (7), valaros 
(17) suffrissen (21), ayssi béni (= voici venir, 23), corompamen 
(25), coza de vos, (= à cause de vous, 3o), etc. 

1. Bartsch et Koscbwitz, Chrest. prov., col. 445-8. 

2. 26 ont obtenu la violette, 19 l'églantine, i5 le souci, 2 des 
« joies extraordinaires ». Je ne compte pas le n" VI, qui n'est qu'un 
fragment, dont nous ignorons la date et l'auteur. Peut-être convien- 
drait-il aussi de défalquer le no VIII, pièce très profane, qui n'a guère 
pu concourir pour la violette, et dont le plus ancien manuscrit ne 
nous dit pas qu'elle ait été couronnée. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



renseig-ner amplement sur la valeur des composi- 
tions écloses à l'ombre de la compagnie, et par consé- 
quent sur le succès de la généreuse tentative des sept 
« maîtres » qui, en i323, avaient rêvé de perpétuer 
et de rénover les traditions de l'art méridional. 

Pour hésiter sur la réponse à cette question, il 
faudrait être aveug-lé par un étrange parti pris : plu- 
sieurs de ces compositions sont franchement ridi- 
cules, et les meilleures ne s'élèvent pas au-dessus 
d'une médiocrité à peine honnête. Les chansons à la 
Vierg-e, banales paraphrases des « Litanies » , ne 
sont que monotones kyrielles de substantifs ronflants 
et d'épithètes souvent amphigouriques; les Dansas 
de Nosti^a Dona agacent par le contraste entre la 
gravité du ton, le pédantisme du style et l'allure 
sautillante du rythme. L'auteur essaie-t-il d'appro- 
fondir un sujet dogmatique ou moral? Il ne manque 
g-uère de recourir à une subtile allégorie, dans les 
détours de laquelle il s'égare le plus souvent 1 . Les 
pièces de circonstance ont du moins cet intérêt de 
nous renseig-ner sur l'état d'esprit de la bourgeoisie 
toulousaine : lamentations sur les calamités publi- 
ques, 

En foc soven et am mortalitat 

Talhas, empaus, de viures falhimens... 

(XI, 3 7 -8.) 

sur l'insécurité g-énérale, la rapacité des gens de loi 
et des « mauvais bergers », appels à la royauté, que 

i. Voy. notamment les pièces XXII, XLI. Les absurdités même 
ne manquent pas (voy. XLIII, coup. vin). 



INTRODUCTION. 



l'on sent plus forte, plus soucieuse et plus capable 
d'assurer l'indépendance et la grandeur du pays 1 , 
voilà ce qui les remplit; ces sentiments très simples 
s'expriment parfois avec une énerg-ie ou une naïveté 
qui nous surprennent et nous reposent; mais là aussi, 
il faut bien le dire, il arrive que le pédantisme sévisse 
cruellement. 

De ces défauts, les causes ne sont que trop visi- 
bles. La poésie méridionale, pour sauver sa vie, 
avait cru devoir revêtir la livrée pieuse qu'elle était 
si mal préparée à porter; non seulement sur la chan- 
son, mais sur les g-enres les plus badins, elle arbora 
la croix; la Reine du ciel devint la seule « dame » 
qu'elle se permît de chanter 2 . Y avait-il vraiment là 
une nécessité absolue? Les poètes du quatorzième 
siècle n'eussent-ils pu, comme leurs prédécesseurs 



i. Si l'on regrette de ne pas trouver une seule allusion à Jeanne 
d'Arc, on constate avec joie que plusieurs grands événements, de peu 
postérieurs, ont été célébrés, la paix d'Arras , la conquête de la 
Normandie, les premiers succès en Guyenne, l'expulsion des Anglais ' 
(XXVIII, XXXII, IX, XVI) et que l'importance en a été saisie. Il y a 
vraiment là un commencement de participation à la vie nationale. 
En fait de politique extérieure, un seul souci hante les esprits : celui 
d'arrêter le flot ottoman (XI, XVII, XVIII, XXIII, etc.). Ce cauche- 
mar a vraiment pesé sur le quinzième siècle. 

2. « Il n'y eut [alors] dans cette ville [Toulouse] d'autre poésie 
académique que celle où l'on célébrait Dieu, la Vierge et les Saints. 
Les œuvres profanes, comme les chants patriotiques et quelques com- 
positions sur des sujets indifférents, devaient même recevoir un 
cachet d'orthodoxie dans le couplet final, qui était adresse à Dieu, et 
plus souvent à la Vierge Marie. » (Noulet, dans Deux manuscrits, 
p. xn.) Voyez au reste les sévères prescriptions éditées par les Leys 
(rédaction abrégée, dans Hist. de Lang., X, pp. 198 et 202; éd. 
Gatien-Arnoult, III, 124). 






LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



de la fin du treizième, les Guiraud Riquier, les At 
de Mons, les Cerveri de Girone, épurer l'expression 
de l'amour, insister sur les lieux communs de morale 
et la peinture de la vie contemporaine, endormir 
enfin les soupçons de l'Eglise par une respectueuse 
neutralité et de prudentes abstentions? L'Inquisition 
toulousaine fut-elle vraiment assez tyrannique pour 
exig-er cette totale confiscation? Voilà ce qu'il serait 
bien intéressant de savoir. 

La conséquence, en tout cas, fut désastreuse. 
Pour réussir dans l'hymne pieuse, il faut la débor- 
dante tendresse, la candide imagination d'un Fran- 
çois d'Assise, les mystiques ardeurs d'une sainte 
Thérèse : qualités rares à cette époque prosaïque, et 
surtout dans les milieux où se recrutèrent les clients 
du Consistoire 1 . 

Les promoteurs mêmes de l'entreprise firent preuve, 
semble-t-il, d'une singulière inintelligence et d'une 
grave absence de logique. Ils ne s'inquiétèrent pas 
de recourir aux sources où ils prétendaient chercher 
le renouvellement de l'art; ces « bons et anciens 
troubadours » dont ils parlent avec componction 2 , 

i. Sur les trente-sept auteurs dont la condition ou la profession 
nous sont connues (par les rubriques), on compte cinq marchands, 
cinq « étudiants » ou « collégiaux », trois a maîtres en médecine », 
trois membres du clergé séculier, deux moines (dont Ramon de 
Cornet), deux nobles (mais il peut s'agir de la noblesse que conférait 
le capitoulat) ; les autres sont des bacheliers ou licenciés en lois ou 
décrets ou des gens de loi (juges, notaires, procureurs). Je ne 
compte pas Peire Duran, peignier de Limoux (VIII), l'attribution 
d'un prix à cet artisan n'étant pas assurée. 

-.i Leys dWmors, I, pp. 2, 112; II, i54, 402, etc. 



INTRODUCTION. XVII 



fis les ignorent manifestement 1 ; le seul qu'ils citent, 
At de Mons, est presque leur contemporain et l'un 
des plus prolixes et des plus creux. Il n'eût pas été 
impossible pourtant d'acquérir ou de faire copier 
une bonne anthologie provençale, à cette époque et 
dans cette ville" 2 , placée au centre de la région où l'art 
des troubadours avait prolong-é, non sans quelque 
éclat, une vie précaire 3 . Les « maîtres » de i32 3 ne 
paraissent pas y avoir songé : aussi les secrets et les 
meilleurs procédés de cet art leur échappent-ils. Ils 
ne se font des genres poétiques, comme le montrent 
les définitions de Molinier 4 , qu'une idée très vag-ue 
et confuse : le code que ce médiocre compilateur 
a rédig"é n'est, en somme, qu'une collection de re- 
cettes empruntées à un art décrépit; le bout-rimé 
est le dernier mot de cette « science » tout empiri- 
que, qui ig-nora toujours l'inspiration personnelle et 
ne sut pas même se chercher des modèles dans le 
passé 3 . 



i. Des innombrables exemples cités à l'appui des règles de style 
ou de versification, pas un seul, et cela est très caractéristique, ne 
leur est emprunté. 

2. Les manuscrits C et R, qui sont précisément deux anthologies 
très riches, avaient été exécutés peu auparavant, et très probable- 
ment tous deux dans le Sud-Outsl. 

3. Ou'on pease aux nombreux poètes accueillis, ou du moins accep- 
tés, dans les cours, petites ou grandes, du Narbonnais, du Rouergue, 
du pays de Foix, de la Gascogne, sans parler de la Catalogne et de 
l'Aragon. (Voy. J. Anglade, Le troubadour Gairaut hiquier, pre- 
mière partie, chap. i, et Deu,r manuscrits, pp. xxxii-iv.) 

4- Leys, I, pp. 338-48. 

5. Ibicl., III, pp. 3O2-37O. Dans les premières années du quator- 
zième siècle, chez les poètes qui préparèrent l'école du Gai-Savoir, 



XVIII LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Le dommag-e eût été moindre, sans doute, s'ils 
avaient voulu ou su imiter les anciens. Ces théo- 
logiens, ces juristes, ces étudiants savaient évi- 
demment du latin 1 ; mais ils n'avaient pas assez de 
culture pour pénétrer dans l'esprit de l'antiquité; 
d'autre part, la culture professionnelle des vieux 
troubadours — dont les mainteneurs eussent pu, 
semble- t-il, sauver quelque chose, comme c'était 
l'ambition des premiers d'entre eux — était com- 
plètement perdue : nous sommes vraiment ici dans 
un des âg-es les plus ingrats de notre littérature. 



III 

LES GENRES POETIQUES. LA VERSIFICATION ET LA LANGUE. 

L'intérêt du présent recueil consiste donc unique- 
ment, si je ne m'abuse, dans les renseignements 
qu'il nous fournit sur les opérations du Consistoire 
aux quatorzième et quinzième siècles, sur les g-enres 
et les formes poétiques que patronnait celui-ci, sur la 
langue qu'écrivaient ses lauréats. 

L'attribution des a fleurs » à des g-enres détermi- 

l'ijçnorance des œuvres de la bonne époque était moins profonde. 
Chabaneau a relevé (Deux manuscrits, p. xxxv), chez Raimon de 
Cornet, par exemple, des traces d'une connaissance assez sérieuse de 
ses prédécesseurs. 

i. Les termes mythologiques commencent à s'introduire : deessa, 
nimpha, serena; de même les exemples empruntés à l'antiquité; 
voyez à l'Index Ector, Regulus, Trot/ans. 



INTRODUCTION. 



nés n'était pas, à cette époque, réglée aussi rig-ou- 
reusement qu'elle le sera plus tard. En principe, la 
violette est certainement réservée au g-enre le plus 
élevé, la « chanson », qui doit rehausser encore sa 
dignité en traitant un sujet religieux; l'églantine 
aux pièces de circonstance, laudatives ou satiriques, 
généralement appelées « sirventés » ; le souci à une 
piécette d'allure plus vive et lég-ère, la « dansa ». 
Mais dans l'application , ces règles souffrent bien 
des exceptions : la violette fut donnée deux fois 
(IX, XVI) à des hymnes au roi (qualifiés « vers »), 
quatre fois (XXIII, XXIV, XXV, XXVII) à des 
pièces de circonstance, une fois (II) à une sorte 
à'ensenhamen, qui pouvait, au reste, être pris au 
sens mystique 1 . L'églantine est, d'une façon à 
peu près constante, attribuée à des pièces relatives 
aux événements du jour (calamités publiques, inci- 
dents de la vie politique, etc.); néanmoins, elle le 
fut une fois (XXXIV) à une hymne à la Vierge, trois 
fois (XXX, XLI, XLV) à des pièces dogmatiques 
ou morales, une fois à un hymne au roi (XXXII), 
une fois enfin (XXXVI) à une « chanson d'amour ». 
Dans les compositions qui obtinrent le souci, nous 
relevons deux pièces profanes : une lamentation sur 
l'incendie de 1 4^4 (LV) et un éloge de Toulouse 
(LVIII). 

Si nous considérons les dénominations attribuées 



i. L'observation est applicable à la pièce XX. Je rappelle (cf. 
p. xin, n. 2), que je ne tiens pas compte de la pièce VI. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



à ces œuvres, nous trouvons, dans les vingt-six 
compositions récompensées par la violette, douze 
chansons 1 , autant de « vers », un planh, une « pas- 
tourelle » ; dans les dix-neuf qui obtinrent l'églan- 
tine, neuf « sirventés y), cinq « vers », deux planhs, 
une chanson, deux séries de coblas esparsas ; dans 
les quinze qui reçurent le souci, treize dansas, un 
« sirventés », un « vers ». Mais ces dénominations, 
sauf en ce qui concerne les dansas, ne sont pas em- 
ployées suivant des principes très fixes : le « vers » 
traite ordinairement des sujets de dévotion, de théo- 
logie ou de morale 2 ; mais le mot peut aussi s'appli- 
quer à des élog-es (IX, XVI, XXXV, LVI1I) ou à des 
pièces de circonstance qui eussent été plus juste- 
ment appelées « sirventés », ce dernier mot ne com- 
portant au reste aucune acception satirique (XXVIII, 
XXIX, XXXII). Le mot planh ne s'applique plus, 
comme à l'époque classique, à une déploration funè- 
bre (XXIII, XXXIX), et, à côté de la forme simple, 



i. Je range parmi les chansons la pièce d'Arnaut Vidal (I), quali- 
fiée à tort sirventés dans le manuscrit; Noulet l'ait justement obser- 
ver (p. 245) qu'elle est appelée chanson dans l'Introduction à la 
rédaction A des Legs (Hist.de Languedoc, X, p. 1 83). Cette dénomi- 
nation de sirventés, appliquée à une pièce P ieuse, doit s'expliquer, 
comme le remarque Chabanéau (Deux manuscrits, p. xxn) par un 
emprunt au vocahulaire poétique du Nord. 

2. Cette dénomination, appliquée aux pièces morales (cf. « vers 
moral », XIX et XXX), laudatives ou satiriques, pourrait être un 
emprunt aux troubadours de la plus ancienne époque , mais un texte 
de llaimon de Cornet (Deux manuscrits, p. 2) prouve que cet emploi 
remonte au moins au début du quatorzième siècle et doit être, par 

conséquent, antérieur â la constitution de l'école. (Cf. les remarques 
de Chabanéau, ibid., pp. x et xl. Cf. Legs, I, 338.) 



INTRODUCTION. XXI 

apparaît le composé complanh (XXXIV). Il est assez 
bizarre enfin que dans la seule « pastourelle » con- 
servée (XXIV). qui est de caractère politique, n'appa- 
raisse ni berger ni bergère 1 . 

La dénomination des genres était, on le sait, plus 
étroitement réglée à l'époque classique, et ce flotte- 
ment prouve, lui aussi 3 , le peu de familiarité 
qu'avaient les rimeurs toulousains avec les œuvres 
de cette époque. 

En ce qui concerne la versification, voici d'abord 
un tableau des formes strophiques, auquel il suffira 
d'ajouter de brèves observations 3 : 

I. abab bbaa bbabb. Vers de 7 syll., sauf le 5 e ; rimes 

dérivatives (cf. Legs, I, 184 et 274), sauf au v. 5. — 
6 coblas singalars, tornade. 

II. aaba bbc. 7 s. — 6 c. singulars et capcaudadas 
[Leys, \, 166 et 236), tornade. 

III. «bba cddc. 10 s. — 5 c. singulars capcaudadas, 
tornade. 

IV. a bba cddc. 10 s. — 5 c. singulars, tornade. 

V. Couplets de la chanson : abba acddc. 10 s., sauf aux 
v. 5 et 9, qui sont de 3. — l\. c. sing. capcaudadas. 

Couplets de la dansa : abbbacdddc. 7 s., sauf aux 
v. 4 et g, qui sont de 3. — 3 c. singulars; la 2 e partie du 

1. Dans la poésie contemporaine du Nord, chez Froissart, par 
exemple (voy. éd. Scheler, t. II, p. 3o6 ss.), les pièces de ce genre 
étaient souvent enfermées dans un cadre pastoral, que notre auteur 
aura négligé de dessiner. 

2. Voyez l'observation faite plus haut (p. xvn) sur les définitions 
des Lei/s. 

3. Les italiques désignent les vers féminins; les capitales, les re- 
frains. 



XXII LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

couplet, seule insérée après le coupl. I de la chanson, est 
partout sur mômes rimes. La i re rime de chaque couplet 
est identique à la dernière du couplet précédent de la chan- 
son, de sorte que les deux pièces sont aussi capcaudadas. 

VI. Schéma douteux; texte probablement altéré. V. de io-s. 

VII. abba cddc. 10 s. — 8 c. singulars capcaudadas. 

VIII. abba ccddee. 10 s. — 5 c. unissonans, 2 tornades. 

IX. abba cdcD. 10 s. — 7 c. singulars, tornade. 

X. abba cddc. 10 s. — 9 c. singulars capcaudadas, 
tornade. 

XI. abba cddc. 10 s. — 5 c. singulars capcaudadas, tor- 
nade. 

XII. abba accd. 10 s. — 5 c. singulars capcaudadas, tor- 
nade. 

XIII. a 66a cddc. 10 s. — 5 c. singulars capcaudadas, 
tornade. 

XIV. Coup. I, V : — abba abba (faute au v. 1). — II, III, 
IV : ab&b abab. 10 s. — 5 c. singulars, tornade; rimes 
dérivatives. 

XV. abab cddc. 10 s. — 10 c. singulars, tornade. 

XVI. abba cDDc. 10 s. — 5 c. unissonans (Leys, I, 270), 
tornade, endressa. 

XVII. abba accd. 10 s. — 9 c. singulars capcaudadas, 
tornade ' . 

XVIII. abba ace a. 10 s. — 9 c. singulars, tornade. 

XIX. abba cddc. 10 s. — 8 c. singulars capcaudadas, 
tornade. 

XX. abba a. 10 s. — 12 coblas avec bioc 2 sur les rimes 

1. On ne voit pas quelle est la particularité de versification visée 
dans la rubrique; la seule que présente cette pièce est que toutes les 
rimes y sont féminines; on ne trouve aucun éclaircissement à ce 
sujet dans les chapitres des Leys consacrés «à l'accent (I, 88 et 1 36). 

2. Les Leys (I, 128) appellent bioc ou vers biocat un petit vers, 
placé à la suile des vers principaux et qui ne doit pas dépasser la 
moitié de ceux-ci. Les exemples en sont rares dans le recueil de 



INTRODUCTION. XXIII 

ansa, esa; ensa, osa; ensa, esa, irrégulièrement alter- 
nées. 

XXI. abab bcbc. 10 s. — 5 c. capfinidas (de vers à vers ; 
voy. Leys, I, 280, et Deux manuscrits, p. liv), tornade. 
Le i er hémistiche du i er vers de chaque couplet forme 
refrain . 

XXII. aè 6a cddc. 10 s. — 5 c. singulars capcaudadas, 
tornade. 

XXIII. abab bccdcd. 10 s. — 9 c. singulars, tornade. 

XXIV. abab bcbc. 10 s. — 8 c. singulars, tornade. 

XXV. abba accd. 10 s. — 5 c. singulars capcaud., tor- 
nade et endressa. 

•XXVI. abba cddc. 10 s. — 5 c. singulars, tornade. 

XXVII. abab cdcd. 10 s. — 5 c. singulars, tornade. 

XXVIII. abba accd. 10 s. — 5 c. singulars capcaudadas, 
tornade. 

XXIX. abbc deed. 10 s. — 5 c. singulars capcaudadas; 
la rime c est esparsa {Leys, I, 176). 

XXX. abbb aaaac. 10 s. — 7 c. singulars capcaudadas, 
tornade. Le genre des rimes diffère suivant les couplets. 

XXXI. abba accd. 10 s. — 5 c. singulars capcaudadas, 
tornade, endressa. 

XXXII. abba accd. 10 s. — 8 c. singulars capcaudadas, 
tornade. Le genre des rimes diffère suivant les couplets; 
rime d esparsa {Legs, I, 1 74)- 

XXXIII. abba accd. 10 s. — 7 c. singulars capcaudadas, 
tornade; rime d esparsa. 

XXXIV. abba ccdd. 10 s. — 5 c. unissonans, tornade. 

XXXV. abab bcbc. 10 s. — g c. singulars, tornade. 

XXXVI. abab bcbC. 10 s. — 5 c. singulars, tornade. 

XXXVII. abba cddc. 10 s. — 6 c. singulars, tornade. 

Galhac, mais nombreux dans les pièces officielles rimées par Moli- 
nier qui ouvrent la rédaction abrégée des Legs {Hist. de Lang., 
X, 188 ss.). 



XXIV LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

XXXVIII. abb caac. 10 s. — 10 c. singulars, mais la 
rime c reste partout, tornade. 

XXXIX. Même forme en vers de 7 s., souvent avec les mêmes 
mots à la rime; 9 coblas. 

XL. abba cddc. 10 s. — 5 c. singulars capcaudadas, tor- 
nade. 
XLI. abab cdcd. 10 s. — 7 c. singulars, tornade. 
XLII. abba cddc. 10 s. — 5 c. singulars (la 3 e incorrecte), 

tornade. 
XLIII. abab bccd. 10 s. — 1 1 c. singulars capcaudadas, 

tornade. 
XLIV. abab cdCD. 10 s. — 5 c. singulars, sauf aux v.5-8, 

7-8 formant refrain, tornade. 
XLV. abba ccdeed fgg; les v. i-4, ii-i3 de 10 s.; les 

v. 5-6, 8-10 de l\, 7-10 de 6. — 7 c. singulars, mais la 

rime y, qui est esparsa, devient a du couplet (négligence 

aux v. 14-17). 
XL VI. abba accd. 10 s. — 6 c. singulars capcaudadas, 

tornade. 
XLVII'. abab cdcd CDCD. 
XLVIII. abab cdcd CDCD. Le genre des rimes diffère 

suivant les couplets. 
XLIX. abba cdcd CDCD. 
L. abab cdcd CDCD. 

LI. abab ca'ca' CDCD. 
LU. abba cddc CDDC. 
LUI. abab cdcd CDCD. 
LIV. abab cdcd CDCD. 
LV. abba cdDc. 10 s. — 5 c. singulars, sauf pour les 

v. 5-0, 7-8 formant refrain. 



1. Les nos XLVII, LIV, LVI, LVI1, LIX, LXl sont des dansas. 
Le refrain, placé en tête de la pièce, rèçle les rimes de la seconde 
partie du couplet. Les dansas se composent toujours de 3 coblas et 
d'une tornade; les vers sont de 7 s., sauf au no LIX. 



INTRODUCTION. XXV 

LVI. abba cdcd CD CD. 

LVII. abab cdcd CDCD. 

LVIII. abab bcbc. 10 s. — 5 coblas capfinidas, tornade, 
endressa; les v. 5-8 sont sur rimes différentes, les v. i-4 
sur les mêmes, le dernier hémistiche de i formant refrain. 

LIX. abab cdddcd CD DDCD. Les v. 1-6, g-io de 7 s., 
les v. 7-8 de 4- 

LX. abba cddc CDDC. 

LXI. abab cdcd CDCD. 

LXII. abba ccdd E. 10 s. — 2 coblas singulars. 

LXIII. abab bcbb C. 10 s. — 3 c. unissonans. 

LXIV. abab bccdcD. 10 s. — 3 c. singulars, tornade. 

LXV. abba cddC. 10 s, — 2 c. singulars. 

LXVI. abba cdcD. 10 s. — 2 c. singulars. 

LXVII. abab cdcd. 7 s. — 24 c. singulars. 

LXVIII. aabb bbaa. 8 s. — Cobla unique. 

LXIX-LXXII. Rimes plates. 

Si nous récapitulons les faits, nous constatons 
d'abord la prédominance presque absolue du vers 
de dix syllabes, non seulement dans la chanson, 
mais dans le « vers » et le sirventés : on ne trouve 
de vers plus courts ou de vers de mesure différente 
que dans quatre chansons (I, II, V, XX) 4 et deux 
pièces morales ou de circonstance (XLV, LXVII) 2 . 
Le vers de sept syllabes est propre à la dansa ; les 
chronogrammes (LXVIH-LXXII) emploient ceux de 



1. La dernière est, au reste, intitulée dansa dans le texte (v. 19). 

2. La pièce XXXIX n'est qu'une autre rédaction de XXXVIII ; 
on voudrait croire qu'il n'y a là qu'un jeu d'esprit destiné à mon- 
trer combien était redondant le style de la première. La pièce LXVII, 
d'un ton très familier, n'était certainement pas destinée aux concours 
du Consistoire. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



sept et de huit syllabes. Dès la première moitié du 
quatorzième siècle, comme en témoigne le précieux 
recueil publié par Noulet et Chabaneau 1 , le vers de 
dix était employé presque exclusivement dans la 
poésie de ton élevé. Il y a là un notable appauvris- 
sement de la technique de l'âg-e antérieur. 

L'école toulousaine a aussi à peu près renoncé 
aux coblas unissonans, qui étaient, au treizième siècle, 
la forme la plus ordinaire de la chanson et du sirven- 
tés; nous n'en trouvons que trois exemples (VIII, 
XVI, XXXIV); il n'y en a pas un seul de coblas 
cloblas. Peut-être ces formes impliquaient-elles des 
contraintes que les auteurs jug-eaient trop lourdes. 
La façon la plus ordinaire de relier entre eux les 
couplets consiste dans la rima capcaudada^. D'au- 
tres artifices, connus au reste à l'époque classique 
et pratiqués ici avec discrétion, sont ceux de la rime 
« dérivative » (I, XIV) et de la rime capjînida de 
vers à vers (XXI) 3 . La rime difficile {rima cara), 
si fréquente dans les Deux manuscrits, est extrême- 
ment rare. Le refrain, au contraire, final ou inté- 
rieur, est assez fréquent (IX, XVI, XXXVI, XL1V, 



i. Voy. Introd., p. xlvi ss. 

2. C'est un autre système de liaison par la rime qui est pratiqué 
dans la pièce XLV. 

3. Je ne vois pas bien en quoi la pièce IV est n-lrogradada, 
sinon en ce qu'on peut lire chaque couplet en commençant par la fin, 
chaque vers formant un sens à peu près complet, ce qui s'explique 
par les apostrophes dont ils sont formés. Toutefois, le couplet V et 
la tornade font difficulté. Les rirns rétrogradais des Legs (I, 176) 
sont une tout autre chose. 



INTRODUCTION. XXVII 

LVIII, LXIII, LXIV) ; la tornade aussi, souvent 
pourvue d'un seaha/, qui est une sorte de signature 
ou de marque de fabrique; elle est souvent renforcée 
d'une endressa, où est interpellé le destinataire de 
la pièce. 

En somme, les artifices de versification sont moins 
raffinés et moins nombreux ici que chez les trouba- 
dours de Tépoque classique et même ceux de la 
première moitié du quatorzième siècle. Les concur- 
rents ménagent évidemment leur peine. 

Ils la ménagent surtout en se donnant vis-à-vis 
de la lang-ue les plus extrêmes libertés. 

Les formes du cas-sujet et du cas-rég-ime sont 
employées avec une indifférence absolue, à peu près 
comme en cette « Ballade en vieil françois » où Villon 
atteste si éloquemment son ignorance de l'ancienne 
lang-ue l ; les premières ne sont plus qu'une ressource 
commode pour simuler l'archaïsme, la noblesse du 
style, ou se procurer une rime. Les règles, si sim- 
plifiées pourtant, qu'avaient édictées les Leys (II, 
p. 1 54 ss.), sont totalement ig-norées ou dédaig-nées. 
Dans la conjugaison, l'anarchie est moins complète; 
mais aux formes traditionnelles se mêlent constam- 
ment les formes analogiques, qui triompheront dans 
les patois modernes 2 ; le barbarisme même n'en est 



i. Éd. Long'non (Classiques français du moyen âge), p. 24. 

2. Au prétérit agui (XXXIV, 33), dissec (XIX, 45; XXIII, 7; 
XXX, 69), prengaec (XVII, 27), presec (XXII, 34), respondec (XIX, 
48), volguec (XV, 5i); au participe passé metut (XI, 24), comelut 
CXVII, 67). 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



pas absent 1 . Quant aux g-allieismes, ils abondent 2 ; de 
même les Lermes dialectaux 3 , les néologismes, les 
mots savants, calqués, plus ou moins fidèlement, 
sur des modèles latins; mais ce qui nous choque 
encore le plus, c'est l'envahissement des jargons 
professionnels, surtout de la chicane et de l'école, 
et cet affligeant mélange de platitude et de pédan- 
tisme. 

Cette lang-ue, en dépit de ces tares, ou mieux à 
cause de ces tares même, mériterait une étude dé- 
taillée. Mais il faudrait la rapprocher sans cesse des 
prescriptions des Leys et d'autres textes contem- 
porains 4 , et ce sujet, pour être traité convenable- 
ment, exigerait une place dont je ne dispose pas. 



i. Je considère comme barbares ems (siimus, XXI, n), mortes, 
ajustées (3e pers. sing. parf., XVI, i, 40- L,es ires pers. sing. de 
prétérit volgues, foguelz, dices (XVII, 2, i3, 22) sont aussi bien 
singulières. 

2. Voy. au Glossaire bannir, crendre, danger, engrat , frapar, 
peur, précieux, heuros, joyne, lerinu, rnarchan, maysansa , Irum- 
blar, tuar, etc. 

3. Formes toulousaines ou languedociennes : neyt (IX, l\\ ; XV, 61 
et passim), velh, velha (voleo, voleat, XXXIV, 7; XXVIII, 43), 
naul (IV, 25; VII, 45 et passim), peys {post, XVIII, G7). — Formes 
albigeoises ou rouergates : abriel (LU, 'ài),'jiel (Jihtm, LX11I, 26), 
miel et mial (mille, XXXVII, i3, et LV, 1), humial, humielment, 
XXI, 5; XXVI, i5; XVII, 66, etc.), obrias (XLI, 1); tiau (ht uni, 
XXI, 7). — Formes ou graphies gasconnes : en liubecin (IX, 38), 
seguint (XV, 43). enta (LXV1, 10), quant, qaoals (XXXVII, 7, 38), 
puncela (XV, 39). 

4. Une grammaire complète des Leys serait la très bien venue ; 
on sait que le remarquable travail de M. Lieuig (Die Grammatik 
der provençal isc/11 ti Leys d'Amors verglichen mit der Sprache 
der Troubadours, I, Phonetik, Breslau, 1890), n'en traite qu'une 
partie. 



INTRODUCTION. 



Je le laisse donc volontiers au jeune philolog-ue 
qu'il pourrait tenter, me bornant à consigner en 
un bref glossaire les mots qui m'ont paru, aux 
divers points de vue indiqués plus haut, les plus 
intéressants. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR 



PREMIERE PARTIE 

JOIES DE LA VIOLETTE 



I 



Cirventes loqual fe 'N Arnautz Vidal dal Castel Nou d'Arri, 
e gazanhet ne la violeta de l'aur, a Toloza : so es assaber la 
premiera que s'i donet, e fo en l'an M.CCCXXIV. 

I Mayres de Dieu, verges pura, 

Vas vos me vir de cor pur, 
Ab esperansa segura, 
Tal qu'ab merse m'assegur 
5 Que m'escur 

Say, tan qu'a la fi s'atur 



Sirventés, lequel fit noble Arnaud Vidal de Castelnaudary, 
et par lui il gagna la Violette d'or, à Toulouse : c'est à 
savoir la première qui s'y donna, et ce fut en l'an i32$- 

I. Mère de Dieu, Vierge pure, — vers vous je me tourne de 
cœur pur, — avec espérance sûre, — telle que, avec merci, je 
m'assure — que je me purifie — ici, tant qu'à la fin se fixe — 

i 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



M'arma lay on gaugz s'atura; 
Verges, ab dreyla mezura, 
Prec preguetz Dieu no* m mezur, 
10 Car per dreg, en Ioc escur, 
M'arm'auria cambr' escura, 
E car de vos no m rancur, 
Dels gaugz dels sels non endur. 

II Verges, ses par de plazensa, 

15 Per nostr' amor, fos plazens 

A Dieu tan que'n près nayshensa, 
Dont pueys per nos fo nayshens. 

Humilmens 
Vos prec que-m siatz guirens, 
20 E que-m portetz tal guirensa, 
Qu'ieu an lay, ses defalensa, 
On gaugz non es defalhens : 
Car yeu, de cor, soy crezens 



mon âme là où joie est fixée; — Vierge, avec juste mesure, 
— je vous prie que vous priiez Dieu qu'il ne me mesure pas; 
car par droit, en lieu obscur, — mon âme aurait chambre 
obscure; — et pour que de vous je ne me plaigne pas, — que 
des joies du Ciel je ne sois pas privé ! 

II. Vierge, sans pareille de plaisance, — par amour pour 
nous (c.-à-d. que Dieu eut pour nous), vous filles plaisante — 
à Dieu, si bien qu'il en (par suite de cela) prit naissance, — 
d'où ensuite, pour nous, il fut naissant. — Humblement — je 
vous prie que vous me soyez garant, — et que vous me portiez 
telle garantie — que j'aille là, sans défaillance, — où joie 
n'est point défaillante, — car, de cœur, je suis croyant — 



JOIES DE LA VIOLETTE. 



Que qui 'n vos ha sa crezeiisa, 
25 No raor perdu rablamens, 
Ans er ab gaugz revivens. 

III Regina ciels sels, d'ondransa, 

Car tolz oms que* us es ondrans, 
Ondratz sera, ses doptansa, 

30 Sol sia ferais, no doptans, 
.M. aytans 
Per vos, qu'etz fons aondans, 
On Dieus trobec aondansa 
De totz bes, vostr' amparansa 

Si llequier, que # m si 'amparans 
Vostre filhs e perdonans 
Mos pecatz, car perdonansa 
Fay aïs sieus fizels clamans, 
Tant es dous e merseyans. 

24 que] ms. qui. 



que celui qui en vous a sa croyance — ne meurt point éternel- 
lement, — mais qu'avec joie il sera revivant. 

III. Reine des cieux, (reine) d'honneur, — parce que tout 
homme qui vous est honorant, — honoré sera, sans aucun 
doute, — pourvu qu'il soit ferme, non doutant, — mille fois 
autant — à cause de vous, qui êtes la fontaine abondante, — 
où Dieu trouva abondance — de tous biens, votre protection 
— je requiers, pour que me soit protecteur — votre fils et 
qu'il me pardonne — mes péchés, car pardon — il accorde à 
ses fidèles qui l'implorent, — tant il est doux et miséricor- 
dieux. 



4 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

IV 40 Verges, us gaugz me coforta 
Tôt jorn d'amoros cofort : 
Car, per la virginal porta, 
Intret Dieus dins vostre port, 
Don estort 

45 Em tug a durabla mort : 
Que nostra vid' era morta, 
Quar Adams tenc via torta, 
Manjan del frug a gran tort; 
Mas yeu en vos ay conort, 

50 Ab tal esper que*m conorta 
Que vostra bontatz me port 
Mest manh glorios déport. 

V Flors de paradis, ondrada 

Per los Arcangels ondratz, 
55 Flors sus els tros aut montada, 
Flors que vostr' amie montatz, 

Flors de patz, 
Flors on gaugz s'es encastratz, 



IV. Vierge, une joie me conforte — toujours d'amoureux 
confort : — c'est que, par la virginale porte, — Dieu entra 
dans votre port, — grâce à quoi arrachés — nous sommes tous 
à la durable mort : — car notre vie était morte, — parce que 
Adam suivit une voie tortueuse — en mangeant du fruit à 
grand tort; — mais en vous je mets mon réconfort — avec cet 
espoir qui me réconforte — que votre bonté me portera — ■ au 
milieu de maintes glorieuses joies. 

V. Fleur de paradis, honorée — par les Archanges honorés, 

— fleur aux cieux haut montée, — fleur qui votre ami élevez, 

— fleur de paix, — fleur où joie s'est enchâssée, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. 



Flors en purtal encastrada, 
60 Flors que no fo desflorada 
Pel frug, ans renias floratz 
Vostre cors, quan Dieus fo natz 
De vos, Verges ses par nada, 
Prec vos que merse m'aiatz, 
65 Tan que*m n'an ab los salvalz. 

VI Si cum soy lay autreyatz 

On vertutz es autreyada, 
En vostra cambra ondrada 
D'Uzesta, car lay ondralz 
70 Mans desfagz, si queds refatz, 
Prec vos que de la re fada, 
Verges, per qu'om es damnatz, 
Si-us plais, guirens nos siatz. 
Amen. 

6o ms. desflarada. 

73 nos] ms. no. Les corrections sont de Chabaneau. 



fleur en pureté enchâssée, — fleur qui ne fut point déflorée — 
par le fruit, mais (telle que) resta fleuri — votre corps, quand 
Dieu fut né — de vous, Vierge sans pareille née, — je vous 
prie que merci m'ayez, — si bien que je m'en aille avec les 
sauvés. 

VI. Aussi vrai que je suis octroyé là — où vertu est octroyée, 

— en votre chambre honorée — d'Uzeste, parce que là vous 

honorez — maints défaits (désolés), de telle sorte que vous les 

refaites (consolez), — je vous prie que de la chose folle, — 

Vierge, par laquelle on est damné, — s'il vous plaît, garant 

nous soyez. 

Ainsi soit-il. 



D LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II 

Canso de mosen R. d'Alayrac, capela d'Albeges, e gazanhet 
ne la violeta de l'aur, a Tolosa. la segonda vetz, en 
l'an M.CCC.XXV. 

I En Amor ay mon refugi, 

Vas on, de cor, lot jorn rugi, 

Car soy pauzalz en engoyslia, 
4 Pueys soy may près que no cugï, 

Cays sarralz dins una boysha, 

E cug' contrafar la moysha, 
7 Que pren abtamens e vola. 

II E quan m'a dedins s'escola 

Encenhat, cove que cola 
So que vol e dreg esserca, 
Il E vau entorn, cum la mola, 
Ses partir de prop sa merca : 

io dreg] ms. dregz. 



Chanson de mesure R. d'Alayrac, prêtre d'Albigeois, et 
par elle il gagna la violette d'or, à Toulouse, la seconde 
J'ois (qu'elle fut donnée), en i '>2.'j. 

I. En Amour j'ai mon refuge, — vers lequel, de cœur, tou- 
jours je m'enfuis, — car je suis tombé en ang-oisse, — parce 
que je suis plus prisonnier que je ne le pense, — comme en- 
serré dans une boîte, — et je crois contrefaire l'émouchet, — 
qui prend habilement et vole. 

II. Et puisqu'il (Amour) m'a dans son école — enseigné, il 
convient que je pratique — ce qu'il veut et que j'exerce le 
droit, — et je vais tournant (autour de lui), comme la meule, 
— sans m'éloigner d'auprès de sa limite : — 



JOIES DE LA VIOLETTE. II. 

Per que cove qucm coverca 
14 Vas lies, trop may que no soli. 

III E no-m don Dieus be, si'in doli 
De lies servir, ni se voli 
Aulramen morir ni viure, 

18 Car ab lies tan m'acossoli 
Que de mais me te deliure : 
Per qu'es dregtz donx que la*m Hure, 

21 E fort e ferm m'i encaste. 

IV Sia traucatz de mal asle, 
E deffeci d cor me gaste, 

S'ieu vuelli aires may conquerre; 

25 E mos enamix que* m taste 
En loc perilhos^ on erre, 
E mortz ab cotel m'aterre, 

28 de gran colb de g-azarma. 

21 ms. encastre. 

22 sia] ms. siam. 



c'est pourquoi il convient que je me retourne — vers lui, beau- 
coup plus que je n'ai coutume. 

III. Et que Dieu bien ne me donne, si je me plains — de le 
(Amour) servir, ou si je veux — autrement mourir et vivre; 

— car avec lui je me console si bien — que de maux il me 
tient délivré : — c'est pourquoi il est donc juste que là je me 
livre, — et que fort et ferme je m'y encastre. 

IV. Que je sois percé de cruel dard, — et que la pâmoison 
le cœur me trouble — si je veux autre chose conquérir; — et 
que mon ennemi m'atteigne — en lieu périlleux, où j'erre 
(serais errant), — et que, mort, avec le couteau, il m'atterre, 

— ou d'un grand coup de gnisarme. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



V Quar ycu die ejur per m'arma, 

Tant fort me gamins e m'arma 
De prelz, de joy, e m'arrapa, 
32 Qu'el mon non es tant fort arma 
Que m'ostes de jotz sa capa; 
Mortz me prendra si m'escapa, 
35 De tan fin cor m'i aclini. 

VI Amors, degun jorn no fini 

De vos servir, ans m'ayzini 
Ad.es que plus vos servisca, 
39 E-1 cors e*l cor hi afini, 

Per que voslre vol cumplisca, 
E prec Dieu no m'abelisca 
• 42 Luna re que vos ne perga. 

VII Oui qui-s vuelha m'arramisca, 

Sol que mos castels m'ubrisca 
45 E vas mi no # s torn reguerga. 
44 mos] corr. sos('?). 



V. Car je le dis et je le jure sur mon âme, — il (Amour) si 
fort me garnit et m'arme — de prix, de joie et (si fort) m'étreint, 
— qu'au monde il n'y a arme si puissante — qui m'ôtàt de 
dessous sa cape : — la mort me prendra s'il m'échappe, — de 
si pur cœur je m'y attache. 

VI. Amour, aucun jour je ne cesse — de vous servir, au 
contraire je me dispose — continuellement à vous servir da- 
vantage, — et le corps et le cœur j'y affine, — afin que votre 
vouloir j'accomplisse, — et je prie Dieu que ne me complaise 
— • nulle chose telle que je vous en perde. 

VII. Que qui le veut m'attaque, — pourvu qu'il (l'amour) 
m'ouvre mes châteaux (?) — et vers moi ne se retourne renfro- 
gné (courroucé). 



JOIES DE LA VIOLETTE. — III. 



SOBEE LA VIOLETA* 



III 



Per aquest vers M. Pons de Prinhac, ex-capitol de Tholosa, 
guassanhec la violeta de l'aur. l'an M.CCCXLV. 

I Dins un bel prat, corn passât per mesura, 

Una florz nays, qu'ieu say, en pauc de femps; 
E can ve lay que reuha lo gay temps, 
4 En son jhoven, pren guayha noyridura; 
Etz enapres, quar es frevols e tenra, 
Lo vent, tôt jorn, en ventan la decay; 
E pueyhs le freytz que la fa tornar lay, 
8 Al femps poyrir, del cal d'avan s'engenra. 

8 al] rns. als; engenra] ms. engendra. 



Par ce vers M. Pons de Pria/tac, ex-capitoul de Toulouse, 
gagna la violette d'or, l'an i3$5. 

I. Dans un beau pré, compassé par mesure, — une fleur 
naît, que je sais, sur un peu de fumier; — et quand l'heure 
vient que règne le gai temps, — en sa jeunesse, elle prend 
gaie nourriture; — et puis après, parce qu'elle est faible et 
tendre, — le vent, toujours, en ventant la renverse; — et puis 
(vient) le froid qui la fait retourner là, — pourrir au fumier, 
duquel auparavant elle s'engendre. 



1. Ces mots sont écrits en petits caractères, au haut de la page 4, 
en tète de la pièce IX, qui ouvre la série. 



IO LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



II Per lo bel pral, on la Hors pren naysensa, 

Es enlendutz le mons fais, que*ns enpenh 
A far baralz, quar malvestatz nos fenh 

12 So que non es, eus tolh la conoysensa, 
Tant que no vey que milhorem de vida, 
Ni sol pensar no volem don nasquem : 
E, per so, crey tôt le mal que su f rem 

16 Nos dona Dieus quar malvestatz nos guida. 

III Comparar vuelh à la flor, per semblansa, 

Nos, qu'en est mon prendem lo naysement, 
Que, de prumier, avem gay noyrimen, 
20 Tro l'enemixs en peccatz nos avansa; 
Per que Dieus fay de paradis la vista, 
Com la flors pert, segon que-m par, alz uelli; 

i5 mal] ms. mais. 

18 prendem] ms. prendrem; lo au-dessus de la ligne. — 22 pert] 
lecture douteuse; on pourrait lire aussi pot. 



II. Par le beau pré, où la fleur prend naissance, — est 
entendu le monde faux, qui nous pousse — à faire fraude, car 
méchanceté nous feint — ce qui n'est point, et nous enlève la 
connaissance, — tellement que je ne vois pas que nous amé- 
liorions notre vie; — ni même nous ne voulons penser d'où 
nous naquîmes : — et, pour cela, je crois que tout le mal que 
nous soutirons, — Dieu nous le donne parce que méchanceté 
nous guide. 

III. Je veux comparer à la fleur, par ressemblance, — nous, 
qui en ce monde prenons la naissance, — qui, de prime abord, 
avons «j'aie nourriture, — jusqu'à ce que l'ennemi nous pousse 
aux péchés; — c'est pourquoi Dieu nous montre le paradis, 
— quand la fleur disparaît aux yeux(?); — 



JOIES DE LA VIOLETTE. III. II 

Per que n'es pexs qui leva gran erguelh, 
9A El quai, si mor, layshara l'arma trista. 

IV Pel femps don nayhs la florsque-nfay leu brusca, 

Es entendutz le lims del quai nasquec 
Adamps, que pueys los payres engendrée, 

28 Dels quais prendem nostra cayliva rusca ; 
E pueys sercam naut pueg e manta comba 
Per nostres hops, don sufrem gran trebalh ; 
E, can morem, tôt Paver nos defalh, 

33 Tant qu'om nos met tots nutz dedins la tomba. 

V Le cruzels ventz qu'en torn de la flor venta, 

Die yeu, de ssert, quez es cobeylatz granz, 
Que-ns fay bayhsar lo cap en far engans, 
36 Don eug per so c'avol gen nos lurmenta. 

32 qu'om] ms. que; déclins] de au-dessus de la ligne. 

33 L's de cruzels ajouté. 



c'est pourquoi celui-là est fou qui montre grand orgueil, — 
dans lequel s'il meurt, il laissera l'âme triste. 

IV. Par le fumier d'où naît la fleur, qui de nous fait vite 
bruyère (sèche), — est entendu le limon duquel naquit — 
Adam, qui ensuite les pères engendra, — desquels nous pre- 
nons notre chétive écorce (corps) ; — et puis nous parcourons 
haute montagne et mainte vallée — pour nos besoins, d'où 
nous souffrons grande peine; — et, lorsque nous mourons, 
tout l'avoir nous fait défaut, — si bien qu'on nous met tout 
nus dans la tombe. 

V. Le cruel vent qui autour de la fleur vente, — je dis cer- 
tainement que c'est la convoitise grande, — qui nous fait bais- 
ser la tête en commettant des tromperies, — d'où je pense 
pour cela que méchante gent nous tourmente. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



E le grans freylz que, pueyhs, la flor ne porta, 
Die qu'es la mortz quens jogua'I fais companh, 
Oucns fay tornar sieus, a*l melhor guazanh, 
40 En terra vil, quan nostra carn es morta. 

VI Mos Ferms Governs, bos espers me conorla 

De venir la\' ou lunhs bes no defalh : 
Per que*us sopley no-m tengats per estranh, 
Can me veyretz près la divinal porta. 

3g ms quen ... sieu. 

42 Corr. pour la rime, on totz bes estre s tanh(?). 



Et le grand froid qui ensuite, emporte la fleur, — je dis que 
c'est la mort, laquelle joue le (joue pour nous le rôle de) perfide 
compagnon et nous rend siens, (nous chang-eant), pour son 
plus grand profit, — en une terre vile, lorsque notre chair est 
morte. 

VI. Mon Ferme Gouvernail, bon espoir me réconforte — 
de venir là où nul bien ne fait défaut : — c'est pourquoi je 
vous supplie que vous ne me teniez pas pour étranger, — 
quand vous me verrez près de la divine porte. 



JOIES DE LA VIOLETTE. IV. l3 



IV 



Canso de Nostra-Dona, retrogradada, per laquai M e Astorc de 
Gualhac, doctor en leys ne jutge de Bilalongua, guassanhec 
la violeta, l'an M.CCC.LV. 

I Verges humils, on totz fis pretz s'atura, 

En vos lausar pausaray mon désir, 
Ouar elz vaisels on gaug no pot faillir. 

4 Mayres de Dieu, am resplenden figura, 
De vos nasquec la nostra medecina; 
Cambra d'onor, rays déclarât e lumps, 
Aygla ryals, plena de bos costumps, 

8 Vos etz luzentz mai que merauda fina. 

II Frug vertuos, en vos florys e grana 

Gaug senes fi, quar etz fontz de dossor, 

G L's de rays est ajouté. 

10 senes écrit après coup sur ses. 



Chanson rétrogradée, en V honneur de Notre-Dame, par 
laquelle Maître Astorc de Galhac, docteur ès-lois et juge 
de Villelongue, gagna la Violette, l'an i355. 

I. Vierge humble, en qui tout pur mérite se fixe, — à vous 
louer je placerai mon désir : — car vous êtes le vase où la joie 
ne peut faillir. — Mère de Dieu, avec resplendissante figure, 
— de vous naquit notre remède; — chambre d'honneur, rayon 
manifesté et lumière, — aigle royal, pleine de bonnes coutu- 
mes, — vous êtes brillante plus qu'émeraude fine. 

II. Fruit vertueux, en vous fleurit et graine — joie sans fin, 
car vous êtes fontaine de douceur, 



l4 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Digna de laus per vostra gran valor. 
12 Le filhs de Dieu près de vos carn humana, 

Donna plazentz; en vos fec residensa 

Verg-enelat, ses nul corompemen; 

Mirais d'onor, vos datz gaug excellen 
10 A tug aquilh que'us porlan reverensa. 

III Flors ben olentz, plena de bontat digna, 

Purlatz fizels en vos fav son redug, 
Ouar vos portetz d'umililal L'estug. 

20 Vêla de inar, gentil Dona benigna, 

Carboncles fis, luzenlz mays que la perla, 
Temples sagratz, porlan frug pressios, 
Vos etz le ramps d'esperansa guaujos, 

24 Roza de may, qu'etz de totz camps eslerla. 



i4 nul] rns. nulz. 

19 Ms. umililalz. — 21 la écrit au-dessus de la ligne. 



digne de louanges pour votre grande valeur. — Le fils de Dieu 
prit de vous chair humaine, — Dame plaisante; en vous fit 
résidence — virginité, sans nulle corruption; — miroir d'hon- 
neur, vous donnez joie excellente — à tous ceux qui vous por- 
tent révérence. 

III. Fleur hien odorante, pleine de digne bonté, — pureté 
fidèle t'ait en vous son asile, — parce que vous portâtes l'étui 
d'humilité. — Voile de mer, noble et bienveillante dame, 
— escarboucle fin, brillant plus que la perle, — temple sacré, 
portant fruit précieux, — vous êtes le joyeux rameau d'espé- 
rance, — rose de mai, qui êtes ... vierge. 



JOIES DE LA VIOLETTE. IV. l5 

IV En los naulz tros, al sagrat consistori, 

Vos etz, de ssert, am lo Rey elernal, 
Ouar vos estetz el mon ses crim mortal. 

28 Solelhs verays, complitz de jhoy notori, 
Ros destillantz que*ls famolentz apasta, 
Per vos prenem, per ver, guaug" e cofort, 
Ouar etz la naus que menatz a bon port, 

32 Alba luzentz, Dona, Verges mot casta. 

V Emperayritz e de grans beutatz plena, 

Dels peccadors vos etz verays endres, 
Que de vos nays caritat c merces, 

30 Port de salut, on totz bos ayps termena; 
Liris de gaug, del nostre los mot digne, 
Frug grassios, pren noyrimen de patz, 
Quar vos etz tais que-1 mon enluminatz, 

40 Falcos volantz, am cor umil, bénigne. 

25 Ms. sagratz. — 32 mot ajouté au-dessus de la ligne. 
37 Ms. vostre. 



IV. Dans les hauts cieux, au sacré consistoire, — vous êtes 
certainement avec le Roi éternel, — car vous fûtes au momie 
sans crime mortel. — Soleil vrai, rempli de joie notoire, — 
rosée tombante qui repaît les affamés, — par vous nous pre- 
nons, en vérité, joie et confort, — car vous êtes la nef qui 
menez à bon port, — aube brillante, Dame, Vierg-e très chaste. 

V. Impératrice et pleine de glandes beautés, — des pécheurs 
vous êtes le vrai guide, — car de vous naît charité et merci; 
— port de salut, où toute bonne qualité aboutit; — lis de 
joie, de notre louange très digne, — fruit gracieux nour- 
riture de paix, — car vous êtes telle que vous illuminez le 
monde, — faucon volant, avec cœur humble et bénin. 



l6 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

VI Perla d'onor, quel mon caytieu résigne, 

Secoretz me, que no ssia dampnatz, 
Ouar vos etz fons don nays pur' amislalz, 
44 Per que*m gardatz de l'infernal maligne. 

4 1-44 écrits en marge. — 43 ms. amistat. 



VI. Perle d'honneur, qui orne(?) le monde méchant, — se- 
courez-moi, pour que je ne sois point damné, — car vous êtes 
la fontaine d'où naît pure amitié, — ■ et c'est pourquoi pré- 
servez-moi de l'infernal malin. 



JOIES DE LA VIOLETTE. V. 17 



[Am aquesta] canso e dansa mesclat per loqual mestre Hue 
del Valat, [mestre en medessina] de Monpeslier, gasanhec la 
violeta [l'an M.CCC.LXXII]. 

I Per l'amistat, on fort mon cor se fiza, 

De vos, gentils, cuy pretz e laus enanssa, 
Dompnaj si* as play, vuelh chanso far e dansa, 
No per us rims, mas per novela siza 
5 Gent deviza : 

Ouar la dousors que*! novel temps amena, 
S'es tan prelion dins Io mien cor enclausa, 
Que d'estar gays no pot jorn aver pausa, 
E per causa, 
10 Pus que l'ausel, en may, am la serena. 

Le titre a été remanié après coup; j'ai mis entre crochets les 
mots ajoutés. 

6siff dousors ajoutée. 



Avec cette chanson et danse entremêlée, Hugues del 
Valat , maître en médecine de Montpellier, gagna la 
violette, l'an i3j2. 

I. Par l'amitié, où mon cœur fortement se fie, — de vous, 
noble, que prix et louange rehausse, — Dame, s'il vous 
plaît, je veux faire chanson et danse, — non par rimes 
connues, mais par une nouvelle coupe, — gentiment disposée : 
— car la douceur que le nouveau temps amène, — s'est si 
profondément dans mon cœur enclose — que d'être gai il ne 
peut (un seul) jour avoir pause, — et pour cause, — (p as ) 
plus que l'oiseau, en mai, avec le serein (du soir). 

2 



l8 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II De tal gaug es m'arma plena, 

Que ncrm cessi d'alegrar, 
Etz on pus me vuelh fondar 
En chantar, 
15 May s ay d'amors joy sens pena. 

III Doncs, pel desduyt que m'es datz per estrena, 

Ceray jhoyos, hondran vos, Dona cara, 
Ses cossentir res per que*m torn amara 
L'amors de vos, qu'en mon cor jhoy semena 
20 E remena; 

Quar, pauxs enfant, no sabentz l'avenlura 
Ni l'astre bo que*l mon aver dévia, 
Done mon cor a vostra senhoria 
Lo tertz dia 
25 Que parlantz fuy, segon cors de natura. 

25 Ms. paralantz. 



II. De telle joie est mon âme pleine, — que je ne cesse de 
me réjouir, — et plus je me veux affermir — à chanter, — 
plus j'ai joie d'amour, sans peine. 

III. Donc, par le plaisir qui m'est donné pour étrenne, — je 
serai joyeux, vous honorant, Dame chère, — sans consentir à 
rien par quoi me devienne amer — l'amour de vous, qui en 
mon cœur sème la joie — et (la) ramène; — car, petit enfant, 
ne sachant le bonheur, — ni l'astre bon (la chance heureuse) 
qu'au monde je devais avoir, — je donnai mon cœur à votre 
seigneurie, — le troisième jour — que je fus parlant, selon le 
cours de nature. 



JOIES DE LA VIOLETTE. — V. 10, 

IV Per so doncs, am bona cura, 

Chanso del voslre cors gay, 
Ouar ayshi, Dona, viuray, 
Si a vos play, 
30 Rixs, que joy m'en assegura; 

E si l'amors se reffrena 
De vos, pel mieu cors nafrar, 



35 D'amar vos, hon pretz germena. 

V Hanc, pueys que*us vy, non agui jorn endura 

De gaug entier, ni de tôt ben sofracha, 
Ni d'amar vos no mi fec res enpacha, 
Ouar fis espers m'en donec, am figura, 
40 Régla pura, 

Que vos etz mars de jauzimen hornada, 
E creys valors e fontz don pretz s'asagua, 

26-7 La phrase n'est pas faite; remplacer doncs par fatz(?). — 
33-4 C es deux vers manquent ; la lacune n'est pas indiquée. 



IV. Pour cela donc, avec bon soin, — (je ferai) chanson de 
votre corps gai, — car ainsi, Dame, je vivrai, — s'il vous 
plaît, — riche, car joie m'en donne l'assurance; — et si 

l'amour se refrène — de vous, pour mon cœur navrer — 

— de vous aimer, (vous) où germe Prix. 

V. Oncques, depuis que je vous vis, je n'eus (en aucun) 
jour jeûne — de joie entière, ni disette d'aucun bien, — ni de 
vous aimer rien ne me fit empêchement, — car pur espoir 
m'en donna, avec figure, — règle pure, — vu que vous êtes 
mer de jouissance ornée, — et (qu'en vous) croît valeur et 
(que de vous vient) fontaine d'où prix se répand (?), 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



Per que m'adutz volers dreylz qu'ieu retragua, 
Que m'apagua, 
45 L'onor e-1 laus de que vos etz dolada. 

VI Sus totas elz coronada, 

Gentils flors d'umilitat, 
Amb excellent castetat, 
Que*us a dat 
50 Lo pretz que vos a' nluminada; 

Car vos etz de g&ug la vena, 
Don cascus deu vos lausar, 
Creyser e multipliear 
E pensai* 
55 Quom dreg- d'amor determena. 

VII De molz bos haps e de ricx etz ornada, 

E de bos faitz coniplidament garnida, 
Joves etz d'ans e de vielh sen complida, 

5o que nos enluminada; la corr. est de Noulet. — 52 La pre- 
mière partie du vers paraît avoir été refaite. 

58 Les dernières lettres du premier mot sont effacées; le début 
peut se lire hon, que Noulet complète en hondrada. 



c'est pourquoi vouloir juste m'inspire que je rapporte — et ce 
vouloir me satisfait — l'honneur et la louange dont vous êtes 
dotée. 

VI. Sur toutes vous êtes couronnée, — noble fleur d'humi- 
lité, — avec excellente chasteté, — qui vous a donné — le 
prix qui vous a illuminée ; — car vous êtes de bonheur la 
veine, — d'où chacun doit vous louer, — croître et multi- 
plier (?) — et penser — comme droit d'amour le détermine. 

VII. De très bons et de riches mérites vous êtes ornée, — et 
de bons faits complètement garnie, — vous êtes jeune d'années 
et de vieux sens accomplie, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. 



Senes ergnelh e de verlat parada 

60 E fonsada ; 

Etz etz ses frau, avinens e jhoyoza, 
Neta de cors e d'arma fort devota, 
Humils d'esg-uart e d'estat, sens riota, 
No punt Iota; 

65 Pros en be far etz en totz ditz andosa. 

VIII La vostr' araor grasciosa 

M'enpenh lo cor a servir 
Etz a lausar e bendir 
E grasir 
70 Vos, Flor ses par, amorosa, 

E quar etz de bos fruytz mena, 
Pel vostre pretz eyshausar 
Me vuelh, chantan, deportar 
E jhoy dar, 
75 Gom, nadan, fay la balena. 

5g Ms. veritat. — 65 Ms. audosa. Je suppose, comme Noulet, que 
c'est une autre forme de aondosa; corr. e'n totz bons ditz (?). 



sans orgueil et de vérité parée — et fondée; — et vous êtes 
sans fraude, avenante et joyeuse, — nette de corps et d'âme 
fort dévote, — humble d'aspect et d'état, sans contestation, 

— non point ; — vous êtes noble en actions et en tous 

(bons) dits abondante. 

VIII. Votre amour gracieux — me pousse le cœur à servir 

— et à louer et bénir — et remercier — vous, Fleur sans pa- 
reille, amoureuse, — et parce que vous êtes mine de bons 
fruits, — pour élever votre prix, — je me veux, en chantant, 
amuser — et joie (me) donner, — comme, en nageant fait la 
baleine. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



VI 



Etz le sanlz cor, purs e netz, verginals, 

Ons abitet le Reys espiritals, 
4 Per confortar nostra frevol nalura, 

Laquai Adams sosmes a crim enic, 

E pueys sofris greus e cruzels castix ; 

Mas, per merce, Dieus le castel l'ubric 
8 Am clau d'amor, coma fissels amix. 

II Le vestimentz sens lunha cosedura 

Fo'l cors del Filh que - ns aleugec dels mais, 
Ouan vestir vole nostres draps humanals, 
12 Oues eran fag de simpla filadura, 
E vestic los en loc claus, ses aturs 

VI. Ces vers sont écrits au-dessous des précédents, sans que rien 
indique qu'ils forment une pièce nouvelle. 

3 Ms. abitetz. — 5 crim est écrit sur un autre mot. 
io fol] ms. sol. — i3 los] ms. las. 



I. ... Vous êtes le saint corps, pur et net, virginal, — où 
habita le roi spirituel, — pour conforter notre frêle nature, — 
laquelle Adam soumit à crime inique, — et puis souffrit rudes 
et cruels châtiments; — mais, par sa merci, Dieu lui ouvrit le 
château, — avec clef d'amour, comme fidèle ami. 

II. Le vêtement sans aucune couture — fut le corps du Fils 
qui nous allégea des maux, — quand il voulut revêtir nos 
draps humains, — qui étaient faits de simple filure — et il 
les revêtit en lieu clos, sans application — 



JOIES DE LA VIOLETTE. VI. 

D'ome carnal, reg-ardan los faytz durs, 
Per sa merce, que donavan dcstrix 
16 Del salvamen a lot fizel amie, 

Ouar lo pus aulz era flaxs e pesucs. 

III Mos Bels Castels, per quel mon es segurs, 

Defendetz my dels mieus enemixs durs, 
20 Ouar Ior poder fan que*m donen estrix 
D'anar à vos, e si*us ay faytz enic 
Lo vostre cor, merce- us queri, paurux. 



d'homme charnel, considérant les faits durs, — par sa merci, 
qui donnaient empêchement — de salut à tout fidèle ami, — 
car le plus haut était flasque et pesant. 

III. Mon Beau Château, par qui le monde est sûr, — défen- 
dez-moi de mes durs ennemis, — car ils s'efforcent de me don- 
ner empêchement — d'aller à vous, et si j'ai irrité — votre 
cœur, je vous requiers merci, craintif. 



24 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



VII 



Vers per loqual mossen Arnaut Donat, licenciât en leys, 
gasanhec la violeta. 

I Als cavaliers destinât per ausir, 

En aquest mon fisels a veritat, 
Vuelh far un vers, don seran leu point, 

4 Per l'arbe sus al sobira désir; 

De luy pot hom montar al pus aut sim, 
Estan am gaug, suferlan malenansa, 
Cresen de cor so qu'en ve per semblansa, 

8 Oue-1 frut moric, restauran nos del crim. 

II Le prumiers homs e payres de Caym 

Nos layscc fort heretatge, trop vils, 

7 qu'en] corr. qu'om? 



Vers par lequel Messire Arnaut Donat, licencié en lois, 
gagna la violette. 

I. Destiné, pour être entendu (d'eux), aux chevaliers — en 
ce monde fidèles à la vérité, — je veux faire un vers, (à laide) 
duquel ils seront bientôt élevés, — par l'arbre en haut, jus- 
ques au souverain désir; — de cet arbre on peut monter à la 
plus haute cime, — se tenant en joie, souffrant douleur, — 
croyant de cœur ce qu'on voit par semhlance — (à savoir) que 
son fruit mourut, nous relevant du crime. 

II. Le premier homme et père de Caïn — nous laissa un 
rude et très vil héritage, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. — VII. 20 

Mas empero, Jhesu Cristz, fort humils, 
12 Vole far enpeut divinal ins el sim ; 
Adonc près Dieus humanitat carnal, 
Cercan sa mort per nos gitar del sapble, 
On eram mes en turmen perdurapble, 
16 Etz oms moric per la votz divinal. 

III Estacat fenn eram tug en un pal, 

Don Jhesus Cristz nos vole trayre sens mort. 
Ay! malastrucs, corn l'ofendem a tort! 

20 Quez el, per nos, s'ofris a tan grau mal. 
Aïs ordenalz laysec Dieus e pennes 
Horde veray e poder, qu'en figura 
Nos fan de pa veser la carn mot pura, 

24 Lacal, manjan, paradis nos promes. 

i3 près] ms. prest; d'abord humitat. — 16 D'abord om. 

20 sofrissa] les trois dernières lettres refaites. — - 21 ms. ordenat. 



mais néanmoins, Jésus-Christ, fort compatissant, — voulut 
faire greffe divine à la cime; — alors Dieu prit humanité 
charnelle, — cherchant sa mort pour nous tirer du gouffre (?), 
— où nous étions mis en tourment pardurable, — et, homme, 
il mourut par la voix (sentence) divine. 

III. Nous étions tous attachés ferme à un pal, — d'où Jésus- 
Christ nous voulut enlever sans mort. — Ah ! malheureux, 
comme nous l'offensons à tort! — vu que lui. pour nous, s'of- 
frit à si grand mal. — Aux ordonnés (prêtres) Dieu laissa et 
permit — ordre vrai et pouvoir tel que. sous figure — de pain, 
ils nous font voir la chair très pure, — laquelle, mangeant (si 
nous la mangeons), il nous promet le paradis. 



a 6 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

IV En l'aybre jay elz estay nostra fes, 

Laquai seguir la'm cove sens biays, 
E, be seguen, de merce Dieus nos pays, 
28 Ouar per merse son li peccat renies; 
Aven merce perdona le pus fis, 
Dieus Jhesus Grist, guiren la gen malauza ; 
Car peneden ampara Dieus e l'auza, 
32 El règne, sus, veray de paradis. 

V D'umilitat es l'arbres totz assis, 

On Dieus volguec qued sieu Filh demores 
Per los fisels penedens e coffes. 

36 L'arbre veray, on moric cap enclis, 

Lo sieu dreit jo, nos mandée Dieu portai*, 
E mays lo carc mol leugier, ses ofensa, 
Pel quai lotz homs, coregen sa falliensa, 

40 El règne pot de paradis poiar. 



IV. En l'arbre gît et est notre foi, — laquelle il me convient 
suivre sans détour, — et, (la) bien suivant (si nous la suivons 
bien), Dieu nous repaît de merci, — car par merci les péchés 
sont remis; — ayant merci nous pardonne le plus noble (?), — 
Dieu Jésus-Christ, sauvant la gent malade; — car Dieu pro- 
tège le pénitent et le hausse — là-haut, au royaume vrai de 
paradis. 

V. Il est fondé en humilité, l'arbre — où Dieu voulut que 
son Fils demeurât — pour les fidèles pénitents et confès. — 
L'arbre vrai, où il mourut, tète inclinée, — (et qui est) son 
juste joug, Dieu nous commanda do le porter, — et aussi la 
chaîne très légère, sans offense, — par laquelle tout homme, 
corrigeant sa faute, — peut monter au royaume de paradis. 



JOIES DE LA VIOLETTE. VII. 27 

VI Us sols dous frug d'una Verges ses par, 

En l'arbre sus, sequec per gran amor 
E vole fenir, per comensar menor, 

44 Home carnal can se degra dampnar. 

Sirls pus nautz branxs estavan tug li auzel, 
Li miels cantan, e degus mens non era, 
Esperan tug can de mort vius tornera 

48 Cel que, nomnan, veg apelar anhel. 

VII Dieus, el mostier dels ordeuatz, mot bel, 

Es apelat anhel del Rey honest, 
Quetz als peccatz del mon trenca lo test, 

52 E que del mon merce'us clama del cel, 
Etz als defons don' eternal repaus, 
E patz als vius demoran en est segle, 
Ap tal poder quetz adreg hom s'aregle 

56 De luy servir dignamen, a m grain laus. 



VI. Un seul doux fruit d'une Vierge sans pareille, — sur 
l'arbre en haut, sécha par grand amour, — et il voulut finir, 
pour commencer moindre, — homme charnel, quand il se de- 
vrait condamner (?). — Sur les plus hauts rameaux étaient 
tous les oiseaux, — les mieux chantants, et aucun ne man- 
quait, — attendant tous quand, de mort, vivant reviendrait — 
celui que par nom je vois appeler agneau. 

VII. Dieu, au très beau moustier des ordonnés, — est appelé 
agneau du roi honnête, — qui aux péchés du monde tranche 
la tète, — et qui, du ciel, demande pour nous merci du monde 
(de nos fautes?), — et donne aux défunts un éternel repos, — 
et paix aux vivants demeurant en ce siècle, — avec tel pou- 
voir que l'homme juste peut régler sa vie — de façon à le 
servir dignement, avec grande louante. 



28 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

VIII Quar es humils, bénignes e suaus, 

A nom anhel, que mot es avinent, 
E lay on es demora simplament, 
GO E per lunh cas non es iratz ni braus : 
Aylal foc Dieus en l'arbre sus veray, 
On sufertar volguec mot granda pena, 
Per nos getar d'aquela vil cadena," 
Gi Ons eran lug, en ifern, per jamay. 

IX Mon cortes vers, si *1 pasatge se fay, 

Me portara lay on trobec Elena 
Lo digne fust per que fesla s'ordena 
G8 De Sancla Crolz, en est lertz jorn de may. 

66 portara] corr. portaras (?) 



VIII. Parce qu'il est bienveillant, bénin et doux, — il a 
nom agneau, vu qu'il est très avenant, — et là où il est il de- 
meure avec douceur, — et pour aucun cas (aucune faute) il 
n'est colère ni rude : — tel fut Dieu en haut sur l'arbre vrai, 
— où il voulut souffrir très grande peine, — pour nous retirer 
de cette vile chaîne, — où étaient tous, en enfer, pour jamais. 

IX. Mon courtois vers, si le passage (la croisade) se fait — 
tu me le porteras (?) là où Hélène trouva — le digne bois 
pour lequel se célèbre la fête — de Sainte-Croix, en ce troi- 
sième jour de mai. 



JOIES DE LA VIOLETTE. VIII. 2g 



VIII 



Per aquest vers per coblas unissonans le noble moss'en 
Peyre de Monlasur, cavalier, gasanhec la violeta. a Tho- 
losa. l'an MCCCLXXIII. 



I De far un vers soy eras ben d'acort 

Per fin' amor, pensan del gay saber, 
Quar e suplil, que dona gran plaser 
Aïs aymadors, jhoy, solas e déport. 
5 E cel que vol d'amor pretz conquistar 
En lotz sos faytz deu vissis esquivai', 
Aman de cor veray, e ien servir 
E merceiar si dons, e*ls bens grasir, 
Sufren los mais, quar enapres afans, 
10 Am bon effortz pot esser benanans. 

Variantes de B (ms. de Cornet) : 3 quar es. 



Par ce vers à couplets « unissonants », le noble seigneur 
Peire de Monlasur, chevalier, gagna la violette à Tou- 
louse, l'an i3j3. 

I. De faire un vers je suis maintenant bien de consente- 
ment (résolu) — par pur amour, réfléchissant au gai savoir — 
raffiné et subtil, qui donne grand plaisir — aux amoureux, 
(ainsi que) joie, consolation et délassement. — Et celui qui 
veut prix d'amour conquérir, — en toutes ses actions doit 
vices éviter, — aimant de cœur vrai, et noblement servir — et 
implorer sa dame et être reconnaissant des biens, — et souf- 
frir les maux, car après les angoisses, — avec bon effort, il 
peut arriver à bien. 



3o LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II Qui vol d'amor leu venir a bon port 

No vnelha dir a negun son voler, 
Ni declarar so qued pot dan tener, 
Quar fols parlars soven percura mort : 

15 Savis es doncs qui fug a fol parlar, 
E fols qui ditz so que fay a selar, 
E qui sos jhoys secretz no sap tenir 
E-ls mais eds bes passar am gent cobrir 
No sec lo cors que far deu fis aymans 

20 Que vol sofrir en patz los pros eds dans. 

III Fizels amors dona gaug e confort 

A sel que fay de valer son poder, 
•Segon que val gardan prelz e dever, 
Quar faillir pot si # s fay de maior sort 
25 Que far no deu, per fol holracugar, 

20 eu patz sofrir. 

22 valerj valor. — 23 val] vol. 



II. Qui veut d'amour arriver à bon port, — qu'il ne révèle 
à personne son vouloir, — ni déclare ce qui lui peut attirer 
dommage, — car fou propos souvent procure la mort; — sage 
est donc qui fuit fous propos, — et fou qui dit ce qui est bon 
à cacher; — et quiconque ses joies ne sait tenir secrètes, — 
traverser maux et biens en les dissimulant, — ne suit pas la 
marche que doit suivre fidèle amant — qui veut, en paix, souf- 
frir les biens et les dommages. 

III. Fidèle amour donne joie et confort — à celui qui s'ef- 
force de valoir, — selon qu'il vaut (selon sa condition), gar- 
dant prix et devoir, — car il peut faillir, s'il se fait de plus 
grand état — que faire il ne doit, par folle outrecuidance, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. VIII. 

Ouar assalz fay qui's defen a son par, 
Per que no # s deu ara pus fort aramir; 
Mas cel que*s vol de fin' amor jauzir 
Sia verays e fis, ses tolz engans, 
30 Ayshi de cors coin mostra per semblans. 

IV Tolz hom verays se pot dar bon conort 

Ouar A mors vol ayman fi retener 
Franc elz humil e-1 fay sobre valer 
E l'ergulhos no vol en son resort. 

35 Doncs fis aymantz se deu humiliar 
E bon secors querer e sopleyar, 
Humils, aclis, a ssi dons obesir 
Entieramen, volontos de morir 
Ans que faillis contra los sieus comans, 

40 Car sel que fay mot fay estar celans. 

29 ses tôt] e ses. 

4o que fay] que falh; corr. qu'o fa ('?). 



3i 



car il fait assez, celui qui se défend envers son égal, — c'est 
pourquoi il ne doit pas à plus fort s'attaquer; — donc que 
celui qui veut jouir de pur amour, — soit véridique et fidèle, 
sans nulle tromperie, — autant de cœur comme il (le) montre 
par semblant. 

IV. Tout pur amant se peut donner bon réconfort, — car 
Amour retient (à son service) amant pur, — franc et modeste 
et le fait survaloir, — et il n'accepte pas l'orgueilleux sous sa 
loi. — Donc, le pur amant se doit humilier — et bon secours 
demander et implorer, — humble et soumis, obéir à sa dame 
— entièrement, consentant à mourir — plutôt que d'enfreindre 
ses ordres, — car celui qui les enfreint, il faut qu'il soit très 
habile à dissimuler (?). 



32 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

V Fols cobeytos par cel que vol a tort 

Ouonquerir so qued elh no's tanh aver, 
E qui trop vol montar deu bas cazer, 
Com cel que*s vol guereiar am pus fort 

45 De si meteys, tôt per sobremoular. 
Per que tôt bonis se deu amesurar 
En totz sos faytz, gardan se de faillir, 
E temps e loxs esperar e sofrir, 
Quar trop cochar toi may en un sol lans 

50 Que reparar no - s pot ges en VII bans. 

VI Mos Bels Gaptenbs, d'auta valor, ses par 

Flors de jhoven, miralh de fin prelz car, 
La vostr' amors me fai reibovenir 
E*ls bels parlars e*l plazen aculbir 

48 temps] colbs. — 5o reparar] restaurar; ges] gen. 
54 bels] dous. 



V. Follement convoiteux paraît celui qui veut à tort — con- 
quérir ce qu'il ne lui sied pas d'avoir; — et qui veut trop mon- 
ter bas doit tomber, — comme celui qui veut guerroyer avec 
plus fort — que lui-même, pour monter plus haut qu'il ne 
doit. — C'est pourquoi tout homme doit observer la mesure 
— en tous ses actes, se gardant bien de faillir, — et temps et 
lieux attendre et patienter, — vu que trop se dépêcher enlève 
plus d'un seul coup, — que restaurer l'on ne peut aucunement 
en sept ans. 

VI. Mon Beau Soutien de haute valeur, sans pareille, — 
fleur de jeunesse, miroir de pur mérite précieux, — votre 
amour me fait rajeunir, — et le doux parler avec plaisant 
accueil — 



JOIES DE LA VIOLETTE. 



33 



55 Me tenon gay, Flors gentils, agradans : 
Per qu'ieu vos soy fizels, humilians. 

VII Pros comps Guasto, jamays no-m vuelli partir 

De vos lauzar, ans me deu abelir, 
Quar vostre pretz sobre totz es montans, 
60 Comptes e dux, marques etz amirans. 

57 vuelh [bonne leçon). — 58 servir] lauzar. — 69 totz [bonne leçon). 



Leçons du ms. — 1 D'abord d'acortz. — 3 Un s ajouté à quar et 
suptil. — 12 dir] d'abord far. — i4 parlars] parliers. — 21 F. a. so- 
ven procura mort (cf. it\). — 22 valer] voler. — 27 no*s] nous. — 
28 Le scribe a répété par distraction le second hémistiche du vers 
précédent. — 3o semblant. — 37 dons] deus. — 49 toi] col; sol] 
sols. — 54 parlar. — 55 guays. — 57 vuelh] deg - . — 58 lauzar] servir. 
— 59 totz] tôt. 



me tiennent gai, Fleur gentille, agréable : — c'est pourquoi je 
vous suis fidèle et humblement soumis. 

VII. Preux comte Gaston, jamais je ne veux me départir — 
de vous louer; cela, au contraire, me doit agréer, — car votre 
mérite est élevé sur tous, — comtes et ducs, marquis et amiraux. 



34 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



IX 



Vers fayt al honor de nostre sobiran senhor le Rey de Fransa 
et del poyssant princeps Mossenhor Dorval, per loqual mestre 
Ramon Valada. notari real de Tholoza, gazanhec la violeta, 
l'an M.CCCC.LI. 



A vos, En Rey, que'us dizetz d'Anglaterra, 
Fauc a saber que si'n breu no redetz 
So que lonc temps occuppat nos avetz, 
Pcl Rey Frances auretz mot cruze! giierra, 
E ncus valdran oncles, cozis, ni frayre, 
Que decazutz no siatz, a l'endarrier, 
S'umililat no* us fa breumen retrayre, 
Ouar Dieus o vol e bon dreyt o requier 



Vers fait en l honneur de notre souverain seigneur le roi 
de France (C/uirles VII), et du puissant Monseigneur 
Dorval, par lequel maître Raymond Valade, notaire 
royal de Toulouse, gagna la violette, l'an i$5i . 

I. A vous, sire Roi, qui vous dénommez dAng-leterre, — je 
fais à savoir que, si dans peu vous ne rendez — ce que long- 
temps vous nous avez occupé, — par le Roi Français vous aurez 
fort cruelle guerre, — et point ne vous vaudront oncles, cou- 
sins, ni frère, — que déchu vous ne soyez, en définitive, — si 
humilité ne vous fait bientôt reculer, — car Dieu le veut et 
bon droit le requiert. 



JOIES DE LA VIOLETTE. IX. 35 

II Vostre poders non es per far batalha 

Contra*! Rey Franc : lant es benhaûratz 
Que del tôt Dieu s'es vers lui regiratz, 

12 Don nous prezam lo valen d'una palha; 
E so tôt clar a cascus se demostra 
Per gran effieyt e repport vertadier 
Que vostra gen hom fa cada jorn nostra, 

1G Quar Dieu o vol e bon dreyt o requier. 

III Notar podetz eyshemple de l'armada, 

Que, l'autre jorn, enlreprenguetz de fayt 
Ara nostras gens d'armas y arnhes de trayt, 

20 En Bordales, hon se fec l'asemblada ; 
Quar cel quez es del pays l'avangarda, 
Mosse Dorval, se mezec tôt prumier, 
E de trastots aguiren la desfarda, 

24 Quar Dieus o vol e bon dreyt o requier. 

i4 effieytz. — i5 vostras gens, 
ig ams vostras. 



II. Votre pouvoir n'est point (suffisant) pour engager la 
lutte — contre le roi Franc; il a ce bonheur — que Dieu s'est 
totalement vers lui retourné, — et c'est pourquoi nous ne vous 
prisons la valeur d'une paille; — et ceci tout clairement à 
chacun se démontre — par grand effet et rapport véridique 

— que l'on fait vos gens chaque jour nôtres, — car Dieu le 
veut et bon droit le requiert. 

III. Vous pouvez prendre exemple de l'armée, — que, l'au- 
tre jour, vous mîtes aux prises — avec nos gens d'armes et 
notre harnais de trait, — en Bordelais, où se fit la rencontre ; 

— car celui qui est l'avant-garde du pays, — messire Dorval, 
se mit (dans la mêlée) tout le premier, — et de tous ils eurent 
la dépouille, — car Dieu le veut et bon droit le requiert. 



30 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



IV Quatorze cens [e]stendulz sus la plassa, 

Feritz e niortz ne laysseren envers, 
E plus d'autans ne menen prezoniers, 

28 De tant bon cor los siguen a la trassa. 
En pauc de temps acaberen l'obralge, 
Tant prestamen uzan d'aquel meslier, 
Don li Angles fais n'an près mot gran dampnatge, 

32 Ouar Dieus o vol e bon dreyt o requier. 

V Lo Dugat vey que plus n'a de vos cura; 

Dugat may n'es, quar per senhor veray 
No vos conoych, ans dezira trop may 
36 Lo Rey Frances, son senhor per natura ; 
Et, si, per grat, no*s met jos s'amparansa, 
En hobezin com senhor dreyturier, 
De luy prendra mot sobriera venyansa, 
40 Ouar Dieus o vol e bon dreyt o requier. 
34 Dugat] deg; veray] veyray. — 38 hobezin] corr. hobeziu. 



IV. Quatorze cents étendus sur la place, — frappés et morts, 
ils en laissèrent à la renverse, — et plus, autant ils en amenè- 
rent prisonniers, — de si bon cœur ils les suivirent à la trace. 

— En peu de temps ils achevèrent l'ouvrage, — tant preste- 
ment usant de ce métier, — de quoi les perfides Anglais ont 
reçu fort grave dommage, — car Dieu le veut et bon droit le 
requiert. 

V. Je vois que le duché (de Guienne) n'a plus cure de vous; 

— mais ce n'est plus le duché (?), car pour seigneur véritable 

— il ne vous reconnaît pas, mais il désire très fort — le Roi 
Français, son seigneur par nature; — et, si, de bon gré, il ne 
se met sous sa protection, — en lui obéissant comme à sei- 
gneur droiturier, — il (le roi) prendra de lui fort triomphante 
vengeance, — car Dieu le veut et bon droit le requiert. 



JOIES DE LA VIOLETTE. IX. 87 

VI Donc, guerreyar no vulhatz neyt ni dia 

Am Io Rey Franc, ni comensar debal, 
Ouar, al darrier, bayssariatz vostr' eslat, 
44 Cum vos apar del fayt de Normandia; 
Qu'en breu de temps a fayta sa conquesta, 
No temen vos, mens cum simpl' escudier : 
En semblans faytz es persona mot presla, 
48 Ouar Dieus o vol e bon dreyt o requier. 

VII Sus totz los reys d'aquesta presen vida 

Es renomnatz coma lo plus valens; 
D'armas [ejspertz e de subtils ehgens 
52 Es provezitz, quez es cauz'enfenida ; 
Per que, del tôt, quascus a lui servisca 
De bon voler, e no y planga denier, 
Verluozamen, sens que no ss'enbaysca, 
56 Ouar Dieus o vol e bon dreyt o requier. 

52 es (le premier)] rns. e. 
55 no ajouté au-dessus. 



VI. Donc, ne veuillez guerroyer nuit ni jour — avec le Roi 
Franc, ni commencer débat, — car, à la fin, vous abaisseriez 
votre état, — comme il vous apparaît du fait de Normandie; 
— car en peu de temps il a fait sa conquête, — vous crai- 
gnant moins qu'un simple écuyer : — en semblables faits il 
est personne fort habile; — car Dieu le veut et bon droit le 
requiert. 

VII. Au-dessus de tous les rois de cette présente vie (épo- 
que) — il est renommé comme le plus vaillant; — expert aux 
armes, il est pourvu de subtiles inventions, ce qui est chose 
infinie; — c'est pourquoi, en tout, que chacun le serve — de 
bon vouloir, et n'y plaigne point denier, — vertueusement, 
sans s'ébahir, — car Dieu le veut et bon droit le requiert. 



38 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 

Ma Flor de Gaug pregui que s'azunisca 
Als nostres fayts, mantenen lo sendier 
De conquistar, y a totz mais provezisca. 
60 Ouar Dieus o vol e bon dreyt o requier 



VIII. Ma Fleur de Joie, je (la) prie qu'elle s'unisse — à nos 
faits. (c.-à-d. qu'elle favorise notre cause), en maintenant le 
sentier — de conquérir, et qu'à tous maux elle pourvoie, — 
car Dieu le veut et bon droit le requiert. 



JOIES DE LA VIOLETTE. X. 3g 



X 

Vers figurât e declaratiu de las set demandas que fa hom a 
Dieu, disen lo Pater noster, sus lasquals set demandas son 
notatz los set dos del Sant Sperit, lesquals dos son aquestz : 
Sàvîesa, Entendement, Coselh, Forsà, Sciencîa, Pietat, [Temor], 
am très causas speritals que le dit Pater noster ha plus que 
oratio del mon, so es : Dignitat, Brevitat et Profjieyt. 

I De vers lo cel, hon gautz floris lie grana, 

Es dessendulz us angels resplandens, 
Am si portan tz sel carboncles lusens 
4 He très robis, que may pretz no y dezana, 
Per dignitat que tal vertut les dona 

X. L'initiale du titre est une lettrine ornée, peinte en rouge et bleu. 
Les mots en italiques sont soulignés dans le ms.; le mot temor, qui 
devait terminer ta liste, a été gratté. Entre le titre et le texte est 
dessinée une couronne. Une accolade à l'encre rouge réunit les 
parties de strophes séparées par les rubriques. 

4 Au-dessus de très robis, deux mots grattés. — 5 vertutz. 



Vers figuré et déclaratif des sept demandes que l'on fait à 
Dieu, en disant le Pater noster, sur lesquelles sept deman- 
des sont notés les sept dons du Saint-Esprit , lesquels 
dons sont ceux-ci : Sag'esse, Entendement, Conseil, Force, 
Science, Piété, Crainte, avec trois qualités spirituelles, 
que le dit Pater noster a plus qu'oraison du monde : c'est 
Dignité, Brièveté et Profit. 

I. De vers le ciel, où bonheur fleurit et graine, — est des- 
cendu un ange resplendissant, — portant avec lui sept escar- 
boucles luisants — et trois rubis, tels que jamais prix ne leur 
fait défaut, — par dignité qui telle vertu leur donne — qu'il 
en sort conseil à l'état humain (humanité) — 



4o LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

OueTi salh cosselh a Testât humanal 
De si gardar de lot peccat morlal, 
8 Qu' a servitut, tant que pot, l'abandona. 

II L'Angel de ssus prenc„ designan, que sona 

Dieu eternal, que*ns ha monslrat lo pas, 
En quai partit non tombarem al bas, 

12 De conquistar de salut la corona; 

Don sentiment nos da, cum nostre payre, 
Quel ressemblent!, lie trobarem ubert 
De paradis l'eretatge mot sert, 

16 Hon estarem lostemptz mays r a bon ayre. 

III Ly carboncle, qu'avetz ausit retrayre, 

Set demandas qu'ai Pater noster son 
Prenc, demonstrans de que grans bes salhon, 
20 Sy ben dispost si trobon ly pecayre. 

io D'abord clieus ; s gratté. — ii non] ms. nos. 
20 Le premier sy ajouté. 



de se garder de tout péché mortel, — qui, tant qu'il peut, 
l'abandonne à la servitude. 

II. L'ange du haut (du ciel) je suppose, désignant (expli- 
quant) qu'il signifie — Dieu éternel, qui nous a montré le pas- 
sage (moyen) — et de cette façon nous ne tomberons point au 
bas (au pire), — de conquérir de salut la couronne; — c'est 
pourquoi il nous donne sentiment (désir), comme (étant) notre 
père, — que nous lui ressemblions, et nous trouverons ouvert 
— l'héritage du paradis très certainement, — où nous reste- 
rons à tout jamais dans le bonheur. 

III. Les escarboucles dont vous avez ouï parler, — j'estime 
que ce sont — les sept demandes qui au Pater noster sont, — 
démontrant de quoi grands biens découlent, — si bien disposés 
se trouvent les pécheurs. 



JOIES DE LA VIOLETTE. X. 4 1 

Prima petitio est cum dicitur : Paler noster, qui es in celis, 
ganctificetiir nomen tunm , sub qua notatur primum donum 
Sancti Spiritus, s[cilicet] Sapiencia. 

Car davant tôt es demandât Saviesa, 
Qu'es principals don del Sant [EJsperit 
Don es lauzat Jhesu Crist et bendit, 
24 E demandât la divinals riquesa. 

Secundum donum est Intellectus ; continetur cum dicitur : adveniat 
regnum tuum. 

IV Entendement/ d'aquo fay enlrepreza, 

Deziran fort lo sobiran palays, 
Don, si volem abatre nostre fays, 
28 Hostan vicis, gassanyharem l'auteza. 

Tercium donum est Consilhiam, contentum cum dicitur :Jiat voluntas 
tua sicut in celo et in terra. 

Peticiones. 
Don de Conselh, tersamenl, fa passatge 
En demonstran com nos pusquam régir, 



La première demande c'est lorsqu'on dit : Notre père qui êtes aux cieux, que votre 
nom soit sanctifié, dans laquelle est contenu le premier don du Saint-Esprit, à 
savoir la Sagesse. 

Car avant tout est demandée la Sagesse, — qui est principal 
don du Saint-Esprit; — de quoi Jésus-Christ est loué et béni 

— et (est) demandée la divine richesse. 

Le second don est Entendement ; il est contenu lorsqu'on dit : que votre règne arrive. 

IV. Entendement de cela fait entreprise, — désirant fort 
le souverain palais, — dont, si nous voulons rejeter notre faix, 

— rejetant les vices, nous gagnerons le haut lieu. 

Le troisième don est Conseil, et contenu lorsqu'on dit : que votre volonté soit faite 
sur lu terre comme doux le Ciel. 

Don de Conseil, troisièmement, fait passage (fraie la voie?) 

— en montrant comment nous pourrons nous gouverner, — 



42 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Totz d'un acort, a sson voler complir, 
32 Com, en los cels, fan ly sant, d'un coratge. 

Quarlum donum est Fortitudinis, dum dicitur : panem nos tr uni 
cotidianum du nobis hodie. 

Peticio. 
V Per just compas, nos dilz lo quart messatge, 

Oue*ns do tôt jorn eu m pli m eut de sos bes, 
Don l'esperitz e*l cos ne scia tugh pies, 
36 Car forsa volh haver tal avantatge. 

Ouintum donum est Sciencia, dum dicitur : et diinitte nobis débita 
nostrd, sicut et nos dimictibus debitoribus nostris. 

La quinta prenc lo don qu'es dit de Sciensa, 
Don reconoys cascus lo sieu peccat 
He requier mot que li sia perdonat, 
40 Si cum remet als autres la hofFensa. 

Ô2 ly sant] d'abord los santz. 
37 quinta] ms. quarta. 



tous d'un accord, de façon à accomplir son vouloir, — comme, 
dans les cieux, font les saints, tle même cœur. 

Le quatrième don est celui de la Force, lorsqu'on dit : donnez-nous aujourd'hui 
nuire pain quotidien. 

V. Par juste mesure, nous dit le quatrième message, — qu'il 
nous donne toujours abondance de ses biens, — dont l'esprit 
et le corps soient tout pleins, — car la Force veut avoir tel 
avantage. 

Le cinquième don est la Science, tandis qu'on dit : et pardonnez-nous nos offenses, 
aminé nous pardonnons à ceux qui nous ont o/}'ens< : s. 

La cinquième (demande), c'est, à mon avis, le don qui est 
dit Science, — par quoi chacun reconnaît sun péché — et re- 
quiert fort qu'il lui soit pardonné, — de même qu'il remet aux 
autres l'offense. 



JOIES DE LA VIOLETTE. X. 43 

Sextum est donum Pietatis, cura dicitur : et ne nos inducas in 
temptationem. 

Petigio. 
VI Al sieze Ioc, de Pietal fa naysensa, 

Car demandant que siam gardatz del trayt 
Del henem'ic, (ju'a templar nos fa gayt, 
44 Emis vol gitar, si pot, de ssa demensa. 

Septimum est donum Timoris, dum dicitur : sed libéra nos a malo. 

Amen. 

Ditz finalment la demanda selena, 
Que nos sia dat le castelhs qu'es segurs, 
Hon es le gaugh mot valeros lie purs, 
48 He doptar plus no-us cal de sufl'rir pena. 

VII Dels très robis quai saber l'ymagena, 

Losquals ieu prenc que son très dignitat, 
Mot singulars, et de granda bontat, 

l\i demandaz. 



Le sixième est don de Pieté, lorsqu'on dit : et ne nous induise: pas en tentation. 

VI. Au sixième lieu, (la demande) de Pieté fait naissance, 
— car nous demandons que nous soyons gardés du trait — de 
l'ennemi, qui pour nous tenter fait le guet, — et veut nous 
expulser, s'il (le) peut, de sa ... 

Le septième est don de Crainte, lorsqu'on dit : mais délivrez-nous du mal. 
Ainsi soit-il. 

La septième demande dit finalement — que nous soit donné 
le château qui est sûr, — où est la joie très précieuse et 
pure — et où nous n'avons plus à craindre d'endurer peine. 

\ II. Des trois rubis il faut savoir l'image (le sens); — les- 
quels j'estime que ce sont trois dignités, — très singulières et 
de grande bonté, — 



44 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

52 Ou'am si toslempz le Pater noster mena : 
Car Dieu l'a fait, ha trop mays de nobleza 
Qu'autres versses, ny may horacios; 
Secundament, de brevetât joyos 

56 Es per lo dir, esems grant subtileza. 

VIII Don escusar n'a g-es degus beleza 

D'apendre lo, per deng-un fayt honest, 
Ans dispausat s'i deu trobar he prest, 

60 Si vol ostar a l'eneinic la presa. 

La terssa par : qu'es profieyt e la via 
De paradis, lion es lo bon repaus 
[E]speritals e temporals enclaus, 

(.1 Car de pregar porta la senyhoria. 

IX He per so donc mirar se, cascun dia, 

Velha totz homs dels solempnes joyhels, 
Que son compres, a salut dels fïzels, 

56 Quelques mots effacés entre les deux hémistiches. 



qu'avec lui, toujours, lo Pater noster mène : — puisque Dieu 
l'a fait, il a beaucoup plus de noblesse — qu'autres vers, et 
même oraisons; — secondement joyeux de brièveté — il est 
pour le dire (réciter), et aussi (de) grande subtilité (?). 

VIII. D'où nul n'a point (à s') excuser — de l'apprendre, 
par aucun fait honnête, — mais (chacun) s'y doit trouver dis- 
posé et prêt, — s'il veut ôter à l'ennemi la prise. — La troi- 
sième qualité du Pater paraît en ceci qu'il est profit et voie — 
de paradis où le bon repos — spirituel et temporel est enclos, 
— car de prier il porte la supériorité. 

IX. Et pour cela doue se mirer, chaque jour — veuille tout 
homme aux solennels joyaux. — qui sont compris pour le 
salut des (idoles, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. X. 45 

68 En Ios set precx, hon si gran be se lia ; 
Los quais nos dec Jhesu Crist per deffendre 
Et guereiar Io fais Satan robust, 
Oue*ns vol ostar lo loc ho van ly just 

72 Per tos temptz may lo guauch enfenit pendre. 

TORNADA 

X Solhelhs plasens, vulhatz a nos entendre 

D'oranavant, que no*ns do coptz ni lust, 
Per deviar lo nostre perpausjust, 
76 Cel que nos vol am falhs engen confondre. 

L'an m.gccc. lui, gassamjhec'moss. Guilhem de Galhac, licensiat 
en leys he proeurayre de! Reij en la cort dels appels [rerd de Tho- 
losa], la violeta ; he foc après fayt mestre e mantenidor de la 
sciensa per M & Gualhart Dans, chanselier e les autres senhors 
mantenidors de la seiensa (juaya, a la rnayso cornunal, presens los 
Capitols '. 

66 Le premier hémistiche est écrit au-dessus de quelques mots 
effacés. — 76 confondre fausse la rime; corr. sorprendre (?). 



en les sept prières, où si grand bien s'attache; — lesquelles 
nous donna Jésus-Christ pour (nous) défendre — et guerroyer 
le faux Satan robuste. — qui nous veut ôter le lieu où les 
justes vont — pour toujours prendre la joie infinie. 

TORNADE 

X. Soleil plaisant, veuillez vous tourner vers nous — doré- 
navant, afin que ne nous donne coup ni heurt, — pour dévier 
notre juste propos, — celui qui avec sa perfide habileté veut 
nous surprendre. 

L'an 1453, gagna la Violette messire Guilhaume de Galhac, 
licencié en lois et procureur du Roi en la cour royale des appels 
de Toulouse, et ((près il fut fait Maître et Mainteneur de la 
science, par maître Galhart Dans, chancelle)- et les autres sei- 
gneurs Mainteneurs de la gaie science, à la maison commune, en 
présence des Capitouls. 



1. Les mots entre crochets ont été ajoutés postérieurement au reste. 



46 LES JOIES DU (,AI SAVOIR. 

XI 

Canso de Nostra Dona 1 . 

I Los génois flex ez ara Io cap encli, 

A vos reclam, la Regina plazent. 
De tôt mon cor, tant cum puesc, humilmcnt. 

4 En vos preg-an e dizen enavsi : 

Verges humils, aysi cum sens Iribâlh 
Vos enfanletz, siatz nos en adjutori ; 
Pels prex qu'ieus fau a voslre consislori, 

8 Vostres aymans guandetz de tôt trebalh. 

II Totz homs es serlz, qui vos preguar no falli. 

Que volontiers auzetz vostres damans : 
Donc supplie vos complissetz mos talans : 

7 pels] ms, dois. — ii Ce vers a été ajouté dans V interligne. 



Chanson de Notre-Dame. 

I. Les genoux fléchis et avec la tête inclinée, — à vous je me 
recommande, Reine plaisante, — de tout mou cœur, autant 
comme je le puis, humblement, — en vous priant et disant 
ainsi : — "\ ierge bienveillante, aussi vrai que sans douleur 
— vous enfantâtes, soyez-nous en aide; — par les prières que 
je vous fais à votre consistoire, — écartez vos amants de tout 
danger. 

II. Tout homme qui ne manque de vous prier, est certain — 
que volontiers vous écoutez vos suppliants; — donc, je vous 
supplie que vous accomplissiez mes désirs; — 



1. A gauche du titre, une couronne. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XI. 4 7 

12 Vulhatz, en breu, abatr'am unn cran malli 
Los infizels, que tant volen mal far, 
Que veyam leu deslruzit Ior poder, 
En tal partit que no prengan plazer 

16 D'uzar l'arnes, ny de plus guerreiar. 

III Donc, ieu vos preg, Verbes,, qu'elz senes par, 
Que secoratz al Rey nostre Senyhor, 

En manlenen Crestiantat en honor, 
20 E l'enemic say no puescan tornar, 

An sian tugh mort, per que no regnen plus, 
Oz anen luenh cercar autras maysos : 
Tornen de la, rum mesqui dolovros, 
24 .Sian perseguit e metutz al reclus. 

IV Glorios cors qu'avetz portât Jezus, 
Lo filz de Dieu, trametelz bon endres 

17 qu'etz écrit au-dessns de la ligne. 



veuillez, dans peu, abattre avec un grand maillet — les infi- 
dèles, qui tant veulent mal faire, — si bien que nous voyions 
bientôt détruit leur pouvoir — (et eux réduits) à tel parti qu'ils 
ne prennent plus plaisir — de porter le harnais, ni de plus 
guerroyer. 

III. Donc, je vous prie. Vierge, qui êtes sans pareille, — 
que vous secouriez le roi notre seigneur. — en maintenant 
Chrétienté en honneur, — et que les ennemis ici ne puissent 
revenir, — mais qu'ils soient tous morts, de façon qu'ils ne ré- 
gnent plus, — ou qu'ils aillent loin chercher d'autres maisons : 
— qu'ils retournent par delà, comme chétifs souffrants, — 
qu'ils soient poursuivis et mis en réclusion. 

IV. Glorieux corps qui avez porté Jésus, — le fils de Dieu, 
transmettez bonne direction — 



48 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Al gran trebalh qu'an los Crestias enpres, 
28 Qu'en breu de temps lor donetz a cascus, 

Y ara voler gran lotz y anem d'un engual, 

Y am bon poder y fassam tal passa tge 
Que vengem leu aquel mot gran dampnatge, 

32 Qucns an donat ly canyas desliai. 

V Vos elz la flors débitant trastot mal : 

Monstralz nos donc lo vostre gran secors; 
Al greu trebalh qu'ez entremis peccadors 

36 Amparalz nos.. Verges uni versai, 
En foc soven, ez am mortalitalz, 
Talhas, enpaus, de viures falhimens, 
E d'autres mais que venen sobdameus : 

40 Supplicam vos de totz nos deffendatz. 



32 que*ns] ms. ques. — 33 degitant] lecture douteuse. — 35 s^reus 
trebalhs. 



au grand travail que les Chrétiens ont entrepris, — de façon 
qu'en peu de temps vous la donniez (cette direction) à chacun, 

— et qu'avec grand vouloir tous nous y allions d'un accord, — 
et avec bon pouvoir nous y fassions tel passage — que nous 
vengions bientôt ce grand dommage — que nous ont donné 
les chiens déloyaux. 

V. Vous êtes la fleur détruisant tout mal : — montrez-nous 
donc votre grand secours; — dans la misère qui est parmi les 
pécheurs — défendez-nous, Vierge universelle, — de feu sou- 
vent (?) et aussi de mortalité, — des tailles, des impôts, de 
la disette — et des autres maux qui viennent soudainement : 

— nous vous supplions que de tout vous nous défendiez. 



JOIES DE LA VIOLETTE. — XI. 49 

TORNADA 

VI Digna de laus, ostatz nos, si vos platz, 

Lo templz enferm que tans ne fay dolens, 
E pueys nos detz de viures largamens 
44 E contrats Turcz victoria-ns tramelatz. 

Mestre Arnaud Algar, bachelier en leys et jutge real de 
Fenolhedas, guassanhec la violeta per la présent canso desus 
dita. 



TORNADE 

VI. Digne de louange, ôtez-nous, s'il vous plaît, — le temps 
malade, qui tant en fait de souffrants, — et puis donnez-nous 
des vivres largement, — et contre les Turcs envoyez-nous 
victoire. 

Maître Arnaud Algar, bachelier en lois et juge royal de 
Fenouillèdes, gagna la violette par la présente chanson 
dessus dite. 



00 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



XII 



Canso de Nostra Dona. per laquai moss. Anthoni de Junhac, 
rector de Sant Serni de Tholosa, gasanhec la Violeta, l'an 
M.CCCC.LV. 



Flors de vertutz, sus totas la plus bêla, 

On cossiran mos désirs se repausa 

Si, qu'en repaus, la nueyt e*l jorn vos lauza, 

4 Ez am lauzor, de bon cor vos apela, 
Requesta*us fauc, esta sazo novela 
Que*m retengatz en la vostra clemensa; 
Car, enapres, am tota deligensa, 

8 Vos serviray, mentre quez al mon viva. 



C/mnson de Notre-Dame, par laquelle messire Antoine de 
Junhac, recteur de Saint-Sernin de Toulouse, gagna la 
Violette, l'an i£55. 

I. Fleur de vertu, sur toutes la plus belle, — sur laquelle, 
pensif, mon désir se repose — si bien qu'en repos, la nuit et 
le jour, il vous loue — et avec louange, de bon cœur vous im- 
plore, — je vous fais, (en) cette saison nouvelle (ce printemps), 
la requête — que vous me reteniez en votre clémence; — car, 
ensuite, avec toute diligence, — je vous servirai, tant qu'au 
monde je vivrai. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XII. C 

II Tengutz ne soy, quar vos etz la fons viva 

Don procesish lot honors e nobleza, 
Tolz sentimens d'amors e de proeza. 

12 Sola, sens par, gentils flors agradiva, 

Vostre naulz pretz lot mon sentiment priva 
D'autra servir, sino vos, bel' e bona; 
M'arma lo cor a vos tant abandona 

16 Que non es myeus, ans se nomna per vostre, 

III Sens que no say, bêla, com vos demostre 

Lo bon voler e l'amor que vos porti, 
Sitôt soven, sospiran, me cofforti, 

30 Pensan , al mens, qu'en dictalz vos o moslre; 
E si'n mos dichs vezetz que se remostre 
Alcus parlars desplazen, cujan plaire, 
Prec vos, quez elz fina flors de bon ayre, 

21 No y regardetz sy no la bon' ententa. 



II. Tenu j'en suis, car vous êtes la fontaine vive — d'où 
procède tout honneur et noblesse, — tout sentiment d'amour 
et de prouesse. — Seule, sans pareille, gentille fleur agréable, 

— votre haut prix tout mon sentiment prive — d'autre servir, 
si non vous, belle et bonne; — mon âme si bien vous aban- 
donne mon cœur — qu'il n'est pas mien, mais il se nomme 
pour vôtre, 

III. Si ce n'est que je ne sais pas, belle, comment je pour- 
rais vous montrer — le bon vouloir et l'amour que je vous 
porte; — pourtant, souvent, en soupirant, je me réconforte, 

— pensant qu'au moins, en vers je vous le montre; — et si 
dans mes dits vous voyez que se produise — quelque parole 
déplaisante, pensant plaire, — je vous prie, vous qui êtes pure 
fleur débonnaire, — que vous n'y regardiez que la bonne in- 
tention. 



02 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

IV On mays cossir la valor excellenta 

Que de vos nays, e*l bon nom, e la fama, 
Totz mos désirs pins ardenmen vos ama, 

28 Tant que per lot mon cor franc vos présenta; 
Car, a mon grat, al mon non a tant genta, 
Digna d'aver lionor, pretz e servizi; 
Ny'n re del mon, aprop Dieu, no* m coffizi 

32 Tant com de vos, car etz sola maeslressa. 

V Car vos etz lums que-ls fis aymans endressa 

A far bos faytz, dispauzan lor coratge 
D'estre lyals e d'amar sens oltrage, 

3G L'onor gardan, cascun, de sa princessa, 
Don vos, quez etz d'amors la maioressa, 
No reffuzetz d'eyssauzir ma requesta, 
Tant que toslemps, am voluntat mot presta, 

40 De maldizens, Dona*m vulhatz deffendre. 



IV. Plus je considère la valeur excellente — qui naît de 
vous, et le bon renom et la renommée, — plus ardemment tout 
mon désir vous aime, — si bien que partout mon cœur franc il 
vous présente ; — car, à mon gré, au monde, il n'y en a de si 
noble, — si digne d'avoir honneur, prix et service; — ni en 
chose au monde, après Dieu, je ne me confie — autant qu'en 
vous, car vous êtes seule maîtresse. 

V. Puisque vous êtes la lumière qui les purs amants dirig-e 
— à faire bons faits, disposant leur cœur — à être loyaux et à 
aimer sans faute, — chacun gardant l'honneur de sa prin- 
cesse, — donc vous qui êtes d'amour la principale, — ne re- 
fusez pas d'exaucer ma requête, — si bien que toujours, avec 
volonté toute prête, — des médisants, Dame, vous veuilliez me 
défendre. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XII. 53 

TORNADA 

VI Mos Franx Volers, plus no devetz attendre 

Qu'ai Rey Frances, que fay de vos gran festa, 
Donetz voler que fassa la conquesta, 
u Sy quel gratis Turcx mal de son, pro ne fessa. 

A. de Jaunhaco '. 



VI. Mon Franc Vouloir, plus vous ne devez attendre — 
qu'au roi français, qui fait de vous grande fête, — vous don- 
niez volonté de faire la conquête, — si bien que le grand Turc 
tire désavantage de son profit. * 



1. Ces mots sont entourés d'une banderole. 



54 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

XIII 

Canso de Nostra Dona. 

I Am greus tribal hs m'apropi de la mort. 
Si non voletz, gentils flors graciosa, 
[E]sper n'ay plus de vida saludoza; 

4 Tenetz me donc en lo vostre ressort 
Per vos servir, digna flor d'esperansa, 
Ez enapres, si coin fîzels aymans, 
No cessarey de far cansos totz ans, 

s Si'in preservatz dins la vostr'amparansa. 

II Per vos serey gandilz de malanansa 

On metre'm vol le Sathans, e sens causa; 
Ouar, neyt e jorn, lo sieu poder expausa 
12 A far totz mais, e tant que pot, s'i avansa; 

io D'abord Sathanas. 



Chanson de Noire-Dame. 

I. Avec grandes fatigues, je m'approche de la mort. — Si 
vous ne voulez, gentille fleur, gracieuse, — je n'ai plus espoir 
de vie sauve; — tenez-moi donc en votre ressort — pour vous 
servir, cligne fleur d'espérance, — et, par la suite, ainsi comme 
fidèle amant, — je ne cesserai de faire chansons tous les ans, 
— si vous me préservez dans voire protection. 

II. Par vous, je serai garanti de la calamité — où me veut 
mettre le Satan, et sans cause; — car, nuit et jour, il applique 
son pouvoir — à faire toute sorte de maux, et, tant qu'il peut, 
s'y avance; — . 



JOIES DE LA VIOLETTE. XIII. 55 

Mas le sabers que Dieus vos ha donat 
S'espan sur nos, que-ns gandis e deffen, 
Que no vengam al terrible turmen, 
16 Lay, dins inferm, per nostra malvestat. 

III Vos etz la fons qu'escantic lo peccat 

Que'l premiers lioms cornes per ignoransa, 
E*l filhs de Dieu donec vos tal poysansa 

20 Car vos trobec plena d'umilitat, 

Qu'a lot ayman que vuelha vos servir 
E conlinuar en lo voslre servici, 
Vos luy donatz del gaug lo benefici, 

U Tant valoros que mays no's poyria dir. 



i4 D'abord gandis de lassort. — i5 Après ce vers, le suivant a 
été barré : Hon linfizel son condampnatz a mort. — 16 nostra] 
d'abord lor cran. 

2i totz aimans. 



mais le savoir que Dieu vous a donné — s'épand sur nous, qui 
nous garantit et défend, — de façon que nous ne venions point 
au terrible tourment, — là, dans l'enfer, par notre méchanceté. 

III. Vous êtes la fontaine qui éteignit le péché — que le 
premier homme commit par ignorance, — et le fils de Dieu 
vous donna une telle puissance, — parce qu'il vous trouva 
pleine d'humilité, — à savoir qu'à tout amant, pourvu qu'il 
veuille vous servir — et continuer en votre service, — vous 
donnez du bonheur le bénéfice, — tant précieux, que plus ne 
se pourrait dire. 



56 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

IV Dossa Verges,, vulhatz donc [e]spandir 
Vostre poder; qu'a lot lo mon abasta, 
Y al fais Sathan, quens destruzis e gasta, 

28 Fazetz, en breu, [ejsfassar e delir 

Son fais perpaus, quez en vieltatz procura, 

E talament nos tenir e gardar 

Dins vostres dex que no pusquam tomba r, 

32 Ni eslre metutz hen l'infernal clausura. 

V Donatz endres al mieu planch e rancura, 

Ma dossa flors, hon naych sobregran laus, 
Car de salutz vos etz piïncipals naus, 
36 Oue'ns ha menatz a la riba segura. 

Prenelz, si-us play, en grat la mieu demanda, 
E de lot mal defïendetz la ciutat; 
Car autra plus n'a ges la potestat, 
40 Ayssi com vos, qu'etz l'avocayritz granda. 

26 vostres poders. — 27 fais] fol. — 29 sons. 



IV. Douce Vierge, veuillez donc étendre — ■ votre pouvoir, 
qui suffit à tout le monde, — et au perfide Satan, qui nous 
détruit et gâte, — faites, en peu, effacer et détruire — son 
faux propos, qui en vileté opère, — et tellement nous tenir et 
garder — clans vos limites (votre domaine), que nous ne puis- 
sions tomber, — ni être mis dans l'infernale clôture. 

V. Donnez direction à ma plainte et (à ma) lamentation, — 
ma douce fleur, où naît très grande louange, — car de salut 
vous êtes le principal navire, — qui nous à menés à la rive 
sûre. - — Prenez, s'il vous plaît, en gré ma demande. — et de 
tout mal défendez la cité; — car aucune autre n'en a la puis- 
sance, — comme vous, qui êtes l'avocate grande. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XIII. 57 



TORNADA 



VI Aygla sens par, vos etz camis e randa, 

E verays lums complitz de grari purtat , 
Qu'en paradis, per la voslra bontat, 
U Donalz als justz depremilz la garlanda. 

ENDRESSA 

VII A Messenhors de mot nobla natura, 

Hon gays sabers [ejslay forment enclaus, 
Quels fay ornatz e plazeus plus quel paus, 
48 Pregui mon cas ayan en bona cura. 

Nobilis Bertrandus de Roaxio, in legibus bacallarius, lucratus 
fuit violetam. in consistorio domus comunis Tholose, anno 
Domini M.CCCC.LIX, cum precedenti dictamine. 



TORNADE 



VI. Aigle sans pareille, vous êtes chemin et limite, — et 
vraie lumière accomplie de grande pureté, — qui en paradis, 
par votre bonté, — donnez aux justes opprimés la guir- 
lande. 



VII. Messeigneurs de fort noble nature, — où le gai savoir 
est fortement enclos, — qui les fait ornés et plaisants plus que 
je ne le pose (dis), — je prie qu'ils aient mon cas en bon souci. 

Noble Bertrand de Roaix, bachelier es lois, gagna la 
violette dans le consistoire de la maison commune de 
Toulouse, l'an du Seigneur tfôo, avec la précédent" 
composition. 



58 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



XIV 

Canso de Nostra Dona, am rims maridatz, alias dirivatius, per 
laquai Danis Andrieu, marchant de Tholosa, guaszanhec la 
violeta, l'an M.GCCC. LX. 

I Vergis humils, laquai devein lauzar 

Aissi con s tanh, eus donar prelz e laus, 
Vueilli yeu servir per aver lo repaus 

4 Al quai manhs homs, per amor, se repausa, 
He dins lo quai degun intrar non ausa 
Sens lo secors vostre, n'y eu ges non aus; 
Mas ges, per so, no mudi mon prepaus, 

8 Ans hondrar vos mos cors tôt jorn prepauza. 

II A lauzar vos am vostre hlh mot pur, 

Ou'avetz noyrit am virginilat pura, 



Chanson de Notre-Dame, avec rimes mariées, autrement 
dites dérivées, par laquelle Denis Andrieu, marchand 
de Toulouse, gagna la violette, Van i $6o. 

I. Vierge bienveillante, laquelle nous devons louer — comme 
il convient, et vous donner estime et louange, — je veux (vous) 
servir pour avoir le repos — dans lequel maint homme, par 
amour, se repose, — et dans lequel personne entrer n'ose — 
sans votre secours, ni moi, non plus je n'ose; — mais, point, 
pour cela, je rie change mon propos, — mais de vous honorer, 
mon cœur toujours se propose. 

II. A vous louer avec votre fils très pur, — que vous avez 
nourri avec virginité pure, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. XIV. OQ 

Per tostemps may yeu melray mon atur, 
13 Disen, cantan, lo prelz qu'en vos s'atura, 

Suplican vos qu'e m'arma, qu'es tant dura, 

Pels greus pecatz quez ay faitz am cor dur, 

Sian abolitz jots lo mantel segur 
K3 Vostre, per que sia mays tôt jorn segura. 



III Pensan lo pas tarrible de la mort, 

Mavres de Dieu, ma verlutz es quaysh morta, 
Quar ay lemor qued peeat e \y tort 

20 Me fassan far lie tenir via torta. 

Donc, vos quez elz la meslressa del port 

De paradis, e*I dreit sendiers lie porta, 

Fatz, srus platz, tant qu'ieu vengues al déport, 

24 Lay on manhs just tostemps may si déporta. 



à tout jamais je mettrai mon application, — célébrant, en 
chantant, le mérite qui en vous s'applique (se fixe), — vous 
suppliant qu'en mon âme, qui est si dure (endurcie), — par les 
horribles péchés que j'ai faits avec un cœur dur, — - ils (ces 
péchés) soient abolis sous votre manteau sûr, — ■ pour qu'elle 
(l'âme) soit toujours plus sûre. 

III. Imaginant le pas terrible de la mort, — Mère de Dieu, 
mon courag-e est quasi mort, — car j'ai crainte que le péché et 
les torts — me fassent faire et tenir voie tortueuse. — Donc, 
vous qui êtes la maîtresse du port — de paradis et son droit 
sentier et sa porte, — faites, s'il vous plaît, si bien que je 
vienne au délassement, — là où maint juste toujours se dé- 
lasse. 



ÔO LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

IV No'm layssetz vos intrar clins lo désert, 

Ni*l pregon potz d'aycela val déserta; 
Adonx, quan \ug seran ly cel Hubert, 

•28 Et, per jutgar, sera la cort uberta, 
Fatz vostre Filhs me lenga tôt cubert, 
He de pietat m'estenda la cubeita, 
He del sagrat pretz que ly avetz uffert, 

32 Dona, si'us platz, per mi-1 fassatz ufferta. 

V Elz yeu say be quez am votz temorosa, 

El jutjamen que sera lemoros, 
Miliguara son jutgar valoros, 

36 Prenen cosselh am vos., qu'elz valorosa. 
Doncas, supplie vos qu'etz tant poderosa, 
Vulhalz pregar vostre Filh poderos 
Qu'ai jorn darrier, el, qu'es franexs e gaujos, 

40 Nos mené sus, dins la sala gaujosa. 

34 els iutiamens. 



IV. Ne me laissez point, vous, entrer dans le désert, — ni 
dans le puits profond de cette vallée déserte ; — donc, quand 
les cieux seront tous ouverts, — et que, pour juger, la cour 
sera ouverte, — faites que votre Fils me tienne tout couvert, — 
et de pitié étende sur moi la couverture, — et du sacré prix 
que vous lui avez offert, — Dame, s'il vous plaît, pour moi 
faites-lui offrande. 

V. Et je sais bien que, avec voix redoutable, — en le juge- 
ment qui sera redoutable, — il mitigera son jugement plein de 
valeur, — - prenant conseil avec vous, qui êtes pleine de valeur. 
— Donc, je vous supplie, vous qui êtes si puissante, — veuil- 
lez prier votre Fils puissant — qu'au jour dernier, lui, qui est 
franc et joyeux, — nous mène là-haut, dans la salle joyeuse. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XIV. (il 

TORNADA 

Castel d'amor, vos qu'etz naus preciosa, 
Hont s'encarnec Jhesu Christ precios, 
Yeu vos supplie quel fizel amoros 
44 Sian [e]stablit prop de vos, amoroza. 



44 siam. 



VI. Château d'amour, vous qui êtes la nef précieuse, — où 
s'incarna Jésus-Christ précieux, — je vous supplie que les 
fidèles amoureux — soient établis près de vous, amoureuse. 



02 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



XV 



Vers comprit, fayt en lauzor de Nostra Dona, am loqual Anthoni 
del Verger, [ejstudiant, gazanhec la violeta, l'an M.CCCC.LXI 
[de Perpinhan habitant] 1 . 

I En vos lauzar, Mayres de Dieu sagrada, 

Bastar no pot l'angelicals natura; 
Donquas, humils, ans dels seg-les creada, 
4 Que poyra dir l'umanals creatura? 

Le pauchz sentitz dels qui per lo mon passan 
No y basta, no, pus etz de verlutz plena 
E vostres faitz infinits com l'arena; 
8 Per que, de cert, nostre saber trespassan. 



Vers accompli, fait en l'honneur de Noire-Dame, avec 
lequel Antoine du Verger, étudiant, {habitant de Perpi- 
gnan], gagna la violette, l'an i£6i. 

I. A vous louer, Mère de Dieu sacrée, — ne peut suffire 
l'ang-élique nature; — donc, bienveillante, avant les siècles 
créée, — que pourra dire (de vous) l'humaine créature? — Le 
petit sens de ceux qui par le monde passent — n'y suffit pas. 
non ; car vous êtes de vertus pleine — et vos faits infinis 
comme le sable; — c'est pourquoi, certainement, ils dépassent 
notre savoir. 



1. Les mots entre crochets ont été ajoutés postérieurement. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XV. 63 

II Sus totz los Sants etz, après Dieu, plus sanla : 

Doncx que dire de vostr'alta persona? 
Quar veg tôt jorn que la gleyza vos canla, 

12 Que de virtut obtenets la corona, 

E mes quant pens que per la gran batalha 
Que l'enemichz me dona, per gran ira, 
Contra*! Senbor ma volonlatz se gira, 

16 Tôt be laysant, dels mais prenent la talha. 

III Mas quant reguart la noslra gran flaqueza, 

Fermament crech, Verges molt pietadoza, 
Que vostres Filhs me dara savieza 

20 Pusque parlar de vos, tant glorioza, 
E pus quez etz de gaug mar sobirana 
E vera lutz, que raya del allisme, 
Los crestians emparalz del abisme, 

24 Hon Lucifers dels mais te la fonlana. 

12 virtuts. 



II. Sur tous les Saints vous êtes, après Dieu, la plus sainte : 

— donc, que dire de votre haute personne? — Car je vois que 
toujours l'Eglise vous chante, — que de vertu vous obtenez la 
couronne, — et plus encore quand je pense que, par la grande 
bataille — que l'ennemi me livre, par grande colère, — ma 
volonté se tourne contre le Seigneur, — laissant tout bien, des 
maux prenant la taille (?). 

III. Mais quand je regarde notre grande faiblesse, — fer- 
mement je crois, Vierge très compatissante, — que votre Fils 
me donnera (telle) sagesse — que je puisse parler de vous, 
tant glorieuse, — et puisque vous êtes de joie mer souveraine 

— et vraie lumière, cpii découle «lu Très Haut, — protégez les 
chrétiens de l'abîme, — où Lucifer tient la source des maux. 



04 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

IV De totz quants son en lo pas misérable 
D'aquest mon trisl, jamais se trobaria 
Qui recomtes lo gaug- inextimable 

28 Que receubets,' quant la missatgeria 

Vos tramelech Dieus eternals, le Payres, 
Per Grabiel archangel de poysansa, 
A vos disent que serielz la speransa 

32 Dels peccadors e de Jhesus la mayres. 

V Venguen ly Rey adorar lo Filli vostre : 
Ab humil gest Gaspars lo contemplava, 
Disent : « Aissi adorem lo Dieu nostre, 

30 De nos casqus pus veyre'l désira va. » 
E Melchions e Ballazar dizian : 
« Gran fayt vezem e d'alta niera vella, 
Quar lia portât esta santa puncela 

40 Cel qui los cels compendre no podian. » 



IV. Parmi tous ceux qui sont dans le passage misérable — de 
ce monde triste, jamais ne se trouverait — qui racontât la joie 
inestimable — que vous reçûtes, lorsque le message — vous 
transmit Dieu éternel, le Père, — par Gabriel archange puis- 
sant, — vous disant que vous seriez l'espérance — des pé- 
cheurs et de Jésus la mère. 

V. Les Rois vinrent adorer votre Fils : — avec humble 
attitude, Gaspard le contemplait, — disant : « Ici adorons 
notre Dieu, — puisque chacun de nous désirait le voir. » — 
Et Melchior et Balthazar disaient : — « Nous voyons grand 
prodige et de haute merveille, — car cette sainte pucelle a 
porté — celui que les cieux ne pouvaient contenir. » 



JOIES DE LA VIOLETTE. XV. 65 

VI Segons legim, vos trobam la premiera 

En aquest mon que volgues casla viure, 
Tostemps seguinl de virtulz la carriera : 

44 Quy'n poyra doncx explicar ny be scriure? 
Virginitat vodetz en vostra vida 
Servar tostemps ab la pensa molt clara, 
E tant be Dieuz vos donech s'amor cara 

48 E joya tal que mays no fouch auzida. 

VII Le Filhs de Dieu eternals, invizibles, 

De vostre cors fech a nos oratori, 
E prenent carn volguec esser vizibles, 

52 Quant devalec del pus ait consistori, 
Per nos tornar en lo gran heretatge, 
Que tug perdut haviam per la falta 
Del payr'Adam : doncquas, Verges molt alla, 

56 Remembre vos del humanal linatge. 



VI. Suivant ce que nous lisons, nous vous trouvons la pre- 
mière — en ce monde qui voulût vivre chaste, — suivant tou- 
jours de vertu le chemin. — Qui pourra donc l'expliquer et 
bien en écrire? — Virginité vous vouâtes en votre vie, — de 
garder toujours avec pensée très pure, — et Dieu aussi vous 
donna son amour cher — et joie telle que jamais pareille ne 
fut ouïe. 

VII. Le Fils de Dieu, éternel, invisible, — de votre corps fit 
pour nous oratoire, — et prenant chair il voulut être visible, 
— quand il descendit du plus haut consistoire, — pour nous 
remettre dans le grand héritage, — que nous avions tous 
perdu par la faute — du père Adam : donc, Vierge très élevée, 
qu'il vous souvienne de l'humaine lignée. 

5 



66 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

VIII De tots quanls som veig que virlut no basta 

A resistir contra nostr'adversari : 
De fortilut prestats nos donquas l'asla, 

GO Contra* 1 Sathan, de tots mais secretari, 
Qui, jorn e neyt, de temptar no se pauza 
Per que tengam de molts peccals la taca : 
Presl tombarem, pus es noslra carn flaca, 

64 Nostre voler en vos si no repauza. 

IX De salut portz e molt nobla Regina, 
Dieus eternals, per obrir nos la porta 
De paradis, nos donech medicina 

68 Per vostras mas, serons santz Luchs reporta : 
Doncx, nostres gaugz, aquest pahis tant noble, 
Vulhatz guardar de la greu pestilensa; 
Als regidors donats atal sciensa 

72 Que justament pusquan régir lo poble. 



VIII. De tous tant que nous sommes je vois que la vertu ne 
suffit pas — à résister contre notre adversaire : — de courage 
prêtez-nous donc la lance, — contre le Satan, secrétaire (gar- 
dien) de tous maux, — qui, jour et nuit, de tenter ne se re- 
pose — pour que nous ayons de nombreux péchés la tache : 

— prestement nous tomberons, puisque notre chair est faible, 

— si notre vouloir en vous ne repose. 

IX. Port de salut et très noble Reine, — Dieu éternel, pour 
nous ouvrir la porte — de paradis, nous donna remède — par 
vos mains, selon ce que saint Luc rapporte : — donc, notre 
joie, ce pays tant noble, — veuillez le garder de la terrible 
peste; — à ceux qui nous régissent donnez telle science — que 
justement ils puissent régir le peuple. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XV. 07 

X Ab gran poder, l'orne qui vos saluda 
Vensera prest Sathan fais e maligne. 
La Trinitatz fouch clins vos conlenguda, 

76 Quant concebetz lo Filh de Dieu insigne. 
Oui, dins lo cor, porlar vos poyra 'scrita, 
No peccara, pus etz la Violeta 
Molt odorant que najs en plassa neta, 

80 E qu'en loch brut pauzar no se délita. 

TORNADA 

XI Sens haver fi etz de Dieu mayres dita : 
Doncquas, pregatz vostre Filh qucns trameta 
La luts del Cel, qucns moslre via dreta, 

81 Emis do lo loch hon vostre cors habita. 

73 D'abord l'omes. 



X. Avec grand pouvoir, l'homme qui vous salue — vaincra 
prestement Satan faux et perfide. — La Trinité fut en vous 
contenue, — quand vous conçûtes le Fils de Dieu insigne. — 
Qui, dans le cœur, pourra vous porter écrite, — ne péchera 
pas, puisque vous êtes la Violette — très odorante qui naît en 
place nette, — et qui en vilain lieu ne se complaît à rester. 



TORNADE 



XI. Sans avoir fin vous êtes dite mère de Dieu — donc, 
priez votre Fils qu'il nous transmette — la lumière du Ciel, 
qui nous montre la voie droite, — et nous donne le lieu où 
votre corps habite. 



68 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



ENDRESSA A JHESU GRIST 



XII Molt se complain nostr'arma, detenguda 

En tants perills per lo 'sperit indigne; 
Doncquas, Jhesus, pus l'avets rezemuda, 
88 Pauzats nos tots de virtutz en lo signe. 

85-88 sont écrits au bas de la seconde colonne. 



ADRESSE A JESUS-CHRIST. 



XII. Fort se désole notre âme, retenue — en si grands pé- 
rils par l'esprit indigne : — donc, Jésus, puisque vous l'avez 
rachetée, — posez-nous tous dans le signe de la vertu. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XVI. 69 



XVI 

Vers fayt per coblas unisonans e reffrayn, a honor de nostre 
senhor lo Rey, per loqual foc jutjada la violeta a Mestre 
Thomas Luys, bachalier en leys, l'an M.CCCC.LXII. 

I Depeys en sa que Thalabotz morics, 

Hon li Francey gassanyen la jornada, 
Gran fondament de pals nos foc donada, 

4 E dels mais faylz als fais Angles castics; 
La Flors de lir venc totjorn al dessus, 
Car veg bon dreyt [e]stre de nostra part, 
Qu'a tout Ferguelh al verenos Laupart, 

8 E forgitat hotra mar en reclus. 

5 lir] d'abord lis. 



Vers fait par couplets unissonnanfs et refrain, à l'honneur 
de notre seigneur le Roi, pour lequel la violette fut 
adjugée à Maître Thomas Louis, bachelier en lois, 
l'an 1^62. 

I. Depuis le jour où Talbot mourut, — où les Français ga- 
gnèrent la journée, — grand fondement de paix nous fut 
donné, — et de leurs méfaits aux perfides Anglais châtiment; 
— la Fleur de lis vint toujours au-dessus, — car je vois le 
bon droit être de notre côté, — qui a ôté l'orgueil au venimeux 
Léopard, — et l'a banni outre-mer à l'écart. 



70 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II O fais Angle}', n'avetz on far abrics 

De part de ssn. nv riba, ny pausada; 
De tôt [e]slrems es la porta barada, 

12 Com es a tots manifest e publics. 

Demorats, doncz, coma del tôt confus, 
Car veg bon dreyt [e]stre de nostra part, 
Qu'a tout ïerguelh al verenos Laupart, 

16 En tal partit que no*s pot maure plus. 

III Les ans passats, havelz fayt maynt destrics, 

Trop mal e dan, fasen de ssa passada 
A voslr' endreyt es la perda trobada, 
20 Tant que jamay no y darets cop ni pics; 
Be coneysetz qu'elz meses en refus, 
Car veg bon dreyt [e]stre de nostra part. 
Qu'à tout rerguelh al verenos Laupart, 
24 Qu'es demorats de son perpaus exclus. 



II. O perfide Anglais, vous n'avez plus où faire abri — de 
par deçà, ni rive, ni place; — de toutes parts la porte est 
barrée, — comme à chacun il est manifeste et public. — De- 
meurez, donc, comme totalement confus, — car je vois le bon 
droit être de notre côté, — qui a ôlé l'orgueil au venimeux 
Léopard, — en tel état qu'il ne peut plus bouger. 

III. Les ans passés, vous (nous) avez fait maints ennuis, — 
beaucoup de mal et dommage, en faisant ici passage. — De 
votre côté est la perte trouvée, — si bien que jamais vous n'y 
donnerez coup ni heurt; — vous reconnaissez bien que vous 
êtes mis en relus, — car je vois le bon droit être de notre côté, 
— qui a ôté l'orgueil au venimeux Léopard, — qui est de- 
meuré de son propos exclus. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XVI. 71 

IV D'or'anabant no quai fassam pus tries 

De far lausors, am la testa bajsada, 
Al Crialor y a la Verges sagrada, 

28 D'asso c'an fayt lo règne passifics, 
Per bon endres qu'es vengut de la sus; 
Car ueg bon dreyt \e]stre de nostra part, 
Qu'a tout Verguelh al verenos Laupart, 

32 E retornat, am son poder, confus. 

V Pel très aut Rey Loys, molt catholics, 

Pals gênerai per tôt sera fermada, 
En conliuuan la via comensada 
36 De bona pats, e que siam tut amies. 
Molt gran profieyt y trobara cascus, 
Car ueg bon dreyt [e]stre de nostra part, 
Qu'a tout Verguelh al verenos Laupart, 
•10 Le demonstran claramen son abus. 

25 Le d du premier mot est ajouté. 



IV. Dorénavant il ne faut pas que nous fassions plus de 
retard — de faire louange, avec tête baissée, — au Créateur et 
à la Vierge sacrée, — de ce qu'ils ont fait le royaume pacifi- 
que, — par bonne direction qui est venue d'en haut; — car je 
vois le bon droit être de notre côté, — qui a ôté l'orgueil au 
venimeux Léopard, — et l'a chassé, grâce à sa vigueur, plein 
de honte. 

V. Par le très haut Roi Louis, très catholique, — paix gé- 
nérale sera partout affermie, — en continuant la voie com- 
mencée — de bonne paix, et que nous soyons tous amis. — 
Très grand profit chacun y trouvera, — car je vois le bon 
droit être de notre côté, — qui a ôté l'orgueil au venimeux 
Léopard, — lui démontrant clairement son abus. 



72 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

TORNADA 

VI Palays d'onor, hon s'ajuslecs Jhesus, 

Per que siam devers la sua part, 
Deffendetz nos del verenos Laupart, 
44 Que'ns vol gardar de montar al dessus. 

ENDRESSA 

VI Lo Rey dels Francx, grandament autenlics, 

Si de tans carx una part n'es oslada, 
La paubra gent cridara la vegada : 
48 « Viva tostemps Loys lo magniffics! » 



TORNADE 



VI. Palais d'honneur, où s'ajusta Jésus, — pour que nous 
soyons de son côte, — défendez-nous du venimeux Léopard, 
— qui veut nous empêcher de monter au-dessus. 



ADRESSE 



VII. Roi des Francs, grandement authentique, — si de tant 
de charges une partie est ôtée, — la pauvre gent criera, 
alors : — « Vive toujours Louis le magnifique! » 



JOIES DE LA VIOLETTE. XVII. 78 

XVII 

Vers capcoat, siguen compas d'accen de cobla en cobla. 

I O Dieus molljust, poder inexlimable, 

Quant sus la crotz volgues per nos mort prendre, 
Per gran désir volenz nos totz deffendre 

4 Et deliurar del lac espaventable, 
Ont eram nos tug - subjugat al Diable, 
E so pel crim d'Adam e crusel fauta, 
Paraulas sept disses, dont be m'azauta 

8 En breus parlars n'explicar la sentencia. 

II Quant \y Juzieu, pie de mala consciencia, 

T'ag-uen jutjat, dont nos tornes en vida, 
Suffren la mort ara dolor infinida, 

8 Ms. parlas. 



Vers rimant par tète et queue, selon retour d'accent 
de couplet en couplet. 

I. O Dieu très juste, pouvoir inestimable, — quand sur la 
croix tu voulus prendre mort pour nous, — par grand désir 
voulant tous nous défendre — et délivrer du lac épouvantable 
— où nous étions tous soumis au Diable. — et cela pour le 
crime d'Adam et sa cruelle faute, — tu dis sept paroles, dont 
bien il me plaît, — en brefs discours, d'expliquer le sens. 

II. Quand les Juifs, pleins de méchante conscience, — t'eu- 
rent jugé, par quoi tu nous mis en vie, — souffrant la mort 
avec douleur infinie, — 



74 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

12 Tu, Redemptors, qu'es virtutz de pasciencia, 
Foguetz mog-utz per granda providencia 
D'els perdouar, supplican dossament, 
De bon voler., al Payr' omnipotent, 

16 Ouedz perdones, com a pecx, lor holtrage. 

III Pueys lo trebalh que, per l'huma linatg-e, 
Avias sufferl, tu, benig-na creatura, 
Volentz nos lotz gilar de la tortura 

20 Del falz Sathau e del sieu homenatge, 
Lo segon mot, que vayz dir, ho leng-alge, 
Foc quant dices quenz avias set amara, 
Signifîcan dels peccadors la tara, 

34 Per fin' amor, volen fos estremada. 

IV Ez enapres que cela gen malvada 
Los dos layros, a dextre y a senestre 
T'aguen metut, don te prenguec per mestre 



toi, Rédempteur, qui es vertu de patience, — tu fus mu par 
grande providence — de leur pardonner, suppliant doucement, 
— de bon vouloir, le Père tout-puissant, — qu'il leur par- 
donnât, comme à ignorants, leur forfait. 

III. Après le tourment que, pour l'humaine lignée, — tu 
avais souffert, toi, bénigne créature, — voulant tous nous 
tirer de la torture — du perfide Satan et de sa suzeraineté, — 
le second mot, ou parole, que tu dis, — fut quand tu dis que 
tu avais soif amure, — signifiant des pécheurs la tare, — par 
pur amour, voulant qu'elle fut éloignée. 

IV. Et puis après que cette gent mauvaise — les deux 
larrons, à droite et à gauche, — t'eurent mis, desquels, pour 
maître te prit — 



JOIES DE LA VIOLETTE. ■ XVII. 76 

28 Laùs d'aqxielz, dizen, a la vegada : 

« Dieus Jhesu Grist, en aquesta jornada, 
Quant sus alz cels seras, si-t ven plazer, 
Membre* t de my. » Adoncx ab grant voler 

32 Tu'l prometes de paradis la gloria. 

V Y aqui meteys, com es causa notoria, 

En contemplai! sus tu la dolsa Mayre, 
Menan gran dol, vezen te com ung layre 
36 En crotz pendut, per aver la Victoria 
. Sus l'enemic, aven d'ela memoria, 
En lo lieu loc, a la Dona molt trista 
Li comandes saut Johan l'evangelista, 
40 En lor dizen que totz fossan az una. 

VI E coma pueyz, com es cauza comuna. 

Per abaysar lo nostre mal terrible, 
Te demostres hobedient e pazible 



l'un de ceux-là, disant, sur le moment : — « Dieu Jésus-Christ, 
en cette journée, — quanti là-haut, au ciel, tu seras, s'il te 
plaît ainsi, — qu'il te souvienne de moi. » Alors avec grand 
vouloir — tu lui promis la gloire du paradis. 

V. Et là-même, comme c'est chose notoire, — en contem- 
plant sous toi (?) ta douce mère, — qui menait grand deuil, et 
te voyait comme un larron — pendu en croix, pour avoir la 
victoire — sur l'ennemi, ayant d'elle mémoire, — en ton lieu, 
à la dame très triste — tu recommandas saint Jean l'évangé- 
liste, — en leur disant que tous deux fussent ensemble. 

VI. Et comme ensuite, comme c'est chose commune? — 
pour abaisser notre mal terrible, — tu te montras obéissant et 
paisible — 



76 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

44 AI Payre lieu, en la greu desfortuna; 
Sus, en lo fusl, sens fictio denguna, 
Heli claman, az el t'es rancurat, 
En volen dir : « Com, Senhors, m'as laysat? 

48 Qu'es la razo, lo motyu ny la cauza? » 

VII Tôt en seguen, no triguec pas grant pauza, 

Rcyz poderos, pies de tot'amistansa, 
Te deffallient la vertu tz he povsansa 

52 D'humanitat, vays dir aquesta clausa : 
« Consumât es! » que vol dir et suppausa 
Ouez a la velz tota noslra discordia 
Per ton mega er en patz lie concordia; 

56 Ayso's l'effieytz, com l'escriptura canta. 

VIII Quant per nos totz, tribulacion tanta, 

Hotratges, mais, blasfemi he rudessa 
Ag'ues suffert, estan en la destressa, 



à ton Père, en ta rude infortune; — sur le bois, sans fiction 
aucune, — appelant Eli, à lui tu t'es plaint, — en voulant 
dire : « Comment, Seigneur, m'as-tu délaissé? — Quelle en 
est la raison, le motif et la cause? » 

VII. Tout en suivant, il ne tarda guère, — Roi puissant, 
plein de toute amitié, — te défaillant la vertu et puissance — 
d'humanité, tu dis cette clause : — « (Tout) est consommé! » 
ce qui veut dire et suppose — qu'alors toute notre discorde 
— par ton moyen était (tournée) en paix et concorde; — ceci 
est l'effet, comme l'écriture (le) chante. 

VIII. Quand pour nous tous tribulation si grande, — outra- 
ges, maux, blasphème et rudesse — tu eus souffert, étant en la 
détresse, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. XVII. 77 

60 Al derrier mot, la lieu persona sancta 
Vay envocar la Deylat poyshanla, 
Ayssi dizen : « Aras es tôt fenitj 
En las tiuas mas comandi l'esperit », 

6-1 Ez aladoncx fenic per esta guisa. 

Conclusio. 

IX Per que supplie jeu la real deviza, 

Moll humielment, la testa descuberta, 
Que*m do complir cauza plasent y experta 

68 En aquest mon, per que l'arma s'en risa, 
Tant queMz peccatz que despueyz l'anfartliza 
Ay cometutz, perdonar sia contenta 
La Trinilalz, e per la bon' entenla, 

72 Apres la fy obtengua sa parya. 

69 Au-dessus de la ligne : alias manfantiza. 



au dernier mot, ta personne sainte — invoqua la Déité puis- 
sante, — disant ainsi : « Maintenant tout est fini ; — en tes 
mains je recommande l'esprit », — et alors elle finit de cette 
façon. 



CONCLUSION 



IX. C'est pourquoi je supplie la royale devise, — très hum- 
blement, la tête découverte, — qu'elle me donne d'accomplir 
chose plaisante et experte — en ce monde, pour que l'âme s'en 
rie, — si bien que les péchés que depuis l'enfance — j'ai com- 
mis, soit contente (de me) pardonner — la Trinité, et par mon 
bon vouloir — après la fin, j'obtienne sa compagnie. 



78 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 

X Fons de vertutz, fazetz qu'ai port de Piza 

E-Is autres locz, fassam causa plazenta; 
Qu'envers los Turcx anem dar lai espeuta, 
7G Qu'en breu de temps hom desfassa lor lya. 

Anno Domini m.gggc. lxiiii, Magister Johannes de Calrno, civis 
Tholosanus , baccallarius in fegibus, lucratus fuit violelum in 
consistorio domus communis pro precedenti dictamine. 



X. Fontaine de vertu, faites qu'au port de Pise — et autres 
lieux, nous fassions chose plaisante; — qu'aux Turcs nous 
allions donner tel choc, — qu'en peu de temps on défasse leur 
ligue. 

L'an du Seigneur 1464, Maître Jean de Calmo, citoyen de Tou- 
louse, bachelier en lois, gagna la violette, dans le consistoire de 
la maison commune, par la précédente composition. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XVIII. 7g 



XVIII 

Vers figurât de Antecrist, per loqual fouc jutgada la violeta 
a Mestre Peyre de la Roqua, bachelier en leys, l'an 
M.CCCC.LXV. 



Es serpens grans, orribles ses mezura, 
Que mays al mon non vie hom de semblan, 
Grans fayts novels a totz signiffican. 

4 En breu de temps regnara sus natura ; 
Forma pendra per diversa figura, 
Com tost veyrclz, demostran per aeort. 
Lunliz homs formatz n'a vist, per aytal sort, 

8 Semblan senhal sus Iota crealura. 



Vers figuré de V Antéchrist, pour lequel la violette fut 
adjugée à Maître Pierre de la Roque, bachelier en lois, 
l'an i465. 

I. Il est un serpent grand, horrible sans mesure, — (si bien) 
que jamais au monde on n'en vit de semblable, — grands faits 
nouveaux à tous signifiant. — En peu de temps il régnera sur 
nature, — il prendra forme par diverse figure, — comme tôt 
vous verrez, (le) démontrant par accord (?). — Nul homme 
formé n'a vu, par tel sort, — semblable signe sur toute créa- 
ture. 



1. En marge une couronne, et au-dessous : De ruppe composuit. 



80 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II Aquelz serpens aura la sieu nayssensa 

De la grant mar, en la forma d'un part, 
Los pes d'un hors, la boca el reguart 
12 Com d'un leo, per mot gran apparvensa, 
Portan set caps sobre-s quais, sens falhensa, 
Aura detz corns, lie sus tôt principals, 
Goronas detz, on seran mes los mais 
16 Encontra Dieu he sul mon gran offensa. 

III En declaran l'effieyt per ordenansa, 

Le dich serpens die quez es figuratz 
Celz princeps grans, qu'es Antecrist nomnatz. 

20 Son naysemen cascun jorn fort s'avansa, 

Del cirp qu'es dich : « dan sens lunh'amislansa», 
Filh d'Israël nayssera lot confus; 
Mais infinitz fara, que may neg'iis 

24 No*n vie al mon, com n'aya remembransa. 

18 le] corr. pel (?). 



II. Ce serpent aura sa naissance — de la grande mer, en la 
forme d'un léopard, — les pieds d'un ours, la bouche et le 
regard — comme d'un lion, par très grande apparence, — por- 
tant sept têtes, au-dessus desquelles, sans faute, — il aura dix 
cornes, et surtout principalement — dix couronnes, où seront 
mis les maux — contre Dieu et sur le monde grande offense. 

III. En déclarant l'effet par ordonnance, — (par) le dit ser- 
pent je dis qu'est figuré — ce prince grand, qui est nommé 
Antéchrist. — Sa naissance chaque jour fort s'avance, — de 
la race qui est dite « dommag-e sans aucune amitié »; — fils 
d'Israël il naîtra tout confus; — il fera maux infinis, tels 
que jamais personne — n'en vit au monde, si loin qu'on ait 
souvenir. 



JOIES DE LA VIOLETTE. 



8l 



IV De la gran mar prendra la sieu levada, 

Quez es a dir d'aquest mon tenebros. 
D'eslat mol bas venra tant rigoros; 

28 Sa volontatz a tolz sera malvada; 
A lui servir no sera restaurada 
Persona gran, ny g-en d'entendemen, 
Car, am grans dos, promezas ho turmen, 

32 Compellira a la sua ley dampnada. 

V Ly dich sept cap, pie de tota malicia, 

Son tuch ly rey que ly seran entorn, 
Princep poysanl liez autra gen del mon, 

36 Ly quai tôt pie seran de gran nequicia ; 
Dels sept peccatz mortalz auran noticia ; 
Sus tôt lo mon volran senhoreyar, 
Dont tuch ly just no faran que plorar, 

40 Vezen sur els cazer tal injusticia. 

29 ms. servir a lui. 



IV. De la grande mer il prendra son élévation, — c'est-à- 
dire de ce monde ténébreux. — De condition fort basse il vien- 
dra si rigoureux; — sa volonté à tous sera mauvaise; — à le 
servir ne sera restaurée — personne grande, ni gent d'enten- 
dement, — car, avec grands dons, promesses ou tourments, — 
il contraindra à sa loi damnée. 

V. Les dites sept têtes, pleines de toute malice, — sont tous 
les rois qui lui seront autour, — princes puissants et autre 
gent du monde, — lesquels seront tous pleins de grand dérè- 
glement; — des sept péchés mortels ils auront connaissance; 
— sur tout le monde ils voudront dominer, — d'où tous les 
justes ne feront que pleurer, — voyant sur eux tomber telle 
injustice. 





82 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

VI Ly corn nommât designan la ruyna 

Delz detz moll juslz mandamens de la ley, 
Que son trames per lo divinal Rey 

44 A tota gen per lyal medecina, 

Ly quai seran, per sembla n gen mesquina, 
Tuch confondut he devengut al bas : 
Am granda paour predicar, en tal cas, 

48 L'om gausara de la salut divina. 

VII Coronas detz, cascuna ben partida, 

Sus los ditz corns, portara per régir 
Lo mon dolent, he, sus toi luy servir, 

52 Per que sa ley sya de totz puntz complida, 
He sus los caps, encontra '1 fruch de vida, 
Dieus poderos dira, per gran voler, 
Lo blasfeman, qu'el cel alcun poder 

56 Aver no pot per donar dreyta guida. 



VI. Les cornes nommées désignent la ruine — des dix très 
justes commandements de la loi, — qui sont transmis par le 
divin Roi — à toute gent pour loyal remède, — lesquels seront, 
par semblable gent misérable, — tous confondus et jetés à 
bas : — avec grande peur prêcher, en tel cas, — l'on osera du 
salut divin. 

VII. Les dix couronnes, chacune bien départie — sur les 
dites cornes, il portera pour régir — le monde souffrant, et, 
pour se faire obéir par dessus tous (?), — pour que sa loi soit 
de tout point accomplie, — et sur les tètes (?), contre le fruit 
de vie, — (le) Dieu puissant, il dira, par grand vouloir, — le 
blasphémant, qu'au ciel aucun pouvoir — il ne peut avoir pour 
donner droite conduite. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XVIII. 83 

VIII Al part, quez es, en diversa maniera, 

Totz figuratz per mainhlas de colors, 
Puesc comparai' ; car, a m mot grans rigors, 

00 Am si trayra, per via mesongiera, 

Trastola gen que n' an fe vertadieyra, 
Hecom fay l'ors de sa pauta grau mal, 
Hed leos fortz am sa boca mortal, 

et Voldra 'nvazir la santa Iey entiera. 

IX Très ans he miech durara la rudessa 

Del sobredich serpen, am grand honor, 
He peys après voldra, per gran lauzor, 

68 Montar sus naul, am singular endressa; 
Mays Jhesu Grist, fontz de tota noblessa, 
Encontra luy (rametra sant Miquel, 
Que l'aucira am un dartben cruzel, 

72 En lo gitan el foc de gran destressa. 



VIII. Au léopard, qui est, en diverse manière, — tout 
figuré par maintes couleurs, — je puis (le) comparer; car, 
avec très grandes rigueurs, — avec lui il tirera, par voie men- 
songère, — toutes gens qui n'ont foi véridique; — et comme 
l'ours fait de sa patte grand mal, — et le fort lion avec sa 
bouche mortelle, — il voudra envahir la sainte loi entière. 

IX. Trois ans et demi durera la cruauté — du susdit ser- 
pent, avec grand honneur, — et puis après il voudra, par 
grande louange, — monter sus, là-haut, avec singulière direc- 
tion; — mais Jésus-Christ, fontaine de toute noblesse, — con- 
tre lui enverra saint Michel, — qui le tuera avec un dard bien 
cruel, — en le jetant au feu de grande détresse. 



84 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 



X Resplandens lums, qu'etz de verlulz princessa, 

Trametetz nos adjutori del cel, 
Qu'a Dieus mot just puscam estre fizel, 
76 Contra -1 serpen de toi vicis mestressa. 

De Ruppe. 



X. Resplendissante lumière, qui êtes de vertu princesse, — 
envoyez-nous aide du ciel, — qu'à Dieu très juste nous puis- 
sions être fidèles, — contre le serpent maître de tout vice. 



JOIES DE LA. VIOLETTE. XIX. 85 



XIX 

Vers moral super Christi passione cum quo habuit violetam 
Frater Johannes Salvet, ordinis Carmelitarum, anno Domini 
M.CCCC.LXVI. 

I Engoyssos plor ab pensa doloyrosa, 

Desconsolatz sanglentimens e critz 
Sospirs amars e rencamens despitz. 

4 Planhs, cridamens ah la volz angoysosa, 
Vey far a vos, Verges e mayre pura, 
Per vosire Filh, loqual a cruzel mort 
An condempnat li Juzieu, a gran tort, 

8 Per reparar l'autruy fait et rancura. 

II Bastar no y pot formada creatura 

De ymaginar quant, sens negun remort, 
Le vostre Filh balut era tant forl, 



Vers moral sur la Passion de Jésus-Christ , avec lequel 
Frère-Jean Salvet, de l'ordre des Carmes, eut la violette, 
l'an du Seigneur i£66. 

I. Angoisseux pleur avec pensée douloureuse, — désolés 
sanglots et cris, — soupirs amers et râles désespérés, — 
plaintes, gémissements avec voix angoissée, — je vous vois 
faire, Vierge et mère pure, — pour votre Fils, lequel à cruelle 
mort — les Juifs ont condamné, à grand tort, — pour réparer 
d'autrui le fait (l'état) et la plainte. 

II. Créature créée ne peut suffire — à imaginer combien, 
sans aucun remords. — votre Fils était fort battu, — 



86 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

12 E*l sieu coslat Iraucat ara lansa dura. 
Aylas! be*us deg - nafïrar voslras coradas 
Plagia mortal, quant regardetz la crotz; 
Ayllas! be*us fetz adonc, an grant sang-Iotz, 

16 Viure et morir entre las desoladas. 

III Mayre de Dieu, quant en las mas sagradas 
Tenguetz Jhesus, an tremolosa votz, 

Vas totas partz planhen an doussa voutz 
20 Ne demoslretz sas carns mot delicadas 
Del Anhel just, que prenia sacriffici 
E mort crusel, corren trastot de sanc, 
Del cap als pes et per trastot lo flanc, 
24 Per nos donar l'eternal benefici. 

IV quant uset pietat de son offici 
En lo prodom Josep antic et blanc. 
Quant davalec Jeshus, an cor mot franc, 

28 RompuL, naffrat per lo cruzel calici. 



et son côte percé avec lance dure. — Hélas! bien vous dut 
navrer les entrailles — (une) plaie mortelle, quand vous re- 
gardâtes la croix; — hélas! elle vous fît bien alors, avec 
grands sanglots, — vivre et mourir entre les désolées. 

III. Mère de Dieu, quand dans vos mains sacrées, — vous 
tîntes Jésus, avec tremblante voix, — (et) vers toute part vous 
plaignant avec douce voix, — vous montrâtes les chairs très 
délicates — de l'Agneau juste, qui prenait sacrifice — et cruelle 
mort, ruisselant tout de sang, — de la tête aux pieds et par 
tout le flanc, — pour nous donner l'éternel bienfait. 

IV. Oh! combien la pitié usa de son office, — en le pru- 
d'homme Joseph, vieux et chenu, — quand il descendit Jésus, 
avec cœur très noble, — rompu, navré par le cruel calice. — 



JOIES DE LA VIOLETTE. XIX. 87 

Adonc ferit ayssels cours redoubtables 
Lo vostre pretz e ploretz aygramens, 
Lo reg'ardan, qu' era de batemens 
32 Mot orresat et faytz abhominables. 

V O quant foc grant le dol insupportables, 

Que la Verges fasia mot aspramens, 
Ny per los huelhs, an quant de corremens, 

36 Plurava cel quel era tant aimables, 
Lo vesen mort et la sua carn benigna 
Per cops motz blaus fayta descomunal, 
Naffratz los pes e las mas, per engal, 

40 Sens pietat, per cela gent maligna. 

VI Un jovencel l'escriptura désigna, 

Quc\s planh e-s dol d'amor fort cordial, 
Nomnat sanct Johan, per so que tant de mal 
44 L'y a vist passar, elas! sens causa digna. 

29 cours] corr. cops (?). 

36 pluravan... quels. — 38 fayt e d. 



Alors ce traitement (?) redoutable blessa — votre mérite et 
vous pleurâtes amèrement, — le reg-ardant, lui qui était de 
coups — et de faits (traitements) abominables très souillé. 

V. Oh! combien fut grand le deuil insupportable, — que la 
Vierge faisait très âprement, — et, par les yeux, avec combien 
de ruissellement — elle pleurait celui qui lui était tant aima- 
ble, — le voyant mort et (voyant) sa chair bénigne — par 
coups très bleus faite méconnaissable, — les pieds et les 
mains également blessés, — sans pitié, par cette g~ent méchante. 

VI. L'écriture désigne un jouvenceau, — qui se plaint et se 
lamente d'amour fort cordial, — nommé saint Jean, parce que 
tant de mal — il lui a vu endurer, hélas! sans cause juste. — 



00 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Torcen las mas, ploran, vos dissec : « Mayre, 
Aras vos prec, laysses tant granl dolor. » — 
« Elas ! cum puesc hieu estar que no*n plor? » 
48 Respondec ly vostre cors de bon ayre. 

VII Adonc meten Jhesus nostre salvayre 

Al monument li sieu servidor, 
Oui pensar pot am quanta de tristor, 
52 Vos demoretz orpha de filh et paire? 

Cert puesc vos dir que nul cens per comprendre 
No y pot bastar ny lenga per o dir, 
Maire de Dieu, ni quant venc al partir, 
56 Lo marriment que*l cor vos cuyel fendre. 

VIII Adoncx, plus quez greu mort a volgut prendre 

Vostre car Filh lie noslres mais delir, 

47 Au-dessous de ce vers, on lit dans l'interligne : virg-uo Deo. 
— 48 ms. responden. 

5o Complète: li sieu [bon] (?). — 54 dir] ms. dire. 



Tordant les mains, pleurant, il vous dit : « Mère, — mainte- 
nant je vous prie que vous laissiez tant grande douleur. » — 
« Hélas! comment puis-je tarder que je ne pleure? » — lui 
répondit votre cœur débonnaire. 

VII. Alors mettant (quand mirent) Jésus, notre Sauveur, — 
au sépulcre ses serviteurs, — qui peut penser avec combien 
de tristesse — vous demeurâtes orpheline de fils et de père? — 
Certainement je puis vous dire que nul sens à le comprendre 
— ne peut suffire, ni (nulle) langue à le dire, — Mère de Dieu, 
ni quand vint la séparation, — l'affliction qui vous faillit fen- 
dre le cœur. 

VIII. Donc, puisque griève mort a voulu prendre — votre 
cher Fils, pour nos maux effacer, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. XIX. 89 

B'em fort tengutz de l'amar et servir; 

60 Per que vos prec que vullurm tolz atendre 
Contemplan cum del cel venc invisibles 
Dieus vertadies e s'es mostrat e vist, 
E fayt vers homs, portant cyricy trist 

64 En aquest mon mot sufïrens et pasibles. 

TORNADA 

IX Vos, lutz plasens, out tos faytz es possibles, 

Hieu vos deman per advocat sanct Sixt, 
Eu vos prei>an, Mayre de Jhesu Crist, 
68 Que no suffratz hieu fos encorrig-ibles. 

5g ben. — 60 vulha - m], corr. vulha-ns (?). 



bien nous sommes tenus de l'aimer et servir; — c'est pour- 
quoi je vous prie qu'il veuille nous considérer tous (?), — con- 
templant comment du Ciel il vint invisible, — Dieu véridique, 
et s'est montré et a été vu, — et s'est fait homme vrai, por- 
tant cilice triste — en ce monde très souffrant et passible. 



IX. Vous, lumière plaisante, à qui tout fait est possible, — 
je vous demande pour avocat saint Sixte, — en vous priant, 
Mère de Jésus-Christ, — que vous ne souffriez pas que je sois 
incorrigible. 



f)0 LES JOIES IJU GAI SAVOIR. 



XX 



Canso de Nostra Dona per coblas unisonans he biocx, per la- 
quai Johan Guombaut, marchant, guasanhec la vyoleta, 
l'an M.CCCC.LXVI. 

I [E]stiuc d'amor, qu'es la font d'alegranssa, 

Sul temps novel, m'a voluntat apreza 
He*m red encli far cansso de noblessa, 
Roza, per vos, lion mon désir s'avanssa 
5 He ma 'speranssa, 

II So non obstant, que ges ma suffîcienssa 

Bastar no pol a vos, flor valeroza, 
Si com se tanh, lauzar, car precioza 
Sus totas etz de maior exellenssa, 
10 A ma parvenssa. 



Chanson de Notre-Dame, par couplets unisson nants et vers 
brisés, par laquelle Jean Gombaut, marchand, rjaf/na la 
violette, l'an i466. 

I. Etui d'amour, qui êtes la fontaine d'allégresse, — au 
temps nouveau (printemps), volonté m'a saisi — et me rend 
enclin à faire clianson de noblesse, — Rose, pour vous, vers 
qui mon désir s'avance — et mon espérance, 

II. Ce nonobstant que point ma suffisance (intel licence) — 
ne peut suffire, fleur valeureuse, — à vous louer comme il 
convient, car précieuse — vous êtes sur toutes les plus excel- 
lentes, — à mon avis. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XX. Q I 

III Les voslres frutz son de magnificenssa 
He demonstrans qu'etz la may poderoza, 
Com es la mar, de totz bes abondoza; 
Doncas, totz homs far vos deu reverenssa, 

15 Am bona penssa. 

IV Per qu'es degut a vos, Lir d'amistanssa, 
Laus enfînit, car elz font de largueza, 
Vos suplican me detz cen hez apteza 
Puesca baslir de vos joyoza danssa, 

20 Ab acordanssa. 

V . Tolz homs pot dir, qu'a vos hondrar s'avanssa, 
Qu'es benhurat, sobirana mondeza : 
No serque plus ave milho riqueza 
Que tal parût, per fugir malananssa 
25 He greu doptanssa. 

1 1 ms. le vostre. 



III. Vos fruits sont de magnificence — et montrant (mon- 
trent) que vous êtes la plus puissante, — (et) comme la mer, 
en tous biens abondante; — donc, tout homme vous doit faire 
révérence, — avec bonne pensée. 

IV. C'est pourquoi vous est due, Lis d'amitié, — louange 
infinie, car vous êtes fontaine de largesse, — vous suppliant 
que vous me donniez sens et aptitude, — pour que je puisse 
bâtir de vous joyeuse danse, — avec accord. 

V. Tout homme peut dire, qui à vous honorer s'avance, — 
qu'il est bienheureux, souveraine pureté : — qu'il ne cherche 
plus à avoir meilleure richesse — que tel parti (dessein), pour 
fuir mésaise — et pénible doute. 



92 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

VI Alegrament, an granda benvolenssa, 

Adonc, tostemps am volontat joyoza, 
Vos degh servir, com la plus amorosa, 
Tro sia del tôt vengut en deffalhenssa 
30 De conoyssenssa. 

VII Vos etz verdiers complitz, d'auta semenssa, 

Fulhatz lie pies de vertut precioza, 
Hon tôt l'an nays frucha mot vertuoza, 
Don cascus viu lie pren granda creysshenssa, 
35 Ses deffalhenssa. 

VIII Rays divinal, hon nostre ben comenssa, 

Per la bontat que Dieu vos ha trameza, 
Las! contemplan la vostra gran savieza, 
Mon esperit ha maior coffisanssa 
40 De milhoranssa. 

36. // faudrait une rime en -ansa; corr. s'avanssa(?j. 



VI. Allègrement, avec grand amour, — donc toujours avec 
volonté joyeuse, — je dois vous servir, comme la plus amou- 
reuse, — jusqu'à ce que je sois entièrement venu en défaut 
— de connaissance. 

VII. Vous êtes verger accompli, de haute semence, — feuille 
et plein de vertu précieuse, — où tout l'an naît fruit très salu- 
taire, — d'où chacun vit et prend grande croissance, — sans 
défaillance (sans qu'il y en ait défaut). 

VIII. Rayon divin, où notre bien commence, — par la bonté 
que Dieu nous a transmise, — las! contemplant votre grande 
sagesse, — mon esprit a plus grande confiance — d'amélio- 
ration. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XX. 93 

IX Sol que de mi vos aiatz recordanssa, 

La vostr'amor me dona forlaleza, 
Servir a vos, roza de gentileza, 
Nobla ses par, hon tôt mon cor se lanssa 
45 He ss'en avanssa. 

X Suplic vos donc, que de mi sovenenssa 

Vulhatz aver la quant l'ora doploza 
S'apropiara de la mort riguoroza; 
Quez aladonc, per voslra gran clemenssa, 
50 Sialz ma deffensa. 

TORNADA 

XI Flor de las flors, hon Jhesus près nayssenssa, 

Vulhatz guardar la ciutat de Tholoza, 
Com libéral he dels justz amoroza; 
No prengua mal, car de vos fa defïenssa, 
55 Am bona penssa. 

48 de] ms. a. 

53 Corr. del just (V). 



IX. Pourvu que de moi vous ayez souvenir, — votre amour 
me donne force — pour vous servir, rose de noblesse, — 
noble sans pareille, où tout mon cœur se lance — et s'en avance. 

X. Je vous supplie donc que de moi souvenance — vous 
veuilliez avoir, lorsque l'heure redoutable — de la mort rigou- 
reuse s'approchera; — qu'alors, par votre grande clémence, 
— vous soyez ma défense. 

XI. Fleur des fleurs, où Jésus prit naissance, — veuillez 
garder la cité de Toulouse, — comme libérale et du juste 
amoureuse; — qu'elle ne prenne mal, car de vous elle fait 
(sa) défense, — avec bonne pensée. 



94 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



ENDRESSA AL REY DE FRANSSA 



XII L'exellent Rey, cap de tota clemenssa, 

Hon es del lot esta ciutat sosmeza, 
Veia, si # 1 platz, ma cansso per nobleza 
He del pays vulh' aver sovenenssa 
go Que -1 sia diffenssa. 

De Gualhaco me composait. 
5g he] ms. ho. 



ADRESSE AU ROI DE FRANCE 



XII. Que l'excellent Roi, principe de toute clémence, — à 
qui cette cité est entièrement soumise, — voie, s'il lui plaît, 
ma chanson (faite) par noblesse, — et que du pays il veuille 
avoir souvenance — d'être la défense. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXI. 0,5 



XXI 

Canso de Nostra Dona, cum qua habuit violetam nobilis 
Franciscus de Morlanis, anno domini M. CCCC.LXVIII. 

I A lu me clam, que es de verlut princesse; 

Princessa cran, de beulat resplendent, 
Resplandens lums, ont jay tota noblesa, 

4 Nobla sens par, prec te, moût humilment, 
Humiel que*m sies en mon trespassament ; 
Très doussa flor, Verges plena de gracia, 
Gracia me fay, am lo tiau Fil li plasent, 

8 Plasent regarl an 1res benigna facia. 

II A tu me clam, coma de tolz crims pura; 

Purs, si te plalz, garda nos de tôt mal; 

5 que'm] nu. quen. 

io Ms. pura sit p.; la corr, est de Noulet. 



Chanson de Notre-Dame, avec laquelle noble François 
de Morlanes eut la violette, l'an i^G8. 

I. A toi je me recommande, qui es de vertu princesse; — 
princesse grande, de beauté resplendissante, — resplendissante 
lumière, où git toute noblesse, — noble sans pareille, je te 
prie, très humblement, — qu'humble (bienveillante) tu me 
sois à mon trépas; — très douce fleur, Vierge pleine de grâce, 

— grâce fais-moi, avec ton Fils plaisant, — plaisant regard 
avec très bénigne face. 

II. A toi je me recommande, comme de tous crimes pure; 

— purs, s'il te plaît, garde-nous de tout mal; — 



96 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Malautz ems tolz, [e]slela de dreylura, 
12 Dreyta vers Dieus per lo poble humanal; 

Humanals ems : sias nos spécial, 

Spécial gautz, que sias noslra advocada, 

Advocayrils de totz en gênerai, 
16 Generalment Regina coronada. 

III A tu me clam, rosa tresque florida, 
Florid' al Gel, plena de clarilat; 
Clareyan lum d'alegrier [ejsclayrida, 

20 E clara al mon qu'ai jour d'uy veg torbat. 

Torbat es fort e pie d'escuritat; 

Escurs em trop, bailla nos segurtansa; 

Segur sia lot lo mon d'estre salvat : 
24 Salva la gen qu'en tu pren [e]speransa. 

IV A tu me clam on fec lo sieu repaire,, 
Repaire sol, lo que*ns a resemutz, 

12 dreyta] d'abord dreysset; les quatre dernières lettres grattées. 



malades nous sommes tous, étoile de droiture, — droite vers 
Dieu pour le peuple humain. — Humains nous sommes : sois- 
nous spéciale, — spéciale joie, sois notre avocate, — avocate 
pour tous en général, — généralement reine couronnée. 

III. A toi je me recommande, rose très fleurie, — fleurie au 
ciel, pleine de clarté, — éclairante lumière, d'allégresse éclai- 
rée — et claire au monde, lequel aujourd'hui je vois troublé. 
— Troublé il est fort et plein d'obscurité; — obscurs nous 
sommes trop, donne-nous sûreté; — sûr soit tout le monde 
d'être sauvé ' — sauve la gent qui en toi prend espérance. 

IV. A toi je me recommande où fit demeure, — demeure 
seule, celui qui nous a rachetés, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXI. 97 

Resemutz tolz d'aquel malvas desayre, 
28 Desayre grant, ont eram sosmetutz, 
Sousmeses tant e per tostems perdulz, 
Perdu tz e morlz sens neguna sostenta : 
Sousle nos donc, vayssel pie de vertutz, 
3-2 De vertut font, a tôt lo mon plasenta. 

V A tu me clam am la gent tholosana; 

Tholosa n'es cieutat de grant confort ; 

Conforta an lu nostra nalura humana, 
36 Humana die, te pregan per acort; 

Accort fay donc a Dieu, ques a bon port 

Porte nos totz, mostran la dreyta via, 

Via per ont anem al castel fort, 
40 Fort et segur palays de senhoria. 

37 ques] ms. que es. 



rachetés tous de ce mauvais désastre, — désastre grand où 
nous étions soumis (plong-és), — soumis pleinement et pour 
tout temps perdus, — perdus et morts sans aucun soutien : 

— soutiens-nous donc, vaisseau plein de vertu, — de vertu 
fontaine, à tout le monde plaisante. 

V. A toi je me recommande avec la g~ent toulousaine : — 
Toulouse est cité de grand confort; — conforte avec toi (?) 
notre nature humaine, — humaine je dis, te priant par accord ; 

— accord fais donc à Dieu, qu'à bon port — il nous porte tous, 
montrant la droite voie, — voie par où nous aillions au châ- 
teau fort, — fort et sûr palais de seigneurie. 

7 



98 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 



VI Odor de flors, prec te que mon report, 

Report présent sia an tu qu'es Verges pia ; 
Pielat preuc donc de totz en noslra mort; 
44 Morlz quant serem te fassam companhia. 



VI. Odeur de fleur, je te prie que mon récit, — récit pré- 
senté soit devant toi, qui es Vierge pitoyable; — pitié prends 
donc de nous tous en notre mort; — morts quand nous serons, 
que nous te fassions compagnie. 



JOIES DE LA VIOLETTE. — XXII. 99 



XXII 

Vers figuratz. pel quai guasanhec la violeta Mestre Anthoni 
Crusa, bachelier en leys, l'an M.CCCC.LXX1. 

I Plasen jardi, plus qu'autre jos lo cel, 

Fec Dieus al mon sos paradis terrestre : 
De totz fruliers lo g-uarnic per mays estre 
4 Loc delectos, e'n plantée un molt bel 
Dins lo miegh loc, nomnat ajbre de vida, 
Oui, per sa cautz, d'ayga geta gran riu, 
E y mes après home d'esperit viu, 
8 Qu'es digh Jhesus, per far obra complida. 

II Per lo verdier, la Verges enguausida 

Entendre puesc e ssa granda valor, 
Car es sens par; don per lo Creator 
12 Sus totas foc eternalment causida, 



Vers figuré, par lequel gagna la violette Maître Antoine 
Crusa, bachelier en lois, l'an ifiji . 

I. Plaisant jardin, plus qu'autre sous le ciel, — Dieu fit au 
monde son paradis terrestre : — de tous (arbres) fruitiers il le 
garnit pour plus être (qu'il fut) — lieu délicieux, et il en 
planta un très beau — dans le milieu, nommé arbre de vie, — 

Iqui, par sa tige, d'eau jette grand ruisseau, — et il y mit en- 
suite homme d'esprit vivant, — qui est dit Jésus, pour faire 
œuvre accomplie. 
II. Par le verger, la Vierge réjouie — je puis entendre et 
sa grande valeur, — car elle est sans pareille; d'où par le 
Créateur — sur toutes, elle fut éternellement choisie, — 



100 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

He pe-ls fruliers, lo sien cran compliment 
De sas vertutz, que li donan belesa, 
Plus qu'e l'anel sapins, ni mays lurquesa^ 
1G Ni diamans, quant es mes en l'argent. 

III Entendre vuelh l'aybre tant excellent 
Pe*l gran tesaur d'umililat perfieyla 
Qu'en ela foc, on Dieus mays se delieyta,, 

20 He per so près en lu consebement; 

Aybres pot dir pie de tota sciensa; 

Ostan los mais, de bes nos ha garnilz; 

Mays, en moren, ha los crims asquantitz 
24 He demostrat enfenida clemensa. 

IV Le rius qu'ay digh, que salh ab enfluensa, 
Que tôt jorn corr, jamays no sse taris, 
E'n quatre partz en terravs devesis, 

28 Tota la gent fa tenir en plasensa, 



et par les (arbres) fruitiers, (je puis entendre) le parfait accom- 
plissement — de ses vertus, qui lui donnent beauté, — plus 
qu'en l'anneau ni saphir, ni même turquoise, — ni diamant, 
quand il est mis en l'argent. 

III. Je veux entendre l'arbre tant excellent — par le grand 
trésor d'humilité parfaite — qui fut en elle, où Dieu plus se 
délecte, — et pour cela il prit en elle conception; — arbre se 
peut dire plein de toute science; — ôtant les maux, de biens 
il nous a garnis; — de plus, en mourant, il a éteint les crimes 
— et démontré clémence infinie. 

IV. Le ruisseau que j'ai dit, qui sort avec affluence, — qui 
toujours court, jamais ne se tarit, — et en quatre parts en la 
terre se divise, — (et) toute la gent fait tenir en plaisance, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXII. 

So 's la gran dolz de gracia, de secors, 
Don les fisels prendran bon adiutori, 
Per totz estremps del monde, so's notori, 
32 Les sieus bels faytz, on totz avem recors. 

V Un home vius y fec le Creators, 

So 's Jhesu Grist que y presec car humana 
Per nos salvar e-ns dar la fe certana, 

36 Don em liurat d'infer e sas dolors. 

Del mal Satan, que*ns lenia dins sas tors, 
Guardatz nos ha, per sa granda bontat; 
De gran danger nos mes en libertat 

40 E-ns vole tenir tostemps jos s'amparansa. 

33 y ajouté au-dessus ; ms. Creator. — 30 ms. e sa dolor. 



c'est la grande source de grâce, de secours, — d'où les fidèles 
prendront bonne aide, — dans les lieux les plus écartés du 
monde, ceci est notoire, — (et) ses beaux faits, où nous tous 
avons recours. 

V. Un homme vivant y lit le Créateur, — c'est Jésus-Christ 
qui y prit chair humaine — pour nous sauver et nous donner 
la foi certaine, — d'où nous sommes délivrés de l'enfer et 
de ses douleurs. — Du méchant Satan, qui nous tenait dans 
ses tours, — il nous a gardés, par sa grande bonté; — de 
grand danger il nous mit en liberté — et voulut nous tenir 
toujours sous sa protection. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 



VI Bêla sens par, lion he ma confizansa, 

Dat me le yoy ques ay tan désirât, 
Hes al besonh no m'ayatz oblidat, 
44 Y, ancinc, lostemps viure per alegransa. 

43 no-m] ms. non. 



VI. Belle sans pareille, où j'ai ma confiance, — donnez-moi 
la joie que j'ai tant désirée, — et au besoin ne m'oubliez pas, 
— et, ainsi, toujours je vivrai par allégresse. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXIII. Iû3 



XXIII 

Anno Domini M.CCCC. septuaginta primo, fuit adjudicatus flos 
violete magistro Berengario de Hospitali, in legibus baccal- 
lario; et, quia sua carmina erant de re nova et talia que 
Dominis placuere, dictus flos sibi donatus extitit per duas ca- 
menas que sequntur. 



Planh de Crestiendat contra lo gran Turc. 

Y a pas lonc temps, dedins Jherusalem, 
Vigui plorar del munde la plus bêla; 
Tan plangia fort qu'oui l'auzia de Bellem, 
Se lasseran e rompen sa gonela. 
5 Ieu, am gran dol, luy dissi : « Domayzela, 
Las! qu'avetzvos, que tan vos plangetz haut? » 



L'an du Seigneur ifiji , la fleur de la violette fut adjugée 
à maître Bérenger de F Hôpital, bachelier en lois; et, 
parce que ses poésies étaient chose nouvelle et telles 
qu'elles plurent aux Seigneurs, la dite jleur lui fut don- 
née pour les deux compositions qui suivent. 

PLAINTE DE LA CHRETIENTE CONTRE LE GRAND TURC 

I. Il n'y a pas long-temps, dedans Jérusalem, — je vis pleu- 
rer du monde la plus belle; — elle se plaignait si fort qu'on 
l'entendait de Bethléem, — lacérant et déchirant sa gonelle. 
— Moi, avec grand deuil, lui dis : « Damoiselle, — las! 
qu'avez-vous, que tant vous vous plaignez haut? » — 



Iû4 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

— « Ha! mon enfan, dissec parlan azaut, 
Ieu, [taubra, soy Cresliandat la mesquina, 
Que res que sia no me vey en azaut, 
10 Tan m'a gran mal fait la gen sarrasina. 

II Jeu soli' aver Judia, gran e menor, 

Per molt gran part dejost ma senhoria, 
E d'aquest mon soli' esser la maior : 
Ouays ténia tôt Persa, Meda, Suria; 

15 Solet govern era d'Alexandria 
E del tan fort Coslantinoble bel; 
Boemis, Grecs, me tenian lur joyel; 
Emperayritz era de Trapazonda, 
Regina gran de Negrepon fisel : 

20 Aras o tey lo Turc, que Dieu confunda! 

9 veyj corr. ven (?). 



« Ah ! mon enfant, dit-elle, parlant gracieusement, — moi, 
pauvre, je suis Chrétienté la chétive, — à qui chose qui soit 
ne vient en agrément, — tant la gent sarrasine m'a fait 
grand mal. 

II. Je soûlais avoir la Judée, la grande et la petite, — par 
très grande partie sous ma puissance, — et de ce monde je sou- 
lais être la plus grande : — je tenais quasi toute la Perse, la 
Médie, la Syrie; — seul gouvernement j'étais d'Alexandrie — 
et du si fort Constantinople beau; — Bohèmes, Grecs, me tc- 
n lient pour leur joyau; — impératrice j'étais de Trébizonde, 
— reine grande du Négrepont fidèle : — maintenant tout cela 
tient le Turc, que Dieu confonde! 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXIII. 100 

III Ieu ay perdulz quatre patriarcalz ; 
Jherusalem, ma plus nobla garlanda, 
ET gran muralh d'Anlhiocha, malvatz 
M'an fait layssar e trastota sa landa. 

25 Plus jeu non ay Alexandria granda, 

Presa la m'an la sarrasina g"en; 

Encaras plus, molt rig-orosamen, 

De say vint ans m'an près Costantinoble; 

Temples, hostals, pilhats vilanamen, 
30 E mes a mort quasi trastot mon poble. 

IV Tôt ay perdut, seno que lo papat, 

Y aquel n'a pas trastota sa clauzura, 
Quar lo grau Turc, en juillet , l'an passât, 
Près Negrepon en maniera molt dura, 
:J5 E, cum tiran, enemic de natura, 

Las femnas prens a chevals fes trepir, 

•2i Après perdutz, les a été gratté. — 23 les gratté avant malvatz. 



III. J'ai perdu quatre patriarcats; — Jérusalem, ma plus 
noble guirlande, — et le grand mur d'Antioche, les méchants 
— me l'ont fait laisser et tout son territoire. — Plus je n'ai 
Alexandrie la grande, — prise me l'a la sarrasine gent; — 
encore plus, très rig-oureusement, — il y a vingt ans ils m'ont 
pris Constantinople; — temples, maisons (ils ont) pillé vilai- 
nement, — et mis à mort presque tout mon peuple. 

IV. Tout j'ai perdu, excepté le papat, — et celui-ci n'a pas 
toute l'enceinte (de ses Etats), — car le Grand Turc, en juillet, 
l'an passé, — prit Négrepont d'une façon fort dure, — et, 
comme un tyran, ennemi de nature, — les femmes enceintes 
par les chevaux il a fait fouler, — > 



IOÔ LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

E los enfans estranglar e murlrir 
Vilanamen, entremis bras de lur mayre; 
Joynes e viels Irastotz y fes morir 
40 E-ls petits filhs tuar davant lo payre. 

V E veng-ut es, el mes passât de mars, 

Als Venecians, per destrusir lor jsla, 
Menan tans naus que fay brogir las mars, 
E cas, e Turcs, très o quatre cens mila, 

45 Ez ha 'ssetiat Ragosa, bêla vila, 

De neyt e jorn grans assauts luy donan, 
Gitan dedins foc gresle flamejan 
E fort baten an totz engens la plassa : 
Cerlas, si en breu los paubres secors n'an, 

50 De crestians morts sera moll granda trassa. 

VI Ha! quai pietat, dos payre Jhesu Crist! 

Sens ul secors, hom me bat e me frapa; 



et les enfants étrangler et meurtrir — vilainement, entre les 
bras de leur mère; — jeunes et vieux tous il fit mourir — et 
les petits enfants tuer devant leur père. 

V. Et il est venu (le Turc), le mois passé de mars, — vers 
les Vénitiens, pour détruire leur île, — menant tant de navires 
qu'il fait bruire les mers, — et chiens, et Turcs, trois ou qua- 
tre cent mille, — et il a assiégé Ragnse, belle ville, — de nuit 
et de jour grands assauts lui donnant, — jetant dedans feu 
grégeois flamboyant — et fort battant avec toute sorte d'en- 
gins la place : — certes, si en peu les pauvres n'ont secours. 
— de Chrétiens morts sera très grande la trace. 

VI. Ah! quelle pitié, doux père Jésus-Christ! — sans nul 
secours, on me bat et me frappe; — 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXIII. IO7 

Jeu perdi lot mon sen e mon avist; 
Lo Turc cruzel tolz mos joyels arrapa, 

55 E jurât a qu'el desfara mon Papa 
A grans tormens e totz los cardenals, 
E si rompra temples, gleysas, ostals, 
Tans g"ens tuan qu'om no'n saubra la soma; 
Sostrir la crolz, e manjar sos chevals 

60 Desus l'autar de Sanct Peyre de Roma. 

VII Ha ! Payre sanct, perdray jeu mon pais? 

Deffalhira ta mayre, ta mestressa? 
Murtriran me los cas e Sarrasis, 
Me desquissan en si vilan rudessa? 
65 Ha! Reys crestians, deu morir tal Princessa? 
Layssaretz vos mas donzelas forsar? 
Renegar Dieu e mon cors lasserar 

53 D'une autre écriture, qui parait celle de Galhac : mon cor 
deniora trist. 



je perds tout mon sens et ma raison; — le Turc cruel tous 
mes joyaux arrache, — et il a juré qu'il détruira mon pape 
— en grands tourments et tous les cardinaux, — et qu'ainsi il 
renversera temples, églises, maisons, — tant de gens tuant 
qu'on n'en saura la somme; — (qu 'il viendra) abattre la croix, 
et (faire) manger ses chevaux — dessus l'autel de Saint-Pierre 
de Rome. 

VII. Ah! père saiut, perdrai-je mon pays? — Défaillira- 
t-elle, ta mère, ta maîtresse?- — Me massacreront-ils, les chiens 
et les Sarrasins, — me déchirant en si vilaine rudesse? — Ah ! 
rois chrétiens, est-ce que doit mourir une telle princesse? — 
Laisserez-vous violer mes damoiselles, — renier Dieu et mon 
corps lacérer — ■ 



108 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Tan rudamen a falsa gen pagana? 
Deu al jorn d'uey mon paubre cors finar, 
70 E deffallir la sancta fe crestiana? 

VIII Revelha te, Karles de gran renom, 

Qu'as a ma ley Europa conquistada! 
Leva te sus, Godofre de Bilhom, 
Ou'ollra la mai* amenés gran armada, 
75 E sieyssant' ans as teng-ut subjugada 
Jherusalem, ondran la sancta Cros! 
E tu, Lois, arma le, mon filh dos, 
Fay al gran Turc mortal e for ta g-uerra; 
Ajuda me, coma sanct Lois pros, 
<so Me deffenden e per raar e per terra ! » 

IX Gridan molt haut, fasia d'autres grans planhs, 

Rompia sos pels e gran dolor mena va, 
Baten son cors, fasia critz molt estranhs, 



si rudement par la perfide gent païenne? — Doit-il aujour- 
d'hui, mon pauvre corps, finir, — et défaillir la sainte foi 
chrétienne? 

VIII. l\éveillc-toi, Charles de grand renom, — qui à ma loi 
as l'Europe conquise! — Lève-toi sus, Godef'roi de Bouillon, 

— qui au delà de la mer amenas grande armée, — et soixante 
ans ais> tenu subjuguée — Jérusalem, honorant la sainte Croix! 

— Et toi, Louis, arme-toi, mon doux fils. — fais au grand Turc 
mortelle et rude guerre; — aide-moi, comme saint Louis le 
preux, — me défendant et par mer et par terre! » 

IX. Criant très haut, elle faisait d'autres grandes plaintes, 

— elle arrachait ses cheveux et grande douleur menait, — 
battant son corps, elle faisait cris fort étranges, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXIII. IOO, 

E totz los Sancts e las Sanctas sonava; 
85 De gen bel cop amb ela se plorava, 

Mas degun d'els no savia dar confort; 

De say e lay ela fugia la mort, 

Fasen regarls en form'espaventosa. 

Adonquas, jeu, me botiey en lo port, 
90 E torniey dins la cieutat de Tholosa. 

TORNADA 

Très dossa flor, de tôt fisel conort, 
Prega ton Filh, que per nos soffric mort, 
Que do secors a la gen doloyrosa ; 
Ouar se non a de nos, paubres, reçoit, 
95 Leu fenira Crestiandat engoissosa. 



et tous les Saints et Saintes elle implorait; — beaucoup de 
gens avec elle se lamentaient, — mais aucun d'eux ne savait 
donner confort; — deçà et delà elle fuyait la mort, — regar- 
dant de façon épouvantable. — Alors, moi, je me mis dans 
le port, — et retournai dans la cité de Toulouse. 



X. Très douce fleur, réconfort de tout fidèle, — prie ton 
Fils, qui pour nous souffrit la mort, — qu'il donne secours à la 
gent douloureuse; — car s'il n'a de nous, pauvres, souvenir, 
— bientôt finira Chrétienté angoissée. 



IIO LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

XXIV 

Pastorela consolan Crestiandat contra lo Turc. 

I 0! Crestiandat, noslra dossa meslressa, 

Cesse ton dol, no menés plus ton planh, 
Dolor bannis e n'ajas plus trislessa; 
4 Ton paubre cor trop duramen se planh; 
De Ion greu mal a nul plus te complanh, 
Mas day te gauch e vieu en esperansa, 
Ouar Jhesu Crist, ton Dieu, que tan resplanh, 
8 Secors te day am moll bêla poyssansa. 

II En gran débat e divisio mortala 

Los Ytalians eron y a grau discort; 
Tôt lo pais avia çuerra très mala ; 
12 Grans e petitz se volian mal de mort, 



Pastourelle consolant la Chrétienté contre le Turc. 

I. 0! Chrétienté, notre douce maîtresse, — cesse ton deuil, 
ne mène plus ta plainte, — bannis douleur et n'aies plus tris- 
tesse; — ton pauvre cœur trop durement se plaint; — de ton 
grief mal à nul plus ne te plains, — mais donne-toi joie et vis 
en espérance, — car Jésus-Christ, ton Dieu, qui tant resplen- 
dit, — te donne secours avec très belle puissance. 

II. En grand débat et division mortelle — les Italiens 
étaient et en grand désaccord; — tout le pays avait g-uerre 
très mauvaise; — grands et petits se voulaient mal de mort, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXIV. III 

Dont lo gran. Turc soven te [dav'a] mort 
E tos subgetz vilanamen tuava; 
Peys que ta gen non era d'un acort, 
16 Ara pauc esfors ton pais gasanhava. 

III Mas Jhesu Crist, lo nostre bon salvayre, 
A' gut pietat de tu, paubra dolen, 

Ez a volgut que lo nostre Sanct Payre 
20 Los ha'ccordatz, e cascun es conten; 

Don lotz s'en van ain cor joyos, arden, 

Contra lo Turc e sa gen de malecia, 

Per dar socors a Ragosa plasen 
24 E deffensar la cieutat de Venecia. 

IV Lo Payre Sanct, en donan la crosada, 
Ley vay premier, coma veray pastor, 
Ez a créât de tota son armada 

28 Lo rey Ferran cap e governador. 

i3 Les mots entre crochets manquent ; Noulet propose fasia. 



de quoi le Grand Turc souvent te mettait à mort — et tes 
sujets vilainement tuait; — depuis que ta gent n'était pas d'un 
accord, — avec peu d'efforts il gagnait ton pays. 

III. Mais Jésus-Christ, notre bon Sauveur, — a eu pitié de 
toi, pauvre dolente, — et il a voulu que notre Saint-Père — 
les a accordés, et chacun est content; — et c'est pourquoi tous 
s'en vont avec cœur joyeux, ardent, — contre le Turc et sa 
gent de malice, — pour donner secours à Raguse plaisante — 
et défendre la cité de Venise. 

IV. Le Père saint, en donnant (publiant) la croisade, — y 
va le premier, comme vrai pasteur, — et il a créé de toute son 
armée — le roi Fernand chef et gouverneur. — 



112 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Dels Ytalics y vay cascun senhor; 
L'eslendart y es de Florensa la bêla ; 
Joynes e vielhs ley van de gran amor, 
32 De gauch cantan, en molt guisa novela. 

V Ton filh Lois a bona sovenensa 

De t'ajudar e sos majors seguir; 
A tart son cor aulra cauza se pensa, 

36 Mas be no pot explicar son désir; 
En breus de jorns, le vendra soccorir 
Tan valhenmen, an gran e forla guerra, 
Que de gran paor fara Iramblar, frémir 

40 Los Sarrasins e per mar e per terra. 

VI Don lauza Dieus e la Verges Maria, 

Qu'a ton besonh tam be t'an secorrit, 
Y alegra te la neyt e mays lo dia; 
44 No menés plus ton planh e dolen crit; 



Des Italiens y va chaque seigneur; — l'étendard de Florence 
la belle y est; — jeunes et vieux y vont de grand amour, — 
de joie chantant, de façon fort nouvelle. 

V. Ton fils Louis a bonne souvenance — de t'aider et suivre 
ses aïeux; — difficilement son cœur autre chose pense. — mais 
bien il ne peut expliquer son désir; — en peu de jours, il vien- 
dra te secourir — si vaillamment, avec grande et forte guerre, 
— que de grande peur il fera trembler, frémir — les Sarra- 
sins et par mer et par terre. 

VI. De quoi loue Dieu et la Vierge Marie, — qui à ton be- 
soin si bien t'ont secouru, — et réjouis-toi la nuit et aussi le 
jour; — ne mène plus ta plainte et dolent cri ; — 



JOIES DE LA VIOLETTE. 



Aras sera lo gran Turc descoffit, 
En conoyssen ta ley fîsel e bona; 
Ton Salvador, Jhesus, sera grasit 
48 Per lot lo mon, de cascuna persona. 

VII fier drago! A! calobre salvatg-e, 

Cor serpenti, de natura murtrier, 
Reneg-at Turc, jnhumanal coralge, 

52 Diable dampnat, tigre fais, messongier, 
Plus no rompras lo cami vertadier, 
Aras a mort vendra ta gen pag~ana, 
E de gran dol crebara ton cor fier 

56 E florira la sancta fe crestiana. 

VIII Per que traslotz menem joyosa vida, 

Alegrem nos e de joya cantem; 
Secors a' gut nostra ley opprimida, 
60 Don tôt jorn may gauch e solas aurem. 

49 Ms. a calobre cru s. 



maintenant le Grand Turc sera déconfit, — en reconnaissant 
ta loi fidèle et bonne; — ton Sauveur, Jésus, sera béni — par 
tout le monde, de chacune personne. 

VII. 0! fier dragon! Ah! couleuvre sauvage, — cœur de 
serpent, de (sa) nature meurtrier, — Turc renégat, cœur inhu- 
main, — diable damné, tigre perfide, menteur, — plus tu ne 
rompras le chemin véridique, — maintenant ta gent païenne 
viendra à mort, — et de grand deuil ton cœur farouche crè- 
vera — et la sainte foi chrétienne fleurira. 

VIII. C'est pourquoi menons tous joyeuse vie, — réjouis- 
nous et de joie chantons; — notre loi opprimée a eu secours, 
— d'où désormais plaisir et consolation nous aurons. — 



Il4 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Lo bon Jhesus devotamen lauzem, 
Quar a volgut de nos aver memoria; 
E, totz enclins, de bon cor luv preguem 
64 Que vuelha dar al Sanct Payre victoria. 

TORNADA 

IX Très dossa Flor, on totz nos gandirem, 

Qu'as enfantât Jhesus, lo rey de gloria, 
Prega ton Filh que lo Turc conquistem 
Y aver puscam honorabla victoria. 

BERENGUIER DEL HoSPITAL, m. '. 



Le bon Jésus dévotement louons, — car il a voulu de nous 
avoir souvenir; — et, tous inclinés, de bon cœur le prions — 
qu'il veuille donner au Saint-Père victoire. 



IX. Très douce fleur, où tous nous nous réfugierons, — qui 
as enfanté Jésus, le roi de gloire, — prie ton Fils que nous 
conquérions le Turc — et que nous puissions avoir honorable 
victoire. 



1. Ces mots sont entourés d'une banderole. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXV. 



Il5 



XXV 

Vers claus, am loqual gasanhec la violeta mestre Bernât Arnaut, 
collegiat de Peyragorc, l'an M.CCCC.LXXII. 

I Alscuns pastours, vengutz d'estranh pays, 

An près lo carc, si com gens ben apresa, 
A governar d'un seignor de noblesa 

4 Son gran tropel d'ouuellas e polys; 
He le senhor, pensan que lor advis 
Le fos util per tener son estât, 
Tout le sieu parc en lor mas a pausat, 

8 Que bon endres y dessan tais pastos. 

II Car estre soûl le bestia fructuos, 

Lo temps passât quel senhor ne ténia, 

8 D'abord pastors; r barré. 

9 lo] corr. el (?). 



Vers clos, avec lequel maître Bernard Arnaud, collégial 
de Périgord, gagna la violette, l'an 1^2. 

I. Quelques pasteurs, venus de pays étranger, — ■ ont pris la 
charge, comme gent bien apprise, — de gouverner d'un sei- 
gneur de noblesse — le grand troupeau de brebis et (de) pou- 
lains; — et le seigneur, pensant que leur avis — lui serait 
utile pour tenir son état, — a placé tout son parc en leurs 
mains, — pour que bonne direction y donnassent tels pasteurs. 

II. Le bétail avait coutume d'être productif, — au temps 
passé que le seigneur le tenait ; — 



Ii6 les joies du gai savoir. 

Fornic l'ostal e sa genf ne vestia; 
12 Ollra l'argent qu'el fasia dels motos 

Ny l'autre creys grandamen habondos, 
De cascun an, qu'era tostemps doublât, 
El terradour levava plus de blat ; 
16 Don le pays era de bes conplit. 

III Mas les pastours an tengut aul partit, 
Tornatz son lops dedins e may defora, 
Cascus de lour tôt lo beslia dévora, 

20 Enlro per tant que l'an tôt consumit ; 
Per toulz estremps se pot ausir lo crit 
Del périment d'aquel bestia mingat; 
Tout le cabal et gasaign n'es anat; 

24 Enquera plus n'an portadas las pels. 

IV Cels demostran que no son ges fisels 

A Jhesu Christ, qu'es lor principal mestre, 



il (le seigneur) en approvisionnait sa maison et en vêtait sa 
gent; — outre l'argent qu'il faisait des moutons — et l'autre 
gain grandement abondant, — de chaque année, qui était tou- 
jours doublé, — sur le terroir il levait plus de blé; — de quoi 
le pays était de biens fourni. 

III. Mais les pasteurs ont tenu mauvais parti, — ils sont 
devenus loups dedans et aussi dehors, — chacun d'eux dévore 
tout le bétail, — jusqu'à ce qu enfin ils l'ont tout consumé; — 
de tous côtés au loin se peut ouïr le cri — de la perte de ce 
bétail mangé; — tout le capital et gain s'en est allé; -«- encore 
plus ils ont emporté les peaux. 

IV. Ceux-ci montrent qu'ils ne sont nullement fidèles — à 
Jésus-Christ, qui est leur principal maître, — 






JOIES DE LA VIOLETTE. XXV. I I -y 

Quels dara mort en aquest mon terrestre; 
28 Car la clamour exsausis Dieus del cels 

Dels oppremilz d'espasas lie coutels, 

Seguon escrich trobam e déclarât, 

Et lo benfait a 'toutz rémunérât : 
32 Paux an lo sen de cognoyscer lor mal. 



Car procedis per virtut divinal 

Contra las gens qu'a Dieu viran l'esquina, 

He toutz homes que viven de rapina 

36 Son obligatz al peccat infernal, 
Que les dara la punition tal, 
Com s'aparte justa lor malvestat : 
Per que degus en si non sia turbat, 

10 Car mal ou be porta son jugamen. 



qui leur donnera mort en ce monde terrestre; — car (le) Dieu 
du ciel exauce la plainte — des opprimés d'épées et de cou- 
teaux, — selon que nous trouvons écrit et déclaré, — et les 
bonnes actions il a à tous rémunérées : — peu ont le sens de 
connaître leur mal. 



V. Car il procède par vertu divine — contre les gens qui 
tournent le dos à Dieu, — et tous hommes qui vivent de rapine 
— sont obligés au (souillés du) péché infernal, — qui leur 
donnera la punition telle — qu'elle convient à leur méchan- 
ceté : — c'est pourquoi que personne en soi-même ne soit trou- 
blé, — car mal ou bien porte son jugement. 



I 1 8 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 



VI Tout mon Désir, osta prest mala gen 

Del poble trist, qu'an mes a paubretat; 
Car autre plus n'a ges la poteslat, 
41 Si coma tu, Regina divinal. 



ENDRESSA 



VII Vega mos dichs la gran Agla real, 

Per que done als malvatz disciplina 
Et de ben far a toutz autres doctrina, 
48 Coin dels malautz le mege principal. 



VI. Tout mon Désir, éloigne promptement méchante gent 
— du peuple triste, qu'ils ont mis à pauvreté; — car aucun 
autre n'en a la puissance, — comme toi, Reine divine. 



VII. Que le grand aigle royal voie mes dires, — pour qu'il 
donne aux méchants discipline — et de bien faire à tous autres 
doctrine, — comme (étant) des malades le médecin principal. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXVI. IIQ 



XXVI 

Canso de Nostra Dona, per laquai me Bernât Nunho, mestre en 
medicina, guasanhec la violeta, l'an M.CCCCLXXIV. 

I Excellens flor, hon jay tota nobleza, 

Fort son lengut, Dona, de vos lauzar 
E per tostemps servir ez onorar. 
4 En vos, sen plus, l'amor del tôt ey meza, 
Ouar hieu conoch que etz la plus honesta 
Que dengus hoins pogues jamay cauzir ; 
Don vos supplie que us placia de m'auzir, 
8 An franc voler, ma benigna requesta. 

II Dieus vos formée sus totas la may pura, 

Digna de laus, plena de gran bontat, 
Don le renom portatz de pietat, 
12 Plus que mays fes al monde creatura. 

4 rns. myza. 



Chanson de Nôtre-Darne, par laquelle Bernard Nunho, 
maître en médecine., gagna la violette, Van i^jh- 

I. Excellente fleur, où gît toute noblesse, — je suis fort 
tenu, Dame, de vous louer — et pour toujours servir et hono- 
rer. — En vous, sans plus, l'amour totalement j'ai mis, — car 
je connais que vous êtes la plus honnête — qu'aucun homme 
pût jamais voir; — c'est pourquoi je vous supplie qu'il vous 
plaise de m'ouïr, — avec franc vouloir, ma bénigne requête. 

II. Dieu vous forma sur toutes la plus pure, — digne de 
louange, pleine de grande bonté, — d'où vous portez le renom 
de pitié, — plus que jamais ne fit au monde créature. — 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



Le parlar mieu no pot dar per entendre 
I,o gran voler qu'ay de la voslra amor; 
Mas ve*us ayssi vostre humiel servidor : 
16 Vulhatz mon cas en breus termes comprendre. 

III Nau ses perilh, des paubres thezauriera, 
No permetatz que hieu fos mes a part, 
Ans suppausat, Dona, qu'ieu vengu'a tart, 

20 Recaptatz me jos la vostra baniera. 
En vos aman, esperansa*m conforta; 
Quar a degus que*us servis leyalment, 
Mays non falhic vostre noble cor gent : 

24 Per so vengut m'en son a vostra porta. 

IV Nobla sens par, de totas la plus digna, 
N'oblidetz my, que son lo vostr'amic, 

26 lo ajouté au-dessus. 



Mon parler ne peut donner à entendre — le grand vouloir que 
j'ai de votre amour; — mais voici votre humble serviteur, — 
veuillez mon cas en brefs termes comprendre. 

III. Nef sans péril, des pauvres trésorière, — ne permettez 
pas que je sois mis à part, — mais supposé, Dame, que je 
vienne tard, — recueillez-moi sous votre bannière. — En vous 
aimant, l'espérance me conforte; — car à aucun qui vous ait 
servie loyalement, — jamais ne faillit votre noble cœur g*ent : 
— pour cela je m'en suis venu à votre porte. 

IV. Noble sans pareille, de toutes la plus diç-ne, — ne m'ou- 
bliez pas, moi qui suis votre ami, — 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXVI. 

E, si vos play, de paubre, faitz me rie 
28 De vostre g"aug'; si corn Rosa benigna, 

En espiran, Viola non parelha, 

La grau bontat e dossor qu'es en vos, 

Recebetz me com fizel amoros : 
32 Per vos servir mon cor neyt e jorn velha. 

El convendra que ma vida finisca 

Am planhs e plors, si de vos hey reffus, 

En un désert, o que*m fassa reclus 

36 En qualque part, on hieu paubramen visca. 
Al présent, donc, gitatz me de tristessa; 
Non temy res, malautia ni mort, 
Sol que de vos, en breu, aga confort 

40 D'aver salut, com perfeyta metgessa. 



et, s'il vous plaît, de pauvre faites-moi riche — de votre joie; 
ainsi comme rose bienfaisante, en m'inspirant, violette non 
pareille, — la grande bonté et douceur qui est en vous, — 
recevez moi comme fidèle amoureux : — pour vous servir mon 
cœur nuit et jour veille. 



V. Il conviendra que ma vie finisse — avec plaintes et pleurs, 
si de vous j'ai refus, — en un désert, ou que je me fasse reclus 
— en quelque lieu, où pauvrement je vive. — Pour le présent, 
donc, ôtez-moi de tristesse; ■ — je ne crains rien, ni maladie ni 
mort, — pourvu que de vous, sous peu, j'aie réconfort — 
d'avoir salut, comme de parfaite guérisseuse. 



122 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

TORNADA 

VI Perla d'onor, sobirana mestressa, 

Al graii besonh ayatz de me recorl; 
E quant veyretz que sia pies de la mort, 
44 Mete*us davan, qureus voly per endressa. 



VI. Perle d'honneur, souveraine maîtresse, — au grand 
besoin ayez de moi souvenir; — et, quand vous verrez que je 
suis près de la mort, — mettez-vous devant, vu que je vous 
veux pour guide. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXVII. 123 



XXVII 

Canso tocan la polisia presa sus la guerra del contât de Foys, 
per quam adjudicatus extitit flos violete magistro Arnaldo 
Bernardi, in decretis baccalario, anno Domini M.CCC.LXXXIIII, 
loci de Tarascone abitatori, dicti comitatus. 

I L alTectio, qu'es en raso fondada, 

Enclinat m'a az una canso fayre, 
Car veg soven, cuni lacays, en l'estrada 

4 Los malfactos, et no's volen retrayre, 
Que fan a troptz très desonest otratge, 
Azulterant, cometen violensa; 
Valguera mais que lor malvat coratge 

8 Fos corregit, faguessan conoyssensa. 



Chanson touchant la police prise sur la guerre du comté 
de Foix, pour laquelle la Jleur de la violette fut adju- 
gée à maître Arnaud Bernard, bachelier en décrets, 
habitant du lieu de Tarascon, du dit comté, l'an du Sei- 
gneur i484- 

I. Le sentiment, qui est en raison fondé, — m'a engagé à 
faire une chanson, — car je vois souvent, comme laquais, sur 
le chemin — les malfaiteurs, et ils ne se veulent retirer, — 
qui font à beaucoup de gens très déshonnête outrage, — adul- 
térant, commettant violence; — mieux vaudrait que leurs 
mauvaises dispositions — fussent corrigées et qu'ils rentras- 
sent en eux-mêmes. 



124 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II En manias partz, salhir veg ses temensa 

Layros mortals, amb ententa maligna, 
Pueys, contra Dieu moslran desconoyssensa ; 
12 D'esser punhitz lor voluntat es cligna; 
Del dreyl fan tort am cobeytat malvada 
Quez an d'aver de las gens miserablas : 
Castiatz seran, quan vendra la jornada, 
16 Justa lor faytz et praticas dampnablas. 

III Malvatz, ynix, am pens' enverenada, 

Dampnatge fan a la causa publica ; 
Lor voluntat en mal es obslinada : 

20 Tôt jorn vesem quel mal se multiplica. 
Los qu'an govern de la causa comuna 
Ajan regard en corregir l'otransa, 
Car, per mal far, van, de neyt, am la lima : 

24 Justicia deu de semblans far vengansa. 



II. En maintes parts, je vois surgir sans crainte — larrons 
mortels, avec intention maligne, — puis, envers Dieu mon- 
trant méconnaissance; — d'être punis leur volonté est digne; 
— du droit ils font le tort avec convoitise mauvaise — qu'ils 
ont de l'avoir des gens misérables : — ils seront châtiés, quand 
viendra la journée, — selon leurs faits et pratiques damnables. 

III. Mauvais, iniques, avec pensée envenimée, — ils font 
dommage à la chose publique; — leur volonté au mal est obs- 
tinée : — toujours nous voyons que le mal se multiplie. — 
Oue ceux qui ont gouvernement de la chose commune — met- 
tent leur soin à corriger les méfaits, — car, pour faire le mal, 
ils vont, de nuit, avec la lune : — justice doit de telles gens 
faire vengeance. 



JOIES DE LA VIOLETTE. XXVII. 125 

IV Mon cor se dol e porta color bruna, 

Car, no se hom, per be que se garnisca, 
Que-s trobe fort a semblants fortuna 

28 Puesca fugir, qu'a la vetz no y morisca, 
Vesen que dreyt no soste raubatori; 
Mal es lo temps qu'om no pot anar fora : 
La cort y deu provesir d'ajutori 

32 Contr' aquest fel, trop plus amar que tora. 

V Si* 1 rey dels Francs, vida del dreyt et via, 

No y provesis am sas gens de justicia, 
Dopti me fort vendra calque folia, 
3 5 Per destrusir tota noslra policia. 
Provesio per evitar dampnatg-e, 



27 Après fort, que effacé. — 29 On attendrait un autre mot que 
soste. 

37 Je ne comprends pas provesio ; corr. provesisca(?). 



IV. Mon cœur se plaint et porte couleur brune, — car je ne 
sais homme, combien qu'il se garnisse, — qui se trouve si fort 
qu'à semblable fortune — il puisse échapper, et ne risque d'y 
mourir, — vu que le droit n'anéantit (?) le brigandage; — mau- 
vais est le temps qu'on ne peut aller dehors : — la cour y doit 
pourvoir de secours — contre ce fiel, beaucoup plus amer 
qu'absinthe. 

V. Si le Roi des Francs, vie et voie du droit, — n'y pour- 
voit avec ses gens de justice, — je crains fort qu'il ne vienne 
quelque folie, — pour détruire toute notre police. — Qu'il 
prenne des mesures (?) pour éviter dommage, — 



126 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Car aulrament, sino que de la lengua 
Nos no podem a'quest fortfayt salvatge 
40 Remediar, sino que d'el nos vengua. 

[tornada] ' 

VI Mayre de Dieu, prec vos siatz nos estatges 

En paradis; can la cruzel mort vengua, 
De lotz aquels que sostenen dampnatges, 
it Felz ne, vers Dieu, si ly platz, que*l sovengua. 

Bernardi Arn. 

4i Corr. siatz nostr' estatges (?). 



car autrement, sinon que de la langue, — nous ne pouvons 
à ce forfait sauvage — remédier, à moins que de lui (secours) 
nous vienne. 

[tornade] 

VI. Mère de Dieu, je vous prie que vous nous soyez de- 
meure (?) — en paradis; lorsque la cruelle mort viendra, — de 
tous ceux qui supportent dommages, — faites, auprès de Dieu, 
s'il vous plaît, qu'il lui souvienne. 



1. Le mot est eil'acé. 



DEUXIEME PARTIE 
SOBRE LA 'NGLENTTNA* 



XXVIII 



Am haquest sirventes figurât gasanhec Marti de Mons, 

[marchant de Malcosinat de Tholosa], la 'nglentina. 

M.CCCC.XXXVI-. 

I Us ricx verdiers de mot gran exselensa, 
Pie de frutiers, am fruts de gran savor, 
Ausit ay dir qu'es faytz per un pastor, 

4 Am una font, on vertatz pren naysensa, 
E quan[ti]tat que met gran diligensa 
Per avansar aquels motz nobles frutz, 
Fort odorans et plens de grans vertutz, 

8 Que deguns homs may no y pot donar tala. 



Avec ce sirventes figuré Martin de Mons, marchand 
de {la 'rue de) Malcousinat de Toulouse, gagna l'églan- 
tine, i^36. 

I. Un riche verger, de très grande excellence, — plein d'ar- 
bres fruitiers, avec fruits de grande saveur, — j'ai ouï dire 
qu'il est fait par un pasteur, — avec une fontaine, où vérité 
prend naissance, — en quantité, qui met grande diligence — 
à rendre -hâtifs ces très nobles fruits, — fort odorants et pleins 
de grandes qualités, — (tels) que jamais nul homme n'y peut 
causer dommage. 



1. Au-dessous de ces mots, une couronne ducale. 

2. Les mots entre crochets ont été ajoutés. 



128 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II Per verdier prenc lo sant Cosselh de Bala, 
He pe*ls fru tiers cardenals lie prelalz; 
Per lo pastor, que-ls ha tolz ajustatz, 

12 Lo Payre Sant, qu'es montât per l'escaia 
De la vertat, que jamays no ce tala, 
Quez an volgut déclarai* l'erelier 
Clharles sete, coma filh verladier 

16 Del rey frances, am senlensa donada. 

III Duy cardenal santamen l'an portada 

Al noble duc a 'Rras, hon s'es tengutz 
Le bos Cosselhs, hon foc reconogutz 

20 Per dreyt senyhor es am patz cofermada. 
La paubra gent, qu'era trop desolada,. 
Al jorn d'ey ha le cors mot fort joyos; 
Ensemps veyretz Frances he Bergonyhos : 

24 Don prec a Dieus que no*ls do jamays guerra. 

i3 ajouté dans l'interligne. 



II. Par le verger, je prends (j'entends) le saint Concile de 
Bâle, — et par les arbres fruitiers, les Cardinaux et les Pré- 
lats; — par le pasteur, qui les a tous réunis, — le Père Saint, 
qui est monté par l'échelle — de la vérité, qui jamais ne se 
gâte, — lesquels ont voulu déclarer héritier — Charles sep- 
tième, comme fils légitime — du Roi français, avec sentence 
donnée. 

III. Deux Cardinaux saintement l'on portée — au noble Duc 
à Arras, où s'est tenu — le bon Concile, où il fut reconnu — 
pour légitime seigneur et avec paix confirmée. — La pauvre 
gent, qui était très désolée, — a aujourd'hui le cœur très 
joyeux; — ensemble vous verrez Français et Bourguignons : 
— c'est pourquoi je prie Dieu qu'il ne leur donne jamais guerre. 



JOIES DE L EGLANTINE. XXVIII. 120, 

IV Aras es templz que le reys d'Anglaterra 
Layse lo crit qu'a portât falsament, 
Que noslres reys Charles, mot exselent, 

28 Dieus ha monslrat corn senyhors de la terra; 
Si no s'en van, tugh perdran la desferra, 
Gum fe le reys, am sos frayres e ducz, 
D'autres gran re, que vezem dezastrux, 

32 Per guireiar contra'l règne de Fransa. 

V L'ergiielhs d'Angles es tornatz en maysansa 
Per nostras gens, que lost l'an abaysat. 
Miracle gran Dieus nos ha demonstrat : 

36 Ain franc voler ncs vol desamparansa. 
D'oren[av]ant no cal plus dart ny lansa, 
Depus que Dieus s'es mes de nostra part, 
Qu'a tout l'ergnelh al verenos Leupart, 

40 Que ta lonc temptz nos ha donat dampnatge. 



IV. Maintenant il est temps que le Roi d'Angleterre — dé- 
laisse la plainte (réclamation), qu'il a portée faussement, — 
puisque notre Roi Charles, très excellent, — Dieu a montré 
comme seigneur de la terre; — s'ils ne s'en vont (les Anglais), 
tous ils perdront (jusqu'à) la ferrure, — comme fit le roi, avec 
ses frères et ducs, — (et) d'autres beaucoup, que nous voyons 
malheureux, — pour guerroyer contre le royaume de France. 

V. L'orgueil de l'Angais est tourné en malheur — par nos 
gens, qui tôt l'ont abaissé. — Miracle grand Dieu nous a 
montré : — avec franc vouloir ne convient pas découragement. 
— Dorénavant il ne faut plus dard ni lance, — depuis que 
Dieu s'est mis de notre côté, — qui a ôté l'orgueil au venimeux 
Léopard, — qui si longtemps nous a causé dommage. 

9 



l3o LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 



VI Confort d'amos, fons lie caps de paratge, 
Voslre car Filli faytz que, prim ho de tait, 
Nos velha dar lotz ensemps bona part 
41 De paradis, le sobrier heretatge. 



TORNADE 



VI. Confort d'amour, source et tête de parage (noblesse), — 
faites que votre cher Fils, tôt ou tard, — nous veuille donner 
à tous ensemble bonne part — du paradis, le suprême héritage. 






JOIES DE l'ÉGLANTINE. XXIX. l3l 



XXIX 

Anno Domini millesirao quadringentesimo 1 quadragesimo sexto, 
fuit adjudicata englentina Domino Guillelmo de Galhaco [in 
legibus licenciato et procuratori regio Tholose] cum sequenti 
dictamine, vocato sirventes figurât. 

I Hueyt signes vey dins una mar passihla, 
Alas porlans d'argent per exelensa 
He d'aur mot pur, que de lot los agensa ; 

4 Devers lo cap tins al pe, mynli partit 
Son de vermelh e de color [e]scura, 
Per dignetat que-ls fay senyhoreiar 
E 'ntre cascun de-ls autres honorar 

8 Per lo gran pretz quels da la vestidura. 



L'an du Seigneur i446, l'églantine fut adjugée à mes- 
sine Guilhem de Galhac, [licencié es lois et procureur 
rogal à Toulouse], pour la composition suivante, nom- 
mée sirventes figuré. 

I. Je vois huit cygnes dans une mer paisible, — portant 
ailes d'argent par excellence — et d'or très pur, qui fort bien 
les orne; — depuis la tête jusqu'aux pieds, mi-partis — ils 
sont de vermeil et de couleur obscure, — à cause de la dignité 
qui les l'ait exercer le pouvoir — et entre tous les autres hono- 
rer — par le grand prix que leur donne ce vêtement. 






1. Ce mot est répété. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



II Per la mar prenc trastola la clausura 
D' esta ciutat, am totz los habitans, 
Hon reculhilz son tôt jorn viandans 
12 Libéral ment, de cor, e gran plaser, 
He ministrat dreyt am voluntat franca 
Aïs complanjhens, per compas vertadier. 
Cas d'equitat no y a son par cendier, 
1G Car del saber es la principals branca. 

III Pe - ls signes hueyt, hon totz sabers s'estanca, 
Sian figurât ly senyhor Capitol, 
Des quais lot pretz, cura l'ayga del grifol, 
20 Vesem salhir, don mereysen lausor, 
Per suportar la paubretat del poble, 
Del quai lunh grat n'an jamays, que pro mal 

i5 cas] d'abord ces. 






II. Par la mer j'entends toute l'enceinte — de cette cité, 
avec tous les habitants, — où toujours les voyageurs sont ac- 
cueillis — libéralement, de cœur, avec grand plaisir, — et 
(où) la justice est administrée avec volonté loyale — aux plai- 
gnants, avec mesure exacte. — (Aucune) contestation ne trouve 
ailleurs un pareil sentier d'équité, — car, du savoir elle est 
la principale branche. 

III. Que par les huit cygnes, où tout savoir s'amasse, — 
soient figurés les seigneurs Capitouls, — desquels tout mérite, 
comme l'eau de la fontaine, — nous voyons jaillir, de quoi ils 
méritent louange, — pour soutenir la pauvreté du peuple, — 
duquel ils ne retirent jamais nulle reconnaissance, mais beau- 
coup de mal — 



JOIES DE l'églantine. XXIX. 1 33 

Suefron tôt l'an, canuso dins l'ostal, 
24 E son gatjal quada jorn de lur moble. 

IV Las alas prenc designans [e]stat noble, 
Car son d'argent et d'aur mot valoros ; 
Entendre velh los mantels dels senyhos, 
28 Qu'es vestiment demostran potestat; 
Hez es reals, portan los herminis, 
Pausatz desus, subtilment devesitz, 
Don per tostemps homs n'es anoblesitz 
Per voler cert de l'auta Flor de lis. 

V No crey semlans, de Tholos' a Paris, 
Fossan donatz priveletges pe*ls reys, 
Cum son aquestz, lion tal nobleza creys ; 
3G Donquas negus paraula desonesta 

29, 32, 33 Noulet avait lu herminiso, liso, Pariso, prenant pour 
un un petit ornement qui en affecte vaguement la forme. 



ils souffrent toute l'année, blanchissent dans la maison (de 
ville) — et sont gagés chaque jour dans leur mobilier. 

IV. Les ailes (des cygnes) je prends (comme) désignant con- 
dition noble, — car elles sont d'argent et d'or très précieux; 

— (par elles) je veux entendre les manteaux des seigneurs, — 
(ce) qui est vêtement marquant l'autorité; — et il est royal, 
portant les hermines, — posées dessus, habilement agencées, 

— par lesquelles on est pour toujours ennobli — par le ferme 
vouloir de la haute Fleur de lys. 

V. Je ne crois pas que, de Toulouse à Paris, semblables — 
privilèges aient été donnés par les rois, — comme sont ceux-ci, 
par qui telle noblesse s'élève; — donc que personne parole 
déshonnôte — 



1 34 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

No velha dir, en cubert ny resquost, 
Per desondrar los que, negr'e e vermelh 
Portail veslit, ez auran bon consselh ; 
40 Car parlar trop fay gastar home tost. 

TORNADA 

VI Solelhs plasens, prec te, si't platz, dispost 
Sian ly senyhor a far tal aparelh, 
Don paubras gens ayan tôt bon coselh 
44 E ly crim tugh jos tera sian rebost. 



ne veuille dire, à couvert ni en cachette, — pour outrager ceux 
qui, noir et rouge — portent (ce) vêtement, et ils suivront le 
bon parti; — car trop parler est vite préjudiciable à l'homme. 



TORNADE 



VI. Soleil plaisant, je te prie, s'il te plaît, (que) disposés — 
soient les seigneurs à prendre telles mesures, — dont les pau- 
vres gens retirent tous avantage, — et (que) tous les crimes 
soient ensevelis sous terre 



JOIES DE l'églantine. XXX. 1 35 

XXX 

Vers morals am doas questios e metaforadas solutios 1 . 

I Esbayr fort ausi maynta de gen 

Per quai partit, en la messa, pot estre 

3 Que-1 pas lie vis, en aquest mont terestre, 
Sian convertit, entre las mas del peslre, 
En carn he sang de Diu mot exellen, 

6 Ni co*s pot far que sia dit puramen 

Oue-1 Redemptors, que-ns amec bravamen, 
Sya'n tant de partz quonsegratz prestamen 

9 Per tôt lo mon, en diversses pays. 

i D'abord mayntas. 



Vers moral, avec deux questions et solutions 
métaphoriques. 

I. Ebahir fort j'entends mainte gent — de quelle façon, en 
la messe, (il) peut se faire — que le pain et le vin, en ce monde 
terrestre, — soient convertis, entre les mains du prêtre, — en 
chair et sang de Dieu très excellent, — et comment il se peut 
faire qu'il soit dit en vérité — que le Rédempteur, qui nous 
aima abondamment, — soit en tant de lieux consacré preste- 
ment — par tout le monde, en divers pays. 



1. En face de la rubrique, une couronne ducale. 



1 36 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II Declarar be se pot a mon avis, 

Car Jhesu Christ, segon ditz teulogia, 

12 Causas pot far las quais mays no poyria 

Luns horns del mon, que jamays fos ny sia, 
Dir ny parlar, nyls faytz de paradis, 

15 Per que degus d'aquo n'aya desfis, 
Si non cognoys ny sap com procedis, 
Mays son regart aya, com pelegris, 

18 Als faytz morlals hon haver deu sa cura. 

III Carja ligem que humanal crealura, 

Dieus convertie, fugen de la cieutat, 

21 De la molher de Lot, quant ac passât, 
En se viran, de Dieu la voluntat, 
Vesiblamen en peyra tresque dura; 

24 Hez ac despueys de sal quays la natura. 
Enquaras plus, convertit en figura, 



II. (Cela) se peut bien expliquer, à mon avis, — car Jésus- 
Christ, selon que dit la théologie, — peut faire choses lesquel- 
les jamais ne pourrait — aucun homme du monde, passé ou 
futur, — (ni) dire ni raconter, pas plus que les choses du pa- 
radis; — c'est pourquoi que nul homme n'aie défiance de cela, 

— puisqu'il ne connaît ni ne sait comment cela a lieu, — mais 
qu'il donne ses soins, comme pèlerin, — aux faits mortels où 
il doit avoir son souci. 

III. Car d'abord nous lisons qu'humaine créature, — Dieu 
convertit, fuyant de la cité, de (?) la femme de Loth, quand 
elle eut transgressé, — en se retournant, de Dieu la volonté, 

— visiblement en pierre extrêmement dure; — et elle eut de- 
puis du sel à peu près la nature. — Encore plus, il convertit — 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XXX. 187 

Del lym, qu'es grays de terra, poyridura, 
27 U'ome vivent, don em tug dessemdut. 

IV Doncas, plus fort, pot esser entendut 

Qu'en l'ostia Dieus converlio pot far 
30 He prestament estre sobre l'autar. 

En so degus no devem pas dobtar, 

Car so que ditz le capelas virtut 
33 Ha tresque gran, car fay estre vengut 

Lo Creator c'a lo mon resemut 

He retornat dins eternal salut, 
36 Mas que tengam justament so que*ns manda. 

V Nos ja vesem qu'una paraula granda 

Se pot ausir per homes enfenilz, 
39 «Non obslant so que sia le que la ditz 

26 del] corr. lo; après terra suppléer e. 

3g Le second hémistiche écrit sur grattage. 



le limon, qui est graisse de terre et pourriture, — en figure 
d'un homme vivant, d'où nous sommes tous descendus. 

IV. Donc, à plus forte raison, il peut être entendu — qu'en 
l'hostie Dieu peut faire conversion (se transmuer) — - et être 
prestement sur l'autel. — De ceci aucun de nous ne doit dou- 
ter, — car ce que dit le prêtre a vertu — extrêmement grande, 
car il fait venir — le Créateur qui a racheté le monde — et l'a 
remis dans l'éternel salut, — pourvu que nous tenions juste- 
ment ce qu'il nous ordonne. 

V. Nous voyons d'abord qu'une parole grande (forte) — se 
peut ouïr par une infinité d'hommes, — quoique celui qui la 
dit soit — 



1 38 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Us homs lot sols don salhira le critz. 

Aysi me par que per tos locs s'abranda 
42 La vertutz gratis, divinals, qu'es garlanda 

De lotz los justz, y aysi médis s'espanda 

Com la clartatz del solelh per la landa, 
45 La quai partis d'un loc, en tota plassa. 

VI Ysimples mays, com so qu'ay dit se fassa, 

Pot apparer regardan lo miralh, 

48 Que si deguns al myeg - d'un milier salh, 
Hel ssera vistz dins cascun, a belh talh : 
Aysi meteys de Jhesu Christ transpassa 

51 Le grans poders, que per lot es lie passa, 
D'amon, d'avalh, lie lot quant es enbrassa, 
Com del solhelh hay dit que pren lie lassa 

51 Sos rays le nions, quant de mati s'espau. 



un homme tout seul, dont sortira le cri. — Ainsi il me paraît 
qu'en tous lieux s'allume — la vertu grande, divine, qui est 
guirlande — de tous les justes, et qu'ainsi même elle se ré- 
pande — comme la clarté du soleil par la lande, — laquelle 
part d'un lieu (pour se répandre) en toute place. 

VI. Un exemple encore, prouvant que ce que j'ai dit se peut 
faire, — peut apparaître si on regarde le miroir, — à savoir 
que, si quelqu'un au milieu d'un millier (de miroirs) saute, — 
il sera vu dans chacun, parfaitement : — de même de Jésus- 
Christ — le grand pouvoir se répand, qui partout est et passe, 
— d'en haut, d'en bas, et embrasse tout ce qui est, — de même 
(pie du soleil j'ai dit que son rayon prend et enlace — le monde, 
quand le matin il s'épand. 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. — XXX. I 3o, 

VII He ya santz Frontz, la sua messa cantan, 

Foc en dos locz, quant va, per sebelhir, 

57 De Peyragorc a Tarasco venir, 

Le sancte cors de Martha, qu'esbair 
Fec sos subjetz, quant dissec qu'el og-an 

60 Ac demembralz, e myracle mot gran. 
Coveguen tugh que per lo cas semblant, 
He mays plus fort, de Dieu las vertutz han 

03 D'estre per tôt, segon la sua poysansa. 



TORNADA 

VIII Mos Liais Volers, lo Rey naut he poyssan, 

Que sap de nos qui son ly que bes fan, 
Pregatz breument que de tôt mal he dan 

6o ac] corr. fo... per (?). — 6i ms. per que. 



VII. De même saint Front, chantant sa messe, — fut en 
deux lieux, quand il alla, de Périgueux à Tarascon, — pour 
ensevelir le saint corps de Marthe, de telle sorte que ébahir — 
il fît ses sujets, quand il dit que dernièrement — il fut séparé 
(démembré), par miracle fort grand. — Convenons tous que 
les vertus de Dieu par cas semblable, — ou même plus fort, — 
ont le pouvoir d'être partout, conformément à sa puissance. 

TORNADE 

VIII. Mon Loyal Vouloir, le Roi haut et puissant, — qui sait 
quels sont ceux de nous qui font le bien, — priez au plus tôt 
que de tout mal et dommage — 



l4o LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Siam tug-h gardai, he vengam hom eslan 
68 Tugh ly fizel, am plazer h y alegransa. 

Dominus Anthonius de Jaunaco, rector Sancti Saturnini [legiï], 
composait et fecit 1 . 

68 Sian. 



nous soyons tous gardés, et que nous venions où sont — tous 
les fidèles, avec plaisir et allégresse. 

Messire Antoine de Jaunac, recteur de Saint-Sernin, [lut], composa 
et fit ce vers. 



1. legit ajouté au-dessus de la ligne. A la suite, De Gualhaco avec 
un paraphe. 






JOIES DE i/ÉGLANTINE. XXXI. 1 4 1 

XXXI 

Vers. 

I Dieus, que m'az fayt a la tieua parvensa 

He ben ornât de membres convenables, 
Entendement m'as donat razonables 

4 Per deservir ez aver coneysensa 

De mal e be, e, per ta gran clemensa 
M'as fayt senyhor de las causas que son, 
Lay on que sian, per tolas partz del mon, 

8 A ssuslentar la mieu vida transsibla. 

II E d'autra part, mort cruzel e terribla 

Suffertar vole la tua digna persona, 
Naut en la crotz, su-1 punt de l'hora nona, 
12 Pe*l prumier crim, qu'era mot cauz' orribla, 



Vers. 

I. Dieu, qui m'as fait à ta ressemblance — et bien pourvu 
de membres convenables, — tu m'as donné raisonnable enten- 
dement — pour mériter et avoir connaissance — du mal et du 
bien, et, par ta grande clémence — tu m'as fait seigneur des 
choses qui sont, — où qu'elles soient, par toutes les parties du 
monde, — pour sustenter ma vie passagère. 

II. Et d'autre part, mort cruelle et terrible — voulut souf- 
frir ta digne personne, — haut, en la croix, sur le point de la 
neuvième heure, — pour (racheter) le premier crime, qui était 
chose très horrible. — 



l42 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Car autrament m'era cauza impossibla 
Ou'ieu non lombes al cruzel polz d'infern, 
Pueys deservitz era per mal govern; 
16 Mays per tu foc resemuda natura. 

III Doncas, ieu soy doblament ta crealura, 

Sens que degun no y pot haver partida : 
Primeyramens, que m'as fayt e dat vida, 

20 Tal cum jeu soy, a la tua perlraytura, 
Hez enapres qu'an mort cruzel e dura 
Tu m'as crompat e pagat del tiu sanc, 
Per my gilar d'aycel cruzel estanc, 

24 On fay tostemplz desplazer e desgracia. 

IV E donc, Senyhor.. supplie te que te placia 
Considerar qu'ieu soy ta propria causa. 
Si donc mon cors aleujamenl despausa 
28 A ffar peccatz ho causa que*t desplacia, 

27 aleujamen] lecture douteuse; corr. a leu la m. (?). 



car autrement (ce) m'était chose impossible — de ne pas tom- 
ber au cruel puits d'enfer, — puisqu'il était mérité par mau- 
vais gouvernement; — mais par toi la nature fut rachetée. 

III. Donc, je suis doublement ta créature, — sans que per- 
sonne y puisse avoir part : — premièrement, parce que tu m'as 
fait et donné vie, — tel comme je suis, à ton image, — et puis 
après qu'avec mort cruelle et dure — tu m'as acheté et payé 
de ton sang, — pour me jeter (hors) de ce cruel étang, — où 
règne en tout temps déplaisir et disgrâce. 

IV. Et donc, Seigneur, je te supplie, qu'il te plaise — con- 
sidérer que je suis ta propre chose. — Si donc mon cœur légè- 
rement incline ma pensée (?) — à faire péchés ou chose qui te 
déplaise, — 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XXXI. 1 43 

No vuelhas, lu, per la tua sancta gracia 
Per neguns cas, ho per los peccatz myus, 
Perdre voler so qu'es tôt propri tius, 
32 Que tu formest sens degun adjutori. 

V Mas, pueys quez es a tu, Senyhor, notori 

Qu'en mon vivent ay fayta deffalhensa, 
No*m vuelhas dar, las! tant greua suffrensa 

36 De me gilar dins l'infernal pretori; 
Ans my remet lien lo tiu purgatori 
Per tant de temptz, Senyhors, cum te playra, 
Enlro pertant que ton voler sera 

40 De m'aulreyar la celestial milicia. 

TORNADA 

VI Roza sens par, vos qu'elz la may propicia 

Quez anc nasques al monde ni sara, 
Datz my lo gaug que toslems durara, 
44 Am voslre filh, hon es patz e leticia. 



ne veuilles, toi, par ta sainte grâce, — pour aucun cas, ou 
pour mes péchés, — vouloir perdre tout ce qui est proprement 
tien, — que tu formas sans aucun aide. 

V. Mais, puisqu'il t'est à toi, Seigneur, notoire — qu'en mon 
vivant j'ai fait défaillance, — ne veuilles me donner, las! tant 
griève souffrance — que de me jeter dans l'infernal prétoire ; 
— plutôt mets-moi dans ton purgatoire — pour tant de temps, 
Seigneur, qu'il te plaira, — jusqu'à ce que ton vouloir sera — 
de m'octrover la céleste milice. 



VI. Rose sans pareille, qui êtes la plus propice — qui on- 
ques naquit au monde ni y sera, — donnez-moi le bonheur 
qui tout temps durera, — avec votre fils, où est paix et liesse. 



i44 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



ENDRESSA 



VII A l'hum dels hueyl governans la policia 

De la mayso comînal appellada, 
Mossen Jolian Sunnon de la Valada, 
48 Doni mon vers per vray don d'amicicia. 

Guilhelmus Bru, judex major Tholose. 



VII. A l'un des huit qui gouvernent la police — de la mai- 
son appelée communale, — Messire Jean Surmont de la Va- 
lade, — je donne mon vers pour vrai don d'amitié. 

Guillaume Bru, juge mage de Toulouse. 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XX XII. 1 1\5 



XXXII 

Sirventes a honor del Rey. nostre senhor, baillât l'an M.CCCC.L., 
per loqual gazanhec la'nglentina Johan del Pegh, estudiant. 

I Princeps, qui patz avetz toslemps amada 

Sus tôt quant es, am mot noble dezir, 
Ez avetz fayt soven mainthe sospir, 

4 En deziran la patz tant dezirada, 
Aras devem benazir la jornada 
Que vos nasquetz am tant nauta poyssansa, 
Ouar vos etz cels qu'avetz mes patz en Fransa, 

8 E, meins de vos, la patz era perguda. 

II Mas guerreyat avetz am lans' ag-uda, 

Am grans treballis, sels vostres enemixs; 

8 D'abord perduda. 



Sirventes en l'honneur du Roi, notre seigneur, donné 
Van i4ôo, par lequel Jean del Pech, étudiant, gagna 
l'églantine. 

I. Prince, qui de tout temps avez aimé la paix — par-dessus 
tout ce qui est, avec très noble désir, — et (qui) avez fait sou- 
vent maint soupir, — en désirant la paix tant désirée, — 
maintenant, nous devons bénir la journée — où vous naquîtes 
avec si haute puissance, — car vous êtes celui qui avez mis 
paix en France, — et, sans vous, la paix était perdue. 

II. Mais vous avez guerroyé avec lance aiguë, — avec grands 
efforts, ceux (qui étaient) vos ennemis; — 

10 



1^6 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

De malvolens avetz faytz bos amixs, 
12 Dont es per tôt vostra man temeguda; 

Es avetz mays justicia manlenguda 

Tant engalmen al major corn al mendie. 

Per so cascus vos deu servir y atendre 
16 Mais qu'autre rey que visca sus la terra. 

III Vos fayls deya tremolar Anglalerra 

De gran pavor, e mays los enfizels, 
Quant auzo dir les vostres fayts novels. 

20 De tolz avetz balalhan la desferra ; 
E teno be per dig- que bona giierra 
Lor devetz far, am fort ardit coratge; 
Don vos faran preslamens homenatg'e, 

24 Reconeyschen de vos tenir la vida. 



12 n dans man peu lisible. 

22 Au-dessus de am fort ardit, d'une attire main : al[ias] valoros. 



de malveillants vous avez fait de bons amis, — de quoi par- 
tout votre main est redoutée; — et vous avez de plus maintenu 
la justice — aussi également envers le plus grand qu'envers 
le moindre. — Pour cela chacun vous doit servir et obéir - 
plus qu'à tout autre roi qui vive sur la terre. 



III. Vous faites déjà trembler l'Angleterre — de grand 
frayeur, et aussi les infidèles, — quand ils entendent dire vos 
actions nouvelles. — De tous en bataillant vous avez la dé- 
pouille; — et qu'ils tiennent bien pour dit que bonne guerre — 
vous leur devez faire, avec fort hardi courag-e; — c'est pour- 
quoi ils vous feront promptement hommag'e, — reconnaissant 
tenir de vous la vie. 



: 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XXXII. 1 47 

IV Be*s deu tenir de la vostra partida 

Le franx pays de Fransa renomnatz; 
E par que Dieus no l'a ges oblidatz, 

28 Ouez un lai rey haya donat en guida. 
Vos lornaretz, si Dieus platz, eslablida 
Jérusalem en dreyla conoyssensa; 
Aïs mescrezens darelz ferma crezensa 

32 De Jhesu Crist, nostre senhor e mestre. 

V Tolz homs voldra vostre servidors eslre, 

Si*l dévia tôt costar, e cors e bes; 
E'us seguiran Espanliol ez Angles, 

36 Volen veser dels Moros lo séquestre; 
E menaretz a vostre costat destre 
L'emperador, que us l'ara companhia : 
Mays no vie homs rey de tal senhoria, 

40 Qu'enleprengues tant solempna conquesta. 

28 haya] corr. Paya (V). 



IV. Bien se doit tenir de votre côté — le franc pays de 
France renommé; — et il appert que Dieu ne l'a nullement 
oublié, — puisqu'un tel roi il (lui) a donné pour guide. — 
Vous remettrez, s'il plaît à Dieu, — Jérusalem établie clans la 
droite foi; — aux mécréants vous donnerez ferme croyance — 
en Jésus-Christ, notre seigneur et maître. 

V. Tout homme voudra être votre serviteur, — dût-il lui en 
coûter tout, corps et biens; — et Espagnols et Anglais vous 
suivront, — voulant voir le séquestre des Maures; — et vous 
mrnerez à votre côté droit — l'empereur, qui vous fera com- 
pagnie : — jamais on ne vit roi de telle seigneurie (puissance), 
— qui entreprît si solennelle conquête. 



1^8 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

VI Per tôt lo mon s'auzira la cr ides ta : 

« Viva la Flors del Lîr, am son estai! 
Viva le reys Charles, de gran bontat ! 

44 Viva per tôt Fransa, la plus honesla! » 
A totz vivens faretz honor e festa, 
Portan sul cap vostra nobla corona ; 
Tant gran honor aura vostra persona 

48 Ouez al darrier goveruaretz l'emperi. 

VII Per que vos prec tant coin puesc e requieri, 

E totz ensemps, de bon cor, vos pregam, 
Princeps très hautz, coin de cor vos amam, 
52 Que preslamens compliscatz lo misteri; 
Ouar en après lot fermamens [e]speri 
Voldrelz saber qui 's bos ni liais ara, 
« 
43 «bontat] ms. vertut. La faute a été corrigée d'une autre main 
dans' l'interligne : al[lias] bontat. 



VI. Par tout le monde s'entendra le cri : — « Vive la Fleur 
de Lys, avec son état! — Vive le Roi Charles, de grande va- 
leur! — Vive partout la France la plus courtoise! » — A tous 
vivants vous ferez honneur et fête, — portant sur la tête votre 
noble couronne; — si grand honneur aura votre personne — 
que finalement vous gouvernerez l'empire. 

VII. C'est pourquoi je vous prie autant que je le puis et vous 
requiers, — et tous ensemble, de bon cœur, nous vous prions, 
— Prince très haut, comme de cœur nous vous aimons, — que 
promptement vous accomplissiez le mystère (miracle); — car, 
ensuite, très fermement j'espère — que vous voudrez savoir 
qui est bon et loyal à cette heure, — 



JOIES DE LÉGLANTINE. XXXII. l4o 

Ny qui'us ha fayt d'ays'intras bon'ampara; 
56 E trobaretz corn vos servis Tholosa, 

V I J I Qu'a fayt tostemps si cum liais espoza : 

Car per lunli mal n'a mudal son reguart, 
Ni déclinât jamay en aula part, 

60 Encontra vos, Flor de Lir gracioza; 
Don ha merit que la fassatz joyoza, 

Cum reys dels Franx, en le donan franqueza : 
Sus tôt quant es, no vol milho riqueza, 

61 He repara so que*s perl he desana. 

TORNADA 

IX Flors de las Flos, lion pretz floris he grana, 

Al rey franses, princeps d'aut' enlrepreza, 

56 vos servis] au-dessus : al[ias] cum a servit. 

67-64 Cette strophe, écrite dans la marge du bas, paraît avoir 
été ajoutée. — 64 Au-dessus de he, ni; au-dessus de so que - s, vey- 
retz so (?). 

66 al] ms. del. 



et qui vous a fait dès lors très bon appui ; — et vous trouverez 
comment vous a servi Toulouse. 

VIII. (Toulouse) qui a agi de tout temps comme loyale 
épouse : — car pour aucune calamité elle n'a changé de pro- 
tecteur, — ni jamais penché vers le mauvais parti, — contre 
vous, Fleur de Lys gracieuse. — De quoi elle a mérité que 
vous la rendiez joyeuse, — comme roi des Francs, en lui don- 
nant franchise : — en rien elle ne veut meilleure richesse, — 
(et ne veut que) réparer ce qui se perd et s'en va. 



IX. Fleur des fleurs, où valeur fleurit et graine, — au roi 
français, prince de haute entreprise, — 



100 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Vulhalz donar dels lienemix la preza, 
68 Si cum bras dreyt de la fe luminoza. 

AUTRA TORNADA 

X Per tostemps may, lausor mot glorioza 

De vos sera, quant auretz l'estandart 
Dels Turx pauzat dedins la nostra part, 
72 E destruit aquela gent furioza. 

ENDRESSA 

XI Vay al rey Franc dire qu'en lo sauteri 

E'n autres Iox profetisat trobam 
Que, so complit, nos vezer l'esperam, 
76 Montar lassus, al divinal emperi. 



veuillez donner la prise des ennemis, — comme (étant) le bras 
droit de la foi lumineuse. 



AUTRE TORNADE 



X. A tout jamais, louange très glorieuse — de vous sera, 
quand vous aurez placé l'étendard — des Turcs de notre côté, 
— et que vous aurez détruit cette gent furieuse. 



XI. Va dire au roi Franc que dans le psautier — et autres 
lieux, nous trouvons prophétisé — que, ceci accompli, nous 
espérons le voir — monter là-haut, au divin empire. 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XXXIII. l5l 



XXXIII 

Vers per loqual Mossen Johan Johanis guassanhec la'nglentina, 
l'an M.CGCC.LI 1 . 



Am grant dolor, fazen molt cara trista, 
Sanglotissen, gitan critz e grans lermas, 
Contra la mort dizen : « Per que m'azermas? » 

4 Planher, parlai' paubra Natur' ay vista : 

« He las! per que, depueys sant Johan Baptista 

Darrier passât, m'as aussit tant de monde, 

E grans e paucx, que no's homs quez habunde 

8 A contar lo, tan es innumerables? » 



Vers par lequel Messire Jean de Jean gagna l'églantine, 
l'an i^ôi. 

I. Avec grande douleur, faisant fort triste visag-e, — san- 
glotant, jetant cris et grandes larmes, — vers la mort disant : 
« Pourquoi me ravages-tu? » — (se) plaindre (et) parler j'ai vu 
pauvre Nature : — « Hélas! pourquoi, depuis la saint Jean- 
Baptiste — dernièrement passée, m'as-tu occis tant de monde, 
— et grands et petits, qu'il n'est homme qui suffise — à le 
compter, tant cela est innombrable? » 



1. Cette rubrique est placée à la fin de la pièce; c'est bien à elle 
qu'elle se rapporte, puisque la suivante en a une autre. 



l52 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II E pueys, vers Dieu, an molz fort razonables, 
Dizia : « Tu qui, am subtil procreansa, 
As format l'om a ta propria semblansa, 

12 Per que noT vols demore perdurables, 
Ans soffres be*n sia le cors separables 
Del esperit, qu'es molt cauza terribla? » 
Tant que, per cert, per maniera visibla, 

16 Volia monstrar que Dieus pauc la supporta. 

III « A Dieu plag-ues que la mort fossa morta, 

Apres dizen, cridan am volz plus nauta, 
E queT sieu cap tendues on le la pauta 
20 Mainht soslerrat, que tant me desconforta ! 
Mas qu'es le faytz ny la razos tant forla 
Que tant ly play de tôt gastar e rompre? 
A tôt esfors destruyr e corrompre, 
24 So quez ieu fauc, ieu vech qu'ela s'expauza. 

19 la] corr. sa (?). — 23 ms. desruir. 



II. Et puis, vers Dieu, avec mots fort raisonnables, — elle 
disait : « Toi qui, avec subtile procréation, — as formé l'homme 
à ta propre ressemblance, — pourquoi ne veux-tu pas qu'il 
demeure éternel, — mais souITres-ui bien que le corps soit 
séparable — de l'esprit, ce qui est chose fort terrible? » — 
Tellement que, pour vrai, par manière visible, — elle voulait 
montrer que Dieu peu la soutient (?). 

III. « Plût à Dieu que la mort fût morte, — disait-elle en- 
suite, criant avec une voix plus haute, — et qu'elle tînt sa tête 
ou sa patte en tient — maint enterré (?), ce qui tant me cha- 
grine ! — Mais quel est le fait et la raison si forte — qui fait 
que tant il lui plaît de tout g-àter et briser? — Avec toutes ses 
forces à détruire et corrompre — ce que je fais, je vois qu'elle 
s'applique. » 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. — XXXIII. 1 53 

IV Quant fort aguec cridat una gran pauza, 

Toi bas dissec, am la votz rauquilhoza : 
« He las! lie las! la ciulat de Tholosa 
28 Voldria veser! » Mas gardai* no la gauza, 
Si no q'un pane. E ditz : « Be n'avetz cauza 
De lamentar; Dieus vos do coneyssensa 
Delsgrans peccatz, he'n vostres mais passiensa, 
32 Car greuament etz trista, sens mezura. » 

V Adonc, auzy una volz clar' e pura 

Que retondic, la sus, al miech del ayre 
He ly vay dir, de part de Dieu lo payre : 

36 « Jeu te coman finiscas la rancura, 

Car ly desplay m oit fort quant homs murmura 
Contra'l voler de poyssanssa'nfinida ; 
Car es aquels que toi e da la vida; 

40 Es naturaus sus tu, qu'es la creada. 

32 sens corrigé en senes. 



IV. Quand elle eut fort crié un grand moment, — tout bas 
elle dit, avec la voix enrouée : — « Hélas I hélas! la cité de 
Toulouse — je voudrais voir! » Mais regarder elle ne l'ose, — 
sinon un peu. Et elle dit : « Vous avez bien sujet — de vous 
lamenter; que Dieu vous donne connaissance — des (de vos) 
grands péchés, et dans vos malheurs patience, — car griève- 
ment vous êtes triste, sans mesure. » 

V. Alors, j'entendis une voix claire et pure — qui retentit, 
là-haut, au milieu de l'air — et lui dit, de la part de Dieu le 
père : — « Je te commande de finir ta récrimination, — car il 
lui déplaît fort quand on murmure — contre le vouloir de la 
puissance infinie; — car il est celui qui ôte et donne la vie; — 
il est noble plus que toi, qui es la créature. 



1 54 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

VI Dir que la mortz moris es cauza fada, 

Car no morra entro-1 jorn del judici, 
An grans e paucx d'aussir es son offici; 

44 Perque, de tu, no deu eslre blasmada : 
No crides plus, ny sias tant dezolada, 
Mas en grat pren tôt so que Dieus te dona, 
Y ajas avis quant vole que la persona 

48 Del sieu car filh, Jhesus,, agues mort pendre, 

VII So non obstant qu'elz lo pogues deffendre, 

S'agues volgut, senes fauta denguna; 
Mas \y plazee fos la régla comuna, 

52 Tan al plus gran, mejansier, coin al mendre : 
Car una vetz nos quai venir en cendre, 
Pus qu'en lo mon avem près carn humana. » 
La votz s'en vay, l'autra demorec vana, 

56 Ez ieu, estey com si fosse in [e]spasme. 

54 pus] ms. plus. 



VI. Demander que la mort meure est chose folle, — car elle 
ne mourra point avant le jour du jugement, — mais tuer 
grands et petits, tel est son office; — c'est pourquoi de toi elle 
ne doit point être blâmée : — ne crie plus, ni ne sois tant dé- 
solée, — mais en gré prends tout ce que Dieu te donne, — et 
songe au moment où il voulut que la personne — de son cher 
fils, Jésus, eût à supporter la mort, 

VII. Malgré qu'il eût pu l'en défendre, — s'il l'eût voulu, 
sans faute aucune; — mais il lui plut que ce fût la règle com- 
mune, — tant pour le plus grand, pour le moyen, comme pour 
le plus petit : — car une fois il nous faut venir en cendre, — 
puisqu'en ce monde nous avons pris chair humaine. » — La 
voix s'en va, l'autre (Nature) demeura stupéfaite, — et moi, 
je fus comme si je fusse tombé en défaillance. 



JOIES DE l'églantine. XXXIII. 1 55 

TORNADA 

VIII Mos Pellicas, el m'es de bon entendre 

Que 'tais parlars no's pas causa ben sana, 
Coin deu layssar los secretz de l'archana : 
GO Oui trop s'en met es dignes d'aver blasme. 



VIII. Mon Pellican, il m'est facile à comprendre — que tel 
propos n'est pas chose bien saine, — vu qu'on doit laisser les 
secrets du mystère : — qui trop s'en mêle mérite d'avoir blâme. 



l56 LES JOIES DU GAI SAV01K. 

XXXIV 

Complanh moral, a forma de canso de Nostra Dona, unisonant. 

I Aras conosc que fort es près ma ffys, 
Pueys m'ah del toi melges desamparat ; 
Mon estament demora tribulat 

4 Per suspirs greus, don son las e mesquis. 
Flors de las Flors, lion no fu desliais, 
Si no*m valelz, mot sufferti grans mais. 
Per res del mon no*us velh aver laysada, 

8 Presupausat que m'agalz mort donada. 

Il Hanc no cugey que tal glas m'assaillis, 

Entro que vos m'aguessatz autregal 

i masfys. — 4 per au-dessus de fazen, qui est barré. 



Complainte morale en forme de chanson unisonante 
de Noire-Dame. 

I. Maintenant je connais que tort près est ma fin, — puisque 
les médecins m'ont entièrement abandonné; —mon état de- 
meure tourmenté — par soupirs griefs, dont je suis las et 
défait. — Fleur des Fleurs, envers qui je ne fus déloyal, — si 
vous ne me secourez, je souffre très grands maux. — Pour 
rien au monde je ne veux vous avoir délaissée, — présupposé 
que vous m'ayez donné la mort. 

II. Onqucs je ne pensai que telle angoisse m'assaillît, — 
jusqu'à ce que vous m'eussiez octroyé (satisfait) — 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XXXIV. 1 57 

Lo desirier qu'é lonctemps désirât, 
12 Lequal ja may de my no*s départis; 

Mas plus avant vos m'etz descomunals, 

One si be # m pren la mort, no y fariats als; 

E ges per so no velh sia perlongada, 
1G Pus que vos platz que raora ni'iis agrada. 



III Si's podia far que l'ayman no moris, 

Plus que jamay le tendriatz obligat 
E may subjet a vostra voluntat. 

20 Jeu no se pas don mi ve tal desfis, 
A mon poder n'é volgut estre fais, 
Ni crey d'amar luuhs homs m'en fos enguals. 
Grans honors es a tota ma liuhada 

24 Oue-m prcngua mort vos aman, tant ondrada. 



le désir que j'ai longtemps désiré, — lequel jamais ne se sépara 
de moi ; — mais toujours davantage vous m'êtes cruelle, — 
car quoique la mort me prenne, vous n'y feriez autre chose; 
— et je ne veux point, néanmoins, qu'elle (ma vie) soit pro- 
longée — puisqu'il vous plaît et qu'il vous convient que je 
meure. 

III. S'il se pouvait faire que l'amant ne mourût pas, — plus 
que jamais vous le tiendriez obligé — et plus soumis à votre 
volonté. — Je ne sais d'où me vient telle défiance; — selon 
mon pouvoir je n'ai voulu être déloyal, — ni ne crois qu'en 
amour nul homme me fut égal. — Grand honneur est à 
toute ma lignée — que la mort me prenne vous aimant, tant 
honorée. 



I 58 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

IV No contradic que le dreytz no - m punis 

De tôt defïaut lie mandainent passât; 
Ans de mi-s tanh estre per vos casliat, 
28 Car autrament mon cor falh e languis; 
He cresi be quel lleys eelestials 
Mitagara après sos cops morlals; 
Sol que per my a lu siatz avocada, 
32 Nom cal dobtar, quant vendra la jornada. 

V Pus que ja may non agui joy ni ris 

De voslre cors, loqual ay tant amat, 
Per merscus prec, e per humilitat, 

3G Qu'en lo fenir m'estelz près dels coyssis, 
He si'in voletz esser tant libérais, 
Quant m'y veyretz de morir far senhals, 
Vos m'aluquetz la candela senhada, 

40 L'arma-s partra del mieu cors fort pagada. 



IV. Je ne conteste pas que la justice ne me punisse — de 
tout défaut et commandement transgressé; — au contraire, il 
convient que je sois par vous châtié, — car autrement mon cœur 
faut et languit; — et je crois bien que le Roi céleste — miti- 
gera ensuite ses coups mortels; — pourvu que pour moi, près 
de lui, vous soyez avocate, — je n'ai rien à craindre, quand 
viendra la journée. 

V. Puisque jamais je n'eus joie ni ris — de votre personne, 
laquelle j'ai tant aimée, — par pitié, je vous prie, et par con- 
descendance, — qu'à la fin vous me sojez près des coussins, — 
et si vous me voulez être tant libérale, ■ — quand vous me ver- 
rez faire mine de mourir, — que vous m'allumiez la chandelle 
bénie, — l'âme se séparera de mon corps fort satisfaite. 



JOIES DE l'églantine. — XXXIV. 1 5g 

TORNADA 

VI Nobla sens par, ieu se que vos etz tais 

Que de vertutz etz la may principals; 
Per so vos die que per tostems m'agrada 
44 A vos servir, qu'elz de fin prelz ornada. 

Les v. 4 1-4 son l écrits au bas de la seconde colonne, restée blanche. 



VI. Noble sans pareille, je sais que vous êtes telle — qu'en 
fait de vertus vous êtes la principale; — pour cela je vous dis 
que pour toujours il m'agrée — de vous servir, (vous) qui êtes 
de pur mérite ornée. 



[6o LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



XXXV 



Anno Domini M.CCCC.LIX, adjudicatus extitit fios englantine 
Berengario de Hospitali, studenti Tholose. 



VERS FIGURAT DELS NOBLES CAPITOLS DE THOLOSA 

Plasen repans, Tliolosa molt cortesa, 
Comparai* velh ton bel governamen : 
Gascun senhor Capitol, per noblesa, 

4 Velh demoslrar per una vertut gen. 
Se trop es flac mon paubr'entendemen 
A pauzar be ta nobla senhoria, 
Supplie te fort no te sia desplasen : 

8 Soven error joynessa pren e lia. 



L'an du Seigneur ifiôg, la fleur de V églantine fut adjugée 
à Bérenger de l'Hôpital, étudiant à Toulouse. 

VERS FIGURÉ DES NOBLES CAPITOULS DE TOULOUSE 

1. Plaisant asile, Toulouse très courtoise, — je veux com- 
parer ton beau gouvernement : — chaque seigneur Capitoul, 
par noblesse, — je veux démontrer (figurer) par une vertu 
gente. — Si mon pauvpe entendement est trop faible — à bien 
décrire ta noble seigneurie, — je te supplie fort qu'il ne te soit 
déplaisant : — souvent l'erreur prend et lie la jeunesse. 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. — XXXV. l6l 

II Per Honeslal, qu'es vertut sobeyrana, 

Signar hom pot lo Capitol premier; 
Quar vieure deu tota person' humana 

12 Honeslamen, sia duc o cavalier, 
E deu fugir que];iio sia messongier, 
E cauza far ny dir que no sia genla, 
Mas sia gentil e ben honest parlier : 

1G Honestat es a Dieu y a mon plasenta. 

III Pueys, enapres, la valen Diligensa 

Prenc, demostran lo segon Capitol; 
Quar ela fay e meua de plasensa 

20 Totz nobles falz, quant despauzar y vol. 
Diligen deu esser, en gauch e dol, 
Toi bon senlior, quant se dorm o quant velha, 
Vers la cieulat dont el lo govern col : 

24 Totas vertutz diligensa revelha. 



II. Par l'Honnêteté, qui est vertu souveraine, — on peut 
désigner le premier Capitoul ; — car tout être humain doit vivre 

— honnêtement, qu'il soit duc ou chevalier, — et il doit éviter 
d'être mensonger, — de faire ou dire chose qui ne soit belle, 

— mais qu'il soit noble et bien honnête parleur : — l'Honnê- 
teté est à Dieu et au monde plaisante. 

III. Puis ensuite la précieuse Diligence — je prends, dési- 
gnant le second Capitoul ; — car elle fait et mène de plaisir — 
tous nobles faits, quand elle y veut disposer. — Diligent doit 
être, en joie et deuil, — tout bon seigneur, quand il dort ou 
veille, — envers la cité dont il a le gouvernement : — toutes 
les vertus la Diligence les éveille. 

ii 



162 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

IV Lo (ers, quez es après en ordenansa, 

Mostrara Fe, miralli de liallal : 
Onar mantener deu cascun sens otransa 

28 So qu'a promes, et lener lialtat : 
Lo Regulus, senhor de nobl'eslat, 
Morif volguec per gardar la proinessa, 
Don tota gen lo n'a planch e lauzat : 

3-3 Nobles senhors, prenelz Fe per mestressa. 

V A doss' Amor, on tota gen s'applica, 

Lo senhor quart jeu voli comparai', 
Ouar amar fort deu la cauza publica 
36 Tôt hom qu'es mes az ela governar; 
Per amislat neyt et jorn trebalhar 
E secorrir al plus gran ez al mendre, 

40 Amor fes Dieu en aquest mon descendre. 

39 Le v. 37 est ici répété à tort. 



IV. Le troisième (Capitoul), qui est ensuite dans l'ordre, — 
sera montré par (la bonne) Foi, miroir de loyauté, — car cha- 
cun doit maintenir sans excès — ce qu'il a promis, et tenir 
loyauté : — Regulus, seigneur de noble condition, — voulut 
mourir pour garder sa promesse, — de quoi toute gent l'a 
plaint et loué : — nobles Seigneurs, prenez (la bonne) Foi 
pour maîtresse. 

V. A doux Amour, où toute gent s'applique, — je veux 
comparer le quatrième seigneur, — car la chose publique doit 
fort aimer — tout homme qui est commis à la gouverner; — 
par amitié nuit et jour (il doit) travailler — et secourir le plus 

grand et le moindre, — . : — c'est Amour qui fit 

descendre Dieu en ce monde. 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XXXV. l63 

VI Lo senhor quint Cortesia joyosa 

Sera nomnat, quar a totz ela platz. 
Tôt nobles honis en deu far s'amorosa, 

4i Quar plasens fay tolz sos ehamoratz. 
S'csser volelz un de sos ben amatz, 
E pcr amie voletz qu'ela vos lenha, 
Gracios, humil, plasen cove que siatz : 

48 Heuros es l'om on cortesia renha. 

VII Sieyze senhor, Noblessa de bon ayre, 

Presentara vostre bel nom cortes. 
Noble, valen e de plasen repayre 
52 Deu tôt princep esser e ben après. 
No sia pas fier, vila, ny descorles, 
Oui vieure vol d'aquest mon a la guisa, 
Mas plasen, gay e nobl' en totas res : 
58 De tôt hom pros es noblessa devisa. 
4i Covr. [de] C. (?). 



VI. Le cinquième seigneur de (?) Courtoisie joyeuse — sera 
nommé, car elle plaît à tous. — Tout homme noble en doit 
faire son amoureuse, — car elle rend charmants tous ceux qui 
l'aiment. — Si vous voulez être un de ses bien-aimés, — et (si) 
pour ami vous voulez qu'elle vous tienne, — gracieux, modeste, 
agréable il convient que vous soyez : — heureux est l'homme 
où la Courtoisie règne. 

VII. Sixième seigneur, la Noblesse débonnaire, — ■ repré- 
sentera votre beau nom courtois. — Noble, méritant et de 
gracieux accueil, — doit être tout prince et bien appris. — 
Qu'il ne soit pas fier, vilain, ni discourtois, — (celui) qui veut 
vivre à la guise de ce monde, — mais gracieux, gai et noble 
en toutes choses : — de tout homme preux Noblesse est la 
devise. 



lG4 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

VIII Senhor sete, nomnat seretz Justecia, 

Que donar sol als oppremits sccors; 
De lotas paris ela ley la pollecia, 

60 Ez es la lor on (otz avem recors. 
Sens ela trop auriam greuas dolors, 
Ouar perilh es que lo mal trop habunde. 
Justs e prudens siatz, lotz governadors : 

04 Dinar no pot sens Justecia lo mande. 

IX Signât sera per Tempransa la bêla, 

L'uyte senhor, darrieramen assis. 
Sage, discret, e de pensa fizela, 

68 Deu esser l'om que lo poble régis; 

En tolz sos faytz deu mètre gran advis 
E sajamen far lo cors de sa vida ; 
Un savis homs be son obra complis : 

72 Tempransa fay la persona complida. 



VIII. Seigneur septième, vous serez nommé Justice, — qui 
donne aux opprimés secours; — de toutes paris elle tient la 
police, — et elle est la tour où tous nous avons recours. — 
Sans elle nous aurions trop grièves douleurs, — car il y a péril 
que le mal trop abonde. — Justes et prudents soyez, tous gou- 
vernants : — sans la Justice le monde ne peut durer. 

IX. Désigné sera par Modération la belle — le huitième 
seigneur, dernièrement établi. — Sage, entendu, et de pensée 
fidèle, — doit être l'homme qui régit le peuple; — en tous ses 
faits il doit mettre grande prudence — et sagement régler le 
cours de sa vie; — un homme sage accomplit bien son œuvre : 
— Modération fait la personne accomplie. 



JOIES DE l'églantine. XXXV. l65 



TORNADA 

X Très dossa flor, on Irastot be floris, 

Garda lot jorn Tholosa ben florida 
E los Senhors dont ela se régis : 
76 Fortunad' es la vila ben regida ! 



B. de Hospitali, m. 



X. Très douce fleur, où tout bien fleurit, — garde toujours 
Toulouse bien fleurie — et les Seigneurs par qui elle se régit : 
— fortunée est la ville bien régie ! 



1 66 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

XXXVI 

Canso d'amors. 

I Roza, que*m faylz neyt e jorn sospirar 

Per vostr'amor, sens alcun recomfort, 
Qu'en vos no puesc a mon désir trobar, 

4 Per tant semblan, bel joc, ni tant déport 
Gom vos ay fait d'aissi'nlras; mas al fort 
Jeu vos suplic, Flors de tolz bes ornada, 
Datz me secors., y adonc, fins a la mort, 

8 Tant quant uieuré, serets de my lausada. 

Il E ssi perfieyt voler n'avetz en my, 

Al mens un pauc my faretz de semblant, 
He vulhatz far que-us aine de cor fy, 
12 Car autrament no puesc venir avant. 



Chanson d'amour. 

I. Rose, qui me faites nuit et jour soupirer — pour votre 
amour, sans aucun réconfort, — car en vous je ne puis à mon 
désir (rien) trouver, — malgré tant de belles façons, de beaux 
jeux et d'amusements — que je vous ai faits jusqu'ici; mais 
au total — je vous supplie, Fleur de tous biens ornée, — don- 
nez-moi secours, et alors, jusqu'à la mort, — tant que vivrai, 
vous serez de moi louée. 

II. Et si parfait vouloir vous n'avez envers moi, — au moins 
un peu vous m'en ferez L'apparence, — et veuillez faire que je 
vous aime de cœur sincère, — car autrement je ne puis durer 
davantage. — 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XXXVI. 167 

Dol eng-uoyssos no- m demore davant, 
Deparla s'en, al mens una vegada; 
Si* m demostratz vostre pretz que resplant, 
16 Tant quant vieuré seretz de my lausada. 

III Mays qui's aquels que poyria dins son cor 
Ymaginar lo mal n'rl pensament 
Ou'yeu ay per vos? No cresi qu'a nulh for 

20 Ho puesqua far suptil entendement; 

Donquas, si'us play, donalz m'aleug'ament; 
No* m garde Iz plus a m cara corrossada, 
E jeu - s promet que devant tota g"ent, 

24 Tant quant vieuré, seretz de my lausada. 

IV En vos no pot tombar mal ni rigors, 
Ni lunh erguelh jamayz no mantenetz; 

26 lunhs. 



Que deuil ang-oisseux ne me demeure pas devant, — qu'il 
s'éloigne de moi, au moins une fois; — si vous me montrez 
votre mérite qui resplandit, — tant que je vivrai vous serez 
de moi louée. 

III. Mais quel est celui qui pourrait dans son cœur — ima- 
giner le mal ni le souci — que j'ai pour vous? Je ne crois pas 
qu'en aucune façon — cela puisse faire subtil entendement; 
— donc, s'il vous plaît, donnez-moi allégement; — ne me re- 
gardez plus avec visage courroucé, — et je vous promets que 
devant toute gent, — tant que je vivrai, vous serez de moi 
louée. 

tV. En vous ne peul tomber mal ni rigueur, — ni nul or- 
gueil vous ne maintenez jamais ; — 



[68 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Le servidors no den morir d'amors, 
28 D'un tal voler quant guarir lo podetz, 

E majorment quant res vos non perdetz 

De-1 secorrer hun pauc, esta jornada. 

Sy alcunament yssauzir lo voletz, 
32 Tant quant uieuré seretz de my lausada. 

V Per grant razo, reffuz no* m devetz dar, 

Consideran que soy franx e liais, 
E cresi be, qui no* in vol acusar, 
36 No son jamay estât malvatz ny fais. 
E las! per Dieu, no sufferle plus mais. 
Ajatz pietat del qui-us ha lant aymada : 
Si* m garissetz de mas febres mortals, 
40 Tant quant vieuré seretz de my lausada. 

3i lo ajouté au-dessus de la ligne. 



le serviteur ne doit point mourir d'amour, — puisque d'un tel 
vouloir vous pouvez le guérir, — et principalement quand 
vous ne perdez rien — en le secourant un peu, cette journée. 

— Si quelque peu vous voulez l'exaucer, — tant que je vivrai 
vous serez de moi louée. 

V. Par grande raison, vous ne me devez donner refus, — 
considérant que je suis franc et loyal, — et je crois bien, si on 
ne veut m'accuser (à tort), — je n'ai jamais été méchant ni 
perfide. — Hélas! mon Dieu, que je ne souffre plus de maux. 

— Ayez pitié de celui qui vous a tant aimée : — si vous me 
guérissez de mes fièvres mortelles, — tant que je vivrai vous 
serez de moi louée. 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XXXVI. l6g 



TOHNADA 

VI Aigïa sens par, a vos qu'etz principals, 

Que la mv' amor tenelz enquadenada, 
Promeli vos, car soj voslres vassals, 
44 Tant quant uieuré, seretz de m y lausada. 

Bertrand as de Roa.vio obtinuit per hanc, anno m.cccclxi, 
Jlurem nnglentine. 

Les v. 4 1-4 son l écrits an bas de la seconde colonne, restée blanche. 



VI. Aii>le sans pareil, à vous qui êtes la principale, — qui 
mon amour tenez enchaîné, — je vous le promets, car je suis 
votre vassal, — tant que je vivrai, vous serez de moi louée. 

Bertrand de Roaix obtint par cette (chanson) la fleur 
de Véglantine, Van 1461. 



I7O LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



XXXVII 

■ 

Vers figurât, per coblas sparssas, per loqal Johan de Recaut 
gassanyhec la'nglentina, l'an M.CCCC.LXII. 

I De tots los homs al plus noble del mon 

Ay vist, n'a trop, d'un' arpa far l'acort, 
Car la Irobec de sas votz en discort : 
i Ténors, dessus, e l'aulra non respon; 
Ez, am sas claus, regïran las cardias, 
Trincar hay vist motas cordas al rencg, 
Mudar, tirar, lie qoanl la ii s'avencg, 
8 Membrar me vay l'an de las meravillas. 

II Dis ho per tant, hun incident pausan, 

Car hé legit ez auzit dir soven 

8 ms. meravellas. 



Vers figuré, par couplet. s épars, par lequel Jean de Recaut 
gagna l'églantine, l'an 1/462. 

I. De tous les hommes le plus noble du monde — j'ai vu, 
naguère, d'une harpe faire l'accord, — car il la trouva de ses 
tons en désaccord : — ni ténor, ni dessus, ni l'autre (la basse) ne 
se répondent; — et, avec ses ciels, tournant les chevilles, — 
je (lui) ai vu rompre maintes cordes à la file, — déplacer, 
tirer, et quand la fin advint, — il me souvint de l'année des 
merveilles. 

II. .le dis ceci parce que, posant une incidente (par paren- 
thèse), — j'ai lu et ouï dire souvent — 



JOIES DE L EGLANTINE. XXXVII. I 7 1 

A tropas gens eomplidas de bon sen, 
12 Ez als antix : « Grans mervilhas seran, 

Tôt cert, l'an miel quatre cens e sayxanta 

He hun, al mon. » De qu'es venguts le jorns. 

Forluna fay e desfa los sieus lorns; 
1G AI mal vestit veg portai" l'antiu manta. 

III Per l'arpa, dicg, qu'é près en mon prepaus, 
Entendre vulh lo realme Frances; 

Que, plus ny mays, lo tencg, per son endres 
20 Aytal garnit de cordas e de claus : 

Las ténors son li senhor de juslicia, 

Qu'an lo poder, com son de parlament, 

E senescal, officier e tal gent, 
24 Que, per bon dreyt, han govern de policia. 

IV Goutra-dessus e totas autras vols, 
Àcomparar se poden als [ejstats 

23 senescals. 



à nombreuses gens accomplies de bon sens, — et aux anciens : 
« Grandes merveilles seront, — - tout certainement, l'an mil 
quatre cent et soixante — et un, au monde. » De quoi le joui- 
est venu. — Fortune t'ait et défait ses tours; — au mal-vêtu 
je vois porter l'antique manteau. 

III. Par la harpe que j'ai prise en mon propos, je dis — que 
je veux entendre le royaume Français; — vu que, ni plus ni 
moins, je le tiens, pour sa (bonne) direction — ainsi garni de 
cordes et de clefs : — les ténors sont les seigneurs de justice, 

— qui ont le pouvoir, puisqu'ils sont du parlement, — et sé- 
néchaux, officiers et telle gent, — qui, par bon droit, ont gou- 
vernement de police. 

1\ . Le contre-dessus (haute-contre) et tous les autres tons, 

— peuvent se comparer aux conditions, — 



I72 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Considérai! d'aquels las dignitals, 
28 Qui'n dreyts acorts esser deurian de tots, 

Tant que li pauc aïs grans deurian respondre 

Y amor e pats conservar entre lor; 

May s no y veyrets sino mal e tris'.or : 
32 Le miyansiers vol destruir lo mendre. 

V Per qu'es venguts aquel senhor 1res autz, 

Nobbl'e poysans, Loys, le nostre reys, 
Que sus trastolz xeg qu'en nobleza creys, 

36 Per acordar de l'arpa los deffautz. 

A m las sieus claus, cordas [ejslrey e muda, 
Per Iasquoals prencg lo sien doble poder, 
Del quai dessen Pus de permes dever 

40 E l'autre qu'es potestalz absoluda. 

28 qui'n] ms. quins; deurian] deuria; de même au v. 29. 
Entre 3i et 32 les v. 3g-4o ont été intercalés à tort. 
37 estrey]. Noulet corrige estrem ; il devait donc traduire 
éloigne et non resserre. 



considérant de celles-ci les dignités, — qui, en justes accords, 
devraient être entre elles, — si bien que les petits aux grands 
devraient répondre — et amour et paix conserver entre eux; 
— mais vous n'y verrez sinon mal et tristesse : — le moyen 
veut détruire le moindre. 

V. C'est pourquoi est venu ce seigneur très haut, — noble 
et puissant, Louis, notre roi, — que sur tous je vois croître en 
noblesse, — pour accorder de la harpe les défauts. — Avec 
ses clefs il resserre el change les cordes, — par lesquelles je 
prends son double pouvoir, — duquel l'un descend de devoir 
permis — et l'autre qui est (vient de) puissance absolue. 



JOIES DE L EGLANTINE. XXXVII. I70 

VI Vezer podetz cuni n'y ha de transmutât : 

Ly qu'eran naud de presen son al bas ; 
Pueys qu'el o vol, el quai passa r lo pas; 

44 So que luy play es coma leys gardât. 
A sos volers el pot usar del mestre, 
E pot donar e dostar quant se vol. 
Oui contraditz, jeu le teny per fol : 

48 Le sieus poders es tant quant ne pot eslre. 

TORNADA 

VII Mos Bels Conforts, quez elz dit lo bras désire 

De Crestiantat, metets me, vos, per sol 
Aquels mais Turcx, y auré complit mon dol, 
52 E sus los reys seretz ditz may adestre. 



VI. Vous pouvez voir combien il y en a de déplacés : — ceux 
qui étaient hauts à présent sont en bas; — dès qu'il le veut, il 
faut passer le pas; — ce qui lui plaît est observé comme loi. 
— Selon ses vouloirs il peut user en maître, — et il peut don- 
ner et ôter tout ce qu'il veut. — Celui qui s'y oppose, je le 
tiens pour fou : — son pouvoir est aussi grand qu'il en peut 
être. 



VII. Mon Beau Confort, qui êtes dit le bras droit — de la 
Chrétienté, mettez-moi, vous, par terre — ces méchants Turcs, 
et j'aurai fini mon deuil, — et par-dessus les rois vous serez 
dit le plus habile. 



174 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



XXXVIII 

Sirventes, quasi per coblas unisonans, del gran foc de Tholosa. 
lamentatiu he confortatiu, fayt l'an M.CCCC.L.XIIII, pel quai 
foc jutjada la'nglentina a m e Helias de ' Solier, bachelier en 
leys [e en medecina] (alio dictaminè* infra scripto)*. 

I Per greu dolor, ses Irobar nulha pausa, 

Vezen l'engoys del gran foc de Tholosa, 

Recilar vuelh la gesta pietadoza 
4 D'aquel mal foc,, qu'a périt tans de bes. 

Ho! Rey del cel, mot es oribla causa! 

Lo sol regart dol he sospirs dispausa, 
7 lien confemplan semblant foc tant encres. 



Si mentes, presque par couplets unisonants, du grand feu 
de Toulouse, lamentable et confortatif, fait l'an i£64, 
pour lequel l'églantine fut adjugée à maître Hélie de 
Solier, bachelier en lois [et en médecine], (dont une autre 
version est écrite plus bas). 

I. Par poignante douleur, sans prendre aucun repos, — 
voyant l'angoisse du grand feu de Toulouse, — je veux réciter 
l'histoire pitoyable — de ce méchant feu, qui a détruit tant de 
biens. — Oh ! Roi du ciel, c'est très horrible chose! — La seule 
vue peine et soupirs produit, — en contemplant semblable feu 
si cruel. 



1. De a été barré. 

2. Ms. dictante (?). 

8. Ces mots ont été ajoutés. Les derniers renvoient à une autre 
version de la même pièce, qu'on trouvera à la suite de celle-ci. 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XXXVIII. ^5 

II Don poc salhir aquela gran destressa, 

Que lans de gens aga desprovesida? 
Aulra plus fort jamay non foc ausida. 

Il No se degus que reparar pogues 

Dedius cent ans, la sieu granda rudessa, 
Per gran poder, ni rebastir sabessa 

14 Lo criisel dan, qu'en dos jorns foc cornes. 

III A totz donec, la vetz, mala vesprada, 
Le malvat foc, lie mot crusel desayre : 
Vens descausitz le portavan per l'aire; 

18 Cloquiès, hoslals, ni les grans murs [e]spes 
N'an resistit de far per tôt passada : 
Argua ni vy, engenh, ni may trinquada 

21 No y ajudec en causa que valgues. 

IV Pensar podetz la très granda cridesta 
Ou'era, la vetz, pe'ls estrems de la vila, 



II. D'où put sortir cette grande détresse, — qui tant de 
gens a dépourvus? — Autre plus dure jamais ne fut ouïe. — 
Je ne sais personne qui pût réparer — en cent ans, sa grande 
rigueur — par grand pouvoir, ni sût pourvoir — au cruel 
dommage qui, en deux jours, fut commis. 

III. A tous il donna alors mauvaise soirée, — le méchant 
feu, et très cruel désastre : — des vents discourtois le portaient 
par l'air; — clochers, maisons, ni les grands murs épais — ne 
l'ont empêché de faire partout passage : — ni eau, ni vin, ni 
engin, ni même tranchée — n'y aida en chose qui valût. 

IV. Vous pouvez penser le très grand vacarme — qui était, 
alors, dans tous les coins de la ville, — 



I7G LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

De planlz e critz, tocacens e d'esquila, 
25 Femnas, enfans, cascus d'engoyssa pies. 
Del [e]squandol e malvada lempesta 
Le sol augir es causa desonesta 
28 He d'espavent lo dapnatge que y es. 

V El es lan gran qu'estimar no*s poyria; 

Plus no foc visl estre foc tan salvatge, 
Tant arapan, volan, fasen dapnatge; 

32 Car, tôt al cop, corn fiers he descortes, 
Très cens ostals, enquara plus, ardia 
Les albres vertz. Cascus a front perdia 

35 De totz sos bes de las sine partz las 1res. 

VI Les helemens, ho qualque inalval signe, 

Apres lo foc han portât corruptio 
A g"ens he frulz, qu'a durât tôt l'eslio 
39 D'enfeciment, qu'es [e]stat fort [e]spes 



de plaintes et de cris, de tocsins et de cloches, — de femmes, 
d'enfants, chacun d'angoisse plein. — De cet esclandre et mau- 
vaise tempête — le seul ouïr est chose déshonnète — et chose 
épouvantable est (entendre raconter) le dommage cpii s'y 
produit. 

V. 11 est si grand, qu'estimer il ne se pourrait; — jamais 
feu ne fut vu être si sauvage, — si tenace, volant, faisant 
dommage; — car, tout à la fois, comme cruel et discourtois, 
— trois cents maisons il brûlait, et de plus — les arbres verts. 
Chacun perdait, à sa vue, — de tous ses biens trois parts sur 
cinq. 

VI. Les éléments, ou quelque mauvaise étoile, — après le 
feu ont porté la corruption — à gens et fruits, qui tout l'été a 
duré, — d'une infection, qui a été fort épaisse — 



JOIES DE L EGLANTINE. XXXVIII. I 77 

A tolz endreytz, y a tropas gens maligne; 
Dieus sio content he plus no s'en indigne, 
42 Aga de nos per sa bontat merses. 

VII Passât miech may, fec sa nobla venguda 

Lo rey Loys, nostre senhor novel, 
Volen veser l'accident mot crusel 
40 D'aquel gran foc, vengi.it a sed del mes; 
Guardan per toi, vie la ciutat perguda; 
De las très partz la trobec abatuda, 

49 He qui es dedins a greu conoys hon s'es. 

VIII Per so, le rey da, la velz, lie l'enlima 

Afranquimenl a tolz les habilans 
De totz enposlz e lalhas per cent ans, 
53 He d'aquel an la tallia los remes, 
Continuan aquela dreyta sima, 
Qu'es la data l'an de la millessima 

50 E quatre cens, al tôt, saysanta e très. 



en tous endroits, et à beaucoup de gens funeste; — que Dieu 
soit content et que plus il ne s'en indigne, — qu'il ait de nous, 
par sa bonté, merci. 

VII. Passée la mi-mai, fit sa noble venue — le roi Louis, 
notre seigneur nouveau, — voulant voir l'accident très cruel 
— de ce grand feu, venu au sept du mois; — regardant par- 
tout, il vit la cité perdue; — des trois parties (sur quatre) (ou 
de trois côtés) il la trouva abattue, — et qui est dedans à peine 
reconnaît où il est. 

VIII. Pour ce, le roi donne, alors, et intime — affranchis- 
sement à tous les habitants — de tous impôts et tailles pour 
cent ans, — et de cette année la taille leur remet, — conti- 
nuant cette juste cime (point de départ), — qui est la date de 
l'an du millésime — et quatre cents, en tout, soixante et trois. 

12 



178 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

IX Sa gracia dec per que '1 poble bastissa 

En la ciutat, qu'era pel foc deserla ; 
La consolan, d'aquo le fec ufferta 
GO Per que doues de bastir bon endres. 
Gran malveslat d'alcus enix l'afissa 
A lor poder qne-s rompes e perissa ; 
63 Mas ni per tant le rey no y cossent ges. 

X Aga quascus de si reconoysensa, 

Mire sos faytz he sos peccatz regarde, 
Delayse mal, he far be no relarde, 

67 Oste de si prestament aquel pes, 

Si vol que Dieus reforme la senlensa 
De sa furor, en pielat he clemensa, 

70 Si coin trobam que de Job [ejscriut es. 

60 est ajouté (Varie antre main dans l'interligne. 



IX. Sa grâce il donna pour que le peuple bâtit — en la cité, 
qui était par le feu ravagée; — la consolant, de cela il lui fit 
offrande — pour qu'elle donnât de bâtir bon encouragement. 

— Grande méchanceté de quelques pervers le pousse — de 
tout son pouvoir de façon qu'elle se détruise et périsse, — 
mais néanmoins le roi n'y consent point. 

X. Que chacun rentre en soi-même, — qu'il contemple ses 
actions et regarde ses péchés, — qu'il délaisse le mal et ne 
tarde pas à faire le bien, — qu'il ôte de lui prestement ce poids, 

— s'il veut que Dieu réforme (transforme) la sentence — de 
sa fureur, en pitié et clémence, — comme nous trouvons que 
de Job il est écrit. 



JOIES DE L EGLANTINE. XXXVIII. 17g 

TORNADA 

XI [EJstela d'aur, Irastotz vos fam merces, 

Hez al pros rey que no vol la valensa 
D'un sol denier, ans es noslra deffensa, 
74 Que mais tirans îuvns tendrait plus sosmes. 

Au bas de la col. i : Gualhaco... compillavit. 



XI. Etoile d'or, tous nous vous crions merci, — et au preu 
rai qui ne veut la valeur — d'un seul denier, mais qui est 
notre défense, — de sorte que mauvais tyrans ne nous tien- 
dront plus subjugués. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

XXXIX 

Canso de plangh del gran foc de Tholosa 1 . 

I Am dolor, ses trobar pansa, 

Vezcn l'enguoys de Tholozn, 
Velh cantar am votz ploroza 

4 Del peryment de tans bes. 

Ho las! qui guardar la guàusa, 
En greus sospirs se repausa, 

7 Contemplan lo foc engres. 

II Qui vie jamay tal destressa 

Ni causa tant desquausida? 
Jamay plus no foc ausida, 

11 Qu'en senla[nt] fayso vengues. 
No 's possible que -s reffessa, 
De cent ans, la gran rudessa 

14 Qtie*l foc en dos jorns cornes. 

III Aquela mala vesprada 

Nos portée a totz desayre : 
Le foc volava per ayre; 

18 No y avia mur que tengues, 
El fasia per tôt passada : 
Ayga, ni vi, ni trinquada 

21 No y poc contrastai - en res. 



1. L'écriture de cette pièce est par endroits presque effacée. Comme 
elle n'est qu'une autre version, plus concise, de la précédente, je crois 
inutile d'en donner la traduction. 



JOIES DE i/ÉGLANTINE. XXXIX. l8l 

IV Pensar podetz la cridesta 

Que*s menava per la vila 

De toquacen e d'esquila; 
25 Totz eran d'enguoysa pies. 

De tal oribla tempesta 

Mot es causa desonesta 
28 Le grau dapnalge que y es. 

V Estimar no ce poyria 

Aquel mal, crusel dapnalge, 

Car le foc d'engual pasatge, 
32 Coma fier e descortes, 

Quatre cens ostals ardia ; 

Cascus de sos [bes] perdia 
35 De sine partidas las très. 

VI Per maior tribulacio, 

Requirens nostres pecatz, 

Em [ejstatz dapnificatz 
39 De gran poble que mort es, 

He de frulz la perdicio, 

Qu'es venguda, sus l'estio, 
42 Dun em a paurelat mes. 

VII Mol foc bona la venguda 

Del rey de Fransa novel, 

Car vie l'acsident crusel 
46 Per totas parlz, si cum es. 

De la sciutat abatuda 

La vertat foc conoguda 
49 Per lo rey e sos cornes. 

33 bes manque. 



102 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

VIII Per so le rey se déclina 

Donar grasia, per cent ans, 
De talhas als abitans, 

53 E tolz autres carx remes, 
Gomensans he prenens sima 
En l'an de la millezima 

56 Quatre cens saysanta très. 

IX Demostra nos la scriptura 

Que per los crims détestables 
Qu'eran al mon continuables, 

60 Dieus n'ac a degus nierces, 
Ans peric tota natnra : 
Nohe, am sa noyritura, 

63 Sol demorec que visques. 

D. Gualhaco me composait. 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XL. 1 83 



XL 



Sirventes sobre aquels que no usan de caritat, per loqual foc 
jutgada l'englentina a M 1 ' Thomas Loys, bachelier en leys, 
l'an M.CCCC.LX sine. 



I Dels mais que vey en aquest mon comprendre 

D'un sirventes bastir soy desirans, 
E de bon cor volgra cascuns aymans 

4 De Jhesu Crist lu volgues ben attendre, 
Car es périls que la virtut divina, 
En breu de temps, se venge d'alqus fort, 
Ouar il non an de luy alqun reçoit, 

8 Mas en mal far troban tôt jorn aysina. 

II A ni gran engenh, que de rodar no fina, 

Le greus peccatz d'avareza cruzels 



Sirventes sur ceux qui n'usent point de charité, pour le- 
quel l'églantine fut adjugée à Maître Thomas Louis, 
bachelier en lois, l'an i405. 

I. Sur les maux que je vois s'étendre en ce monde ^— je suis 
désireux de bâtir un sirventes, — et de bon cœur je voudrais 
que chaque amant — de Jésus-Christ s'y voulût bien appli- 
quer, — car il y a danger que la vertu divine, — en peu de 
temps, se veng-e fort d'aucuns, — car ils n'ont de lui aucun 
souvenir, — mais à mal faire ils trouvent toujours commodité. 

II. Avec gprand engin, qui ne cesse de manœuvrer, — le 
grief péché de cruelle avarice — 



1 84 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Régna lot jorn am fort malvalz simbels, 
12 En tropas gens, don lor voler s'enclina 
En amassa r d'aquest mon la riqueza, 
E lor prepaus hy melon de bon cor, 
No reguardan si caritatz se mor : 
16 Dieu no vol pas que vers tal gen sia mesa. 



III Caritat vey a servitut sosmeza 

E morla cliays, dont ly malvat avar, 
La neyt e *I jorn, no finan de somyar 

20 En aur y argen, per lor gran avareza. 

Mays vos promet que pas trop no s'avansa 
Lor fais volers a bastir hospilals, 
Gleyzas, convens, ny autres obralges tais : 

24 D'umplir lo sac han sol lor [ejsperansa. 

1 1 jorns... malvat. 



règne toujours, avec fort méchants appeaux, — en nombreuses 
gens dont lo vouloir s'incline — à amasser de ce momie la 
richesse, — et leur application ils y mettent de bou cœur, — 
ne regardant pas si charité se meurt : — Dieu ne veut point 
qu'envers telle gent elle soit mise. 

III. Je vois charité soumise à servitude — et presque 
morte, par quoi les méchants avares, — la nuit et le joui, ne 
cessent de rêver — à or et (à) argent, par leur grande avarice. 
— .Mais je vous assure que pas trop ne s'avance (ne songe) — 
leur faux vouloir à bâtir hôpitaux, — églises, couvents, nu 
autres ouvrages tels : — à emplir le sic ils mettent seulement 
leur espérance. 



JOIES DE L EGLANTINE. XL. 

IV Si le ries homs es casulz de poyssansa, 

Qu'es devengutz paubres en aquest mon 
E vergonhans a demandai", co ffon, 

28 Quar may \y play sostenir grau oltransa, 
Ez en aquels el fay humilz demanda 
Per sostenir son cors ben passient, 
Lo fais malvat respon cubertament 

32 Qu'en au Iras partz el ha coyta mot granda. 

V Donc be son fol qui so que Dieu comanda 

Volen passar e perdre paradis, 
E caritat meten bas en abis, 

36 Tant le digz crims en lur testa s'abranda, 
Quar l'oms perlieytz pot guazanhar victoria 
Contrad Sathan, quant los siens bes partis 
Als paubres nutz; e Dieus aquels noyris 

40 E los avars gittara de memoria. 

36 sabrandra. — 3q noiritz. 



IV. Si l'homme riche est tombé de puissance, — et devenu 
pauvre en ce monde — et honteux à mendier, comme font (cer- 
tains), — car plus il lui plaît endurer grande détresse, — et 
qu'à ceux-ci il fasse humble demande — pour soutenir son 
corps bien souffrant, — le perfide méchant répond hypocrite- 
ment — que d'autres parts il a presse très grande. 

V. Donc, bien sont fous (ceux) qui ce que Dieu commande 
— veulent négliger et perdre paradis, — et charité mettent 
bas, dans l'abîme, — tant le dit crime en leur tête s'allume, — 
car l'homme parfait peut gagner victoire — ■ contre le Satan, 
quand ses biens il partage — aux pauvres dépourvus ; et Dieu 
nourrit ceux-là — et il rejettera les avares de (sa) mémoire. 



l86 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

TORNADA 

VI Palays d'onor, tostemps visca per g-loria 

Le noble rey, al présent dit Loys, 
Tant que de patz cresca la Flor de Lis, 
44 Qu'a tolz endreytz hom reconte l'istoria. 



VI. Palais d'honneur, que toujours vive avec gloire — le 
noble roi, maintenant appelé Louis, — si bien qu'en paix 
croisse la Fleur de Lis, — qu'à tous endroits on (en) raconte 
l'histoire. 






JOIES DE l'ÉGLANTINE. XLI. 187 

XLI 

Vers figurât, per coblas [e]sparssas. 

I D'obrias gran cop ay vist dins una vinha 

Plantar molt gent et fotyar per emsems, 
Ez en après sieguen la dreyta linha, 

4 Culliir los frutz, quant es vengut lo temps, 
Trepir aquelz e trulliar per mesura. 
Quatre senhor an mes eu detz lonelz 
Molt dolsamen la liquor tresque pura, 

8 Y ab cura grant conservan los vayssels. 

II Oualre mays sou de tresque bêlas filhas 

Oue-1 meten bas, en ung chay, per g-ardar ; 
Oualre companh, say et lay, per las vilas 
12 N'an près ung - tros a vendr' e carregar; 



Vers figuré, par couplets épars. 

I. Beaucoup d'ouvriers j'ai vus dans une vigne — planter 
très gentiment et bêcher tous ensemble, — et ensuite, suivant 
la droite ligne, — cueillir les fruits, quand est venu le temps, 
— fouler ceux-ci et (les) presser par mesure. — Quatre sei- 
gneurs ont mis dans dix tonneaux — fort doucement la liqueur 
très pure, — et, avec grand soin, ils conservent les vaisseaux. 

II. De plus, il y a quatre belles filles — qui la mettent bas, 
eu uu cellier, pour (la) conserver; — quatre compagnons, ça 
et là, par les villes — en ont pris une portion à vendre et char- 
royer; — 



30 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Lo demorant, per quatre perso natges, 
Distribuis le senhors del ostal 
A trastot hom quel vol far homenatges; 
16 De voler franc se mostra libéral. 

III La vinha, die qu'es la Trinidat sancta, 
Oue*ns ha dat ley per que siam salvat, 
Emis don' al cors benedictio tanta, 

20 Gaug - , alegrier he tota sanitat; 

El fotyador son li appostol mot noble, 
Quyz an trebalhs visquen per sostenir 
La nostra fe en conservan lo poble; 

24 En tal prepaus volguen vieure e morir. 

IV D'aqui saline le nobles frulz de vida, 
Dieus Jhesus Christ, lequal sufifertec mort 
E vole, per nos, ab dolor infinida, 

i4 le], ms. les. 

22 an], on pourrai/ aussi lire, comme avait fait Xoulet, als. 



le demeurant, par quatre personnages, — le seigneur de l'hôtel 
le distribue — à tout homme qui lui veut faire hommage; — 
de franc vouloir il se montre libéral. 

JII. La vigne, je dis qu'elle est la Trinité sainte, — qui nous 
a donné loi pour que nous soyons sauvés, — et nous donne au 
corps bénédiction si grande, — joie, allégresse et toute santé; 
— ■ les bêcheurs sont les apôtres très nobles, — qui dans la 
peine vécurent pour soutenir — notre foi en conservant le 
peuple; — en tel propos ils voulurent vivre et mourir. 

IV. De là sortit le noble fruit de vie, — Dieu Jésus-Christ, 
lequel souffrit morl — et voulut, pour nous, avec douleur in- 
linie, — 



JOIES DE l'ÉGLANTINE. XLI. j8q 

28 Esscr trulliatz pelz Jusieus quel fen tort; 
Mays empero a purg-ar nostra fauta 
El es contens aver lantz malz sufFerlz; 
Per lo conselli de la voîuntat nauta, 

32 Lo paradis la vetz nos foc ubertz. 

V Salhens del truelli las holas molt sagradas, 

Ab affection, \y grand entendement 
Dels sanlz d'onor an noblamenl pausadas 

36 En belz vaysselhz, que son detz mandament, 
Los declaran, de que la fe crestiana 
Prén fondament y al jorn d'uey se maynle; 
Per lor meya, en la natura humana, 

40 Poble creslia dolsament se entrete. 

VI Quatre virtut cardinal an l'offici 

De ben rhavar dins lo cors, an plaser, 

38 maynte] maynatohe. 



être pressé par les Juifs qui lui firent tort; — mais cependant 
pour purger notre faute — il est content d'avoir souffert tant 
de maux; — par le conseil de la volonté haute, — le paradis 
alors nous fut ouvert. 

V. Sortant (sorties) du pressoir, les ondes très sacrées, — 
avec respect, les grands entendements — des saints d'honneur 
les ont noblement placées — en de beaux vaisseaux", qui sont 
(les) dix commandements, — les expliquant, de quoi la foi 
chrétienne — prend fondement et jusqu'aujourd'hui se main- 
tient; — par leur moyen, en la nature humaine, — peuple 
chrétien doucement s'entretient. 

VI. Quatre vertus cardinales ont l'office — de bien jaillir 
dans le cœur, avec plaisir, — 



igO LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Ara so que sia sens peccat et sens vici. 

44 L'oms que '1 pendra autrament n'a poder. 
E be, sant Marcx et Johans l'evangelisla, 
Ab autres clos, c'om dilz Luc et Mathieu, 
Y ant carreyat los faylz del grant arlista 

48 E n'estruren los santz autres de Dieu. - 

VII Per conclusir tota nostra sentencia, 

Quatre son may : primier confessions, 
Dolor de cor e perfieyta consencia 

52 De creyre ferm et pueys satisfactions 
Distribuen a la persona digna, 
En aquest mon, l'angel molt dos e franc, 
So 's Jhesus Christ, qui gloria nos assigna 

56 Am lo sieus cors, ensemps lo noble sanc. 

5o confessors; c'est ce mot qui doit être corrigé, et non, comme 
te pense Noulet, le mot-rime du v. 52, où il propose satisfactors. 
54 aquestz. 



pourvu qu'il soit sans péché et sans vice. — L'homme qui le 
prendra (commettra le péché) autrement n'a ce pouvoir. — Et 
de plus, saint Marc et Jean l'Evangéliste, — avec deux autres, 
qu'on dit Luc et Mathieu, — y ont charrié les faits du grand 
artisan — et en instruisirent les autres saints de Dieu. 

. VIL Pour conclure toute notre sentence, — quatre (choses) 
sont encore : d'abord confession, — douleur de cœur et par- 
faite résolution — de croire fermement et puis satisfaction, — 
qui distribuent à la personne digne, — en ce monde, l'ange 
très doux et franc, — à savoir Jésus-Christ, qui gloire nous 
assigne — avec son corps et son noble sang. 



JOIES DE L EGLANTINE. XLI. 1 Ç) I 



TORNADA 



VIII Albres floritz' et persona benigna, 

Vos, me donats aquel vestimenl blanc 
De carital, que la persona endigua 
GO De l'enemic no - m do sus lo mieu flanc. 

L'an m.cccc.lxvi, Afestre Bertrand Brossa, bachelier en teijs, 
per aquest gasanhet la 'nglentina. 



VIII. Arbre fleuri et personne bénigne, — vous, donnez-moi 
ce blanc vêtement — de charité, afin que la personne indigne 
— de l'ennemi (du démon) ne me donne sur le flanc. 

L'an 1466, Maître Bernard Brossa, bachelier en lois, 
par ce (vers) gagna l'èglantine. 






IQ2 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

XLII 

Sirventés. 

I Car paubra gen n'a g-uaire que despendre, 

A'Is déstruir alcuna gen se funda; 
Venden, près tari, en usùras abunda; 
4 En erba cal los vis et lotz frnlz vendre, 
Car autrament auran de sirvens guerra, 
Les que n'an paour de l'infernal guezarma, 
Qu'après la mort les turnienlara l'arma, 
8 Pel fais gasanh q n'aura n fait sus la terra. 

II Eclesiastics totz volon benefici; 

No son contens mens de très ho de quatre, 

2 D'abord déstruir; un correcteur a voulu corriger en destrusir, 
mais il a tracé /'s sur l'a, ce qui donne destrsir, comme a lu Noulet. 
— G les] ms. ces. 



Sirventés. 

I. Parce que la pauvre gent n'a g'uèrc de quoi dépenser, — 
à la ruiner certaine gent s'applique, — vendant, prêtant, en 
usures elle abonde; — il leur faut (aux pauvres gens) vendre 
en herbe vins el tous fruits, — car autrement ils auront des 
sergents persécution, — gens qui n'ont pas peur de l'infernale 
guisarme, — qui après la mort leur tourmentera l'âme, — 
pour l'inique gain qu'ils auront fait sur la terre. 

II. Les ecclésiastiques veulent tous bénéfices; — ils ne sont 
contents à inoins de trois ou quatre, — 



JOIES DE l'ÉGLANTINË. XLII. 10,3 

Ho plus avant, si-n poden mays abalre, 
12 Ses grant voler de far a Dieu servici. 
Per grau esfors procuran de corrumpre 
Trops playdegans, tant que sera possible, 
La gen de corl, an presen no visible, 
16 Que bon prepaus fay al just soven rompre. 

III Malvatz tostemps a'n tropas de personas, 

Quar pel regart resemblan eslre bonas, 
Mas d'equitat non an pas una rasa, 
20 Per gran ardor que le cor lurs abrasa. 
Contra vertat régna lala malicia, 
En tal faysso que l'a quasi vencuda, 
E fara tan, pueys que arma no li ajuda, 
24 Oue'm dopte fort s'en perda la policia. 

17-20 Ces quatre vers ne sont pas dans l'ordre requis par les 
rimes. — 17 Au lien de malvatz, on attendrait un substantif abs- 
trait. — 19 ms. equitat. 



ou plus encore s'ils en peuvent davantage abattre, — sans 
grand vouloir de faire à Dieu service. — Par grands efforts, 
ils tâchent de corrompre, — les nombreux plaideurs, tant qu'il 
sera possible, — la gent de cour, avec présent non visible, — 
qui bonne intention fait au juste souvent rompre. 

III. Malice se trouve toujours en de nombreuses personnes, 
— car à l'extérieur elles paraissent bonnes, — mais d'équité 
elles n'ont pas une rase, — par grande passion qui leur em- 
brase le cœur. — Contre la vérité règne telle malice, — en 
telle façon qn'elle l'a quasi vaincue, — et elle (la malice) fera 

ktant, puisque nul ne lui porte secours (à la vérité), — que je 
crains fort que notre police (ordre social) ne s'en perde. 



[94 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

IV Renegamens e pro gent hotratjosa 

Creyssen tôt jour, pies de tota malesa, 
E grans eslalz an pelita riquesa, 
23 Contra fa sent la gen qu'es poderosa; 
No trobaretz d'estamens differensa : 
Arlolz, truans, portan Testât del noble, 
Qu'es gran défaut dels governans lo poblc, 
32 Car en après venen a decasensa. 

V Deffalh vertut a semblant tolleransa, 

Don es perillis que Dieu nos donc pena, 
Car vicis tais portan longa cadena. 
36 Luxuria gran, ses nulla moderansa, 
A totz endreytz se troba manifesta. 
Le be public, an la cosciensa larga, 

2a Corr. renegadors ('?). — 29 Ajouté en marge. 



IV. Blasphémateurs (?) et beaucoup de gens livrés aux excès 
— croissent toujours, pleins de toute malice, — et mènent 
grand train avec petite richesse, — contrefaisant la gent qui 
est puissante; — vous ne trouverez entre les conditions nulle 
différence : — ribauds, truands portent l'état de noble (vivent 
comme lui), — (ce) qui est grande faute de ceux qui gouver- 
nent le peuple, — car bientôt après ils viennent en décadence. 

V. Vertu succombe à semblable tolérance, — d'où il y a 
danger que Dieu nous donne peine, — car de tels vices por- 
tent longue chaîne. — Luxure grande (luxe effréné), sans 
nulle modération, — à tous endroits se trouve manifeste. — 
Le bien public, avec la conscience large, — 



joies de l'églantine. — xLii. i g5 

Vezen cassai", et cascu se # n descarga, 
40 Don suffertam soven cruzel tempesta. 

TORNADA 

VI Flors de las Flors, del mon la plus honesta, 

Deft'endetz nos de la dapnada marga 
Del enemic, a causa de la carga 
44 De nostres crims, que nos dan sus la testa. 

Van m.cgcc.lxvi, Johan Gumbant, marchant de Tliolosa, 
gasanech l'englentina. 

De Gualhaco faclor. 

3g se"n] ms. sens. 

43 de la napnada écrit au-dessus de deux mois presque effacés. 



nous voyons abolir, et chacun s'en décharge, — d'où nous 
souffrons souvent cruelle tempête. 

TORNADE 

VI. Fleur des Fleurs, du monde la plus honnête, — défen- 
dez-nous de la damnée manche — de l'ennemi, à cause de la 
charge — de nos crimes, qui nous donnent sur la tête. 

Van 1166, Jean Gombaut, marchand de Toulouse, gagna 
l'églantine. 



I(j6 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

XLIII 

Vers sobre Patz e Guerra. 

I Entre la Patz e Guerra s'es mogiida 

Questio molt grau, davan l'aula Justecia, 
Car entre lor es guerra conceubuda 

4 E de la patz perduda la notecia. 

Per so Patz ditz que d'aquel' injustecia 
E greug'e mal ela s'es appelada 
A Dieu del cel, loqual li a donada, 

8 Per decidir, Justecia dreyturiera. 

II Se complanhen, ditz Patz Iota premiera 

Qu'en aquel temps que Dieu formée Natura, 
Avia del mon possessio vertadiera 
12 Per governar l'umanal creatura ; 

7 laquai. 



Vers sur la paix et la guerre. 

I. Entre Paix et Guerre s'est agitée — question fort grande, 
devant la haute Justice, — car entre elles une guerre est con- 
çue — et de la paix la connaissance perdue. — Pour cela Paix 
dit que de cette injustice, — de ce grief et tort elle en a appelé 
— au Dieu du ciel, lequel lui a donné, — pour décider, droite 
Justice. 

II. Se complaignant, Paix dit la première — qu'en ce temps 
que Dieu forma Nature, — elle avait du monde la possession 
vraie — pour gouverner l'humaine créature; — 



JOIES DE L EGLANTINE. XLIII. IQ7 

Petitz e crans eran dejos sa cura, 
Am granda patz usa van totz lor vida, 
En tal partit qu'era per tôt complida, 
16 Ez en oblilz estendart e may lansa. 

III « En olra, ditz, cum avem remembransa, 
Al temps antic tota la gen humana 

Fec la gran tor, per molt bel' ordenansa, 
20 E jasiaysso que fossan gen pagana; 
Doncas, apar esser cauza certana 
Que per la vetz avia la Patz victoria, 
E sus lo mon régna va per lai gloria 
24 Qu'en nulla part Guerra no fasia quista. 

IV « E quant volguec Dieus la Natura, trista 
Per lo pecat, resemer de destressa, 

Era, de cert, la gênerai Patz vista 
28 Per tôt lo mon sobirana mestressa, 

i4 D'abord usavam. 



petits et grands étaient sous sa protection, — en grande paix 
ils passaient tous leur vie, — en telle sorte qu'elle était partout 
observée, — et en oubli (étaient) étendards et aussi lances. 

III. « En outre, dit-elle, comme nous en avons le souvenir, 
— au temps antique toute la race humaine — fît la grande 
tour, par fort belle ordonnance, — et quoiqu'ils fussent gent 
païenne; — donc, il paraît être chose certaine — que pour lors 
la Paix avait la victoire, — et que sur le monde elle régnait 
par telle gloire — que, en nul lieu, la Guerre ne faisait quête. 

IV. « Et quand Dieu voulut la Nature, triste — par suite du 
péché, racheter de détresse, — certainement la Paix générale 
était vue — par tout le monde souveraine maîtresse, — 



iq8 les joies du gai savoir. 

Laquai a nos layssec coma princessa. 
Doncas, apar que nul dreit ha la Guerra 
De perseguir la Patz desus la terra. » 
32 Per que requier tornar en sa saysina. 

V Adonc respon a cela dissayzina 

Guerra, disen que, per dreit rasonable, 
Al cel prenguec de volunlat divina 

36 De batalhar fondamen perdurable; 
Quar Lucifer, a lotz espavenlable, 
A m d'autres may, sanct Miquel fec descendre 
Del cel en bas, a pena tôt jorn pendre, 

40 Per so qu'a Dieus, ab erguelh, fes otratge. 

VI Dilz may qu'ai mon ha près gran avantalge 

E comensec al premier noslre payre, 
Quant per lo frut venc en est mon salvatge, 
44 E perdrcns fec lo durable repayre. 



laquelle il nous laissa comme princesse. — Donc, il apparaît 
que nul droit n'a la Guerre — de poursuivre la Paix sur la 
terre. » — C'est pourquoi elle requiert qu'on la remette en 
possession (de ses biens). 

V. Alors répond à cette (requête en) dépossession — Guerre, 
disant que, par droit raisonnable, — au ciel elle prit, de vo- 
lonté divine, — fondement perdurable de batailler; — car 
Lucifer, à tous épouvantable, — avec d'autres encore, saint 
Michel le fit descendre — du ciel on bas, pour toujours souf- 
frir peine, — parce qu'à Dieu, avec orgueil, il fit outrage. 

VI. Elle dit encore qu'au monde elle a pris grand avantage 
— et qu'elle commença à notre premier père, — quand par le 
fruit elle vint en ce monde sauvage, — et nous fit perdre le 
durable séjour. — 



JOIES DE L EGLANTINE. XLIII. I 00 

David, le rey quez en patz n'estec gayre, 
E Josue, que Ionc temps fec conquesta, 
Les Machabieus, gens en armar ben presta, 
48 Mostran lo dreit ques ha Guerra sens falha. 

VII En olra may, des Troyans la batalha, 

Ou'Ector lia fait per sa vigor très forla, 
E dels Romas, quez al mon crusel talha 
52 Feren lonc temps, don tanla gent es morta; 
E, de novel, podem aver per sorla 
Los faytz très bels e dels Angles la plaga 
Que'l rey des Francs ha fait ab mortal daga : 
56 Donc Guerra ditz qu'ai mon n'es pas estranha. 

VIII La vetz, ditz Palz q'una sola castanha 

No presa pas de Guerra la deffensa, 
Ouar en dreyt es : la cauza no gasanha 



David, le roi qui en paix ne resta guère, — et Josué, qui long- 
temps fît conquête, — les Machabées, gent eu armes bien 
experte, — montrent le droit qu'a Guerre sans faute. 

VII. En outre plus, des Troyens la bataille, — qu'Hector a 
faite par sa vigueur très forte, — et (celle) des Romains, qui au 
monde cruelle taille — firent longtemps, d'où tant de gens 
sont morts; — et, de nouveau, nous pouvons avoir par 
bonheur (?) — les actions très belles (du roi des Francs) et des 
Anglais la plaie, — qu'il leur a faite avec mortelle dague : — 
donc, Guerre dit qu'au monde elle n'est pas étrangère. 

VIII. Alors, Paix dit qu'une seule châtaigne — elle ne prise 
point la défense de Guerre, — car en droit il est (dit) que ce- 
lui-là ne gagne pas sa cause — 



200 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



60 Qui bes d'alcu vol aver ab offensa; 
Mal al prepaus, ab forsa de lemensa 
D'aver gran mal pies ha Guerra sa pauza 
En aquest mon, quar resislir no li auza 

04 Alcun de nos, per que res no li abasta. 

IX Guerra, la vetz, ditz que Palz no li gasta 

Lo sieu bon dreit, ny sa possessio granda 
Que Dieus ly dec ; donc, per puncta d'un' hasta 

68 La détiendra, car pren de la sieu banda 
Prescriptio gran, laquai ela demanda, 
Cum possedit aja dels ans cinq mila, 
Aysso pot dir, del mon cascuna vila, 

72 Quant avia sus de guerra cop de massa. 

X Justicia donc lor contradilz amassa, 

E com ayssel que bos fayls gasardona, 

63 resistir] ms. assistir. 
70 aja] d'abord aia. 



qui bien d'autrui veut avoir par violence; — mal à propos, 
par la crainte violente (que l'on éprouve) — d'avoir grand 
mal, la Guérie a élu domicile — en ce monde, car résister ne 
lui ose — aucun de nous, parce que rien ne lui suffit. 

IX. Guerre, alors, dit que Paix ne lui gâte — son bon droit, 
ni sa possession grande — que Dieu lui donna; donc, à la 
pointe d'une lance — elle la défendra, car elle prend de son 
côté — prescription grande, laquelle elle demande, — (disant) 
qu'elle a possédé cinq mille ans, — elle peut le dire, chaque 
ville du monde, — qui avait (soutirait) de guerre un énorme 
fardeau. 

X. Justice donc rassemble lents déliais, — et comme celui 
qui beaux faits rémunère, — 



JOIES DE L EGLANTINE. XLII1. 201 

Va cogïtar cum Guerra lo mon cassa, 
76 He lo gran mal que, lonc lemps ha, nos dona; 
Donc. lor volen donar sentencia bona, 
Fec comparer la Patz a la part destra, 
E Guerra venc devers la part senestra, 

80 Y adonc baylec diffînitieu sentencia, 

XI Dizen aytal : « Jeu ay en ma presencia 

Auzit lo playt de la Patz doloyrosa 
E so que dilz Guerra per molt gran sencia, 

81 Tant quez ieu tenc esta causa doptosa; 
Mas be vos die que plus es graciosa 

Patz envers Dieus, y a tôt lo mon plasenta; 
Perque delTen a Guerra son enlenta, 
88 E quez al mon jamays plus no y habile. 



70 cuz. 

85 En marge de ce vers : sentencia. 



réfléchit comment Guerre brise le monde, — et le grand mal 
que depuis longtemps elle nous donne; — donc, leur voulant 
donner bonne sentence, — elle fit comparaître la Paix au 
côté droit, — et Guerre vint devers le côté g-auche, — et alors 
elle donna définitive sentence, 

XI. Disant ainsi : « Moi j'ai, en ma présence, — ouï le plaid 
de la Paix douloureuse (affligée) — et ce que dit Guerre, par 
très grande science, — si bien que je tiens cette cause pour 
douteuse; — mais je vous dis que plus est gracieuse — Paix 
envers Dieu, et à tout le inonde agréable; — c'est pourquoi 
j'interdis à Guerre son dessein, — ■ et qu'au monde jamais plus 
elle n'habite. 



202 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 

XII Resplandens lums, el cel tant gloriosa, 

Datz nos la Patz, coma verlut plus genta, 
Ouar es a nos a vieure condescenta, 
92 E quejamays Guerra plus nos vesite. 

Van mil quatre cens lxviii, Mestre Peyre de Rappe, bachelier 
en leys, cjasanhct l'englantina, am la sobredit dictât. 



XII. Resplendissante lumière, au Ciel tant glorieuse, — 
donnez-nous la Paix, comme la plus gente des vertus, — car 
elle est condescendante à vivre avec nous, — et que jamais 
plus Guerre ne nous visite. 

L'an 1468, Maître Pierre de la Roque, bachelier es lois, gagna 
l'églantine avec la susdite composition. 






JOIES DE l'ÉGLANTINE. XLIV. 2o3 



XLIV 

Sirventes per loqual Frances de Morlas, bachelier, gasanhet 
l'englantina, l'an M.CCCC.LXXI. 



I De presen vecli ques un voler me frappa 

Lajus el cor, am gran désir arden; 
Soptanamen, de cop en cop, m'arrapa, 

4 Dont cascus homs y deu melre lo sen, 
Que totz ensemps preguem lo Redemptor, 
Am gran voler, aver tôt jorn memoria, 
Disen : « llelas! prec te, nostre Senhor, 

8 Que'l rey des Francs aja sus totz Victoria. » 

6 aver tôt jorn, écrit sur grattage. 



Sirventes par lequel François de Morlas, bachelier, 
gagna téglantine, l'an i/iji. 

I. Présentement je vois qu'un vouloir me frappe — en bas, 
au cœur, avec grand désir ardent; — soudainement, de coup 
en coup, il me saisit, — par quoi chaque homme doit appli- 
quer son sens (à ceci), — que tous ensemble nous priions le 
Rédempteur, — avec grand vouloir (volonté), d'avoir toujours 
mémoire (de cela), — disant : « Hélas ! je te prie, notre Sei- 
gneur, — que le roi des Francs ait sur tous victoire, » 



30q LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Senhoria gran des dotze pars de Fransa, 

Leva te sus, o nobleza real : 

Reys, contes, ducx fasen un' aliansa, 

12 Ubrelz los uels trastotz per un engal; 
Junhets las mas, rendetz a Dieu lauzor, 
Lassus, els cels, envers l'eternal gloria, 
Disen : « Helas ! prec te, nostre Senhor, 

16 Quel rey des Francs aja sus tôt s Victoria ». 

III Helas! ont yes, de Roma, tu, sanct Payre? 

Dona te gauch dins lo coratge lieu, 
Cum sia un bras de sancta gleysa mayre, 

20 Lo noble rey, per lo voler de Dieu; 
Contempla donc, pregan lo Creator 
Oue-ns a formatz sus tota bel'ystoria, 
Disen : « Helas f prec te, nostre Senhor, 

24 Quel rey des Francs aja sus totz victoria. » 

19 sia] ms. sias. 



II. Puissance grande des douze pairs de France, — lève-toi 
sus, (et toi aussi) ô noblesse royale : — rois, comtes, ducs fai- 
sant une alliance, — ouvrez les yeux tous pareillement; — 
joignez les mains, rendez à Dieu louange, — là- haut, au Ciel, 
vers l'éternelle gloire, — disant : « Hélas! je te prie, notre 
Seigneur, — que le roi des Francs ait sur tous victoire. » 

III. Hélas! où es-tu, de Rome, toi, saint Père? — Donne- 
toi joie dans ton cœur, — puisqu'il est un bras de la sainte 
Eglise (notre) mère, — le noble roi, par le vouloir de Dieu ; — 
contemplé (?) donc, priant le Créateur — qui nous a formés 
supérieurs à toute la création (?), — (et) disant : « Hélas! je 
te prie, notre Seigneur, — que le roi de s Francs ait sur tous 
victoire. » 



JOIES DE LEGLANTINE. XLIV. 2( 

IV Enapres vecli.. per tresgran excellensa, 

Jhesus, lums clars, la nobla Flor del lir 
E l'auriflan luj donec per deffensa 

28 Envers lolz lioms, que l'ajan obesir 

Per toslemps mafys, porlan luy gran lionor, 
Com se pertanh, ez es causa notoria, 
Disen : « Helas! prec te, nostre Senhor, 

3-2 Quel rey des Francs aja sus totz Victoria ». 

V Gracias e laus de tôt bes atribuida 

Sus lolz Ios reys de sancta Cresliandal, 
E cascun joru miracles en sa vida 

36 Fa, mejansan de Dieu la volunlat; 
Ez en après es dit emperador 
De totas gens per obra meriloria, 
Disen : « Ilelas ! prec te, nostre Senhor, 

40 Quel rey des Francs aja sus totz uictoria. » 

28 ajam. 



IV. Après je vois, par très grande excellence, — que Jésus, 
lumière claire, la noble Fleur de lis — et l'oriflamme lui donna 
pour défense — contre tous hommes, afin qu'ils aient à lui 
obéir — à tout jamais, lui portant grand honneur, — comme 
il est juste, et c'est chose notoire, — disant : « Hélas! je te 
prie, notre Seigneur, — que le roi des Francs ait sur tous vic- 
toire. » 

V. Que grâces et louange de tout bien (lui soient) attribuées 

— par dessus tous les rois de la sainte Chrétienté, — car cha- 
que jour en sa vie miracles — il fait, moyennant la volonté de 
Dieu; — et ensuite il est dit empereur — de toute gent par 
œuvre méritoire, — disant : « Hélas! je te prie, notre Seigneur, 

— que le roi des Francs ait sur tous victoire. » 



ÎOÔ LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 



VI Odors de flors, pleria de resplandor, 

A capta nos de paradis la gloria., 
Disert : « Helasî prec te, nostre Senhor, 
44 Quel rey des Francs aja sus totz Victoria. » 



VI. Odeur de fleur, pleine de splendeur, — accpjiers nous 
du paradis la gloire, — disant : « Hélas! je te prie, notre Sei 
gneur, — que le roi des Francs ait sur tous victoire. » 



JOIES DE L EGLANTINE. 



XLV 

Sirventes fait en forma de vers mortal, per biocx he resfranh, 
am loqual Anthoni Racaud, marchant de Tholoza, l'an 
M.CCCC.LXXI, guasanhec l'englantina. 

I Per consolar la cent qu'es tribulada 

Depaubretalz, que tôt jorn la requelh, 
Aysy, com par tôt claramens a l'uelh, 
4 Son esmogut de far esta veguada 
Un sirventes, 
Que trametes 
Vers trop malenconix, 
8 Car an [e]slat 

Dins la cieutat 
De Tholoza molt rix, 
E son tornatz quaysh en greu malautia; 
Quant lor sove que lor bes, per greu sort, 
13 An quaysh perdutz, pieitz lor es que la mort. 



Sirventes fait en forme de vers mortel [relatif à la mort), 
par vers brisés et refrain, avec lequel Antoine Racaud, 
marchand de Toulouse, gagna l'églantine, l'an i^ji. 

I. Pour consoler la gent qui est tourmentée — de pauvreté, 
qui toujours s'empare d'elle, — ici, comme il apparaît tout 
clairement à l'œil, — j'ai entrepris de faire cette fois — un 
sirventes, — que je transmisse — vers les (gens) fort tristes; 
— car ils ont été — dans la cité de Toulouse très riches, — et 
ils sont tombés quasi en grave maladie; — quand il leur sou- 
vient que leurs biens, par sort cruel, — ils ont quasi perdus, 
pis leur est que la mort. 



2û8 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II Mas no per tant cascus aia memoria 

Ez en tal cas naut prengua son avis, 
A totz los Sans que son dins paradis, 
17 Que sus totz mais an aguda victoria. 
Car, per argent, 
A salvament 
No crey puscham venir, 
21 Mas per ben far 

E non cessar 
A Jhezu Grist servir, 
Si coin a[n] fait cels qu'an agut repayre 
Al seu castel, on estan an deporl, 
26 Quant an suffert lo greu pas de la mort. 

III Doptar deu hoin grandament lo Salvayre, 

Car fara dreyt al qu'y sera degut, 
E lo benfait a tost reconeg-ul, 
30 Se demostran coma just emperayre; 

18 Ms. par gent. 
29 tost] ms. totz. 



II. Mais néanmoins que chacun réfléchisse — et, en telle 
occurrence, prenne haut son avis, — auprès de tous les Saints 
qui sont dans le paradis, — qui sur tous les maux ont eu vic- 
toire. — Car, par argent, — au salut — je ne crois pas que 
nous puissions venir, — mais par bien faire — et ne cesser — 
de servir Jésus-Christ, — comme ont fait ceux qui ont eu asile 
— en son château, où ils sont en joie, — quand ils ont souffert 
le rude pas de la mort. 

III. On doit redouter grandement le Sauveur, — car il fera 
droit à celui à qui il sera dû, — et il a vite reconnu les 
lionnes actions, — - se démontrant comme juste empereur; — 



JOIES DE L EGLANTINE. 



E no luv plav 
Ou'am son vol cay, 
Al loc pie de pudor, 
34 Corn es le polz 

Que fay a (olz 
Sousfrir molt greu dolor 
Qu'an recussat de gardar sa doctrina, 
Corn son aycels qui lunh temps n'an recort, 
39 Que totz vendrem, sans falhir, a la mort. 

IV Mesquis es doncx quy, dementre qu'ysina, 

Met en oblit la salut eternal, 
Per complazer al désir mundanal. 
43 Mas aras vey que totz hom fort s'enclina 
E met lo sen, 
Vellian, dormen, 
A las vanetatz grans, 
47 Com si tôt jorn 

Vyur' en sojorn 



et il ne lui plaît pas — qu'avec son vouloir il (celui qui a fait le 
bien) tombe — au lieu plein de puanteur, — comme est le puits 
— qui fait à tous — souffrir très rude douleur, — (à tous) ceux 
qui ont refusé de garder sa doctrine, — comme sont ceux qui 
jamais ne réfléchissent — que tous nous viendrons, sans man- 
quer, à la mort. 

IV. Misérable est donc celui qui, tandis qu'il (en) a la faci- 
lité, — met en oubli le salut éternel, — pour complaire au 
désir mondain. — Mais maintenant je vois que tout homme 
fortement s'incline — et met le sens, — veillant, dormant, — 
aux vanités grandes, — comme si toujours — vivre en délices — 

i4 



2 10 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Devya per los guasanhs ; 
Car, ont jra l'arma nengus albira, 
Quant arribat sera lay, clins lo port, 
52 Ont plus fugir no poyra de la mort. 

V Joves ny vielhs al jorn d'uey no cossira 

Que salhir cal una vetz d'aquest mon 

Fais e cruzel, que sos aymans coffon, 

5G Quar a far mais e baratz totz nos t[ira], 

Dont ly suffren, 

De say tormen 

De la tôt cert auran 

GO Naut un g loc bel, 

Dedins lo cel, 

Ont per tostemps seran 

Am cants ioyos, que no voldrian descendre 

Per obtenir riqueza, ny may sort; 

6."> Ny lor er greu aver sufferta mort. 

49 per los ajouté dans l'interligne. 

56 tira] les dernières lettres sont engagées dans la reliure. 
65 erj ms. es. 



il devait par les gains; — car, où ira l'âme, nul ne peut le 
savoir, — quand il sera arrivé là, clans le port, — où il ne 
pourra plus échapper à la mort. 

Y. Ni jeune ni vieux aujourd'hui ne pense — qu'il faut sor- 
tir une fois de ce monde — trompeur et cruel, qui ruine ses 
amis, — car à faire mal et tromperie il nous attire tous; — 
c'est pourquoi ceux qui souffrent — et sont tourmentés ici-bas 
— certainement auront — là-haut un lieu beau, — dans le 
ciel, — où pour toujours ils seront — avec chants joyeux, si 
bien qu'ils ne voudraient plus en descendre — pour obtenir 
richesse, ni môme fortune; — ni ils ne regretteront d'avoir 
souffert la mort. 



JOIES DE L EGLANTINE. XLV. 

VI Perilli es graii que totz no puescan rendre 

Compte lyal de tôt so qu'auran fayt 
En aquest mon; car tant lor fay bon guayt 
G9 L'enemic fais que no*s sçabran rescondre 
De nengun crim, 
Ho gran ho prim, 
Ou'adonc most[r]' en ubert 
73 Et sera vist 

Per Jhczu Crist 
Tôt peccat descubert; 
Per so quascus vulh' aver sovenensa, 
Quant lia salut, plazer et mays déport, 
78 Que venir cal una vetz a la mort. 

VII Don quy aver poc de sos mais paciensa, 

Sera melulz, sens aver cop ny tustz, 
Al loc de g"aug - , ont van trastolz les jutz 
82 Penre dels bes, ont n'a grant influensa, 

66 es] as. 



VI. Il y a grand péril que tous ne puissent rendre — compte 
loyal de tout ce qu'ils auront fait — en ce monde; car si bien 
les guette — l'ennemi perfide qu'ils ne sauront se cacher — 
d'aucun crime, — ou grand ou menu, — qui alors se mon- 
trera clairement — et tout péché par Jésus-Christ — sera vu à 
découvert; — que chacun donc veuille avoir souvenance, — 
quand il a santé, plaisir et divertissements, — qu'il faut venir 
une fois à la mort. 

VII. Donc l'homme qui a pu supporter ses maux — sera 
mis, sans avoir coups ni heurt, — au lieu de joie où tous les 
justes vont — jouir des biens, où il y en a grande affluence, — 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



Car greus dolors 



Ac le Senhors 
De l'exellent palays, 
86 Quant el, d'amon, 

Venc en est mon ; 
Que plus crusel jamays 
Lunh hom no vie, car de son cors bénigne 
[E]scampet sanc per nos donar confort, 
91 Nos deliuran de perdurabla mort. 



TORNADA 



VIII Les que de plors 

He greus languors, 
Nobla sens par, le fays 
95 Molt dur coffon, 

Prec que la don 
Partis l'exellen rays 



car grièves douleurs — eut le Seigneur — de l'excellent pa- 
lais, — lorsque lui, d'en haut, — vint en ce monde; — vu 
que plus cruelle jamais — aucun homme n'en vit, puisque de 
son corps bénigne — il versa le sang pour nous donner récon- 
fort, — nous délivrant de l'éternelle mort. 

TORNADE 

VIII. Ceux que de pleurs — et de fâcheuses langueurs, — 
Noble sans pareille, le faix — très dur confond, — je prie que 
là, d'où — partit l'excellent rayon, — 



JOIES DE L EGLANT1NE. XLV. 

Puescam venir, e cascus estre digne, 
De vos lauzar et servir d'un aeort, 
100 Quant d'aquest mon salhiran per la mort, 

De Gualhaco me compilavit. 



nous puissions venir, et que chacun soit digne — de vous 
louer et servir d'un accord, — quand de ce monde ils sorti- 
ront par la mort. 



2l4 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



XLVI 

Sirventes capcoat per loqual guasanhec l'englantina Johan 
Cathel, marchant de Tholosa, l'an M.CCCC.LXX.IIII. 



I L'an quatre cens mil e setante quatre, 

Le premier jorn del mes de may presen, 
Per so que vey complanlier mainta gen, 

4 Un sirventes a far me vuelh esbatre, 
En protestan que no pensi debatre 
Conlra-I voler alcunamen de Dieu, 
Mays explicar un pauc lo devis mien, 

8 Per corregir dels que falhen la vida. 

II L'un ditz de say e l'autre de la crida : 

« Morem de cet e fam, sens que merce 



Sirventes rimant par tête et queue, par lequel Jean Cathel, 
marchand de Toulouse, gagna Véglantine, l'an i^yj. 

I. L'an quatre cent mil et septante-quatre, — le premier 
jour du mois de mai présent, — parce que je vois se plaindre 
mainte gent, — je veux m'ébattre à l'aire un sirventes, — en 
protestant que je ne pense débattre — ■ aucunement contre le 
vouloir de Dieu, — mais (je veux seulement) expliquer un peu 
mon discours, — pour corriger la vie (conduite) de ceux qui 
sont coupables. 

II. L'un dit de ça el l'autre <lc là crie : — « Nous mourons 
de soif et (de) faim, sans que merci — 






JOIES DE L EGL AMINE. XLVI. 210 

Ny caritat d'home quens fassa be 
12 A greu trobam en denguna partida. 

En los hostals la maynada la n guida 

Avem, e nos, qu'em frevols e caytius; 

Gran dolor es, car em plus morlz que vius : 
16 Janiay no foc visla miseria tan ta! 

III El ha dels ans, crezi, tôt dreit quaranla, 

Que setz' esculz valia de blat quarto, 
Tôt empero era lo temps plus bo, 
20 Ouar pietat regnava, Dieu sap quanta! 
Enoltra plus, la gent era poysanta, 
D'aur e d'argent molt abaslans e ricx : 
Mais, al jorn d'uey em paubres e mendicx 
24 E bon' amor sembla tota perduda. 

12 trobam] corr. trobem. 



ni charité d'homme qui nous fasse du bien, — avec peine, nous 
trouvions en aucun lieu. — Dans les maisons la famille alan- 
guie — nous avons, et nous, qui sommes faibles et défaits; — 
c'est grande douleur, car nous sommes plus morts que vifs : 
— jamais ne fut vue misère si grande! 

III. Il y a des années, je crois, tout droit quarante, — que 
le quarton de blé valait seize écus, — et cependant le temps 
était meilleur, — car la piété régnait, Dieu sait combien; — 
en outre, la gent était plus fortunée, — d'or et d'argent très 
approvisionnée et riche : — mais, aujourd'hui nous sommes 
pauvres et mendiants, — et bon amour semble entièrement 
perdu. 



2l6 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



IV Dieu del Cel ! tramct nos bon 'aiuda : 

Totz em dezertz, quar vesem, d'autra part, 
La crusel mort que nos fier de son dart 

38 D'autres greus carx : moneda qu'om remuda, 
Guerra tôt jorn que troba la gen nuda, 
He totz le frutz an desja cays vendulz; 
Les paubres son al jorn dey coffoudutz : 

32 A trops caldra portar sac e botellia. 

V Per que, vos die, auzida la querelha, 

Oue si la gen, coma lo temps passât, 
Tendues sa fe, trobera pro de blat, 
36 Buous e rosis, e l'arayre e la relha; 



29 Les trois premiers mots so/il écrits sur grattage, 
36 Le premier e manque. 



IV. Dieu du Ciel! envoie-nous bonne aide : — totalement 
nous sommes anéantis, car nous voyons, d'autre part, — la 
cruelle mort qui nous frappe de son dard — (par) d'autres lour- 
des charges : monnaie que l'on altère, — la guerre toujours 
qui trouve la gent dépouillée, — et toute la récolte on a déjà 
presque vendue; — les pauvres sont aujourd'hui misérables : 
— à beaucoup il faudra porter sac et bouteille. 

V. C'est pourquoi, je vous dis, ouïe la plainte, — que si les 
ç-ens, comme au temps passé, — pratiquaient la loyauté, ils 
trouveraient assez de blé, — bœuf etchevaux, et l'araire et le 
soc; — 



JOIES DE L EGLANTINE. XLVI. 217 

Mais, cum engratz, fan tolz sorda l'aurelha; 
Si lor prestalz, cum fais e deslyals, 
Cessios de bes, respieylz e quinquinals; 
40 Per vos pagar vos dàran sus la cara. 

VI Tenir autru es cauza fort amara! 

Dieu los grans mais per los peccatz tramet : 
Bossas morlals, plcurezis nos permet, 

44 Sans que degun no*s corregis encara. 
Per so, vos die si cascus no repara 
Sos greus defautz, [e]scandols trop cruzels 
Les survendrai!; siam donex bos e fizels 

48 A Dieu sus tôt, y aurem longa durada. 



3g Corr. cessios faran (?). 

/|i On peut lire aussi, comme a fait Nonlet, antiu. — 45 no] 
d'abord nos. — 47 ,ns - sian. 



mais, comme ingrats, ils font tous la sourde oreille; — si 
vous leur prêtez, comme faux et déloyaux, — (ils font) cession 
de biens, répits et quinquennaux; — au lieu de vous payer, 



ils vous donneront sur le visage. 



VI. Tenir d'autrui est chose fort amère! — Dieu envoie les 
grands maux pour les péchés : — tumeurs mortelles, pleu- 
résies il permet que nous ayons, — sans qu'aucun se corrige 
encore. — Pour cela, je vous dis que si chacun ne répare — 
ses rudes torts, avanies fort cruelles — leur surviendront; 
soyons donc lions et fidèles - à Dieu par-dessus tout, et nous 
aurons longue durée. 



2l8 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 

VII Le mieu Coffort, los bos pagan la tara, 

Tropas de vetz, per los auls enfîzels, 
E*l lop soven manja'ls paubres anelhs 
52 Tolz innocens de crim e de peccada. 

5o los ajouté au-dessus. — Le bas de ce feuillet est resté blanc. 



VII. Mon Réconfort, les bons payent la tare, — trop sou- 
vent, pour les méchants infidèles, — et le loup mange souvent 
les pauvres agneaux, — tous innocents de crime et de faute. 



TROISIÈME PARTIE 



SOBRE LO GAUG 



XL Vil 

Dansa d'amors de Nostra Dona 1 . 

La neyt ed jorn velli caiilar, 
Fazen dansa ben partida, 
Bêla, de vos, senes par, 
4 Que per a mors ay cauzida. 

Jeu vech manyta domaysela 
Say e lay, en tan ta part, 
Mas a mon grat no tant bêla 
8 Cum vos etz, ny ara tal regart. 



Danse d'amour de Notre-Dame. 

La nuit et le jour je veux chanter, — faisant danse bien 
partie, — belle, de vous, sans pareille, — que par amour j'ai 
choisie. 

I. Je vois mainte demoiselle — ça et là, en tant de lieux, — 
mais à mon gré non si belle — comme vous êtes, ni avec tel 
regard (?) — 



1. A droite et à gauche des rubriques, une couronne ducale. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



De vertutz, sens comparai", 
Sus tolas etz may fornida, 
Que, sol del ymaginar, 
12 La mieus pensa n'es raubida. 

II Jeu vos ayme tant que mori; 

Aymatz my doncx, si vos plalz, 
He languen tôt jorn damori. 
16 Vostre secors, vos, le* in dalz, 
No le 'm vulhats denegar; 
Ayatz ma request' auzida, 
Mos precx vulgatz acceptar 
20 En lot, pregurus, ho'm partida. 

III L'amor que vos ay portada 

Mantendray sens deff'alhir, 
Car vos etz tant ben formada,, 
•24 Ou'om del mon no y saubria dir, 

19 mos] ms. mous. 

23 etz ajouté au-dessus. 



De vertus, sans comparer, — sur toutes vous êtes mieux 
fournie, — si bien que, seulement île rimag"incr, — ma pensée 
en est ravie 

II. Je vous aime tant que je meurs; — aimez-moi donc, s'il 
vous plaît, — et languissant toujours je demeure. — Votre 
secours, vous, donnez-le moi, — ne me le veuillez dénier; — 
entendez ma requête, — mes prières veuillez accepter — en 
tout, je vous prie, ou en partie. 

III. L'amour que je vous ai porté — je maintiendrai sans 
défaillir, — car vous êtes si bien formée, — qu'homme du 
monde ne saurait y trouver à redire, — 



JOIES DU SOUCI. 



E per so*us dezir d'aymar, 
Cresalz, Irastota ma vida, 
Nyus volijamay Iayssar, 
28 Entro del tôt sia fenida. 

TORNADA 

IV Reconfortz, molt supplicar 

Vuelh qu'en la vostra gandida 
M'arma vulhatz recaptar, 
32 Quant del cors sera salhida. 

Boneti. 



et pour cela je désire vous aimer, — croyez-le, toute ma vie, 
— ni ne veux jamais vous laisser, — jusqu'à ce que entière- 
ment elle soit finie. 



IV. Réconfort, ardemment supplier — je (vous) veux que 
sous votre protection — vous veuilliez recevoir mon âme, — 
quand du corps elle sera sortie. Bonet. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



XLVIII 



Roza, sus toi valerosa 1 , 
Que non vie hom ha vos par 
Autra, que fos vertuosa 
4 Pe-1 Filh de Diu albergar. 

Car vos etz Flors coronada 

En l'altisme enperial, 

Sus tôt 'autra*us ha dotada, 

8 En lo segle mondanal ; 
Car forelz tant poderosa 
De Dieu servir ez amar 
Dignament e gloriosa, 

12 Ou'autra no s'en poch trobar, 



Rose, qui vaut par dessus tout, — si bien qu'homme ne vit 
à vous pareille — autre, qui fût (assez) méritante — pour 
héberger le Fils de Dieu. 

I. Parce que vous êtes Fleur couronnée — en le très haut 
empire, — sur toute autre il vous a dotée, — dans le siècle 
mondain ; — car vous fûtes si puissante — à servir Dieu et à 
l'aimer — dignement et glorieusement, — qu'autre ne s'en 
put trouver, 



1. Cette pièce est en face de la précédente; le titre, unique, semble 
devoir s'appliquer aux deux. 



JOIES DU SOUCI. XLVIII. 223 

II Que dins son ventre portes 

Filh lie payre . ..amens, 

Ny que talment s'encarnes 
1G Sens humanals tocamens, 

Gum dins vos, fons habondpza, 

Hon s'es volgutz encarnar 

Santament, lie gracioza, 
20 Sens virginitat naffrar. 

III Asinc, corn fa la clartalz 

Del sollielb per lo cristalh, 
Dins vos intret Deylatz, 
24 He'n salhic sens dar triballi ; 
Per so, Verges precioza, 
Vos, al jorn d'ey, velh lausar, 
Car de la val tenebrosa 
28 Vostre Fil lis nos vole gitar. 

i4 Une surcharge rend illisibles les trois premières lettres du 
dernier mot : peut-être eyssaniens; Noulet lit puramens. 
23 Ms. intretz. 



II. Qui clans son ventre portât — le fils et le père , — 

ni telle que de cette sorte il s'y incarnât — sans attouchement 
humain, — comme dans vous, fontaine abondante, — où il 
s'est voulu incarner — saintement et gracieusement, — sans 
blesser la virginité. 

III. Ainsi, comme fait la clarté — du soleil à travers le 
cristal, — la Déité entra dans vous, — et en sortit sans (vous) 
causer de douleur; — pour cela, Vierge précieuse, — je veux 
aujourd'hui vous louer, — car de la vallée ténébreuse — votre 
Fils nous voulut tirer. 



224 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

TORNADA 

IV Solhelhs plazens, fructuosa, 

Prec te velhas consolar 
La paubra gent de Tholoza; 
32 Ou'am çaug puesca demorar. 

Mossen Guilhem de Galhag. 



IV. Soleil plaisant, fructueuse, — je te prie de vouloir con- 
soler — la pauvre g-ent de Toulouse ; — de sorte qu'en joie 
elle puisse demeurer. 

Messire Guillaume de Galhac. 



JOIES DU SOUCI. XLIX. 



XLIX 



Flors humils, am confisansa 
De vostra amor optenir, 
Velh una Dansa bastir 
4 De la vostra grant poysansa. 

I Flors, vos etz sur tôt nompnada, 

La plus exellent del mon, 
Sobre lotas quez huey son 
8 Dejos los cels mays presada; 
Car vos etz Flors d'amistansa, 
Humors pe'ls frutz adosir, 
Dossors per far tost florir ; 
12 Y etz le gaugh de segurlansa. 

5 tôt] d'abord tots. 



Fleur bienveillante, avec confiance — d'obtenir votre amour, 
— je veux composer une Danse — de votre grande puissance. 

I. Fleur, vous êtes par dessus tout nommée, — la plus 
excellente du monde, — et au-dessus de toutes celles qui sont 
aujourd'hui — dessous les cieux la plus prisée; — car, vous 
êtes Fleur d'amitié, — rosée pour les fruits adoucir, — dou- 
ceur pour faire tôt fleurir; — vous êtes la joie de la sûreté. 

i5 



226 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II Flors, vos etz una dotz viva, 

He de vos un rayz dessen, 
Plus clar trop que fin argen, 

16 Que nueyt he jorn sus nos riva; 
Per que.. Verges d'esperausa, 
Placi'a vos de nos hubrir 
La porta, don, sens faillir, 

20 Puesquam intrar sens doplansa. 

III Flors plazens, mot amorosa, 

Vostre Filh per nos preguatz, 
Oue*l placia trametre patz 
24 A la ciulat de Tholosa, 

Oue - s met en vostr' anparanssa, 
He-us vol de bon cor servir, 
Per que* us velha so venir 
28 De lyeys he de ssa liansa. 

19 sens] senes. — 20 sens] ms. he. 
21 Avant mot, he a été gratté. 



II. Fleur, vous êtes une source vive, — et de vous un rayon 
descend, — beaucoup plus clair que le pur argent, — qui nuit 
et jour sur nous coule; — c'est pourquoi, Vierge d'espérance, 

— il vous plaise de nous ouvrir — la porte, par où, sans faute, 

— nous puissions entrer sans crainte. 

III. Fleur plaisante, très aimable, — votre Fils priez pour 
nous, — qu'il lui plaise envoyer la paix — à la cité de Tou- 
louse, — qui se met en votre protection, — et veut vous servir 
de bon cœur, — afin qu'il vous veuille souvenir — d'elle et de 
son hommage lige. 



JOIES DU SOUCI. — XLIX. 227 



TORXADA 



IV Rosa d'amors, per fisansa 

Qu'ieu hay de vos huey culliir, 
Le cors me fatz engausir 
32 He viure en grand' alegransa. 



M e P. Malarderii. 



IV. Rose d'amour, par la confiance — que j'ai de vous 
cueillir aujourd'hui, — vous me faites réjouir le coeur — et 



vivre en grande allégresse. 



Maître P. Malarder. 






228 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

L 

Dansa de Nostra Dona fayta sobre la Conceptio. 

Car etz sus totas ondrada, 
Vostres laus, Verges Maria, 
Velh contar esta vegada, 
4 Dictan humielment he pia. 

I Vos etz de tant grand mondeza 

E plena d'umilitat, 
One Dieus, per sa gran nobleza, 
8 Prenc de vos humanitat, 
Laquai vos foc denunciada 
Quant venc a vos, dreyta via, 
L'Angel lie* us hac saludada, 
12 Hen dizen : Ave Maria! 



Danse de Notre-Dame faite au sujet de la Conception. 

Parce que vous êtes sur toutes honorée, — vos louanges, 
Vierge Marie, — je veux conter en cette occasion, — compo- 
sant humblement et pieusement. 

I. Vous êtes de si grande pureté — et pleine d'humilité, — 
que Dieu, par sa grande noblesse, — prit de vous humanité, 
— laquelle vous fut annoncée — quand vint à vous, par droit 
chemin, — l'Ange et vous eut saluée, — en vous disant : Ave 
Maria ! 



JOIES DU SOUCI. L. 22Q 

II Al cal, vos, com ben apreza, 

Respondetz per gran bontat, 

Que voliatz estre sosmeza 
16 A la sancta Deytat, 

Monstran vos apparelliada 

A luy servir neyt et dia, 

Quant discelz, test'enclinada : 
20 « Com tu m'as dit, aytal sia! » 



III E per so, vos es trameza, 

Per la sancta Trinitat, 
Gracia del Cel e savieza, 

24 Am perfieyta puritat, 
De laquai eratz dotada, 
Quant prezec de vos paria ; 
He Verges per la vegada, 

28 Foguetz y a la dareyria. 



II. Auquel, vous, comme bien élevée, — répondîtes par 
grande bonté, — que vous vouliez être soumise — à la sainte 
Déité, — vous montrant prête — à la servir nuit et jour, — 
quand vous dites, tête inclinée : — « Gomme tu m'as dit, ainsi 
soit-il! » 



III. Et pour cela, vous est envoyée, — par la sainte Trinité, 
— grâce du Ciel et sagesse, — avec parfaite pureté, — de 
laquelle vous étiez dotée, — quand il s'unit à vous, — et 
Vierge par le présent, — vous (le) fûtes et en définitive. 



23o LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

TORNADA 

IV Mos Francx Volers, avocada 

Siatz a l'auta senyhoria 
Per tal que nos sia donada 
32 Dels salvatz la companyhia. 

Dominas Antonius de Jaunaco, rector sancti Saturnini Tholose. 
3o a l'auta] d'abord a la sancta. — 3i que nos] d'abord quens. 



TORNADE 



IV. Mon Franc Vouloir, avocate — soyez auprès de la haute 
seigneurie (puissance) — de sorte que nous soit donnée — la 
compagnie des sauvés. 

Messire Antoine de Jaunac, recteur de Saint-Saturnin de Toulouse. 



JOIES DU SOUCI. U. 23 1 

LI 

Dansa de Nostra Dona. 

Yeirz vuelh lostemps mayz servir, 
Dompna de vertulz garnida, 
Sens jamavs de vos partir; 
4 Ans vos prenc d'amors per guida. 

I Dreylz pes etz vos e balansa, 

Sens jamavs desvariar, 
E de totz bes abondansa 
8 Als qui penssan en be far; 
Per que re plus no dezir, 
Mas, tolz los jorns de ma vyda, 
Com yeu puesqua far e dir 
12 Cauza que-m sva ben grasyda. 



Danse de Notre-Dame. 

Je veux toujours vous servir, — Dame de vertu fournie, — 
sans jamais de vous me séparer ; — au contraire je vous prends 
pour guide d'amour. 

I. Vous êtes droit poids et balance, — sans jamais varier, 
— et de tous biens abondance — à ceux qui pensent à bien 
agir; — c'est pourquoi rien de pins je ne désire, — sinon, tous 
les jours de ma vie, — de m'efforce r à faire et dire — chose 
qui me soit bien tenue en gré. 



232 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II Vos elz la plus mervilhoza 
Dona que jamayz nasques, 
E dels errans pieladoza, 

16 Per la boulât qu'en vos es, 
Que luuh non Iayshatz faillir 
Oui te fenn vostra partida; 
Ez aquela mantenir, 

20 Ly fatz dar joy' enfenida. 

III Prec vos donc, per cortezia, 
Qu'en vulhalz auzir mos prex 
E que dels elegitz sya, 

24 Per intrar dins los francx dex 
Del gaug - que no pot fenir, 
Ans y a gran joya complida, 
Hon puesca tostemps grazir 

28 Vos, Dona, de bes fornida. 

19 Corr. e s'aquela vol t. (?). 



II. Vous êtes la plus merveilleuse — Dame, qui jamais 
naquît, — et de ceux qui errent compatissante, — par la 
bonté qui est en vous, — car aucun vous ne laissez faillir — 
qui s'attache fermement à votre parti ; — et s'il veut s'y tenir, 
vous lui donnez joie infinie. 

III. Je vous prie donc, par courtoisie, — que vous veuilliez 
ouïr mes prières — et que je sois des élus, — pour entrer dans 
les nobles bornes — de la joie qui ne peut finir, — mais où il 
y a grande joie complète, — où je puisse toujours honorer — 
vous, Dame, de biens fournie. 



JOIES DU SOUCI. LI. 



TORNADA 



s33 



IV Fons, yeus prec, vulhatz auzir 

Ma votZj que lostemps vos crida 
Oue*m fassatz al port venir, 
Hon vos etz palma florida. 

Johan de Calmo, fdh de J/e Pègre de Calmo, jutge de crims, 
gazanhec per la précèdent dansa lo gaugz l'an m.cccc.li. 



TORNADE 

IV. Fontaine, je vous prie, veuillez ouïr — ma voix, qui 
toujours vous crie — que vous me fassiez venir au port, — où 
vous êtes palmier fleuri. 

Jean de Calmo, fils de Maître Pierre de Calmo, juge criminel, 
fj affna par la précédente danse le souci, l'an 1451. 



23/) LES JOIES PU GAI SAVOIR, 

lu 

Dansa de Nostra Dona. 

Verges, vos quez elz complida 
Entieyrament de totz bes, 
Vueilh, yeu, com vostre sosmes, 
4 Obezir tota ma vida. 

I Vos elz de valor mot fina 

E de pretz tant exellent, 
Que fetz de nos uniment 
8 Am la maiestat divina, 
Per quez a vos elegida 
Us Dieulx en personas très, 
Per que, Dona, vos plagues 
12 Estre de nostra partida. 



Danse de Notre-Dame. 

Vierge, vous qui êtes accomplie — entièrement de tous 
biens, — je veux, moi, comme votre sujet, — vous obéir toute 
ma vie. 

I. Vous êtes de valeur très pure — et de prix tant excellent, 
— que vous fîtes de nous l'union — avec la majesté divine; — 
c'est pourquoi vous a choisie — un Dieu en trois personnes, 
■ — pour que, Dame, il vous plût — être de notre parti. 



JOIES DU SOUCI. — LU. 235 

II Verges humils e benigna, 

Vulhatz estre souvenens 
Que per nostres falhimens 
16 Foretz de tant de be digna. 
Vos etz nostra fizels guida, 
En totz plasers escompres, 
Tant, Dona, que de vos es 
20 Nostra 'speransa garnida. 

III Vos, genta flor de nobleza, 

Mayres e filha sens par, 

Vulhatz tout jorn excusai* 
24 Nostr'umanal frevoleza, 

Et denhetz, Verges grazida, 

Pregar voustre Filh corles 

Qu'ai jorn darriër siam tug' mes 
28 Sus al sel en establida. 

18 Sens peu satisfaisant ; corr. on t. p. es c. ('?). 



II. Vierge humble et bénigne, — veuillez vous souvenir — 
que pour nos fautes — vous fûtes de tant de biens digne. — 
Vous êtes notre fidèle guide, — en toutes joies embrasées (?) 
— tant, Dame, que de vous est — notre espérance remplie. 

III. Vous, gente fleur de noblesse, — mère et fille sans 
pareille, — veuillez toujours excuser — notre humaine fai- 
blesse, — et daignez, Vierge agréable, — prier votre Fils cour- 
tois — qu'au jour dernier nous soyons tous mis — là-haut, au 
Ciel, en demeure. 



236 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 

IV Dezirs, pus qu'avetz auzida 

La Dansa que* us ay promes, 
En abriel, lo jolieu mes, 
32 No*m sia la Flors escondida. 



De Brolio. 



IV. Désir, puisque vous avez entendu — la Danse que je 
vous ai promise, — en avril, le joli mois, — ne me soit la 
fleur cachée. 

Du Bruelh. 



JOIES DU SOUCI. — lui. 237 

lui 

Dansa de Nostra Dona. 

De vos servir e lauzar 
Mos bos dezirs tôt jorn crida, 
Humiel Vergis, qu'etz sens par : 
4 Ave, de totz bes complida. 

I Vos etz la plus excellenla 

Vergis, qu'om no poyra dir, 
Ouar la Verginals emprempla 
8 Mays en vos no poc faillir; 

Ans, quant Dieus vole s'encarnar 
En vos, eus ac elegïda, 
Vergis. l'anetz enfantar, 
12 Ez en res no fotz lezida. 



Danse de Notre-Dame. 

De vous servir et louer — mon bon désir toujours crie, — 
bienveillante Vierge, qui êtes sans pareille : — je vous salue 
(vous) de tout bien accomplie. 

I. Vous êtes la plus excellente — Vierge, qu'on puisse dire, 
— car la virginale empreinte — jamais en vous ne faillit; — 
mais, quand Dieu voulut s'incarner — en vous, et qu'il vous 
eut choisie, — Vierge, vous l'enfantâtes — et en rien vous ne 
fûtes lésée. 



238 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II De vos, coin lo solelhs passa 

Sens lezir pe*l veyrial, 
Dieus, qui tolz poders abrassa, 

16 Salhic am cors humanal; 
Loqual pueys vole expausar 
A pendre mort descauzida, 
Nos volen lotz deliurar 

20 De mort e tornar en vida. 

III Donc, al monde, quai mestressa 

Yeu podia trobar milhor? 
Prec vos, de lassus princessa, 

24 Tenetz me per servidor, 

Com, si vos platz, podetz far, 
Ouar etz de vertutz fornida : 
Mos prex dignetz [e]scotar 

28 En tôt, pregui-us o'n partida. 

28 o'n] ms. en. 



II. De vous, comme le soleil passe, — sans (le) léser, à tra- 
vers le vitrail, — Dieu, qui tout pouvoir embrasse, — sortit 
avec corps humain ; — lequel ensuite il voulut exposer — à 
prendre mort infamante, — nous voulant tous délivrer — de 
mort et remettre en vie. 

III. Donc, au monde, quelle maîtresse — pouvais-je trouver 
meilleure? — Je vous prie, princesse de là-haut, — tenez-moi 
pour serviteur, — comme, si cela vous plaît, vous pouvez le 
faire, — car vous êtes de vertus fournie : — daignez écouter 
mes prières — en tout, je vous en prie, ou en partie. 






JOIES DU SOUCI. — LUI. 23q 



TORNADA 

IV Flors. quant se vendr'al jutjar 

La Flor de Gauç expandida, 
Yeu's supplie, vulhatz la*m dar, 
32 Si per dreyt yeu l'ay merida. 

Johan Gombaut, marchant de Tholosa, per aquesta gasanhec lo 
gaugz, l'an m.cccc.lvi. 



IV. Fleur, quand on viendra au jugement, — la Fleur de 
Souci épanouie, — je vous supplie, veuillez me la donner, — 
si justement je l'ai méritée, 

Jean Gombaut, marchand de Toulouse, par celle-ci (danse) 
gagna le souci, l'an 1156. 



2^0 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



LIV 



Dansa d'amos de Nostra Dona am laquai gassanyhec le gaug 
Peyre de Blays, studiant, l'an M.CCCCLXII. 



A la gentil Flor mot pura, 
De fin prêts, bêla, sens par, 
Hon tôt Iaus creys e millura, 
4 Vuel ieu servir liez ondrar. 

1 Dona, le servidor voslre 

Vullats, si*us platz, ysauzir, 
Per tal qu'a tots homs se mostre; 
8 No*l vulhatz doncas falhir, 
Car a tota creatura, 
Oue*us vol gracia demandar, 
Vostra bontatz l'asegura 
12 De franquament perdonar. 

3 millora. 



Danse d'amour de Notre-Dame, avec laquelle gagna 
le souci Pierre de Blags, étudiant, l'an 1^62. 

A la gentille Fleur très pure, — de haut prix, belle, sans 
pareille, — en laquelle toute louange croît et s'améliore, — je 
veux être soumis et rendre hommage. 

I. Dame, votre serviteur — veuillez, s'il vous plaît, exaucer, 
— de façon que la chose apparaisse à tous; — ne lui veuillez 
donc faire défaut, — car toute créature, — qui veut vous de- 
mander grâce — votre bonté l'assure — d'un libéral pardon. 



JOIES DU SOUCI. LIV. 24 1 

II Si per mal dit hoz auleza, 
Vos fu jamay desplasens, 
Baslans es vostra nobleza 

16 D'e&mendar mos falhimens; 

Car vostra exellens natura 

Res plus no quier desirar, 

Sol que l'aymans haga cura, 
20 De bon cor, en vos pensar. 

III Pus francx volers amonesta 
Mi d'estrc voslre sotmes, 
Mantendray, en tota fesla, 

24 Qu'en vos Iota valor es, 

Hou totz aymans, per dreytura, 
Deu, ses temor, [ejsperar 
Salut e gaug sens mesura, 

28 Ou'als vostres vo*us platz donar. 



II. Si par mal dire ou par méchanceté, — je vous fus jamais 
déplaisant, — votre noblesse est suffisante — pour amender 
mes fautes; — car votre excellente nature — rien plus ne 
cherche et désire, — si ce n'est que l'amant ait souci, — de 
bon cœur, de penser à vous. 

III. Puisque franc vouloir m'avertit — d'être votre servi- 
teur, — je maintiendrai, dans toute fête, — qu'en vous est 
toute valeur, — en laquelle tout amant, par raison, — doit, 
sans crainte, espérer — salut et joie sans mesure, — qu'aux 
vôtres il vous plaît de donner. 

iG 



242 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORXADA 



IV Mos yays deporl he figura 

En laquai vulh contemplai*, 
Guidatz nos en la çla[u]sura, 
32 Lassus, am vostre Fil car. 



IV. Mon joyeux délassement et figure — que je veux con- 
templer, — guidez-nous en l'enceinte, — là-haut, avec votre 
Fils cher. 



JOIES DU SOUCI. LV. 2^3 

LV 

Sirventes am refranh. 



I En l'an fenit, mial quatre cens seyxanta 

He très, al lot de que passée le jorns 
A sept de may, fortuna dec greus lorns 
4 À manias gens que, despey, an fayt planta 
Del foc crusel quels a mes en destressa 
De paubretat et de granda meror. 
Mays, crey per cert, vista la grant dolor, 
8 La F/or de/ lir les dara bon' endressa. 

II Die ho per tant car aspramen ferida 

Tholosa vech, que ncs pot reverdir, 
Car tant de mais l'a conveng-ut suffrir 
12 Ouez al jorn d'ey par a lots destruzida. 



Sirveniés avec refrain. 

I. En l'an passé mil quatre cent soixante — et trois, alors 
qu'arriva (?) le jour — du sept mai, la fortune donna mauvais 
tour — à maintes gens qui, depuis, ont fait plainte — du feu 
cruel qui les a mis en détresse — de pauvreté et de grande 
tristesse. — Mais, je crois pour certain (que), vue la grande 
douleur, — la Fleur de lis leur donnera bonne direction. 

II. Je dis ceci parce que àprement frappée — je vois Tou- 
louse, qui ne peut reverdir, — car tant de maux il lui a fallu 
endurer — qu'aujourd'hui elle paraît à tous détruite. — 



2^4 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

A paubra gent an demoslrat rudessa 
Trops habilans, per lor granda rigor. 
Mays, crey per cert, vista la grant dolor, 
16 La Flor de[l] Lir les dura bon endressa. 

III Degus no sap eslimar ne comprendre 
Gleysas, convens he*l nombre dels hostals 
Que son ardulz, ajudan us vens mais, 

20 He dins très jorns son retornatz en cendre. 
N'es homs el mon qu'en si no s'en dolguessa, 
He no l'en près en son cor granl tristor. 
May, crey per cert, vista la grant dolor, 

24 La Flor del Lir les dara bon' endressa. 

IV Pejs qu'ai Irez aut princeps, le rey de Fransa, 
Foc denuuciat tal cas endevengut, 

22 Le mot cor est remplacé par une figure en forme de cœur. 



Aux pauvres gens ont témoigné rudesse — beaucoup d'habi- 
tants, par leur grande dureté. — Mais je crois pour certain 
(que), vue la grande douleur, — la Fleur de lis leur donnera 
bonne direction. 

III. Personne ne sait estimer ni dénombrer — les églises, 
les couvents et le nombre des maisons — qui furent brûlés, 
un mauvais vent aidant, — et qui, en trois jours, furent ré- 
duits en cendres. — Il n'est homme au monde qui en soi ne 
s'en plaignît, — et ne lui prît en son cœur grande tristesse. 
— Mais je crois pour certain (que), vue la grande douleur, — 
la Fleur de lis leur donnera bonne direction. 

IV. Après qu'au très haut prince, le roi de France, — fut 
dénoncé tel cas survenu, — 



JOIES DU SOUCI. LV. 245 

Venguec sirl loc per hy donar conclut, 
28 He plus d'un mes hy fec sa demoransa; 
A totz costalz la perda vie espessa, 
He d'aquel foc sa très grand a furor, 
He per so, donc, vista la gran do/or, 
32 La Flor de[l] Lir y doneç bon' endressa. 



V He comaugul d'un estinc de natura, 

Consideran le gran destruzimen 
De la cieutat, que ses defï'alhimen 

36 Ly a, per tostemps, obezit am dreytura, 
Totz carex, impostz, per tal que se refessa, 
Les a abolits per cent ans, coin senhor : 
Donc, aras vey, vista la gran dolor, 

40 La Flor de[T\ Lir les a dat bon endressa. 



38 Le mot senhor est engagé dans la reliure, — Le bas de la $e~ 
conde colonne est resté blanc. 



il vint sur le lieu pour y mettre ordre, — et plus d'un mois 
il y fit sa résidence; — de toutes parts il vit la perte énorme, 
— et de ce feu la très grande fureur, — et pour cela, donc, 
vue la grande douleur, — la Fleur de lis y donna bonne 
direction. 

V. Et ému d'un instinct de nature, — considérant la grande 
destruction — de la cité, qui, sans faute, — lui a, en tout 
temps, obéi avec droiture, — toutes charges, impositions, afin 
qu'elle se refasse, — il a abolies pour cent ans, comme sei- 
gneur : — donc, maintenant je vois (que), vue la grande dou- 
leur, — la Fleur de lis leur a donné bonne direction. 



240 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 

VI Resplandens lums, qu'etz de vertulz princessa, 

Al rey dels Francx, qu'es lo tiei> servidor, 
Oucnz a'franquits, vista la gràn dolor, 
48 Prec le, si* t plalz, ly clones bon' endressa. 

Anno Domini millesimo quadringentesimo sexagesimo quarto, 
magister Petrus de Nappe, civis Tholosanas, baccalarius in 
legibus lucratus fuit gaudium in consisforio Do/nus communia 
Tho/ose, curn précèdent i diclamine. 



VI. Resplandissante lumière, qui est de vertu princesse, — 
au roi des Francs, qui est ton serviteur, — qui nous a affran- 
chis, vue la grande douleur, — je te prie, s'il te plaît, que 
tu lui donnes bonne direction. 

L'an du Seigneur 1464, maître Pierre de la Roque, citoyen de 
Toulouse, bachelier en lois, gagna le souci, dans le consistoire 
de la Maison commune de Toulouse, avec la -précédente corn- 
position. 



JOIES DU SOUCI. — LVI. 



247 



LVI 

Dansa d'amors am reffranh, per laquai foc jutgat lo gauch 
a M p Peyre de Vilamur, bachelier en leys, l'an M.GCCC.LXV. 

Neyt et jorn, dins en la pessa 
No'in puesc tenir d'alegrar, 
Quant my sove la noblessa 
4 Der la Flor que~m fay pensar. 

I En mon joven me comensa 

Amors de far mortalz jocs; 
Tant m'art he 'mflama sos focs, 
8 Qucn passi greu penedensa, 
Dolor mortal et destressa, 
E no puesc alz cossirar, 
Sino que la genlilessa 
12 De la Flor que-m fay pensar. 



Danse d'amour avec refrain, pour laquelle le souci Jut 
adjugé à maître Pierre de Villemwr, bachelier en lois, 
l'an i465. 

Nuit et jour, clans le fond de la pensée — je ne me puis 
tenir de me réjouir, — quand je songe à la noblesse — de la 
Fleur qui me fait penser. 

I. En ma jeunesse commence — Amour à me faire mortels 
jeux; — tant me brûle et m'enflamme son feu, — que j'en 
souffre griève pénitence, — douleur mortelle et détresse, — 
et je ne peux penser à autre chose, — sinon à la noblesse -~ 
de la Fleur qui me fait penser, 



248 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II He las! no*m puesc ben deffendre 

Que no senta la dolor 

Que passi per fin' amor, 
16 Don cuda le mieu cor fendre, 

Dolens et plens de tristessa, 

Qui no cessa de plorar, 

Per tal sos volers aguessa 
20 De la Flor que' m fa y pensar. 

III Prec humilment, lest' enclina, 

Eysausisqua mon désir, 
Car no y a plus medecina 
24 Per me far tost engausir; 
No's creatura que sabessa 
Autra milhor cogilar, 
Que surmontes la puressa 
- 28 De la Flor que- m fay pensar. 

27 Le p initial étant surmonté (à tort) d'un signe abréviatij, 
Noulet a pu lire princessa, qui ne donne pas de sens. 



II. Hélas ! je ne puis me bien défendre — que je ne sente la 
douleur — que j'endure par pur amour, — dont mon cœur 
est près de se fendre, — dolent et plein de tristesse, — qui 
ne ne cesse de pleurer, — afin qu'il obtienne ses volontés — 
de la Fleur qui me fait penser. 

III. Je (la) prie humblement, tête inclinée, — qu'elle exauce 
mon désir, — car il n'y a pas d'autre remède — pour me faire 
tôt réjouir; — il n'est créature qui sût — autre meilleure 
s'imaginer, — qui surpassât la pureté — de la Fleur qui me 
fait penser. 



JOIES DU SOUCI. LVI. 249 

TORNADA 

IV Ma blancha Flors et mestressa, 

Sus trastot quan es ses par, 
Datz me*l secors e l'endressà 
32 De la Flors que' m fay pensar. 

Petrus de Vilamuro. 



TORNADE 



IV. Ma blanche Fleur et maîtresse, — sans pareille au-des- 
sus de tout ce qui est, — donnez-moi le secours et la direction 
— de la Fleur qui me fait penser. 



25o LES JOIES DU GAI SAVOIR, 

LVII 

Danssa de Nostra Dona. 

Palais de granl excellensa, 
Benigna Flors, humilmeiit 
A tu deg far hobediensa, 
4 A tant cura pueys de présent. 

I De tous bes fons habundosa, 

Tas lauzors volria nomnar 
Aljorn d'hui, Flor graciosa, 
8 Mas que no y puesc abastar; 
Empero dins en la pensa, 
De lot mon entendement, 
Hondrarey, an reverensa, 
12 Ta persona resplanden. 

3 deg] (V abord vuelh. 



Danse de Notre-Dame. 

Palais de grande excellence, — bénigne Fleur, humblement 
— à loi je dois rendre obéissance, — autant que je le puis en 
ce moment. 

I. De tous biens fontaine abondante, — je voudrais tes 
louanges énumérer — aujourd'hui. Fleur gracieuse, — sinon 
que je ne puis y suffire; — néanmoins dans ma pensée, — de 
tout mon entendement, — j'honorerai, avec révérence, — ta 
personne resplandissanle, 



JOIES DU SOUCI. LVII. 



î5i 



II graciousa Verges pura, 

Clar miralh de caritat, 
Supplie te, metas en cura 
16 D'umplir la mia voluntat, 
D'una pura benvolensa, 
Que de cor, benignament, 
Àya toslems sovenensa 
20 Del tien filh, bel et plasen. 

III Tu, qu'es mayor de noblesa, 

Cristals en tota valor, 
Vers tu lo mieu cors s'adressa, 

2i Te pregan, per fin' amor, 
En lo castel de plasensa, 
On régnas tant noblament, 
Près del granl rey de clemensa, 

28 Sia mon arma dignamenl. 

23 ms. s'adreyssa. 



II. gracieuse Vierge pure, — clair miroir de charité, — 
je te supplie, aie en souci — d'accomplir ma volonté, — d'une 
pure bienveillance, — afin quede.cœur, bénignement, — j 'aie 
toujours souvenance, — de ton Fils, beau et plaisant. 

III. Toi, qui es la plus grande en noblesse, — cristal avec 
toute valeur, — vers loi mon cœur s'adresse, — te priant 
(que), par pur amour, — en le château de plaisance — où tu 
règnes si noblement, — près du grand roi de clémence, -— 
soit mon âme clignement. 



LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 



IV Odors de Flors e deffensa, 

Medecina mot valen, 
Ayas nos gardât d'offensa, 
32 En lo jorn del juljamenl. 

Cum premissa habuit gaudium Franciscus de Morlanis, anno 
Doinini m.cgcg.lxvi. 



IV. Odeur de Fleur et défense, — remède très-puissant, — 
garde-nous de dommage, — au jour du jugement. 

Avec la précédente {danse), François de Morlas eut le souci, l'an 
du Seigneur 1 166. 



JOIES DU SOUCI. LVIII. 253 



LVIII 

Vers de lauzors de Tholosa per loqual forec jutgat lo gauch a 
Belenguié de l'Ospital, estudian. l'an M.CCCC.LXVII. 

I An tic palays, tu, cieutat de Tholosa, 

De Roma sor, cum se troba legen, 
Temple pauzat en terra fructuosa, 

4 On trastotz bes prenon lur nayssemen, 
Secors e gauch de tota paubra gen, 
Que los esclaus relevas de deslressa, 
E, los senhors qu'an ton governamen 

8 Anoblisses per la granda noblesa. 

II Noblessa, donc, tu, cieutat de Tholosa, 

En ton repaus ha lo sieu fundamen : 
Dont sanct Lois, de vida glorioza, 
12 Lo bon princep, aman te caramen, 



Vers à la louange de Toulouse, pour lequel le souci Jut 
adjugé à Bérenger de l'Hôpital, étudiant, Van i/fSj. 

I. Antique palais, toi, cité de Toulouse, — sœur de Rome, 
comme on le trouve lisant, — temple posé en terre fructueuse, 

— où tous les biens prennent leur naissance, — secours et 
joie de toute pauvre gent, — qui relèves les esclaves de dé- 
tresse, — et les seigneurs qui ont ton gouvernement — ano- 
blis par ta grande noblesse. 

II. Noblesse, donc, toi, cité de Toulouse, — en ton sein a 
son fondement : — voilà pourquoi saint Louis, de vie glorieuse, 

— le bon prince, qui t'aima chèrement, — 



254 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

En tu fundec un noble Parlamen, 
En loqual mes homes de gran sapiensa, 
Ouez a totz fan justecia lialmen, 
16 Am conselh just, per molt gran excellensa. 

III Excellens clercs, tu, cieutat de T/tolosa, 
As de totz are, en ton esludi bel, 

El quai floris de clercia la rosa, 
20 En nos mostran la nostra ley fizel, 

Canos e leys, qu'es notable joyel, 

A totz estranhs ensenhan lur savieza ; 

Ouar a cascun te vos mostrar humiel, 
24 Vila plazen e très bona franceza. 

IV Franca, liai, tu, cieutat de Tholosa, 
Yes a trastotz ez humanal molt fort, 

2^ e est écrit sur un mot gratté. ' 



en toi fonda un noble Parlement, — en lequel il mit hommes 
de grande sagesse, — qui à tous font justice loyalement, — 
avec conseil juste, par très grande excellence. 

III. D'excellents clercs, toi, cité de Toulouse, — tu as en 
tous arts, en ta belle Université, — en laquelle fleurit de 
clergie (savoir) la rose, — en nous montrant notre loi fidèle, — 
canons et lois, (ce) qui est notable joyau, — à tous étrangers 
enseignant leur sagesse; — car à chacun tu veux te montrer 
bienveillante, — ville agréable et très-bonne française. 

IV. Franche, loyale, toi, cité de Toulouse, — tu es à tous 
et humaine très-fort, — 



JOIES DU SOUCI. — LVIII. 20i) 

Dont le bon rey, de forsa verluozn, 
28 Karles May nés, valen de gran reeort, 
Sept Aposlols, qu'an soffrida la mort 
Per Jliesu Crist, lo nostre bon salvayre, 
En lu portée, quan ac mes en acort 
32 La Cresliandat a servir Dieu lo Pavre. 



V Payr', Esprit, Filh, tu, cientat de Tholosa, 
Qu'es Trenital, un solet Dieu veray 
Dénotas hey 

36 Donan 1res flors, en aquest mes de may, 
Als miels diclans, en ton bel parlar g-ay, 
Graduan los en la sciensa g-aujoza, 
Laquai toslemps estudiar a me play, 

40 Ouar entrerump trislessa doloyroza. 

35 en la sciensa gaujoza (dernier hémistiche de 38). 



de quoi le bon roi, de force efficace, — Charlemagne, vaillant, 
de grande renommée — (les reliques de) sept Apôtres, qui 
ont souffert la mort — pour Jésus-Christ, notre bon Sauveur, 

— en toi porta, quand il eut déterminé — la Chrétienté à 
servir Dieu le Père. 

V. Le Père, l'Esprit, le Fils, toi, cité de Toulouse, — qui 
est Trinité, un seul Dieu véritable — tu représentes aujour- 
d'hui — donnant trois fleurs, en ce mois de mai, 

— aux mieux composant, en ton beau parler gfai, — les gra- 
duant en la science joyeuse, — laquelle toujours il me plaît 
d'étudier, — car elle interrompt tristesse douloureuse. 



256 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 

VI Très dossa Flor, on mon coffort estay, 

Tu, qu'es de Dieu cauzida per espoza, 
Vulhas pregar que lo lieu Filh, très gay, 
44 Garde lotjorn la cieulat de Tholosa. 

ENDRESSA 

VII Nobles senhors de l'Auditori Gay, 

Eu lo cosselh on joya s'es noyrida, 
Escuzaretz mos diclatz, se vos play, 
48 Ouar a tart es la persona complida. 

BERENGUIER DEL HûSPITAl', 



VI. Très-douce Fleur, où mon réconfort est placé, — toi, 
qui es choisie par Dieu pour épouse, — veuilles prier ton Fils, 
très gai, — qu'il garde toujours la cité de Toulouse. 



VII. Nobles seigneurs de l'Auditoire Gai, — en le conseil 
où joie s'est nourrie, — vous excuserez mes compositions, s'il 
vous plaît, — car difficilement l'on est accompli. 



1. Ces mots sont écrits sur une banderole. 



JOIES DU SOUCI. LIX. 267 

LIX 

Dansa de Nostra Dona. 



Al jorn d'uy, Flor verginal, 
Sus en los tros collocada, 

3 Sanclifficada 

E coronada, 
Cofortalz vostre vassal, 

G Quy'us a trops ans reclamada. 

I Vos etz l'estela de inar, 

Que los pecadors coforta ; 
9 Dieus se vole humiliar 
En vos, per ubrir la porta 
Qu'en paradis terrenal 
12 Adam nos avia tancada, 



6 reclada. 



Danse de Notre-Dame. 

Aujourd'hui, Fleur virginale, — placée là-haut aux cieux, 

— sanctifiée — et couronnée, — réconfortez votre vassal, — 
qui vous a de longues années implorée. 

I. Vous êtes l'étoile de mer, — qui les pécheurs réconforte; 

— Dieu se voulut humilier — en vous, pour ouvrir la porte — 
qu'en le paradis terrestre — Adam nous avait fermée, — 

'7 



î58 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Car, tranpassada 
He mespresada 
15 Avia la votz divinal, 

Rumpen la régla donada. 

II Mays la vostra humilitat, 
18 Per la voluntat divina, 

Quant Dieus près humanitat, 
Al greu mal det medecina 

21 El pecat original 
Abolie a la vegada, 
Verges sagrada, 

21 La mays ondrada 

Eu lo Cel emperial, 
Maire de Jhesus nonnada. 

III Per aquel précieux frut 
A natura necessari, 
Avetz sola merescut 

30 Esser de Dieus le sacrari, 

2j ecl], cre. 



car trangressée — et méprisée — il avait la voix divine, — 
rompant la règle donnée. 

II. Mais votre indulgence, — par la volonté divine, — 
quand Dieu prit humanité, — au rude mal donna remède — 
et le péché originel — abolit alors, — Vierge sacrée, — la 
plus honorée — dans le Ciel impérial, — nommée mère de 
Jésus. 

III. Par ce précieux fruit — à Nature nécessaire, — vous 
avez seule mérité — (d') être de Dieu le sanctuaire, — 



JOIES DU SOUCI. LIW 2O9 

E, natur' angelical 

A vos servir ordenada, 
33 Humiliada 

E subjugada, 

Per voler celestial, 
36 Dels peccadors advocada. 

TORNADA 

IV Fons, las ! en aquesla val, 

Ma persona desolada, 
Am dol pausada 
He captivada, 
Falz deslieurar de tôt mal, 

Suplic vos, testa enclinada. 

Anno Domini m.cggc. lxviii, magister Ramondus Stairem 
[in legibus baccallarius] habnit gaudium. 

[\i tôt] d'abord grans. 



et la nature angélique — à vous servir (fut) ordonnée, — 
humiliée — et subjuguée, — par vouloir céleste, — ô des pé- 
cheurs avocate. 

TORNADE 

IV. Fontaine, las! en ce val, — ma personne désolée, — 
avec douleur placée — et captive, — délivrez (la) de tout 
mal, — je vous en supplie, tête inclinée. 

L'an du Seigneur 1468, maître Raymond Estairem, bachelier en 
lois, eut le souci. 



î6o LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



LX 



Dansa de Nostra Dona per laquala magistro R. Benedicti, 

in legibus baccallario, 

adjudicatus est flos gaudii, anno M.CCCC.LXXI. 

Verges, Flord'aut' excellensa, 
Aquest jorn premier de may, 
Sens pauzar, no cessaray 
4 Vos far tostemps reverensa. 

I Vos etz de tanta noblesa 

E de lauzor la plus digna, 
Ou'enfenit gauch nos assigna, 
8 Ont a de totz bes larguesa, 
Xo se troba desffalhensa ; 
Pauzat, donc, mon voler ay 
De no despartir jamay 
12 De vostra magnificensa. 



Danse de Notre-Dame, pour laquelle la Jleur du souci 
fut adjugée à maître R. Benoît, bachelier en lois, 
l'an i4/ 1 • 

Vierge, Fleur de haute excellence, — ce premier jour de 
mai, — sans tarder, je ne cesserai — de vous faire toujours 
révérence. 

1. Vous êtes de si grande noblesse — et de louange la plus 
digne, — qui nous procure infini plaisir, — là où est abondance 
de tous biens — (et) ne s'en trouve manque; — j'ai donc placé 
mon vouloir — à ne me séparer jamais — de votre magnificence. 



JOIES DU SOUCI. LX. 26 1 

II Pregui vos, per côrtesia, 
Cum del mon la may cerlana, 
On tôt prelz ttoritz e grana, 

16 Mostratz vostra senhoria 

E menatz a penedensa 

Malvada gen que decay 

En divers locs, say e lay, 
20 Paubra gen per lur offensa. 

III Lo poble trist vos appela, 
Per que sialz lor medecina, 
Cum sobirana regina, 

24 Aquesta saso no vêla, 

Que siam fora de lemensa, 
Ouar vos elz un lîri gay, 
Oue-ns pot ostar, se luy play, 

28 Tota mala pestilensa. 



II. Je vous prie, par courtoisie, — comme du monde la plus 
secourable (?), — où tout prix fleurit et graine, — montrez 
votre puissance — et menez à pénitence — la méchante gent 
qui opprime — en divers lieux, çà et là, — (la) gent misérable 
par sa dureté. 

III. Le peuple triste vous appelle, — pour que vous soyez 
son remède, — comme souveraine reine, — en cette saison 
nouvelle, — afin que nous soyons hors de crainte, — car vous 
êtes un lis gai, — qui peut nous ôtcr, s'il lui plaît, — toute 
mauvaise pestilence. 



2Ô2 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



TORNADA 

IV Confort del mon e clemensa, 

Pregatz vostre Filh veray 
Oue*ns gart de l'infernal glay, 
32 E sia de totz la deffensa. 



IV. Réconfort du monde et clémence. — priez votre Fils 
vrai — qu'il nous garde de l'infernal tourment, — et qu'il 
soit de tous la défense. 



JOIES DU SOUCI. LXI. 263 

LXI 

Dansa per refranh. 



Thesaur de grant exellensa 



E solelh molt resplanden, 
Datz me, si-us platz, audiensa 
4 En aquesC hora presen. 

I font de tota doctrina, 

En vos ay tôt mon désir ; 
Le mieu paubre cor no fina 
8 De vos cascun jorn servir; 
Aiatz de me sovenensa, 
Doncas, vos prec humielmen, 
E faytz me d'aymar parvensa, 
12 En aquest' hora presen. 



Danse par refrain. 

Trésor de grande excellence — et soleil très-resplandissant, 
— donnez-moi, s'il vous plaît, audience — en cette heure 
présente. 

I. fontaine de toute doctrine, — en vous j'ai tout mon 
désir ; — mon pauvre cœur ne cesse — de vous servir chaque 
jour; — avez de moi souvenance, — donc, je vous (en) prie 
humblement, — et faites mine de m'aimer, — en cette heure 
présente. 



2 64 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II Si corn le cervi dezira 

A trobar la clara fon, 
Aytal mon cor se retira 

16 Envers vos, coffort del mon, 
E mètre ma diligensa 
De vos servir lialmen, 
Portan vos gran reverensa, 

20 En arjaest' hora presen. 



III flor de bon' aventura, 

Vulhatz me gazardonar; 
Eysausissetz ma rancura, 

24 No me layssetz enblaymar. 
Set ans ha qu'en esta sciensa 
Ay metut l'entendemen : 
Vos etz tota ma plazensa 

28 En aquest' hora presen. 



II. Comme le cerf désire — trouver la claire fontaine, — 
ainsi mon cœur aspire — vers vous, consolation du monde, — 
et je mettrai ma diligence — à vous servir loyalement, — vous 
portant grand honneur, — en cette heure présente. 

III. fleur de bonne aventure, — veuillez me récom- 
penser; — exaucez ma plainte, — ne me laissez point défaillir. 
— Sept ans il y a qu'en cette science — j'ai mis l'entende- 
ment : — vous êtes tous mes délices — en cette heure présente. 



JOIES DU SOUCI. LXI. 



TORNADA 



265 



IV Digna d'honor, ma defensa, 

Sus totas may excellen, 
A vos es tota ma pensa, 
32 En aquesC hora presen. 

Van m.cccc.lxxiiii guasanhetz le ganch mestre Johan Bemonys, 
collegiatus sancti Ramundi, Tholose. 



TORNADE 

IV. Digne d'honneur, ma défense, — sur toutes plus excel- 
lente, — à vous est toute ma pensée, — en cette heure pré- 
sente. 

L'an 1474, gagna le souci maître Jean Bemonys, collégial 
de saint Raymond de Toulouse. 



APPENDICE 

CITATIONS, PEIX EXTRAORDINAIRES, PIÈCES DIVERSES 



LXII 

Citatio donada per M e Matieu d'Artigualoba, elegit del avesquat 
de Pamias, als dictados, l'an M.CCCCLXVIII, en ahost. 

DE MANDAMENÏ DE MESSENHOS CHANCELIER HE MANTENIDOS. 

I A totz [ejspertz en l'art de Rettorica 

He vulguarment apelat Saber Guay, 
Que^s sol legir le prumier jorn de niay 
A la présent sciutat, bon se pratica 
Nobleza gran, donan très bêlas Flos, 
Nos, Chanselier he set Mantenidos, 
Fam a saber que, dimeng'e que ve, 
Volem donar, ansi cum s'aperte 
8 Hun branc d'argent am la Pera d'eng-uoys. 



Citation donnée par Messire Mathieu d'Artigueloube, élu de 
V Evèchè de Pamiers, aux, compositeurs, Van i^G8, en août. 

DE MANDEMENT DE MESSEIGNEURS LE CHANCELIER ET LES MAINTENEURS. 

I. A tous experts en l'art de rhétorique — et vulgairement appelé 
Gai Savoir, — qui a coutume d'être lu le premier jour de mai, — en 
la présente cité, où se pratique — noblesse grande, donnant trois 
belles Fleurs, — nous, Chancelier et les sept Maintencurs, — faisons 
savoir que, dimanche prochain, — nous voulons donner, comme il 
convient^ — une branche d'argent avec la Poire d'angoisse. 



2G8 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II He per ansi, vulhat aver memoria 

De far dictatz novels he ben parti tz, 
De très coblas tant solament complitz, 

12 Am nau bordos : que sia causa notoria 
Vostre bon cen, entre los dictados, 
Car per saber vendretz a grans honos; 
He sobre tôt no vos oblide pas 
Que tal reffranh no defalha de bas : 

16 Al cor me fier la Pera ciel engaoys. 



II. Et par ainsi, veuillez avoir souci — de faire compositions 
nouvelles et bien divisées, — de trois couplets seulement formées, — 
avec neuf vers : que soit chose notoire — votre bon sens, parmi les 
compositeurs, — car par savoir vous viendrez à grand honneur; — 
et surtout n'oubliez pas — que tel refrain se trouve au bas : — au 
cœur me frappe la Poire d'angoisse. 



PIÈCES DIVERSES. LXIII. 26g 



LXIII 

Justa la ténor de l'ajornamen, foc jutgada entre las autras, a la 
seguen cobla, que portée Frances de Morlas, la dita joya 
toquan. 



I Plus que martir, jos los pes de tristessa 

Son oppremut am dol abundamment; 
Huelhs lermeg-ans d'engoysa que me blessa, 
4 Magre, caytiu, trop plus qu'autre dolent, 
En planytz e plors [ejstant encessamment, 
Fort esbayt, cum qui no si conoys, 
Hen tal partit que tôt lo cor me fent, 
8 He que prest es de doblar mon turment, 
.4^ cor me fier la Pera del enguoys. 

II He si gran mal me ve d'una mestressa 

A qui me son donat entierament, 
12 Que no permet confort per sa rudessa 

8 prest] pregh; la correction est de Noulet. 



D'après la teneur de V ajournement, {la Poire d'angoisse) fut 
adjugée, entre les autres, au suivant couplet, touchant la dite 
joie, que porta François de Morlas. 

I. Plus que martyr, sous les pieds de tristesse — je suis opprimé 
avec deuil abondamment; — yeux larmoyans d'angoisse qui me 
blesse, — maigre, chétif, bien plus qu'autre dolent, — en plaintes et 
pleurs étant incessamment, — fort ébahi, comme qui est hors de lui, 
— en tel état que tout le cœur me fend, — et que mon tourment est 
près d'être doublé, — au cœur me frappe la Poire d'angoisse. 

II. Et si grand mal me vient d'une maîtresse — à qui je me suis 
donné entièrement, — qui ne donne point confort, par sa rudesse, — 
à mon cœur, qui l'aime loyalement, — 



27O LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Envers mon cor, que l'ama lialment, 
Ans plus la prec, lors fa cum qui no'ntent, 
Lo cap baysan, fingen que no*m conoys; 
16 Or, jutgas donc, ieu vos prec humilment, 
S'ieu falh en re quant die en me planhent : 
Al cor me fer la Pera del enguoys. 

III He pueys hieu vegh hela ges no s'adressa 

20 Per mitiguar mon mal alcunament, 
Fugir tôt loc hon se trobe liessa 
Vuelh d'oravant, he m'en anar breument 
En loc désert, foras de tota gent, 
'24 Tôt sol dessus las monthanas de Foys, 
Vestit de dol, e sus l'abilhament 
Sera [e]scrit de fiel d'aur he d'argent : 
Al cor me fier la Pera ciel enyuoys. 



mais plus je la prie, alors elle fait comme qui n'entend pas, — bais- 
sant la tète, feignant de ne pas me connaître; — or, jugez donc, 
je vous prie humblement, — si je pèche en rien quand je dis en 
me plaignant : — au cœur me frappe la Poire d'angoisse. 

III. Et puis que je vois qu'elle ne prend pas le chemin — d'adoucir 
mon mal aucunement, — - fuir tout lieu où se trouve liesse — je veux 
dorénavant, et m'en aller bientôt — en lieu désert, loin de toutes 
gens, — tout seul dessus les montagnes de Foix, — vêtu de deuil, 
et sur l'habillement — sera écrit de fil d'or et d'argent : — au cœur 
me frappe la Poire d'angoisse. 



• 



PIECES DIVERSES. — LXIV. 27 1 



LXIV 

Justa la forma de la citatio, l'an M.CCCC.LXXI e lo mars de 
Pantacosta, forec jutjada una dama d'argen a mestre P. de 
Janilhac, de Paris natieu, bachelier en decretz, estudian de 
Tholosa, n'ostan quel fos Frances, per so que dictée el len- 
gatge de Tholosa. 

LETRA D'AMORS 

I Très dossa Flor, cortes, plasen acuelh, 

Nimpha plasen, del munde la plus bêla, 
Mantienh joyos, baselic frapan d'uelh, 
Cors triumphan, ma dossa Domayzela, 
5 Mon cor soffris dolor arden, crusela, 
Per vostr' amor e languis neyt e jorn ; 
En loc que sia trobar no pot sojorn, 
Tan fort vos tem e de bon' amor ama, 
E se mante, plus que nul a son torn, 
10 Humil, liai e secret a sa Dama. 



D'après la forme de la citation, Van i^yi et le mardi de la Pen- 
tecôte, une dame d'argent fut adjugée à maître P. de Janilhac, 
natif de Paris, bachelier en décrets, étudiant de Toulouse, parce 
qu'il dicta (composa) en langage de Toulouse, nonobstant qu'il 
fût Français. 

LETTRE D'AMOUR. 

I. Très douce Fleur, courtois, gracieux accueil, — nymphe char- 
mante, du monde la plus belle, — maintien joyeux, basilic frappant 
de l'œil, — personne triomphante, ma douce Demoiselle, — mon 
cœur souffre douleur ardente, cruelle, — par votre amour et languit 
nuit et jour; — en quelque lieu qu'il soit il ne peut trouver repos — 
si fort il vous craint et de bon amour vous aime, — et se maintient, 
plus que nul autre autour de lui, — honnête, loyal et discret envers 
sa Dame. 



1. En tête de cette rubrique : Jhesus Maria. 



272 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

II Quant ieu regart vostras bêlas fayssos, 

Lo gentil cors, vostra bona doctrina, 
Lo bel parlar, lo regart amoros 
E'1 bon renom qu'en vos sus tôt domina, 

15 Adonc mon cor de vos amar no fina, 
Ez en re plus trobar no pot repaus, 
Tant es liât en vostr' amor e claus, 
Don en totz locs, désir arden l'enflama, 
E tôt jorn es, ses mudar son prepaus, 

20 Hamil, liai e secret a sa Dama. 

III Donc, rosier gay, suplic vos humilmen 

Ajatz merce de ma jove simplessa ; 
No vulhatz pas mon dolen fenimen, 
Res ieu no clam qu'amor e gentillessa : 
25 Ieu vos crendray coma Dieu o Deessa, 
En vos serven y aman de bon acort ; 
Vostre sera mon cors e vieu e mort, 
Gardan per tôt vostre bon nom e fama, 
Retenetz lo, quar el es ferai e fort 
30 Humil, liai e secret a sa Dama. 



II. Quand je regarde vos belles manières, — le gracieux corps, 
votre bonne éducation, — le beau parler, le regard amoureux — et 
le bon renom qui surtout en vous domine, — alors, mon cœur ne 
cesse de vous aimer — et en rien d'autre ne peut trouver repos, — 
tant il est lié et enfermé en votre amour, — dont, en tout lieu, désir 
ardent l'enflamme, — et toujours-il est, sans changer son propos, — 
humble, loyal et discret envers sa Darne. 

III. Doue, rosier gai, je vous supplie humblement — ayez merci 
de ma jeune simplesse; — ne veuillez pas ma dolente fin, — rien je 
ne demande qu'amour et gentillesse : — je vous craindrai comme 
Dieu ou Déesse, — en vous servant et aimant de bon accord; — 
— vôtre sera ma personne, vivante et morte, — gardant partout 
votre bon renom et réputation, — retenez-la, car elle est ferme et 
forte, — humble, loyale et discrète envers sa Darne. 



PIÈCES DIVERSES. LXIV. 278 



IV Prince très haut, thesaur de tôt déport, 

Yuelhas donar a mon cor bon coffort, 
En aleujan sa dolor e sa flama : 
34 Son voler es d'esser entro la mort 
Humil, liai e secret a sa Dama. 

P. de Janilhac. 

33 On pourrait lire aussi abreujan. 



IV. Prince très haut, trésor de tout plaisir, — veuillez donner à 
mon cœur bon réconfort, — en allégeant sa douleur et sa flamme ; 
— sa volonté est d'être jusqu'à la mort — - humble, loyal et discret 
envers sa Dame. 



18 



1^4 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



LXV 

Forma citationis de mandament de messenhors Cancellerier 
et Mantenedors. 

I dicta tos, syatz novel, ho mestre 

Del Gay Saber, per vos, le darrier dia 
Del mes on qu'em, dedins la Rectoria 
4 De Sant Serny, a totz vos plassia d'estre, 
E que portetz dictatz am lor tornada, 
Complets al mens de v coblas cascus, 
Mas que vos prec que no"m laysses negus : 
8 Per que vos am? Car etz tan delicada. 

II Presuppausan que tuch sabes lo terme 

De la questlo d'aquelas très donzelas, 
Vulh que'mdigatz la plus singular d'elas, 

12 Am gran raso que vostre dich coferme, 
Y al melz dictan que l'aura declarada, 
Hun bel tescut garnit d'argen, d'aur may, 
Ab que*l refranh hy meta, se ly play : 

1G Per que vos am? Car etz tan delicada. 



I. O poètes, que vous soyez novices, ou maîtres — du Gai Savoir, 
pour vous, le dernier jour — - du mois où nous sommes, dans la Rec- 
torie — de Saint-Sernin qu'il vous plaise à tous d'être, — et d'y ap- 
porter des compositions avec leur tornade, — formées au moins de 
ciDq couplets chacune, — et je vous prie de ne pas oublier (de les 
terminer ainsi) : — Pourquoi vous aimé-je? C'est parce que vous 
êtes si délicate. 

II. Présupposant que tous vous connaissez les termes — de la 
question de ces trois damoiselles, — je veux que vous me disiez 
quelle est d'elles la plus singulière, — avec fortes raisons, qui con- 
firment votre composition, — et à celui qui, dans son ditié, aura le 
mieux expose (le sujet) — (nous offrons) un beau tissu garni d'ar- 
gent et aussi d'or, — à condition qu'il y mette, s'il lui plaît, le re- 
frain : — Pourquoi vous aimé-je? Parce que vous êtes si délicate. 



PIÈCES DIVERSES. LXVI. 2^ 

LXVI 

Cobla am refranh declaratiu de la stela. 



I Dins en la mar i'azen peregrinage 

Me son trobats e no sé'n quinha part; 

Fortuna'm fay demorar ab regart 
4 Dels enemicx, per peur d'aver dampnage; 

La neyt me pren e perdi conoissensa, 

Que, si no fos la stella clarejans, 

Era perdutz o de gran influensa : 
8 Vos ets endres al mon dels navegans. 

II Pelegrinan, complen lo meu viage 

Enta la mort que^m batra de son dart, 
Soy en lo mon, on mays no se départ 

12 L'enemicx [far] contra huma lynage 
Trassios greus e contra Dieu offensa : 
Adonc castus velh estre... lamans, 
A la Verges dizen : « Flor d'exellensa, 

16 Vos etz endres al mon dels navegans. 

1 En écrit au-dessus de la ligne. — 3 ms. fortuna f. 

12 far] très peu lisible. — 14 ms. edont; ... trois lettres peu lisibles; peut-être 
pros amans. 



I. Sur la mer faisant pèlerinage, — je me suis trouvé, et je ne 
sais en quelle région ; — l'intempérie me fait demeurer en crainte — 
des ennemis, par peur d'avoir dommage; — la nuit me prend et je 
perds le sentiment, — et, sans l'étoile lumineuse, — j'étais perdu ou 
en grand péril : — vous êtes, au monde, le guide des navigateurs. 

II. Faisant, en pèlerin, mon voyage — vers la mort, qui me battra 
de son dard, — je suis dans le monde où jamais ne cesse — l'en- 
nemi [de faire'?] contre l'humaine lignée — trahisons rudes et contre 
Dieu offense; — donc je veux être chaste... — disant à la Vierge : 
«. Fleur d'excellence » : — vous êtes, au monde, le guide des navi- 
gateurs. 



2~]Ç) LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



LXVII 

Aquesto canso fec Marti de Mons, marchant de Tholosa. per 
ABC l'an M.CCCC.XXX.III, que valia le carto del blat 
XVI [ejscutz d'aur. 

A Am dolor, plen de tristessa, 

Volh cantar per marimen, 

Vezen la cruzel destressa 
4 Quel poble caytiu, dolen 

Sufferta la neyt e dia, 

Car no troban que manjar 

Per la carestia que - ls lya, 
8 Que totz les fa tremolar. 

B Bech que mangan, cum salvatges, 

Herbas d'amaras savors, 
E cridan per los boscatges, 
12 Gom pies de totas dolors : 
« SenherDieu, miserieordia! 
Tramet nos breument l'estieu ; 
Da ta patz e ta concordia 
16 An aquest poble caytieu. » 



Cette chanson par ABC fit Martin de Mons, marchand de Tou- 
louse, l'an i433, où le r/uarton de blé valait seize écus d'or. 

A. Avec douleur, plein de tristesse, — je veux chanter par afflic- 
tion, — voyant la cruelle détresse — que le peuple chétif, dolent, 

— endure la nuit et le jour, — car ils ne trouvent de quoi manger 

— par la disette qui les lie, — qui tous les fait trembler. 

B. Je vois qu'ils mangent, comme des sauvages, — herbes d'amè- 
res saveurs, — et ils crient par les bocages, — comme pleins de tou- 
tes douleurs : — « Seigneur Dieu, miséricorde! — Envoie -nous 
bientôt l'été; — donne ta paix et ta concorde — à ce peuple chétif. » 



. PIECES DIVERSES. LXVII. 277 

C Cascu de bon cor deuria 

Far almoyna volunties, 

Si vol que redut le sia 
20 Quant vendran sos jorns darriès. 

Bonas gens, fatz lor almoyna, 

E guasanhatz paradis; 

Datz los pa o vi o broyna, 
24 Que *s sostenguan los meschis. 

D D'autres van, de porta en porta, 

Las almoynas demandan, 

Mas pauca gen les cofforta 
28 Per la soffraita qu'es gran. 

Mentre que n'avetz aysina, 

Habundatz hi vostres bes ; 

Sostenetz la gent mesquina, 
32 Que son cruzelmen sosmes. 

E En aul temps, es meritoria 

L'almovnna, quant hom la fa : 
Qui de Dieu vol avcr gloria, 
36 Lavetz la pot conquista. 



23 bona. — 24 meshis. 
27 paucas gens. 



d. Chacun de bon cœur devrait — faire l'aumône volontiers, — 
s'il veut que cela lui soit rendu, — quand viendront ses derniers 
jours. — Bonnes gens, faites-leur aumône — et gagnez le paradis; — 
donnez-leur pain ou vin ou broigne (vêtement), — afin que les 
malheureux se soutiennent. 

D. D'autres vont, de porte en porte, — les aumônes demandant, 

— mais peu de gens les réconforte — à cause de la disette, qui est 
grande. — Tandis que vous en avez facilité, — abondez (consacrez) 
y vos biens; — soutenez les gens besogneux, — qui sont cruelle- 
ment éprouvés. 

E. En mauvais temps, est méritoire — l'aumône, quand on la fait : 

— qui veut de Dieu avoir la gloire, — alors il la peut conquérir. — - 



278 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Senhors, prelatz (Testât noble, 
Borges, merchans de valor, 
Vulhatz sostenir lo poble 
40 Que languis en greu dolor. 

F Fam es cruzel, descausida, 

E*n mena trops a la mort; 
Senhors, tenetz los a vida 

44 He vulhatz lor dar cofort ; 
Apres, trobaretz uberta 
La porta del naut secret, 
Si a la paubra gent déserta 

48 Metetz vostre bon décret. 

G Gens que vivetz de la brassa, 

Pregas Dieu per los senhors, 
Membre*us la gran fam que^ns lassa; 
52 Ondratz les laboradors ; 
No parletz del mal lengatge 
Qu'avetz usât loue temps ha, 
Quant per vostre gran otratge, 
56 Cridavatz : sac sa, sac sa! 



Seigneurs, prélats de noble condition, — bourgeois, marchands de 
valeur, — veuillez soutenir le peuple — qui languit en griève 
douleur. 

F. La faim est cruelle, discourtoise, — et en conduit beaucoup à 
la mort; — Seigneurs, retenez-les à la vie — et veuillez leur donner 
confort; — après, vous trouverez ouverte — la porte du haut secret, 
— si à la pauvre gent dénuée — vous mettez votre bon dessein. 

G. Gens qui vivez du travail des bras, — priez Dieu pour les sei- 
gneurs, — songez à la grande famine qui nous harasse; — honorez 
les laboureurs; — ne parlez plus le mauvais langage — dont vous 
avez usé il y a long-temps, — quand, dans vos grands excès, — 
vous criiez : sac ça.' sac ça.' 



PIECES DIVERSES. EX VII, 27Q 

H Honguan, vech de tôt déserta 

Paubra gen, dont lie g/ran dol, 
Car els venden la cuberta, 
60 La cossena ed lensol; 
Non an la quarta partida 
De so que leyalmen val : 
Quant la fam sera fînida, 
64 Redetz lor ho pe 1 cabal. 

Y Yeu no ssé lo mon cum visca, 

Vesen la gran paubretat, 

Senes que lo rie partisqua, 
68 Ansi com Dleus ha mandat, 

Am lo paubre, coma frayre : 

Que/1 tolgua la cruzel fam 

Mandament tenc del Salvayre, 
72 Quant crehet lo payre Adam. 

K Caramen nos mostret via, 

Dieus, lo payre omnipoten, 
De far almoynnas tôt dia, 
76 E que partam frayralmen, 



H. Cette année, je vois de tout dépourvue — la pauvre gent, de 
quoi j'ai grand deuil, — car ils vendent la couverture, — le lit de 
plume et le drap; — ils n'ont pas la quatrième partie — de ce que 
loyalement cela vaut : — quand la disette sera finie, — rendez-le 
leur pour leur argent. 

Y. Je ne sais comment le monde peut vivre, — voyant la grande 
pauvreté, — à moins que le riche ne partage, — ainsi comme Dieu 
l'a commandé — avec le pauvre, comme frère : — qu'il lui enlève la 
cruelle faim — commandement il tient du Sauveur, — quand il créa 
le père Adam. 

K. Chèrement nous montra la voie, — Dieu, le père Tout-Puis- 
sanl, — de faire aumône chaque jour, — et que nous partagions 
fraternellement, — 



38o LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Quant descendet del altisme. 
S'encarnar per fina amor, 
He nos traguech del abisme. 

80 Prenent mort he desonor. 

L La mort foc mot desonesta, 

Mas a nos foc proffeyt gran; 
Ajam donc l'almoyna presta 

81 Per s'amor, en aquest an ; 
Ara 's almoyna florida, 
Vezen lo temps molt crusel, 
E sera nos reculhida 

88 Pe'ls angiels, la sus el cel. 

M Mantz ribautz s'arrigolavan, 

Al temps qu'era bon mercat, 

Que trebalhar non denhavan, 
'.)2 Ans mespresavan le blat; 

No volian plegar l'esquina 

Quant s'amassavan los bes : 

Dieus les ne mostret doctrina, 
96 L'an quatre cens trenta très. 

81' foc] fec. 

96 En renvoi, au bas de la colonne : Quo anno valuit in Tholosa carto bladi 
xvi esculs. 



quand il descendit du plus haut des cieux, — s'incarner par pur 
amour, — et qu'il nous retira de l'abîme, — prenant mort et 
déshonneur. 

L. La mort fut fort déshonnête, — mais à nous ce fut grand 
profit; — ayons donc l'aumône prête — pour son amour, en cette 
année; — maintenant l'aumône est fleurie (sainte), — voyant le 
temps fort cruel, — et elle nous sera rendue — par les anges, là 
haut, au Ciel. 

M. Maints ribauds faisaient bombance, — au temps où on avait 
bon marché, — si bien qu'ils ne daignaient travailler, — mais ils 
méprisaient le blé; — ils ne voulaient plier l'échiné — quand 
s'amassaient les biens (les récolles) : — Dieu leur en donna leçon — 
l'an (mil) quatre cent trente-trois. 



PIECES DIVERSES. LXVII. 201 

N Nobles senhors, no* us soveng-a 

De lor granda malvestat; 
Dieus perdonet de sa leng-ua 
100 Sel que'l trauquet lo costat; 
Si voletz gloria pleniera, 
Ffatz lo mandament de Dieu, 
Y assig'nara vos cadiera, 
104 Quant vendretz al règne sieu. 

las! quai dolor estranha 

Lo pobre soffre languen! 

Paradis aras gasanha, 
108 Senhors, qui pietat ne pren ; 

D'autre g-azanh no vos qualha, 

Si no del celestial, 

E venceretz la batalha 
112 Contrad peccat infernal. 

P Paradis se tray a venda : 

Dieus ne vol far bon mercat, 
Trop compraretz nobla renda, 
116 Senhos, fatz ho de bon grat; 



1 15 trops. 



N. Nobles seigneurs, qu'il ne vous souvienne — de leur grande 
méchanceté; — Dieu pardonna de sa langue — celui qui lui perça 
le côté; — si vous voulez gloire plénière, — faites le commandement 
de Dieu, — et il vous assignera un siège, — quand vous viendrez à 
sou royaume. 

0. Hélas! quelle douleur étrange — le pauvre souffre languis- 
sant! — Paradis maintenant gagne, — seigneurs, celui qui en prend 
pitié; — d'autre gain qu'il ne vous soucie — sinon du (gain) cé- 
leste, — et vous vaincrez la bataille — contre le péché infernal. 

P. Paradis s'obtient à vente : — Dieu en veut faire bon marché, 
— vous achèterez très noble rente, — seigneurs, faites-le de bon 
gré; — 



282 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Per tostems sera durabla, 
Si confortatz de bon cor 
La paubra gen miserabla, 
120 Que vezetz que de fam mor. 

Q Oui vie james tal carestia! 

Que no\s troba un denier 
D'ostal, de camp, ni de bestia, 
124 Ni saudada, ni loguier. . 

Dieus ha trames la sentensâ, 
Que vol esproar lo[s] ricx, 
He per la desconoyssensa 
128 Qu'an mostrada les mendicx. 

R Razo es c'om reconogua 

Dieus per Senhor dreyturier; 
[EJstacatz em de la sogua 
132 Del lyam de caytivier. 

Preguem le, génois a terra, 
Am les elhs al cel levatz, 
Que d'aquesta mortal guerra 
136 Nos velha dar bona patz. 



118 bon] bron. 
121 caristia. 



pour tout temps elle sera durable, — si vous réconfortez de bon cœur 
— la pauvre gent misérable, — que vous voyez mourir de faim. 

Q. Qui vit jamais telle disette! — vu qu'on ne trouve un denier — 
de maison, de champ, ni de bête, — ni gages, ni loyer. — Dieu a 
envoyé la sentence, — car il veut éprouver les riches, — et (il fait 
cela) à cause de la mauvaise conduite — qu'ont menée les mendiants. 

R. Raison est qu'on reconnaisse — Dieu pour Seigneur droitu- 
rier; — nous sommes attachés par la corde — du lien de misère. — 
Prions-le, genoux à terre, — avec les yeux levés au ciel, — que de 
cette mortelle guerre — il nous veuille donner bonne paix. 



PIÈCES DIVERSES. — LXVII. 283 

S Senher Dieu, per ta noblesa, 

Qu'en la crotz volgues morir, 

[E]sten la tua gran franquesa, 
140 No layses le mon périr, 

Nonostan mesconoysensa 

Qu'es en nos e gran pecat, 

Per la tua grand a clamensa, 
144 Agas de nos pietat. 

T Trops merchans son voluntaris 

De prestar a paubra gen, 
Mas queds agen reliquiaris 
148 Ho autres g-uatg-es d'arg-en ; 
En botan la merchandisa, 
Per lo temps, otra razo, 
Cascus ne fa a sa g^uisa, 
loi Sens n'aver compassio. 

U Humil Verges, coronada, 

Maire de nostre Senhor, 
Vos qu'etz tostemps avocada 
156 Per lo poble peccador, 

138 Au lieu de crotz, un signe figurant une croix. 

147 Ce vers est ajouté à la fin de la strophe ; sa place est marquée par un renvoi. 



S. Seigneur Dieu, par ta noblesse, — qui en la croix voulus 
mourir, — étends ta grande clémence, — ne laisse pas le monde 
périr, — ■ nonobstant ingratitude — qui est en nous et grand péché, 

— par ta grande clémence, — aie de nous pitié. 

T. Nombreux marchands sont disposés — à prêter à pauvre gent, 

— pourvu qu'ils aient reliquaires — ou autres gages d'argent; — en 
mettant la marchandise. — par le temps (actuel), au-delà de la 
raison, — chacun en fait à sa guise, — sans en avoir compassion. 

L. Humble Vierge, couronnée, — mère de notre Seigneur, — 
vous qui êtes toujours avocate — pour le peuple pécheur j -^ 



284 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Vulhatz tenir la procura 
Davant lo vostre car Filh, 
Qu'en aquesta gran fraitura 
160 Gardatz siam de lot perilh. 

X Xselen Verges Maria, 

Rosa, sus totas las flos, 
Fatz donar almoyna pia 
164 Al pople fort doloyros; 
Pergud'an tota la forssa, 
No\s poden plus sostenir, 
Tant la crusel fam los forssa; 
168 Vulhatz los far provesir. 

Y Yvern, a gran malanansa, 

A tôt lo poble destrut, 
Que no es en loi* poyssansa 

172 De cobrar nulla vertu t ; 

Non se corn fassan las obras, 
Tant son caytieus e languits : 
Plassi' a vos, senhors e donas, 

176 Que los paubres sian ausitz! 

161 Pour Exellen. 



veuillez tenir la procuration — devant votre cher fils, — qu'en cette 
grande disette, — nous soyons gardés de tout péril. 

X. Kxcellenle Vierge Marie (qui êtes), — rose sur toutes les 
fleurs, — faites donner aumône pie — au peuple plein de douleur; 
— ils ont perdu toute la force, — ils ne se peuvent plus soutenir, — 
tant la cruelle faim les force; — veuillez les faire approvisionner. 

Y. L'hiver, avec grande détresse, — a tout le peuple détruit, — 
car il n'est en leur puissance — de recouvrer nulle vertu (force); — 
je ne sais comment ils peuvent ouvrer, — tant ils sont chétifs et 
languissants : — plaise à vous, seigneurs et dames, — «pie les pau- 
vres soient entendus! 



PIÈCES DIVERSES. LXVII. 285 

Z Za la Verges d'esperansa 

Vuelh endresar mon dictât, 

Que velha dar habondansa 
180 Al poble fort tribolat; 

Gran languimen los abrassa 

Que non poden trebalhar, 

Car semblan ferits de massa : 
184 Gran dolor es de contar. 

CON Contra sels que fan usura 

Velh parlar am dezonor : 

Dieus an g'itat a non cura, 
188 No fan re per la sua amor. 

Preg-uem a Dieu que li plassia 

D'amar lo poble marrit, 

Que, meiansan la sua gracia 
192 Ara 's l'A B C complit. 



Z. A la Vierge d'espérance — je veux adresser ma composition, 

— qu'elle veuille donner abondance — au peuple fort malmené; — 
grande langueur les accable, — (si bien) qu'ils ne peuvent travailler, 

— car ils semblent frappés de massue : — grande douleur est de le 
conter. 

CON. Contre ceux qui font usure — je veux parler avec déshon- 
neur : — ils n'ont de Dieu nul souci, — ils ne font rien pour son 
amour. — Prions Dieu qu'il lui plaise — d'aimer le peuple marri, — 
car, moyennant sa grâce, — voici que l'A, B, C est terminé. 



CHRONOGRAMMES 



LXVIIÏ 

Si voles esser en format 

De l'an de la gran mortaudat, 

Tu prendras lo cap d'un Moto, 
4 D'un Ca, d'un Conilh, d'un Capo ; 

Toi doas cambas al Léo 

Per conoysser le conte ho, 

He trobaras ne la vertat 
8 Dedins aquest petit dictât. 

Si tu veux être informé — de l'an de la grande mortalité, — tu 
prendras la tête d'un mouton, — d'un chien, d'un lapin, d'un cha- 
pon; — enlève deux jambes au lion — pour connaître le compte 
bon, — et tu en trouveras la vérité — dans cette petite composition. 



LXIX 

Si voles trobar l'an tôt drevt 
Que*l sant suzari benaseyt, 
Hon Jhesus mort foc estropat, 
4 A Tholosa foc apportât, 
Myserere tu leg-iras, 
Credo, Confiteor diras, 

Si tu veux trouver l'an tout droit — que le saint suaire béni, — 
où Jésus mort fut enveloppé, — à Toulouse fut apporté, — Miserere 
tu liras, — Credo, Confileor diras, — 



288 LES JOIES DU GAI SAVOIR. 

Concède nos per oracio, 
8 Letatus sum per dileccio, 

Xriste cum lux per quatre vêts, 
doas faratz, si be te letz, 
E, si as bon entendement, 
12 L'an trobaras leugieyrament. 

Marti de Mon s. 

Concède nos pour oraison, — Lœtatus sum avec amour, — Xriste 
cum lux par quatre fois, — deux tu feras, si bien il t'est loisible, — 
et, si tu as bon entendement, — l'an tu trouveras facilement. 

Martin de Moire. 



LXX 

E si degois te demanda 

L'an que l'aygua foc tan granda, 

Laquai se nopna Garona, 
4 Qu'en Tholosa foc gran dona, 

Car sus teules dels molys 

Del Castel, près de Thonis, 
-Un guabarrot y laset, 
8 E los dos pons deroquet, 

Enaysi tu respondras : 

Dins un vergùer intraras ; 

Cuelh una flor de Mellier, 
12 Am quatre de Codonhier, 

5 dels est répété. 

Et si quelqu'un te demande — l'an que l'eau (rivière) fut si grande, 

— laquelle se nomme Garonne, — si bien que dans Toulouse elle fut 
grande dame, — car sur les toits des moulins — du Château, près 
de Tounis, — un batelet elle y laissa, — et les deux ponts renversa, 

— ainsi tu répondras : — dans un verger tu entreras; — cueille une 
fleur d'amandier, — avec quatre de coignassier, — 



PIÈCES DIVERSES. — LXXI. 289 

Ara quinse pars d'eng-Ientinas, 
E trobaras las aysinas 
De l'an que m'as demandât, 
16 En lo ramel devisât. 

Marti de Mons. 

avec quinze parties d'églantines, — et tu trouveras les facilités — 
de l'an que tu m'as demandé, — dans le bouquet précité. 

Martin de Mons. 



LXXI 

Si voles saber quant moric 
Lo conte bon catolic, 
Johan de Foys, pros e valent, 
4 Qu'era del rey loctenent : 
Intra dedins un verg-ier 
He pren un bel Milgranier, 
Pueys quatre Codonhs pendras, 
8 Ben arrengats d'un compas; 
Très dotzenas d'estornels, 
Ja pus no y métras ausels; 
Hun. A., Très flors al costat, 
12 Apres hun. D. séparât, 

Hun. M., bun. AY., podes pendre : 
Lavetz ho poyras entendre. 

Marti de Mons. 

Si tu veux savoir quand mourut — le comte bon catholique, — 
Jean de Foix, preux et vaillant, — qui était lieutenant du roi : — 
entre dans un verger — et prends un beau grenadier, — puis quatre 
coings tu prendras, — bien arrangés par compas (mesure); — trois 
douzaines d'étourneaux, — et plus n'y mettras d'oiseaux; — un A, 
trois Heurs à côté, — après un D séparé, — un M, un AY lu peux 

prendre : — alors tu le pourras entendre. 

Martin de .Mons. 



29O LES JOIES DU GAI SAVOIR. 



LXXII 

Cobla declarativa de l'an que lo rey Loys XII (sic) 
intrec a Tholoza. 



Si vos ave remembransa 
Quant Loys, lo rey de Fransa, 
Qu'er' a la vetz rey novel, 

4 Per la porta de Murel 
Intret, per vezer Tholosa, 
Qu'era mot fort doloyrosa, 
Car las milhors très partidas 

8 Per gran foc eran peridas ; 
Per so quitet als habitans 
E carcx he talhas per cent ans, 
Manja quatre colombats 
12 Am de lart aparelhatz, 

Ses plus, am tretze Lardos 
Altra salsa no vuelh ly dos. 



16 



10 e manque. — 14 vuelh manque. 

15-24 Ce passage n'a pas été publie" par Noulet. Les vers manquants ont été 
grattes, ce qui rend cette fin inintelligible. 



Couplet déclaratif de l'an où le roi Louis XI entra à Toulouse. 

Si tu veux avoir souvenir — quand Louis, le roi de France, — qui 
était alors roi nouveau, — par la porte de Muret — entra, pour voir 
Toulouse, — qui était alors très douloureuse, — car les trois meil- 
leures parties — avaient péri par grand feu, — et c'est pourquoi il 
quitta aux habitants — charges et tailles pour cent ans, — mange 
quatre pigeonneaux, — préparés avec du lard, — sans plus, avec 
treize lardons; — autre sauce je ne veux que tu leur donnes .. 



PIÈGES DIVERSES. LXXII. 29] 

Lo mang-a sobre sa testa 
Mes e nombre manifesta 



20 



De saber la millesima 
E lo mes, segon la si ma 
Am cinq quinas et hun as 
24 Le jorn del mes tu trobaras. 

G. de Galhac me copulavit (sic] 



Mange-le sur sa tête (?) — Mois et nombre manifeste . . . De savoir 
le millésime, — et le mois, selon la cime ('?), — avec ciûq quiues et 
un as, — le jour et le mois tu trouveras. 

G. de Galhac m'a copié. 



FIN. 



NOTES 



Cette pièce a été plusieurs fois publiée, eu dernier lieu dans Deux 
manuscrits, p. 74, et par M. de Gélis (Hist. critique des Jeux 
Floraux, p. 337), d'après l'éd. Noulet. 

27. Chabaneau propose de corriger ciels cels en vayssels, à cause 
de l'invocation des Litanies : vas honorabile. 

6g. Uzesta. « Il s'agit de la collégiale d'Uzeste (canton de Villan- 
draut, arr. de Bazas, Gironde), fondée par Clément V, né dans cette 
localité vers 1264 et où ce pape (f 1 3 14) fut inhumé en i35g. L'au- 
teur, dans son enfance, y avait sans doute été consacré à la Vierge. » 
(N.-Ch.) — Sur Raimon Vidal, le roman de Guillaume de la Barre, 
qu'il termina en 1 3 18, nous a fourni quelques renseignements nou- 
veaux : voyez l'édition de ce roman par M. P. Meyer (Société des 
anciens textes, i8q5), p. ix ss. 



Il 



« Plusieurs lieux de l'ancien Albigeois portent le nom d'Alayracou 
d'Alairac; le plus considérable était dans le canton de Cordes. » (N.) 
Peut-être est-ce de celui-là que tirait son surnom l'auteur de notre 
pièce, sur lequel on ne sait rien (voy. Deux manuscrits, p. xxm). 

10. Esserca. Ce mot peut être aussi, comme l'indique Chabaneau, 
l'indic. pr. de essercar (pour ensercar); le sens serait (en conservant 
dregz) : « ce que le droit recherche, exige ». 



1. Les quelques notes empruntées aux Joyas del Gay Sabrr et aux Doux manus- 
crits seront suivies des initiales N. ou N.-Ch. J'en dois quelques autres à l'obligeante 
érudition de M. F. Galabert, archiviste municipal de Toulouse (voy. sous XXIX et XXXV). 



20,4 NOTES. 

32. Je juge inutile de corriger fortz, comme le propose Chaba- 
neau, la déclinaison étant dès lors fort altérée; on peut lire aussi 
fort, en dépit de la remarque des Leys (II, 206). 

44- Selon Chabaneau, il faudrait écrire Mos Castels et voir dans 
ces mots un senhal, désignant ici la Vierge (cf. la note à VI); mais 
il faudrait un régime à ufrisca. 

Le ms. de R. de Cornet nous a conservé la pièce, intitulée Corona, 
par laquelle cet auteur gagna la Violette en 1 333. Je ne juge pas 
utile de réimprimer cette pièce, dont on trouvera le texte, très mutilé, 
dans les Joyas (p. 246) et Deux manuscrits (p. 39). 



III 



« Pons de Prinhac était capitoul en i3o8; il fut réélu en i34q et 
désigné, cette fois, par le titre de chevalier. » (N.) Ces renseigne- 
ments sont empruntés à Du Mège (Histoire des institutions de Tou- 
louse, t. II, pp. 9 et 60), où Pons de Prinhac figure sous la date de 
1 348 (les capitouls étaient en charge de décembre à décembre). 

21-2. Je n'arrive pas à trouver à ces deux vers un sens satisfaisant. 
25. Qu'en fay s'explique mal; faut-il entendre : « qui devient »? 
38-39- Traduction très douteuse; le texte paraît altéré, comme 
celui de !\i. 

IV 

Astorc de Galhac est nommé, cette même année 1 355, dans la 
curieuse pièce où Guill. Molinier énumère les nobles doctors, les 
senhors d'estaf mot savis e discrets auxquels il se propose, de sou- 
mettre son œuvre (voy. Chabaneau, Oriy. et établ. des Jeux Flo- 
raux, p. i4» dans Hist. de Lang., X, 191). — « Le lieu de Villelon- 
gue est un bourg dans le dép. de l'Aude, arr. de Limoux. » (N.) 

24. De totz camps m'est inintelligible; faut-il corriger de totz 
temps ? 



44- J'ai pris as au sens de usât et crois que j'ai eu tort, car je n'ai 
pas d'autre exemple. 11 vaut mieux entendre « non dans une forme 
unique », puisque l'auteur combine la canso et la dansa. 



NOTES. ag5 

25. L'auteur veut dire sans doute que ses parents l'avaient, dès le 
troisième jour de sa naissance, consacré à la Vierge. 

42. On serait plus satisfaisant que e ; la fin du vers se traduirait 
littéralement par « dont Valeur est arrosée », mais le sens est bien 
médiocre. 

64. Lot signifie ordinairement lourd, lent; voy. Rayn., IV, 102. 
Il doit avoir ici un sens dérivé que je ne saisis pas bien. 



VI 



Ces 21 vers n'appartiennent pas à la pièce précédente, comme le 
prouve la forme. La première strophe est au reste altérée ; il faudrait, 
à la place du v. 5, deux vers rimant en urs, et au v. 8 une rime en 
ux. Le senhal : Mos Bels Caste! s ( 1 8) incline à penser qu'ils sont de 
R. d'Alayrac (voy. note à II, 44)- 



VII 



4 1-2. La même comparaison entre Jésus- Christ cloué à la croix et 
une pomme attachée à un arbre, se retrouve, à quelques détails près, 
dans le Pèlerinage de l'âme de Guillaume de Digulleville (cf. Ro- 
mania, XXXVI, 362). Il doit y avoir une source commune. — Les 
deux vers suivants ne me sont pas clairs. 

52. J'ai conservé la traduction de Noulet « pour nous », faute de 
mieux ; mais us ne peut e^uère signifier cela, non plus que ns, que 
l'on pourrait y substituer. 

65-8. Je suppose que le poète s'adresse, comme les anciens trou- 
badours, à un jongleur (fictif); de là la correction proposée en note. 
— La pièce ne portant pas de date, il est impossible de dire à quel 
projet de croisade il est fait ici allusion. 



VIII 



Cette pièce a été publiée, d'après le ms. de Cornet (dont j'ai donné 
les variantes), par Noulet et Chabaneau (Deux manuscrits, p. 80) 
Elle y est attribuée à un P. Duran de Limoux, peii^nier, sur lequel 
nous ne savons rien (cf. loc. cit., p. 23), non plus que sur Pierre de 
Monlasur. Elle n'y porte pas de date. Si celle que donne notre ma- 



agO notes. 

nuscrit (i3y3) est exacte, le comte Gaston nommé au v. 58 ne serait 
pas, comme le conjecturait Chabaneau (Deux mss., p. xxm), Gas- 
ton II (i3i5-43), dont une pièce fut couronnée par le Consistoire 
(Annales du Midi, II, 53i), mais jle célèbre Gaston Phébus (i343-qi). 



IX 



Raimon Valade dut être greffier du Consistoire au moins de i458 
à i464 ( vo y> les pièces, signées de son nom, publiées plus haut, 
p. VII) ; il ne s'ensuit pas, comme le suppose Noulet, que ce soit lui 
qui ait été le principal rédacteur de notre manuscrit. Il fut capitoul 
en 1470 (Joyas, p. 260). — Le 1er novembre i4ôo, Amanieu d'Al- 
bret, seigneur d'Orval, avait mis en déroute, au village de Haillan, 
les troupes anglaises et les milices de Bordeaux, commandées par 
Shorthose, maire de la ville. « Dix-huit cents restèrent sur le champ 
de bataille, douze cents furent faits prisonniers ; Shorthose, abandon- 
nant les siens, avait pris la fuite » (De Beaucourt, Histoire de Char- 
les VII, t. V, p. 44). 

5. Il ne faut pas prendre ces expressions au pied de la lettre. 
Henri VI était le seul fils de Henri V : quant à ses oncles, ce n'est 
pas précisément par les services rendus à leur neveu qu'ils sont restés 
célèbres. 

X 

Il semble bien que la rubrique finale s'applique à cette pièce et 
qu'elle soit, par conséquent, de G. de Galhac; il est alors bien étrange 
que la copie en soit si défectueuse (voy. 37, 44> 76 et les notes qui 
suivent). — Le mot figurât dans la rubrique ne désigne pas un arti- 
fice de versification, mais se réfère à une intention allégorique; 
cf. nos XXII, XXVIII, XXIX, XXXV, XLI. 

44- Pas plus que M. Levy (S/ippl Wœrt., Il, 78) je ne comprends 
le mot demensa, dont il n'y a pas d'autre exemple. Les Leys, il est 
vrai, nous apprennent (II, 204) que l'on ne se gênait pas alors pour 
former des substantifs en -ensa sur des participes en -ens, mais on 
ne voit pas quel serait ici le mot-racine. l'aut-il corriger demensa et 
entendre que le démon veut nous éloigner de la clémence de Dieu? 

.">7 . Le sens général est. évidemment, que nul ne saurait trouver 
un prétexte honnête pour se dispenser d'apprendre le Pair/-; mais je 
ne sais que faire de beleza et ne vois pas de correction plausible. 



NOTES. 297 



XI 



25-32. D'après sa place dans le ms., cette pièce doit être de i454- 
— Sur les projets de croisade, conséquence de la prise de Constantino- 
ple, qui furent poursuivis plus ou moins sérieusement à la cour de 
France (et surtout à celle de Bourgogne) pendant les années 1 453-6, 
voy. de Beaucourt, Histoire de Charles VIT, t. V, p. 3go ss. 



XII 



Ce lauréat, dont le nom est écrit ailleurs de Jaunaco, remporta, 
à des dates indéterminées, le prix de l'Eglantine et celui du Souci 
(voy. nos XXX et L). 

Cette pièce est une de celles que Du Mège avait transcrites dans le. 
ms. de Saint-Savin, sans doute à cause du mot elamensa (v. 6), où 
il espérait que l'on verrait une allusion à Clémence Isaure.Les fautes 
y sont nombreuses et plusieurs évidemment voulues, l'incorrection 
d'une copie lui paraissant sans doute une garantie d'authenticité ; le 
texte est reproduit, avec quelques fautes, dans les Joyas, p. 25i; le 
ms. a deligensa (v. 8), ques (9), procezi^ (10), myeus (16), (non a, 
22), ardemen (27), o/tratge (35), yssarcgir (38), granrf (4 2 )- 

4 1-4- Sur cette allusion, voy. plus haut, note à XI, 25-32. 



XIII 



Bertrand de Roaix obtint l'Eglantine en i46i (n« XXXVI); il 
était d'une famille très ancienne qui obtint soixante et une fois, selon 
Du Mège, a les insignes de la magistrature populaire. » (loc. cit., II, 
p. vi). C'est sous son nom que le même Du Mège jugea bon de mettre 
une des deux compositions qu'il fabriqua, avec une rubrique où il 
était dit que B. de Roaix avait gagné, en 1/198, l'englantina novella 
que foc dada per Dona Clamenca (Joyas, p. 181); dans la seconde 
de ces compositions, la fameuse chanson de la « dona de Vila- 
nova », Clémence [Reyna d'amor, poderosa Glamensa) était nommée 
dans le texte même [Joyas, p. 278). Du Mège s'est appuyé sur ces 
deux pièces avec une insistance significative (voy. notamment Histoire 



298 notes. 

et Mémoires de VAcad. des Sciences, t. I, 1822, 2e partie, p. 118; 
Biographie toulousaine, I, 3 1 8 et II, 320; Histoire des institutions 
de la ville de Toulouse, II, i3o, 188, 204). M. F. de Gélis a 
donné récemment une édition de ces deux pièces {Histoire critique 
des Jeux Floraux, p. 175 ss.) d'après une nouvelle collation du 
manuscrit. Il y a lieu d'y corriger les fautes suivantes : I, 3 et 34, 
lire tostems; 7, cranhetz; 17, valaros; 18, trobec; 21, sujfrisen; 
22 pus ; 23, ayssy... Antéchrist; 27, pregam; 29, fayts; 34, 
soplejo. — II, 17, ausir. Cf. l'édition donnée par Du Mèa^e lui-même, 
Hist. des inst., II, 188. On sait que cet audacieux mystificateur ne 
s'est pas lassé de reproduire ses faux avec des variantes insigni- 
fiantes et toujours en les accompagnant d'éloges bien sentis. 



XV 



10. Corriger, dans la traduction, » que dire » en « que dirai-je ». 

70. En i45q, le Languedoc avait cruellement souffert de la famine 
et de la peste : « le tiers de la population avait manqué de pain... 
Les ravages que la peste y avait causés avaient fait périr en dix 
ans le tiers des habitants. » (Histoire de Languedoc, éd. Privât, 
XI, 38.) Cf. note à XXXIII. 



XVI 



Thomas Louis obtint aussi l'Églantine en i405 (voy.à XL). Le sou- 
venir évoqué au v. 1 était déjà lointain; c'est le i3 juillet i453 que 
fut livrée la bataille de Castillon, où Talbot trouva la mort. 



XVII 



Le nom de ce lauréat n'était probablement pas De Calmont, comme 
le dit Noulet (il y aurait de. calido ou calvo monte), mais Lacalm, 
Lacam, ou quelque chose d'approchant (voy. Mistral, à cam). Il avait 
déjà obtenu le Souci en i4-ji (n" Ll); il fut capitoul en 1 474 • 

22. (e)nz, sans doute pour en, lui-même explétif. 
0."). Aucun des sens connus de devisa ne convient ici. Peut-être 
l'auteur entend-il « audience, cour de justice » (voy. Godefroy, II, 



NOTES. 299 

702); en tout cas, le mot est pour lui synonyme de « divinité » 
ou « Trinité » (cf. 71). 

73. Le port de Pise était le lieu de rassemblement ordinaire des 
flottes équipées en vue d'une croisade. 



XVIII 



Pierre de la Roque avait obtenu le Souci l'année précédente 
(no LV) et devait obtenir l'Églantine en i^68 (no XLIII). Il fut capi- 
toul en 1470. — Les craintes inspirées par les conquêtes turques 
étaient à ce moment très vives dans tout l'Occident; par l'Antéchrist 
il faut certainement. entendre Mahomet II, car c'est une assimilation 
qui fut souvent faite à cette époque (voy. Pastor, Histoire des papes 
depuis la fin du moyen âge, II, 257). La pièce n'est guère qu'une 
paraphrase, du ch. xm de V Apocalypse. 

6. Demonslran doit se rapporter à un t'en sous-entendu, per acort 
être une formule vague (comme XXI, 3G), signifiant ici à peu près 
« congrùment, comme il convient ». 



XIX 



3. Despit peut être le part, passé de despire ou un subst. (signifiant 
« malédiction »); mais je ne sais que faire de rencamens ou reaca- 
mens. 



XX 



D'après la rubrique de la pièce précédente, la Violette aurait été 
obtenue cette même année (1 46G) par Jean Saivet. Il faut corriger ici 
sans doute G6 en 67, la pièce suivante se rapportant à i468. La rubri- 
que qui attribue l'Eglantine à Jean Gombaut en i4G6 (n° XLI1) est 
pareillement fautive (voy. la note à cette pièce). Noulet nous rappelle 
(p. 2.54) que Jean Gombaut fut capitoul en 1472 et qu'il possédait 
en 1478 deux maisons contiguës attenant à la porte de l'église de la 
Daurade. 



300 NOTES. 



XXI 



François de Morlaas ou Morlas (comme j'aurais dû écrire p. 95) 
avait obtenu le Souci en 1466 (n° LVII); il obtint aussi une fleur 
extraordinaire au mois d'août de cette même année i468 (n° LXII) 
et l'Églantine en 1^71 (n» XLIV). Sa famille, dit Noulct (p. 254), (C a 
fourni une longue suite de capitouls à Toulouse de i3oq à i447 »• 



XXII 

La date donnée par la rubrique est erronée ; c'est la pièce suivante 
qui est exactement datée, comme le prouvent les allusions histori- 
ques. 

17-9. L'expression est maladroite; entendez que « l'excellence » de 
Jésus-Christ eut pour principe l'humilité de la Vierge, ce qui n'est 
pas d'une doctrine théologique très sûre. 



XXIII 



Béranger de l'Hôpital avait obtenu, étant encore étudiant, l'Églan- 
tine en i45g et le Souci en 1467 (nos XXXV et LVIII); nous appre- 
nons par le Livre rouge qu'il était, en i5i3, docteur es lois et main- 
teneur (Noulet, p. 255; cf. l'extrait dans Du Mège, loc, cit., p. 204). 
La nouveauté qui charma les juges consistait sans doute à traiter 
sous forme allégorique un événement important; mais ce procédé 
avait été maintes fois employé par les poètes de langue d'oïl dès le 
quatorzième siècle, comme le montrent les « pastourelles » de Frois- 
sart. 

33. La prise de Négrepont, qui causa une immense émotion dans 
toute la chrétienté, est du 12 juillet 1470. 

45. Je n'ai trouvé dans aucune histoire de Turquie ou de Venise la 
mention de ce siège de Raguse. Ce devait être un faux bruit provoqué 
par les incursions des corsaires turcs sur les côtes de la Dalmatie. 
Cf. XXIV, ■>?>. 

60. On sait que Mahomel II avail réellement formé le dessein d'en- 
vahir l'Italie et de conquérir Rome après Constantinople. 



NOTES. 3oi 



XXIV 



17-40. Le pape Paul II avait réussi à faire signer (22 décem- 
bre 1470) un traité par lequel les princes italiens renonçaient à leurs 
querelles et faisaient alliance contre le Turc. Florence n'y avait du 
reste adhéré qu'à contre-cœur, avec la ferme intention de ne rien 
faire (Pastor, Hist. des papes, IV, 166). Les vers 27 ss. semblent 
faire allusion à la cérémonie dans laquelle le pape (Sixte IV) bénit 
les étendards de la flotte chrétienne rassemblés sur le Tibre (Pastor, 
op. cit., p. 208), mais l'événement étant du 28 mai [472, il faudrait 
admettre, en dépit de la rubrique, que cette pièce est un peu posté- 
rieure à la précédente. — L'adhésion de la France à la ligue italienne 
était dès lors fort improbable. Louis XI était occupé de tout autres 
projets; ce que dit de lui notre auteur (v. 35-6) est au reste fort 
embarrassé. Ferdinand 1er, roi de Naples (v. 28), n'était guère plus 
disposé à assumer le rôle que lui destine Bérenger de l'Hospital. 



XXV 



Bernart Arnaut est évidemment identique à cet Arnaut Bernart 
qui obtint la Violette en i484 (no XXVII) et qui n'est pas celui qui a 
donné son nom à un quartier de Toulouse. — Je n'ai rien trouvé dans 
les annalistes de Toulouse sur la destitution de hauts fonctionnaires 
à laquelle l'auteur fait évidemment allusion. On sait que ces exécu- 
tions étaient, sous Louis XI, assez fréquentes. 



XXVII 



François-Phébus, comte de Foix et roi de Navarre, étant mort sans 
postérité en i479? ses domaines, qui comprenaient aussi le Béarn, 
furent revendiqués par sa sœur Catherine (qui épousa Jean d'Albret 
en i484) et son frère puîné, Jean, vicomte de Narbonne. La première 
était patronnée par Charles VIII et la cour de Rome, le second le fut 
par Louis d'Orléans (le futur Louis XII), dont il avait épousé la sœur. 
Jean de Narbonne avait levé un corps de soudoyers (lacaijs) qui se 
livrait dans le pays de Foix à toutes sortes de déprédations, sous le 



302 NOTES. 

commandement du condottière-évêque Mathieu d'Artigaloba, que 
nous retrouverons plus loin (cf. au no LXII). Sur ces événements, 
voy. Hist. de Languedoc, XI, 71 et i34- 



XXVIII 



Martin de Mons avait composé trois ans plus tôt la pitoyable com- 
plainte qu'on trouvera plus loin (no LXVII). Il était probablement, 
comme le troubadour At, originaire du village de Mons (Haute- 
Garonne, à i5 kil. environ à l'est de Toulouse). — L'auteur traite 
ici, d'une façon quelque peu tendancieuse, un sujet important : le 
Concile de Bàle avait bien inscrit à son programme le rétablisse- 
ment de la paix entre la France et l'Angleterre, et envoyé des repré- 
sentants aux conférences d'Arras (août 1 435) ; mais il n'avait pas à 
se prononcer entre les deux rivaux. L'importance de la réconciliation 
entre le duc de Bourgogne et le roi de France est justement mise en 
relief et l'échec subi par la politique anglaise nettement aperçu. 

3o-32. Henri V (f 1422), et ses frères, le duc de Bedfort, dont a 
mort récente avait levé un obstacle à la signature du traité d'Arras, 
et le duc de Glocester. 

XXIX 



4-5. Noulet (p. 274) ne s'exprime pas très bien en disant que le 
costume des capitouls consistait « en une sorte de simarre, moitié 
rouge et moitié noire, avec deux chaperons rayés d'or et d'hermine ». 
« Les robes des capitouls, m'écrit M. Galabert, étaient mi-parties de 
rouge et noir, avec un parement de trois rangs d'hermine à la nais- 
sance du bras. Voir les planches publiées au t. XVI (pp. 320 et 344) 
des Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, 
représentai!! les capitouls de i5o3 et i63ô. Mais jusqu'au milieu du 
xve siècle, le noir est souvent remplacé par des couleurs sombres 
(escura), violet, vert foncé, bleu, marron, etc. » Par les ailes (v. 26), 
Galhac entend les manteaux (il nous le dit lui-même); l'argent et 
l'or désignent donc, dans sa pensée, l'hermine et la couleur rouge. 

i5. Par cas d'equital, j'entends simplement le droit, la justice. 

3 1-2. Du Mège (loc. cit., p. 126) dit, à la date de i425, que la 
charge de capitoul « assurait la noblesse et tous ses privilèges à celui 
qui en était revêtu », et il allègue un proverbe courant a à cette épo- 
que » : De gran noblessa pren titol — Oui de Tolosa es Capitol. 



NOTES. 3o3 

En fait, il en était bien ainsi, mais c'est seulement en 1 547 qu'on 
trouve mentionné officiellement pour la première fois le privilège 
qui conférait la noblesse aux capitouls. Depuis le début du quator- 
zième siècle, ceux-ci luttaient pour l'obtenir. Lafaille, dans son 
Traité de la noblesse des capitouls, a été jusqu'à soutenir que 
cette noblesse remontait aux Romains. Cette curieuse histoire a été 
brièvement résumée par M. F. Galabert (avec renvois aux travaux 
antérieurs) dans son article sur La mention « alias sic signata », etc. 
(Bibl. de l'Ecole des Chartes, (912, p. 453-4). 

XXX 

55. D'après la légende, saint liront, évêque de Périgueux, serait 
ressuscité pour assister aux obsèques de sainte Marthe, avec les six 
autres évèqnos, compagnons de la sainte. Sur cette légende et son 
rattachement à celles de Marthe et de Madeleine, voy. L. Duchesne, 
Fastes épiscopau.v de l'ancienne Gaule, I, 327, et II, i3i. 



XXXI 

Je ne sais rien ni sur l'auteur ni sur le destinataire de cette pièce, 
qui, d'après sa place dans le ms., dut être composée entre i447 _ 5o; 
Jean Surmont ne figure pas dans les listes des capitouls de i447 _ 8 
et les registres manquent pour i44°,-52. (Du Mège, op. cit., II, i53.) 



XXXII 

Cet hymne enthousiaste à la royauté française fut écrit au lende- 
main de la bataille de Formigny (i5 avril i45o), qui clôturait deux 
brillantes campagnes et nous assurait la possession de la Normandie. 
Mais Charles VII ne songeait guère aux aventureuses conquêtes que 
lui augure notre auteur et la paix ne devait pas régner en France 
avant la « recouvrance » de la Guyenne ( 1 45i -53) . 



XXXIII 

Selon Noulet (p. 274), l'auteur serait Jean de Gargas, qui fut ca- 
pitoul en 1 44 ï ( 1 44° dans Du Mège). — Durant la deuxième moitié du 



3û4 NOTES. 

quinzième siècle, la peste désola maintes fois le Languedoc, notam- 
ment Toulouse, dont le Parlement dut, à diverses reprises, aller 
siéger dans une ville voisine. Le fléau y est signalé en i449-5o, 65, 
72-3, 78, 80-81 {Hist. de Lang., XI, 25, 58, 91, 101, 10O; cf. plus 
haut, note à XV). 

XXXV 



« Le nombre descapitouls, m'écrit M. Galabert, a beaucoup varié : 
douze de 1176 à 1247, vingt-quatre de 1247 à 1283, douze de 1288 
à 1 38g, quatre en 1 389, six en 1390, huit de i3gi à i4oi, douze 
de i^oi à i438, enfin huit de i438 à la fin de l'ancien régime. 
Par darrieramen assis (v. 66), l'auteur ne saurait donc entendre 
« dernièrement, récemment établi ». Il fait sans doute allusion à 
l'ordre de préséance, hypothèse que semble confirmer l'expression 
ques es après en hordenansa (v. 25). Au milieu du xve siècle, cet 
ordre était le suivant : Daurade, Saint-Etienne, Pont-Vieux, Dal- 
bade, Saint-Barthélémy, Saint-Pierre-Saint-Géraud, Saint-Pierre-des- 
Cuisines, Saint-Sernin. J'interprète donc cette expression assez am- 
biguë par « assis, placé le dernier ». 



XXXVII 

Il n'y a aucune vraisemblance que l'auteur de cette pièce soit 
identique au Jean de Recaut, drapier, qui fut capitoul en i4io. — 
Elle fait allusion au grand branle-bas qui renouvela une bonne 
partie du personnel administratif eu 1461. Le nouveau roi prononça 
« autant de destitutions qu'il en fallait pour apaiser ses ressentiments 
et gorger d'offices et de sinécures ses compagnons et ses protégés. » 
(Petit-Dutailly, dans Histoire de France de Lavisse, IV, 2e p., p. 332.) 



XXXVIII 

Cet incendie, qui éclata le 7 mai 1 463, dura, selon les annalistes de 
Toulouse, de douze à quinze jours, et dévora plus de 7000 maisons, 
c'est-à-dire les irois quarts de la ville; il fit de nombreuses victimes 
et fui suivi d'une épidémie de |>csic. Voy. Du Mège, (oc. cil., p. 1 58 
et Hist. de Long. y XI, 5o ss. Il est remarquable que l'évaluation des 
dégâts est ici (v. 33 et XXXIX, 33) beaucoup moins élevée. 



NOTES. 3û5 

Une autre pièce couronnée la même année (LV), avait aussi cette 
catastrophe pour sujet; dans l'une et l'autre, les historiens peuvent 
glaner quelques détails nouveaux. 

43-63. Louis XI, qui était déjà venu à Toulouse comme dauphin, 
(en i443), y fit son entrée le 26 mai; deux jours après, il accordait 
aux habitants une exemption de tailles pour cent ans ; il resta à 
Toulouse près de deux mois el présida aux mesures prises en vue de 
la reconstruction (V'oy. Hist. de Lang., XI, 5o). On ne voit pas au 
juste à quelles manœuvres font allusion les derniers vers de la 
str. IX; les v. 73-4 sont sans doute un dernier coup de patte aux 
ministres du défunt roi déjà remplacés. 



XXXIX 



Autre rédaction de la pièce précédente sur un rythme plus simple, 
ce (jui permettait de la chanter sur un air populaire. — Du Mège l'a 
recopiée dans le trop fameux manuscrit « de Saint-Savin » (en y 
introduisant quelques b au lieu de v et diverses fautes). C'est sous 
cette forme qu'il l'a insérée dans les « Preuves » de son Histoire 
des Institutions (II, 470). 

XLII 



La date indiquée dans le ms. est i406, mais c'est une erreur (taci- 
tement et avec raison corrigée par Noulet) pour 14O7, le titulaire 
de YEglanline ayant été, en 146O, B. Brossa (no XLI). 



XLIV 



A la fin de 1470, la reprise des hostilités entre la France et la 
Bourgogne paraissait imminente; l'occupation de la Picardie avait 
commencé et la noblesse de Languedoc avait été convoquée {Hist. 
de Lang., XI, 78). Le 4 avril l hl l , ' es belligérants conclurent une 
trêve (qui devait être renouvelée), mais la nouvellle n'en était sans 
doute pas encore parvenue à Toulouse à la fin du mois (voy. IL 
Martin, Hist. de France, 4 e édit., VII, 59). 

20 



3o6 NOTES. 



XLVI 



C'est sans doute l'auteur de cette pièce qui fut capitoul en i4q8. 
— Ce fut non seulement la famine, mais la peste qui sévit cruelle- 
ment en Languedoc au cours des années 1472-4 ; le Parlement de 
Toulouse, fuyant ses ravages, siégea successivement à Albi, Réal- 
mont, Revel, Gaillac (Hist. de Lang., XI, 91). 

17. Sur la grande carestia de i433, voy. la pièce LXVII et les 
notes. 



XLIII 



Ce débat a eu évidemment pour occasion de nouveaux bruits de 
guerre. En 1467, les ducs de Bretagne et de Bourgogne avaient sollicité 
l'appui de l'Angleterre et Louis XI avait pris des mesures contre une 
invasion : la noblesse et les milices du Languedoc, et l'arrière-ban 
lui-même avaient été convoqués ; le sénéchal de Toulouse avait reçu 
l'ordre d'occuper Bayonne [Hist. de Lang., XI, 68). 



LI 



9,(). « La tornade, dit Noulet (il veut dire le senhal), de J. de Cal- 
mon ('-tait Fons d<> vertut... (cf. n" XVII); mais dans une danse la 
mesure ne permettant pas l'emploi de la tornade tout entière, le 
poète n'en prenait que le premier mot. » (De même, au n° LUI, Flors 
au lieu de Flors de las Jlors.) Le senlial était donc une sorte de 
signature qu'on retrouve, sauf de légères variantes, dans les diverses 
œuvres du même auteur: ce senhal était, par exemple, pour Galhac, 
Solelhs plazens; pour A. de Jaunac, Mus francs Volers (liais 
11. XXX); pour Th. Loys, Palays d'onor; pour F. de Morlas, Odor 
de Jlors; pour 15. de l'Hospital, Très dossa .flors; pour P. de la 
Roca, Resplandens lums; pour B. de Roaix, Aigla sens par. L'ab- 
sence «le ce senhal dans la pièce que Du Mège a fabriquée sous le 
nom de ce dernier [Joyas, p. 1S1) était donc à elle seule un sérieux 
argumenl contre l'authenticité : on ne s'avise jamais de tout. 



NOTES. 307 

LUI 

29. Le senhal est abrégé; voy. la note à LI, 29. 

LV 

Cf. les notes à XXXVIII. 

LVI 

Pierre Durand de Villemur, licencié en droit civil, était premier 
capitoul en 1476. (N.) 

LVII1 

9-16. Ce Parlement, qui faisait l'orgueil des Toulousains, faillit 
leur être enlevé cette année même : il fut suspendu de ses fonctions, 
puis transféré à Montpellier (21 septembre 1^07) et rétabli à Toulouse 
seulement à la fin de l'année suivante (Hist. de Lang., XI, 64-77). 

38. Il faut prendre ces mots à la lettre : le Consistoire conférait à 
ses lauréats des « grades », calqués sur ceux de l'Université et im- 
pliquant des droits et des devoirs déterminés. Voy. le début de la ré- 
daction abrégée des Leys dans Hist. de Lang., X, i35, et mon article 
sur « Une Académie six fois séculaire » dans la Revue Bleue du 
4 octobre 191 3, p. 4 2 4- 

LXII 

Mathieu d'Artigaloba, neveu de Barthélémy d'Artigaloba, évêque 
de Pamiers, avait été élu à sa place par le chapitre et confirmé par 
Bernart de Bosergue, archevêque de Toulouse; mais son siège lui 
fut disputé d'abord par Pascal du Four (qui mourut en 1487), puis 
par Pierre de Castelbajac. Excommunié par le pape, mais soutenu 
par le vicomte de Narbonne et le Parlement de Toulouse, il se mit à 
la tète d'une bande d'aventuriers, recrutés en Aragon et ailleurs (les 
lacays, les malfactors de notre pièce XXVII), leur fit tenir garnison 



3o8 NOTES. 

dans sa ville épiscopale, dont il emporta un jour le trésor. Rien ne 
put lui faire lâcher prise et il demeura « en possession » jusqu'à sa 
mort (voy. Hist. de Lang., XI, 71, 82 et i34). Ce singulier person- 
nage était, comme on le voit, un protecteur des lettres, ce qui ne 
l'empêcha pas d'être maudit par un autre lauréat dont je viens de 
rappeler la composition. Je ne suis pas disposé à admettre, avec 
Noulet, que le refrain qu'il avait donné aux concurrents puisse faire 
allusion à ses démêlés, à ses « angoisses » qui, en 1469, avaient à 
peine commencé. Ce refrain nous prouve du moins que la « poire 
d'angoisse » était, dès cette époque, un instrument de torture. — On 
voit que le Consistoire organisait parfois, avec l'aide de Mécènes 
d'occasion, des concours extraordinaires; les seuls sur lesquels nous 
ayons des documents sont celui-ci et ceux que nous font connaître 
les pièces LXIII et LXV. Ces faits ont été rappelés et ces deux « cita- 
tions » imprimées assez incorrectement par M. de Gélis, dans son 
Histoire critique des Jeux Floraux, p. 344- 



LXV 

Galhac a négligé de nous faire connaître la date de ce concours et 
de transcrire la pièce couronnée. Nous ignorons également quelles 
sont les très donzelas dont il est ici question (v. 10); peut-être les 
trois vertus théologales. 



LXI 



Nous ignorons à quelle occasion ont été composées ces deux co- 
blas; l'écriture en est, par places, assez peu lisible et le texte fort 
altéré; c'est sans doute pour ces raisons que Noulet ne les a pas 
imprimées. 

LXVI1 

Noulet n'a trouvé dans les annalistes de Toulouse aucune mention 
de cette disette de i433, et je n'ai pas été plus heureux que lui. Le 
quarton de Toulouse représentait quatre setiers. 

23. J'ai traduit broijna comme Noulet, faute de mieux; ce peut 
être un gallicisme, mais ce mot, qui désignait une armure, est peu 
satisfaisant. 

56. Je comprends : « ici, le sac » (pour emporter les objets pré- 






NOTES. 3oQ 

cieux) : ce serait une allusion à une émeute, suivie de pillage, dont 
nous n'avons pas conservé le souvenir; les v. 127-8 font peut-être 
allusion au même fait. 

Cette façon énigmalique d'indiquer soit un nom, soit une date était 
fort en honneur dès le quatorzième siècle ; on trouvera plusieurs 
exemples de rébus analogues dans les circulaires versifiées qui se 
lisent au début de la rédaction abrégée des Leijs d'Amors (Hist. de 
Lang., X, 188 ss.). 

LXVIII 



Ce morceau et les quatre suivants, qui se lisent sur les feuillets de 
garde ou des espaces restés blancs, avaient été publiés et commen- 
tés une première fois par Noulet dans les Mémoires de l'Académie 
des Sciences... de Toulouse (1847, pp. 324-32). En général, et sauf 
indications complémentaires, il suffit, pour déchiffrer le rébus, d'as- 
sembler les initiales des mots proposés et de les considérer comme 
lettres numérales. Selon Noulet, on obtiendrait, pour cette première 
pièce, i35o, mais l'auteur enjoignant de prendre « deux jambes » au 
lion, il faut ajouter un chiffre à L (en lisant lio, on aurait précisé- 
ment un I, mais il semble que l'E désigne aussi l'unité); on obtien- 
drait donc 1 35 1 - Nous n'avons pas d'autre renseignement sur cette 
« mortalité ». 

LXIX 



C'est le 28 octobre i3o2 que les moines de Cadouin en Périgord, 
fuyant l'invasion anglaise, se réfugièrent à Toulouse, apportant l'une 
de leurs plus précieuses reliques ; elle fut déposée à l'église du Taur, 
dans une armoire pratiquée dans la muraille; en i3p,4, les capitouls 
s'en firent adjuger la propriété perpétuelle par le pape (d'Avignon) et 
l'abbé de Cîteaux. Les moines de Cadouin, pour ravoir leur trésor, 
furent obligés de le faire voler, ce qui arriva une belle nuit de 1 455. 
Tel est, abrégé, le récit de Noulet, qui abrège lui-même Lafaille. 



LXX 



Date : i4i5. Comme plus haut (LXVIII, 5) et plus bas (LXX1, 9) 
'E désigne ici l'unité. — Encore une calamité dont les historiens n'ont 



3 10 NOTES. 

pas conservé le souvenir ; la seule « crue » qu'ils mentionnent (en i4i4) 
est celle de la taille, portée de 600.000 à 900.000 livres (Du Mège, 
op. cit., II, i32). Tous les Toulousains connaissent le Moulin du 
Château, d'abord dépendance du Château Narbonnais, résidence des 
comtes. 

LXXI 



Date : i430, a très d[é] may ; pour la signification de YE dans 
estornels au v. 9, cf. à LXX. — Jean, comte de Foix, vicomte de 
Béarn, l'un des hommes de guerre les plus réputés de son temps, 
gouverneur du Languedoc depuis plus de vingt ans, mourut à 
Mazères à la date indiquée et fut inhumé à l'abbaye de Boulbonne 
(voy. sur ce personnage, L. Flourac, Jean fe T , comte de Foix, Paris, 
i884). 

LXXII 

Date : 26 [mai] i463; ici les unités sont exprimées par un L; les 
quatre vers marquants (grattés) indiquaient le mois; les six derniers 
n'avaient pas été publiés par Noulet. 



GLOSSAIRE 



(i) 



Abastar XIII, 26, suffire, 
abilhament LXIII, 25, vêtement, 
abrandar (se) XXX, 41 ; XLI, 36, 

s'enflammer, 
abtamens II, 7, adroitement, 
acort (per) XVIII. 6; XXI, 36, 

convenablement (?). 
adjutori II, 6; XXXI, 32, aide, 
afissar XXXVIII, 61, exalter, 
agla XXV, 45, aigle, 
altisme XV, 22, ciel, 
aluquar XXXIV, 39, allumer, 
amicicia XXXI, 48, amitié, 
andos V, 65, abondant, 
anfantiza XVII, 69, enfance, 
aparvensa XVIII, 12, apparence, 
apteza XX, 18, aptitude, 
arcana XXXIII, 63, mystère, 
arramir II, 43; VIII, 28, provo- 
quer, attaquer, 
arrapar II, 31; XXXVIII, 21, 

étreindre, saisir, 
arrigolar (se) LXVII, 87, faire 

bombance, 
artista XLI, 47, artisan, 
asagar (se) V, 42, arroser, 
asquantir XXII, 23, éteindre, 
auriflan XLIV, 27, oriflamme, 
autans IX, 27, aussi nombreux, 
avocayritz, adv- XIII, 40; XXI, 

15, avocate. 
aybre VII, 25; XXII, 5; XVII, 

21, arbre. 



azermar XXXIII, 3, ravager. 
azunir (se) IX, 57. s'unir. 

Bannir XXIV, 3, bannir. 

biais VII, 27, détour. 

bioc XX, rub.; XLV, rub., vers 

court, 
blessar LXIII, 3, blesser, 
bon (de) XXXIII, 57, facile, 
bossa XLVI, 43, tumeur, 
brogir XXIII, 43, bruire, 
brusca II, 25, bruyère, 
brut XV, 80, sale, vilain. 

Calici XIX, 58, supplice (métaph.); 
cf. cyricy. 

camp IV, 24 (?). 

canusar XIX, 33, blanchir. 

canyas XI, 32, chien {péjor.). 

cautz XX, 6, tige. 

chay XLI, 10, chai, cellier. 

cirp XVIII, 21, race. 

clauza XVII, 52, phrase. 

colombat LXXII, 11, pigeonneau. 

companh (jogar le fais) 111,38 (?). 

compellir XVIII, 32, pousser. 

condescent XLIII, 91, condescen- 
dant. 

cordial XIX, 42, cordial. 

corremen XIX, 35, ruissellement. 

cossena LXV, 58, couette. 

crendre LXIV, 25, craindre. 

cridesta XXXII, 42; XXXVIII, 



1. Ce glossaire n'est pas complet. Je n'y ai relevé que les mots présentant quelque 
intérêt : latinismes, gallicismes, formes rares, dialectales ou attestant l'altération de la 
langue. 



3l2 



GLOSSAIRE. 



22; XXXIX, 22, cris, vacarme, 
cyricy XIX, 63, cilice. 

Danger XXII, 39, danger. 

deessa LXIV, 25, déesse. 

deffeci 11,23, malaise, défaillance. 

défont VII, 53, défunt. 

demensa X, 44 (?). 

dengun IX, 58, aucun. 

desayre XXI, 27-8, désastre. 

desfarda IX, 23, dépouille. 

desferra XXVIII, 29; XXXII, 20, 
dépouille. 

depremir XIII, 44, opprimer. 

desfis XXX, 15; XXXIV, 20, dé- 
fiance. 

desja XLVI, 30, déjà. 

devis V, 5, arrangé. 

deviza XVII, 65 ; XXXV. 56, de- 
vise (?). 

dezanar X, 4, disparaître. 

dessayzina XLIII, 33, déposses- 
sion. 

dispost V, 20, disposé. 

dostar XXXVII, 46, ôter. 

dotar V, 45; XLVIII, 7; L, 25, 
doier, douer. 

dugaf IX, 33-4, duché. 

Emprempta LUI, 7, empreinte, 
enbaïr 'se) IX, 55, s'ébahir. 
enblaimar LXI, 24. s'évanouir, 
encastrar I, 58; encastar II, 21, 

enchâsser, 
endarrier (a 1') IX, 6, en fin de 

compte, 
endres XI, 26; XIII, 33; XXXVII, 

19, direction, facilité, 
endressa XXVI. 44, guide, envoi, 

terme de versification, 
endura V, 36, jeûne; cf. endurai 

I, 13. 
enfecimen XXXVIII, 39, infection. 
engral X LVI, 37, ingrat, 
enpacha V. :;s. empêchement. 
cii|iaiis XI, :;s, impôts. 
ententa XII, 24, intention, 
entima XXX VI il, 50, ordre, 
esclau LVIII, 6, esclave. 



escurar I, 5, purifier. 

espasme XXXIII, 60, pâmoison. 

espenta XVII, 65, choc. 

estatge XXVII, 41 (?). 

esterle IV, 24, non marié. 

estinc LV, 37, instinct. 

estiuc XX, 1 ; estug IV, 19, étui. 

estric VI, 21, empêchement. 

expausar XIII, 11, employer. 

Fauta XVII, 6, faute. 

flec XI, 1, fléchi. 

fonsar V, 60, fonder. 

fortaleza XX, 42, force. 

fortitut XV, 59, force. 

fotyar XLI, 2, bêcher. 

frapar XXIII, 52; XLIV, 1, frap- 
per. 

frayralmen LXVII, 74, fraternel- 
lement. 

frucha XX, 33, fruits. 

Gaug XLVII rub. et suiv., souci. 

gausar XVIII, 48; XXXIX. 6, oser. 

gazarma II, 28; guezarma XLVI, 
2, guisarme. 

gest XV, 34, attitude. 

glay LX, 21, tourment. 

gresle (foc) XXIII, 47, feu gré- 
geois. 

grifol XXIX, 19, jet d'eau, fon- 
taine. 

guabarrot LXX, 7, petite gabare. 

guayt X, 43, guet. 

Hap (pour aip) V, 56, qualité, 
heuros XXXV, 48, heureux, 
hola XLI, 33 {ex. unique), flot 
(cf. es p. ola). 

Incident XXXVII, '•». incidente, 
infînit XV, 5; XVIII, 23: enfenit, 

XX, 17; XXII. 24; XXX, 38, 

infini. 
inhumanal XXIV, 51, inhumain, 
insigne XV, 76, insigne. 

Jolieu LU, 31, gai. 

joyne XXIII, 39; XXIV, 31, jeune. 



GLOSSAIRE. 



3i3 



Lacay XXVII, 3, brigand, 
lans VIII, 49, moment, 
lardo LXXII, 13, lardon, 
lementatiu XXXVIII, rub., plain- 
tif, 
lerma XXXIII, 2, larme, 
lezir LUI, 12, 14, léser, 
lim III, 26; XXX, 26, limon. 
lir XLIV, 26; LV, 8, lis. 
lot V, 64, lourd (?J. 
luxuria XLII, 36, luxe, 
lya XVII, 76, ligue. 

Maioressa XII, 37, souveraine. 

malaut, fém. malauza, VII, 30, 
malade. 

malesa XLII, 26; malecia, XXIV, 
22, perversité. 

mantienh LXIV, 3, maintien, as- 
pect. 

marchant XXVIII, rub.; mer- 
chan LXVII, 38, 143, marchand. 

maysansa XXVIII. 38, malheur. 

mellier LXX, 11, amandier. 

merauda IV, 8, émeraude. 

merca XI, 12, limite. 

meror LV, 6, douleur. 

metgessa XXVI, 40, guérisseuse. 

millesima XXXVIII, 55; XXXIX. 
55; LXXII, 21, date. 

missatgeria XV, 28, message. 

miyansier XXXVII, 32, de condi- 
tion moyenne. 

moderansa XLII, 36, modération. 

mortal XLV, rub., relatif à la 
mort. 

motyu XVII, 48, motif. 

moysha 11,6 (ex. un.), émouchet 
(traduit ainsi d'après le dimi- 
nutif moyseta, « petit auzel de 
rapina » [EUccid. dans Rayn. 
IV, 244.]). 

Naut IV, 25; VII, 45; XII, 13; 

XVIII. 68, haut, 
nequicia XVIII, 36. iniquité, 
neyt IX, 41, XV, 61 : XXIII, 46; 

XXVI, 32, nuit, 
nimpha LXIV, 2, nymphe. 



notori IV, 25; XXII, 31; XXXI 
33; fém. notoria XVII, 33, no- 
toire. 

Obria XLI, 1, ouvrier. 

ondransa I, 27, honneur, 

oppremir XXXV, 58, opprimer. 

ordenansa (per) XVIII, 17, dans 
l'ordre. 

ordenat VII, 21, qui a reçu les 
ordres. 

orpha, fém., XIX, 52, orphe- 
line. 

ostar XXXVIII, 67, ôter. 

otransa XXVII, 22; XXXV, 27, 
excès. 

Part XVIII, 10, léopard. 

partit XX, 24, décision, 

parvensa XXXI, 1, ressemblance. 

passar XIX, 44, supporter. 

pauruc VI, 22, peureux. 

pauta XVIII, 62; XXXIII, 19, 
patte. 

pauza XVII, 49; XXXIII, 29, dé- 
lai, moment; XLIII, 62, de- 
meure. 

pensa, XV, 46, pensée. 

perimen XXV, 22; XXXIX, 4, dé- 
perdition. 

pertraytura XXXI, 8, portrait. 

peur LXVI, 4, peur. 

pi&,pour piamen (après un autre 
adverbe en -men), L, 4, pieuse- 
ment. Cf. Deux manuscrits, 
p. 171, § 23. 

pic XVI, 20, heurt. 

pietados XXXVIII, 3; LI, 15, 
miséricordieux. 

pleurezi XL VI, 43, pleurésie. 

pratiqua XXVII, 16, pratique; 
cf. praticar LXII, 4. 

précieux LIX, 27, précieux 

pren IV, 38 (.'). 

prim XXV1I1. 42, bientôt. 

puncela XV, 39, une pucelle. 

Quarto XLVI, 18; LXVII, rub., 

mesure de capacité. 



3i4 



GLOSSAIRE. 



quinquinal XLVI, 39, emprunt à 
échéance de cinq ans (?). 

Randa XIII, 41, limite. 

rasa XLII, 19, mesure de capa- 
cité. 

raubatori XXVII, 29, brigandage; 
raubir XLVII. 12, piller. 

regidor XV, 71, gouverneur. 

regirar IX, 1 ; XXXVII, 5, retour- 
ner. 

reguerg XI, 45, renfrogné. 

remort XIX, 10, remords. 

rencamen XIX, 3, râle (?). 

report IX, 14; XXI, 41, 42, récit. 

resignar IV, 41 (?). 

resort VIII, 34, ressort, domaine; 
XIII, 4, protection. 

retondir XXXIII, 34, retentir. 

riota V, 63, querelle. 

rivar XLIX, 16, couler. 

robi X, 4, 4i), rubis. 

robust X, 70, robuste. 

rodar XL, 9, manœuvrer. 

rusca III, 28, écorce. 

Saludos XIII, 3, sauf. 

sanglentimen XIX, 2, sanglot. 

sanglotir XXXIII, 2, sangloter; 
s:mglot XIX, 15. 

sapble VII, 14 (?). 

saphis XXII, 15, saphir. 

secretari XV, 60, dépositaire. 

sentiment X, 13, désir; XII, 13, 
intention. 

séquestre XXXII, 36, exclusion. 

serena X, 10, fraîcheur du soir. 

serpenti, ad., XXIV, 50, de ser- 
pent. 

siza V, 4, coupe (de strophe). 

sogua LXV1I, 131, corde (cf. esp. 
soga). 

solempne X, 66; XXXII, 40, vé- 
nérable, solennel. 

sostenta XXI, 30, soutien. 

sostrir XXII 1 .511, fouler aux pieds. 



spécial XXI, 13, 14, spécial. 

Taca XX, 62, tache. 

tala XXVIII, 8, dommage; talar, 
XXVIII, 13. 

talh (a bel) XXX, 49, de belle fa- 
çon (?). 

talha XV, 16, façon de faire. 

tara XVII, 23, tare (?) ; XLVI, 49, 
amende. 

tastar II, 15 (?). 

termenar IV, 36, finir, aboutir. 

tescut LXV, 14, tissu. 

test VII, 51, tète. 

tocacen XXXVIII, XXXIX. 24, 
tocsin. 

tocamen XLVIII, 16, attouche- 
ment. 

tombar XXXVI, 25, tomber. 

tora XXVII, 42, sorte d'absinthe, 
« la chlora perfoliata de Lin- 
née, de la famille des gentia- 
nées » (Noulet). 

tramblar XXIV, 39, trembler. 

transsible XXXI, 8, éphémère. 

trassa XXIII, 50, trace (?). 

trepir XXIII, 36, fouler aux pieds. 

tribular XXXIV, 3; XLV, 1, tour- 
menter. 

Luar XXIII, 40, 58 ; XXIV, 14, tuer. 

tust XLVIII, 50, coup. 

1 T 1 XXIII, 52, aucun, 
umanal XV, 4, humain, 
una (az) XVII, 40, ensemble, 
uniment LU, 7, union, 
us V, 4 (?;. 

Vena V, 51, source. 

vista (far la) III, 21 (?). 

volar II, 7, prendre au vol (en 
parlant de l'oiseau de proie). 

vulguarmen LXII , 2, vulgaire- 
ment. 

Ystoria XLIV, 2 ; 2 (?). 



INDEX DES NOMS 



in 



Alexandria XXIII, 15, 25. 
Anglaterra IX, 1; XXVIII, 25; 

XXXII, 17. 
Angles, Angley IX, 31 ; XVI, 4, 

9; XXVIII, 33; XXXII, 35; 

XLIII, 54. 
Antéchrist XVIII, 17. 
Antiocha XXIII. 23. 
Arras XXVIII, 18. 
Artigaloba (Matieu de) LXII, 

rub. 

Bala XXVIII, 9. 
Bellem (Bethléem) XXXIII, 3. 
Bergonhos XXVIII, 23. 
Boemi XXIII, 17. 

Charles, Karles XXIII, 71; 

XXVIII, 27; XXXI, 43; Karles 

maynes, LVIII, 28. 
Costantinoble (-ple) XXIII, 16, 

28. 

David XLIII, 45. 

Ector XLIII, 50. 
Elena (santa) VII, 66. 
Espanhol XXXII, 35. 

Ferran XXIV, 28. 
Florensa XXIV, 30. 
Foys XXVII, rub.; LXIII, 24; 
Joan de — LXXI, 3. 



Franc XXVII, 33; XLIII, 55; 

LV, 46. 
Franpes XXVIII, 23. 
Fransa XXVIII, 32; XXXII, 26, 

44. 
Front (sant) XXX, 50. 

Garona LXX, 3. 

Godofre de Bilhom XXIII, 73. 

Grec XXIII, 17. 

Guasto (coms) XXVIII, 57. 

Israël XVIII, 22. 

Jherusalem XXIII, 1, 76; XXXI, 
32. 

Job XXXVIII, 70. 

Joan (s.) XIX, 43; XLI, 45; Bap- 
tiste XXXIII, 5. 

Josep (s.) XIX, 26. 

Josue XLIII, 46. 

Judia XXIII, 11. 

Loys, Luys XXIII, 77, 79; XXIV. 
33; XXXVII, 34; XXXVIII, 
44; XLI, 42; LVIII, 11 (sant); 
LXXII, 2. 

Lucifer XLIII, 37. 

Luch XV, 68; XLI, 46. 

Machabieus XLIII, 47. 
Marc (s.) XLI, 45. 
Matieu XLI, 46. 



1. Les noms de personnes sont en italiques, les noms et adjectifs géographiques en 
petites capitales. Je n'ai pas relevé les mentions de Tholosa, trop nombreuses. 



3i6 



Meda XXIII, 14. 
Miquel (s.) XLIII, 38. 
Moro XXXII, 36. 
Murel LXXII, 4. 

Negrepon XXIII, 19, 34. 

NORMANDIA IX, 44. 

Orval (d') IX, 22. 

Paris XXIX, 33. 
Persa XXIII, 14. 
Peyragorc XXX, 57. 
Peyre (s.) XXIII, 60. 
Piza XVII, 73. 

Ragosa XXIII, 45; XXIV. 23. 

Regulus XXXV, 29. 

Roma XXIII, 60; XLIV, 17; 

LVIII, 2. 
Roman XLIII, 51. 

Sarrazi XXIII, 63; XXIV, 40. 
Satan X, 70; XV, 74; avec l'arti- 



cle XIII, 10, 27; XV, 60; XVII; 

20; XXII, 37; XLI, 38. 
Sixt (s.) XIX, 66. 
Suria XXIII, 14. 
Surmon de la Valada (Joan) 

XXXI, 47. 

Tarasco XXX, 57. 
Thalabot XVI. 1. 
Thonis (castel de) LXX, 6. 
Trapazonda XXIII, 18. 
Troyans XLIII, 49. 
Turcs XI, 44: XII, 44; XVII, 75; 
XXIII, 20, 33; XXIV, 13, 45; 

XXXII, 71 ; XXXVII. 51. 

Uzesta I, 69. 

Venecia XXIV, 24. 
Venecian XXIII, 42. 

Ytalian XXIV, 10. 
Ytalic XXIV, 29. 



LISTE DES LAUREATS 

PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE 



Alayrac (R. d') II, VI (?) 

Algar ( Arnaut) XI 

Andrieu (Danis) XIV 

Bemonis ( Joan) LXI 

Benezech (Raimon) LX 

Bernart (Arnaut) XXIV, XXVII 

Blays (Peire de) LIV 

Bonnet (de) XLVII 

Brossa (Bertran) XLI 

Bruelh (del) LU 

Bru (Guillem) XXXI 

Calmont (Joan de) XVII, LI 

Calmont (Peire de) rubr. LI 

Catel (Joan) XLVI 

Crusa (Antoni) XXII 

Donat (Arnaut) VII 

Duran (P.) [?] ; cf. Monlasur VIII 

Galhac (Astorc de) IV 

Galhac (Guillem de) X, XXIX, XLVIII 

Gombaut (Joan) XX, XLII, LUI 

Hospital (Berenguier del") XXIII, XXIV, XXXV, LVIII 

Janilhac (P. de) LXIV 

Jaunhac (Antoni de) XII, XXX, L 

Joan (Joan de) XXXIII 

Loys (Thomas) XVI, XL 

Malarder (P. de) XLIX 

Monlasur (Peire de) [?! VIII 

Mons (Marti de) XXVIII, LXVII, LXIX à LXXI 

Morlas (Frances de) XXI, XLIV, LVII, LXIII 

Nunho (Bernât) XXVI 

Pech (Joan del) XXXI I 

Prinhac (Pons de) III 

Recaut (Antoni) XLV 

Recaut (Joan de) XXXVII 



3l8 LISTE DES LAURÉATS PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE. 

1466. Joan Salvet [v.J (vers) XIX 

— Bertran Brossa [é.] (vers) XLI 

— Frances de Morlas [s.J (dansa) LVII 

1467. Joan Gombaut [é.] (sirv.) XLII 

— Joan Gombaut [v.] (canso) XX 

— Berenguier de l'Hospital [s.] (vers) L VIII 

1468. Frances de Morlas [v.] (canso) XXI 

— Peire de la Boca [é.] (vers) XLIII 

— Raimon Stairem [s.] (dansa) LIX 

— Frances de Morlas [joie extraord.] (coblas) LXIII 

1471. (?) Antoni Crusa [v.] (vers) XXII 

— Berenguier de l'Hospital [v.](planh et pastorela) XXIII et XXIV 

— Frances de Morlas [é] (sirv.) XLIV 

— Antoni Recaut [é.] (sirv.) XLV 

— R. Benezech [s.] (dansa) LX 

— P. de Janilhac [joie extraord.] (letra) LXIV 

1472. Arnaut Bernart [v.J (vers) XXV 

1474. Bernard Nunho [v.] (canso) XXVI 

— Joan Catel [é J (sirv.) XLVI 

— Joan Bemonis [s.] (dansa) LXI 

1484 Arnaut Bernart [v.] (canso) XXVII 

PIÈCES NON DATÉES 

Arnaut Donat [v.] (vers) VII 

Antoni de Jaunhac [é.J (vers) XXX 

Guillem Bru [é.] (vers) XXXI 

Bonet [s.] (dansa) XLVII 

Guillem de Galhac [s.] (dansa) XLVIII 

P. Malader [s.] (dansa) XLIX 

Antoni de Jaunhac [s.j (dansa) L 

Du Bruelh [s.] (dansa) LII 



LISTE DES LAUREATS 

PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE* 



1324. Arnaut Vidal [v.] fsirv.) I 

1325. R. d'Alayrac [v.] (canso) II 

1333. Rainion de Cornet [v.] (voy. Deux manuscrits, p. 39). 

1345. Pons de Prinhac ]v.] (vers) III 

1355. Astorc de Galhac [v.] (canso) IV 

1372. Uc del Valat [v.] (canso et dansa) V 

1373. Peire Duran ou Peire de Monlasur [v.] (vers) VIII 

1436. Marti de Mons [é.] (sirv.) XXVIII 

1446. Guillem de Galhac [é.] (sirv.) XXIX 

1450. Joan del Pech [é.] (sirv.) XXXII 

1451 . Eaimon Valada [v.] (vers) IX 

— Joan de Joan [é.] (vers) XXXIII 

— Joan de Calmon (ou Lacalm?) [s.] (dansa) LI 

1453. G. de Galhac [v.] (vers) X 

1454. (?) Arnaut Algar [v.] (canso) XI 

1455. Antoni de Jaunhac [v.] (canso) XII 

1456. Joan Gombaut [s.] (dansa) LUI 

1459. Bertran de Roaix [v.] (canso) XIII 

— Berenguier de l'Hospital [é.] (vers) XXXV 

1460. Denis Andrieu [v.J (canso) XIV 

1461 . Antoni del Verger [v.] (vers) XV 

— Bertran de Roaix [é.J (canso) XXXVI 

1462. Thomas Loys [v.] (vers) XVI 

— Joan Recaut [é.] (vers) XXXVII 

— Peire de Blays [s.] (dansa) LIV 

1464. Joan de Calmon (ou Lacalm (?) [v.] (vers) XVII 

— Hélias de Solier [é.] (sirv.) XXXVIII 

— Peire de la Roca [s.] (sirv.) LV 

1465. Peire de la Roca [v.] (vers) XVIII 

— Thomas Loys [é.] (sirv.) XL 

— Peire de Vilamur [s.] (dansa) LVI 



1. Les fleurs obtenues (violette, églantine, souci) sont désignées par leurs initiales 
entre crochets. Pour les noms et prénoms, j'ai rétabli les formes languedociennei. 



320 



LISTE DES LAUREATS PAR ORDRE ALPHABETIQUE. 



Roaix (Bertran de) XIII, XXXVI 

Roca (Peire de la) XVIII, XLIII 

Salvet (Juan) XIX 

Solier (Hélias de) XXXVIII 

Stairem (Rainion) LIX 

Valada (Raimon) IX 

Valat (Uc del) V 

Verger ( Antoni del) XV 

Vidal ( Arnaut) I 

Vilamur (Peire de) LVI 

Anonymes VI, XXXIV 



TABLE DES MATIERES 



Introduction. 

I. Le registre de Gftlhac; le manuscrit; l'édition Noulet. . i 
II. La poésie académique à Toulouse aux quatorzième et 

quinzième siècles ; causes de sa médiocrité xm 

III. Les genres poétiques ; la versification et la langue xvm 

LES JOIES DU GAI SAVOIR : 

Première partie : Joies de la Violette (I-XXVTI) 1 

Deuxième partie : Joies de l'Églantine (XXVIII-XLVI). . . 127 

Troisième partie : Joies du Souci (XLVII-LXI) 219 

Appendice : Citations, prix extraordinaires, pièces 

diverses (LXII-LXXII) 267 

Notes 293 

Glossaire 311 

Index des noms 315 

Liste des lauréats par ordre chronologique 317 

Liste des lauréats par ordre alphabétique 319 



Toulouse, Typ. Edouard Privât, rue Abs Arts, 14.— 1026 



IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE EDOUARD PRIVAT 

14, uni DES ARTS, 14 



Envoi franco dans toute l'Union postale, contre mandat-poste ou valeur sur Toulouse 



BIBLIOTHÈQUE MÉRIDIONALE 

PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES DE L'UNIVERSITÉ DE TOULOUSE 

La Bibliothèque méridionale publie des travaux & des documents de tout genre 
relatifs à l'histoire, à la langue & à la littérature du Midi de la France & des pays 
voisins : Italie, Espagne, Portugal. Elle forme deux séries distinctes au point de vue 
du format : la première série, petit in-8% est plus spécialement consacrée à l'his" 
toire littéraire; la seconde, grand in-8°, à l'histoire. 

Première série, format petit in-S°. 

Tome I. Poésies complètes de Bertran de Boni, publiées par Antoine Thomas, 
chargé du cours de philologie romane à la Sorbonne. (Epuisé.) 

Tome II. Première partie des Mocedades del Cid de Don Guillén de Castro. (Epuisé.) 

Tome III. Les Mystères provençaux du quinzième siècle, publiés pour la première 
fois, par MM. Jeanrov, professeur à la Faculté des Lettres de Toulouse, et H. Te - u - 
lié. — Prix : 7 francs. 

Tome IV. Le Troubadour Guilhem Montanhagol , par Jules Coui.et, agrégé des let- 
tres, ancien élève de l'Ecole normale supérieure & de l'Ecole pratique des hautes 
études. — Prix : 5 francs. 

Tome V. Les Comptes consulaires d'Albi, par A. Vidal, lauréat de l'Institut, secré- 
taire de la Société des Sciences, Arts et Belles-Lettres du Tarn. — Prix : 5 francs. 

Tome VI. Juan Rui%, arcipreste de Hita. Libro de buen amor, texte du XIV e siècle 
publié pour la première fois avec les leçons des trois manuscrits connus, par 
Jean Ducamin, agrégé de l'Université, prof, au collège de Castres. — Prix : 20 fr. 

Tome Vil. Le Troubadour Bertran d'Alamanon, par J.-J. Salverda de Grave, maître 
deconfér. à l'Université de Leide. — Prix : 5 francs. 

Tome VIII. Voyage au Purgatoire de saint Patrice, Visions de Tindal et de saint 
Paul, textes languedociens du quinzième siècle, publiés par MM. A. Jeanroy, prof, 
à l'Université de Toulouse, & A. Vignaux, archiviste municipal. — Prix : 4 francs. 

Tome IX. Poésies de Guillaume Ader : I. Lou Gentilome gascoun; II. Lou Catounet 
gascoun, publiés par A. Vignaux et A. Jeanroy. — Prix : 5 francs. 

Tome X. Le Troubadour Elias de Barjols , par Stanislas Stronski. — Prix : 5 francs. 

Tome XI. El Prado de Valencia de Gaspar Mercader, par Henri Mérimée. — 

Prix : 7 francs. 
Tome XII. Poésies complètes du Troubadour Marcabru, publiées avec traduction, 

notes et glossaire, par le D r J.-M.-L. Ijejeanne. — Prix : o francs. 

Tome XIII. Petit atlas linguistique d'une région des Landes, par G. Mili.ardet, pro- 
fesseur agrégé au Lycée de Bordeaux, docteur es lettres. — Prix : 20 francs. 

Tome XIV. Etude de dialectologie landaise et développement des phonèmes addition- 
nels, par G. Millaudet. — Prix : 10 francs. 

Tome XV. Poésies de Uc de Saint-Cire, par A. Jeanroy, professeur à l'Université de 
Paris, et J.-J. Salverda de Grave, professeur à l'Université de Groningue. Prix: 
6 francs. 

Voir au verso 



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Envoi franco dans toute l'Union postale, contre mandat-poste ou valeur sur Toulouse. 

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PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES DE l' UNIVERSITÉ DE TOULOUSE 

La Bibliothèque méridionale publie des travaux & des documents de tout genre, 
relatifs à l'histoire, à la langue & à la littérature du Midi de la Fiance & des pays 
voisins: Italie, Espagne, Portugal. Elle forme deux séries distinctes au point de vue 
du format : la première série, petit in-8°, est plus spécialement consacrée à l'histoire 
littéraire; la seconde, grand in-8°, à l'histoire. 

Deuxième série, format in-8° raisin. 

Tome 1. Documents pour l'Histoire de la Domination française dans le Milanais 
(i499-i5(3), publies par L.-G. Pélissier, professeur à la Faculté des Lettres de 
Montpellier. — Prix : 7 fr. 5o. 

Tome IL Inscriptions antiques des Pyrénées, par Julien Sacaze. 468 inscriptions 
dont 35o gravées d'après les monuments originaux. — Un fort volume de 600 pa- 
ges, imprimé sur beau papier. — Prix : 20 francs. 

Tome III. Gaston IV, comte de Foix, vicomte souverain de Béant, prince de Na- 
varre, 1423-1472, par Henri Courteault, archiviste aux Arch. nat. — Prix : 7 fr. 

Tome IV. Les Institutions politiques et administratives du pays de Languedoc du 
XIII e siècle aux guerres de Religion, par Paul Dognon (Epuisé). 

Tome V. Quelques préliminaires de la révocation de l'Edit de Nantes en Languedoc, 
par P. Gachon, prof, à la Faculté des Lettres de Montpellier. — Prix : 7 francs. 

Tome VI. La Réforme en Béant, par M. l'Abbé V. Dubarat, aumônier du Lycée 
de Pau. — Prix : 7 francs. 

Tome VII. L'Impôt sur le revenu au dix-huitième siècle, principalement en Guyenne, 
par Marcel Marion, professeur à la Faculté des Lettres de l'Université de Bordeaux. 
Prix : 6 francs. 

Tome VIII. Louis XI, Jean II et la Révolution catalane (1461-147-1), par J. Calmette, 
archiviste paléographe, docteur es lettres. — Prix : i5 francs. 

Tome IX. Coutumes et privilèges du Rouergue, t. I, Rode$, par E. Baillaud et P. -A. 
Veklaguet. — Prix : 7 francs. 

Tome X. Coutumes et privilèges du Rouergue, t. Il, par E. Baillaud et P. -A. Verla- 
guet. — Prix : 7 francs. 

Tome XI. Le Jansénisme au XVIII e siècle et Joachim Colbert, par M. l'abbé Valentin 
Durand. — Prix : 7 francs. 

Tome XII. Biaise de Moulue historien ; Etude critique sur le texte et la valeur histori- 
que des Commentaires, par Paul Courteault. — Prix : 12 francs. 

Tome XIII. Les documents sur l'histoire de l'Université de Toulouse et spécialement 
de sa Faculté de Droit civil et canonique (1229-1789), par René Gadave. — 
Prix : 7 francs. 

Tome XIV. Lettres inédites de la comtesse d'Albany (suite de), par L.-G. Pélissier, 
doyen de la Faculté des lettres de Montpellier. — Prix : 6 fr. 

Tome XV. Histoire critique des Jeux Floraux depuis leur origine jusqu'à leur trans- 
formation en Académie (1623-1694^, par M. de Gélis, mainteneur. — Prix: 7 fr. 

Voir au recto. t 



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